FORMES LATENTE
L’otite latente peut paraître assez rare, même pour un observateur averti. Les troubles qu’elle entraine sont au début si discrets, ou sont si fugiüifs que la plupart du temps le médecin n’est même pas consulté. Dans la clientèle hospitalière, il s’agit surtout de malades de consultation et non de maludes hospitalisés. La mère ou la nourrice s’inquiètent de quelques troubles digestifs, d’un peu de diarrhée, quelquefois de vomissements. Habituellement l’état général de l’enfant semble peu altéré, un régime approprié semble améliorer rapidement cet état du moins pendant quelques jours, mais son effet n’est pas durable et sans causes nouvelles les mêmes incidents se reproduisent accompagnés de petits accès fébriles, beaucoup plus rarement de quelques convulsions très fugitives. Dans cet état
Eee
rien n’attire l'attention vers l'oreille, l’enfant ne semble pas souffrir, ou est trop jeune pour que lon donne à ses cris une telle signification ; quoi qu’il en soit, il pâlit et son poids diminue. L'examen général complet ne révèle rien d’anormal. Seule la notion d’un coryza antérieur ou sa persistance peuvent aiguiller les recherches dans la bonne voie.
Fréquemment aussi c'est une circonstance absolument fortuite qui fait présenter l’enfant au médecin, et bon nombre d’otites latentes sont découvertes chez des nourrissons amenés dans les consultations d’oto-rhino sans qu'ils paraissent présenter aucun trouble auriculaire, parce qu'ils respirent mal et que la mère pense qu’ils ont des végétations.
A cet égard, notre observation n° 1 est particulièrement démonstrative. Elle suffit à elle seule à dresser complètement le maigre tableau clinique de l’otite latente : k
C’est un hasard qui fait amener l’enfant à l'hôpital, c'est l’examen systématique. de l'oreille qui fait découvrir l’otite. La perte de poids est lunique symptôme évident.
Pendant toute l’évolution, la symptomatologie fonctionnelle n’est pas plus riche. Les poussées fébriles passeraient. complètement inaperçues Si la température n’était prise régulièrement. En fouillant les antécédents, on trouve une grippe dans Île voisinage de l’enfant et pour son propre compte un coryza qui s’est compliqué d'otite.
Evolution par poussées successives sur lesquelles
PVR
la paracentèse agit nettement, nécessité de la surveillance fréquente pour remédier aux nouvelles
ériodes de rétention. Atteinte successive des deux oreilles, guérison sans complication, grâce à un traitement approprié, telle est l’histoire de cette otite vraiment latente.
Malheureusement elle trouve dans sa latence même l’origine de sa gravité, il est exceptionnel qu'un hasard semblable à celui qui a provoqué l'examen dans le cas que nous venons de rapporter entraine un diagnostic et un traitement précoce. Et cette considération nous fait trouver le trait d’union qui rapproche ce cas de ceux qu’une complication, qu'une exagération des troubles qui n'étaient ici qu’ébaucthés présentent au médecin sous une forme tout à fait différente. Combien de temps d'évolution sournoise, méritant vraiment le nom delatente est-1l nécessaire à l’otite pour arriver à causer des accidents évidents, en tant que faits pathologiques et non en tant qu'accidents d’étiologie auriculaire. Nous en sommes réduits à des hypothèses. En fait, cette période peutêtre prolongée, un certain nombre d'observations semblent très nettes à cet égard.
Dans un cas que nous relatons complètement, l’autopsie révèle une pleurésie purulente consécu-
tive à un infarctus sous-cortical suppuré. L’embolus
est parti d’un sinus latéral thrombosé, or sur la courbe de température, nous ne relevons que neuf . jours de pyrexie. Ce délai semble bien court pour avoir permis l’apparition successive d'une thrombo-phlébite suppurée, d’un infarctus, de lasuppura-
OU
tion de cet infarctus et finalement d’une pleurésie purulente. Il est logique de penser que Potite qui a déclanché de pareils accidents évoluait déjà pendant la quinzaine précédente où les seuls symptômes étaient lamaigrissement progressif et les anomalies des selles.
Formes MECONNUES
Dans les crèches de nos hôpitaux, les nourrissons atteints de ces formes, se présentent sous deux allures différentes. |
Une première catégorie comprend les petits malades chez qui l'affection auriculaire n’a pas encore donné la mesurede sagravité. Les uns soignés pour une diarrhée que les régimes n’améliorent que momentanément, pour un amaigrissement progressif qui fait suspecter la tuberculose, les autres présentent quelques symptômes respiratoires sans grande gravilé, mais dont la persistance malgré le traitement invite à redoubler la surveillance.
