‹ L'otageChapitre 8 sur 87 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SYGNE. — C'est ce que chantaient les cloches le jour de votre mariage.

COUFONTAINE. — Ce n'est pas le chant que j'ai entendu.

SYGXE. — Je connais que vous avez reçu le sacrement, ne croyant pas.

COUFONTAINE. — Je ne croyais pas. Je savais tout d'avance.

Mais j'étais prisonnier comme un qui ne peut pas faire autre.

SYGNE. — La pauvre enfant aussi vous aimait.

COUFONTAINE. — J'étais comme le mineur qui sort pour un moment de ses sapes et qui s'aperçoit qu'on en est tout de même au mois d'avril.

De quelle idiote fringale de bonheur j'ai été saisi tout à coup !

SYGNE. — Vous avez eu votre heure.

COUFONTAINE. — Je ne l'ai pas eue.

Elle ne m'a pas pris pour un autre.

SYGNE. — Qui donc vous tenait séparés ?

COUFONTAINE.-^ Ce sang de mon père sur ma face.

SYGNE. — Et ce sang aussi à vos mains !

COUFONTAINE. — Est-ce quil vous fait horreur, Sygne ?

SYGNE. — Ah, j'en demande pardon à Dieu, il ne me fait pas horreur !

COUFONTAINE. — C'est celui pourtant de beaucoup d'innocents.

Souvenez-vous de la rue Saint-Nicaise.

SYGNE. — Ne l'avez-vous pas payé du vôtre ?

COUFONTAINE. -^ Il est vrai. O ma femme et mes pauvres enfants !

SYGNE. — Moi, je reste encore.

COUFONTAINE. — Comme une fille dont le nom un jour va changer.

SYGNE. — Mais le mien m'a été surimposé d'un second baptême.

COUFONTAIXE. — J'ai participe à ce sacrement avec vous.

SYGXE. — Non indignement cette fois.

O Georges, toute notre race en ce jour a été mise sous le pressoir. ,

COUFONTAINE. — O vin sacré issu de ce quadruple cœur !

SYGNE. — Leur sang a été semé sur le mien.

COUFONTAINE. — Le vieux plan ne nous donne plus sa sève.

SYGNE. — Il reste un vin pur ! Le nom en nous est vivant.

COUFONTAINE. — O àme qui m'es née toute pareille, ô mon étrange jumeau !

Vous comprenez ces choses.

Comme la terre nous donne son nom, je lui donne mon humanité.

En elle nous ne sommes pas dépourvus de racines, en moi par la grâce de Dieu elle n'est pas dépourvue de son fruit, qui suis le Seigneur.

C'est pourquoi précédé du de, je suis l'homme qui porte son nom par excellence.

Mon fief est en mon royaume comme une petite France, la terre en moi et ma ligne devient gentille et noble comme une chose qui ne peut être achetée.

Et comme le miel ou les fleurs ou le vin qu'elle produit sont reconnaissables entre tous,

Ou le gibier que l'on y tire ou la viande que l'on y paît,

Ainsi entre beaucoup de plantes précaires l'Arbre-Dormant,

Le grand chêne généalogique qui se dressait dans la cour du château,

Et dont les racines comme il apparut le jour qu'il fut arraché, plus liantes que celles de ces figuiers que j'ai vus au Coromandel, et que ces veines d'un sein qui font le lait,

Etaient enfoncées à demi dans le noir béton de la substruction romaine,

A demi au travers de la compacte glaise dans

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