ACTE TROISIEME
C'est le mauvais sang en moi qui a parlé, moi qui me croyais si forte et si raisonnable !
Souviens-toi de celui-là de nos ancêtres qui combattit contre Jeanne avec le Bourguignon, et de celui-là qui se fit renégat,
Et de ce Nogaret aussi dont nous descendons qui frappa le pape sur la face.
Les choses grandes et inouïes, notre cœur est tel qu'il ne peut y résister.
Et voici que maintenant je me tiens seule dans une terre ennemie,
Comme cet Agénor jadis qui avait son château de l'autre côté de la Mer Morte à la descente de l'Arnon.
GEORGES. — Et voici que nos mains aussi se sont dissoutes et que la foi sur notre blason est corrompue,
Et cette main m'est arrachée la dernière que je tenais dans ma main, le matin de ce sacrifice offert !
♦ SYGNE. — J'ai arraché ma main et toi ne m'arrache point le cœur ?
GEORGES. — Tout ce qui lie un homme à un autre,
Tout cela avec ta main m'était encore attaché : enfant, sœur, père et mère, défendue, confortatrice,
Epouse, vassal, compagnon d'armes. Tout cela encore était avec ta main et ma forte société.
Quel est le serment que tu n'as pas rompu ? Quelle est la foi que tu ne m'as pas retirée ?
SYGNE. — Ce serment du moins est intact que j'ai fait à mon baptême.
GEORGES. — Il ne fallait donc pas en faire d'autre.
SYGNE. — Mais par quoi jure-t-on que par Dieu ?
GEORGES. — Dieu a beaucoup d'amis et je n'avais qu'un seul agneau.
SYGNE. — J'ai sauvé le Père des hommes,. GEORGES. — Et tu as perdu ton frère.