Après une période variable où peu de changements se manifestent, brusquement le tableau change, la température jusque là normale où presque s'élève, le faciès change, les troubles variés. s’accentuent considérablement, le plus souvent on inérimine le contage hospitalier, et l’on recherche un foyer de broncho-pneumonie qui dans certains cas n'apparaît jamais.
Loin de nous la pensée de diminuer l'importance du milieu hospitalier. Si quelquefois il peut seul être ‘nis en cause, fréquemment, surtout dans les cas qui nous occupent, ilne fait qu'augmientér la
OT
virulence d’une infection jusque là atténuée, et surajouter des infections secondaires à celle qui pré: existait. |
Une deuxième catégorie, comprend les nourrissons atteints dès leur entrée à l’hôpital d’une affection franchement aiguë et qui a d'emblée son allure à prédominance méningée, pulmonaire ou autre. Le premier examen les trouve en pleine période de complications.
Quelle que soit la note dominante dans laspect . Clinique, les symptômes les plus variés peuvent se retrouver isolés ou associés. Aussi est-il intéressant d'en faire une étude analytique un peu complète, cherchant à isoler pour chacun les particularités qu'ils tiennent à leur origine.
Siqnes d'infection naso-pharynace.
Il semblerait bizarre de les donner comme signes d’otite; tel n’est pas notre intention, mais l’otite est. tellement fréquente au cours de cette infection, qu'un nourrisson qui en estatteint fait presque toujours une réaction auriculaire. Si l’infection est assez virulente ou persiste assez longtemps, l’otite est à peu près certaine. Ce quiest très fréquent chez un nourrisson en bon état,devient constant chez le débilité et le cachectique.
Ce sont surtout les formes d'infection avec jetage dbondant qui se compliquent d’otite, elles s'’accompagnent alors d’une grande gêne respiratoire chez le nourrisson dont le type de respiration physiolo-
gique est le type nasal, et qui met un certain temps à s’accoutumer à un autre type respiratoire. Il est fréquent de voir cette gêne assez accentuée pour amener accélération de la respiration et battements des ailes du nez: ensemble qui éveille d'emblée l’idée d'accidents pulmonaires. Dans ce cas, ils disparaissent après nettoyage des fosses nasales et désencombrement du cavum.
Si nous insistons sur ce fait, c’est que plusieurs fois nous avons vu ces signes prolonger la période de recherches vaines de foyers pulmonaires profonds dans des cas où la seule cause d’une fièvre inexpliquée était l'infection rhino-pharyngée compliquée d’otite.
L’infection chronique, plus discrète doit être recherchée, elle se manifeste parle voile de pus descendant le long de la paroi postérieure du pharynx ou même simplement par une rougeur et un épaississement anormal longeant les piliers postérieurs dû voile équivalent à ce qui existe chez l’adulte au cours des suppurations prolongées est connu sous le nom de faux piliers.
Signes témoignant de la douleur.
La douleur est, au cours de l’otite du nourrisson, certes moins fréquente que dans l’otite de l’adulte. Il est probable qu’elle manque, tant que la trompe reste suffisamment béante pour éviter la rétention} ou que les lésions n’ont pas gagné en profondeur.
Il y a tout lieu de penser que bien des cas d’otites
d'A i cRvRS
latentes restent aussi indolores que lesont certaines sinusites maxillaires ou ethmoïdales que l’on découvre à l’autopsie de sujets adultes, sans que rien ne les ait fait soupçonner pendant la vie.
Quant elle existe, elle se manifeste de différentes façons : très rarement par le geste, chez le grand nourrisson qui porte fréquemment la main ‘à l'oreille. | je
Par des cris, tantôt incessants, tantôt seulement à approche de l’enfant, même si on ne le touche pas.
Par les mouvements continus de la tête qui roule sur l’oreille. Par le mâchonnement, ou le grincement des dents que Kismi considèrecomme extrêmement fréquent. Ce signe assez fréquent n’a guère de valeur que dans une période où ne peut être mise en cause une éruption dentaire.
À un degré moindre, la douleur ne se manifeste que par l’insomnie el nous retrouvons cette absence presque complète de sommeil avec une grande constance dans presque tous les cas d’otite méconnue grave ; elle s’associe alors un faciès crispé, angoissé, qui donne au petit malade une expression bien particulière. Par moments, les yeux sont clos, mais l’enfant les ouvre au moindre mouvement fait autour de lui, et nous l'avons observé chez des enfants qui atteints d’otite double, ne réagissaient à aucune excitation auditive par voie aérienne, diapason, sifflet de Galton, bruiteur microphonique, bref, qui certainement n'avait pas été arraché par le bruit à un
sommeil léger.
