ACTE PREMIER
SYGNE. — Mon Dieu, ainsi tout es>t perdu et vain de ce que j'ai fait !
COUFONTAINE. — Parole sur toute chose la dernière. Mais vous du moins, c'est à Dieu que vous la dites.
SYGNE. — « Ma génération a été roulée et retirée de moi comme la tente du pasteur ! »
Jadis j'ai vu mon père et ma mère, votre père aussi et votre mère, Coûfontaine, paraître sur l'échafaud ensemble.
Ces quatre figures saintes à la fois qui nous regardaient, liées comme des victimes, mes quatre pères et mères que l'on a abattus l'un après l'autre sous la hache !
Et quand ce fut le tour de ma mère, le bourreau roulant autour de son poing la queue de cheveux gris, lui tirait la tête sous le couteau.
Nous étions au premier rang, et vous me teniez la main, et leur sang a rejailli jusque sur nous.
J'ai tout vu et ne me suis pas évanouie, et
nous sommes revenus ensuite à pied à la maison.
Les hommes ont tranché la tige, et maintenant Dieu pense à nous et nous retire notre fruit.
Mon Dieu, vous avez fait attention à cette pauvre chose que nous avions encore ! Que votre volonté soit faite ! Que votre amère volonté, que votre amère volonté...
Nous restons seuls, Georges, vous et moi.
Vous et moi de plus en plus une seule personne et seuls, et la vie comme d'elle-même se retire de nous.
Dans un monde où nous avons cessé d'avoir part et proportion.
COUFONÏAINE. — Il faut vous séparer de moi et faire votre propre bonheur.
SYGNE. — C'est moi maintenant qui vous tiens la main, comme vous teniez la mienne ce matin de Prairial.
COUFONTAINE. — Vous êtes jeune, vous êtes riche et la vie est belle devant vous.