‹ L'otageChapitre 6 sur 87 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

(// approche de la table et comme il tend la maiib SYGNE la lui saisit dans les siennes et éclate en sanglots le visage sur sa main. COUFONTAINE lui caresse la tête en silence).

COUFONTAINE. — Il ne faut pas pleurer, Sygneau. Voilà que notre nom est fini et il ne reste plus que nous, tous les deux.

Mais bien d'autres choses encore, plus belles, finissent avec nous.

Tout le monde n'est pas fait pour être heureux.

Un autre lui a plu, je n'y peux rien, je croyais l'aimer autant qu'il faut.

Et quant à ces petits enfants, un soldat n'en a pas besoin et c'est un grand débarras.

SYGNE, avec une sorte d'ironie. — Vous êtes dur, Georges.

COUFONTAINE. — Je reste à l'alignement ; le reste ne regarde personne.

SYGNE. — Au nom de ces deux innocents ! Pardonnez-lui au nom de ces innocents !

Songez combien elle était jeurie et le mal que cela fait de mourir !

Ah, c'est une chose plus enivrante que le vin d'être une belle jeune femme !

Dites-moi que vous lui avez pardonné.

COUFONTAINE. — Je ne pense plus à cela.

SYGNE. — Mais dites que vous lui avez pardonné !

COUFONTAINE. — Celui qui aime beaucoup ne pardonne pas facilement.

SYGNE. — Mon cœur est brisé de compassion pour vous.

COUFONTAINE. — Il y a la nuit seulement qui est mauvaise à passer, mais on finit toujours par dormir lorsque l'on est fatigué.

SYGNE. — Et ils sont morts tous les trois !

COUFONTAINE. — Epargnez-moi, mon Sygne, et tâchez d'être plus calme.

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