Nous l’avons surtout appris par des mères admises avec leur nourrisson dans les crèches, n'ayant à s'occuper que de lui, lobservant anxieusement pendant des heures et qui insistaient sur ce fait qu’ils ne dorment pas un seul instant, s’agitant de temps à autre pendant quelques secondes, gémissant un peu, puis rentrant dans leur immobilité:
Une douleur intermittente peut ne se manifester qu'à l’occasion des mouvements de déglutition, sous l'influence de la contraction des péristaphylins qui augmente la pression intra tympanique. Ainsi s’explique ce fait maintes fois constaté sur des nourrissons même ne présentantaucun symptôme digestif, qui comme les autres savent crier leur faim à l'heure habituelle des tétées, qui paraissent prendre avidement le sein ou le biberon au moment où 1l leur est offert et qui au premier mouvement de déglutition, se mettent à crier, lâchent le sein ou la tétine. Ceci paraît de l’inappétence alors qu'il ne s’agit probablement que d’une douleur assez vive pour contrebalancer leur soif.
Il'semble que ce soit aussi à la douleur provoquée par la succion etla déglutition que l’on puisse trouver une explication au signe de PINS, signe de la succion controlatérale. Pixs à observé que le
nourrisson atteint d’otite unilatérale ne prenait souvent qu'un sein et c’est celui du côté opposé à celui où siège leur otite. Meissxer en 1828, signalait déjà ce fait : «11 semble que le décubitus sur le côté atteint, apporte un soulagement à l’enfant; car les
nourrissons boivent plus tranquillement et mieux s'ils sont couchés sur l'oreille malade et les grands enfants cherchent d'eux-mêmes. cette position et crient aussitôt que l’on cherche à les placer dans une autre position ».
Nous avons obsgrvé plusieurs fois ce dernier fait quand au signe de Pins, nous avons eu l’occasion de voir un nourrisson de 4 mois atteint d’otite droite qui refusait le sein droit chaque fois qu’on lui présentait, alors qu'il était étendu sur le côté gauche, comine dans la position où la mère le tient normalement, alors qu'il le prenait très bien, si la mère le lui présentait alors qu'il était étendu sur le côté droit sur le bord de son berceau. Le fait peut aussi être vérifié dans quelques cas pour la tétée du biberon. |
Signes généraux
La température est extrêmement variable. Quoique ses diverses modalités n'aient aucune individualité, il est intéressant de signaler quelques-uns des types les plus fréquents.
Les examens répétés chez des nourrissons athsepsiques, nous ont montré qu'habituellement le début de l’otite est signalé par un clocher brusque à 39, ho même 4o°8 que nous retrouvons dans les observations. Si l'enfant survit à l’atteinte brusque que signale cette ascension, une période d’apyrexie presque complète suit, entrecoupée de nouvelles poussées brusques. |
Dans les formes graves d’otite survenant en
dehors d’autre affection capable d’expliquer l’élévation de température, on trouve fréquemment une courbe progressivement ascendante avec température oscillant ensuite d’un degré entre 38°%5 et 39°5. La paracentèse modifie très nettement la température qui dessine souvent quelques grandes oscillations (obs. 6) qui dans la suite s’atténuent.
Le type en plateau élevé vers 39° ou 40° est celui qui se rencontre dans l’otite, compliquant les affections pulmonaires, pneumonie ou broncho-prieumonie. Ilne lui appartient pas en propre, mais le rôle que joue l’otite dans la genèse des manifestations morbides se manifeste à la période où normalement les symptômes généraux devraient s’atténuer ou disparaître alors que les signes locaux pulmonaires ont déjà commencé à régresser. On note souvent à cette période où l’on attendait une défervescence sinon brusque du moins assez rapide, des oscillations d’ampiitude croissante, chaque matin amenant la température plus bas que la veille, alors qu’elle remonte chaque soir. D’emblée on aurait l'impression d’une pleurésie purulente ou de la suppuration d’un foyer d’hépatisation si l’auscultation ne redevenait muette et la ponction exploratrice ne restait vaine.
On rencontre quelquefois, mais plus rarement le type inverse.
Quant au pouls il reste en rapport avec la température, mais sa rapidité reste considérable, même au moment des rémissions passagères que présentent quelquefois les formes sévères.