‹ L'oubli, ou, La chambre nuptialeChapitre 4 sur 20 · SCE.^E IL · texte numérisé non relu

SCE.^E IL

DALBELL , POULOT.

DALBELL.

Ouf! j'avais besoin de sortir de la salle de bal. . . C'est étonnant... pour un militaire , qui doit toujours marcher de pied ferme. . . cçs lumières , ce punch, cette walse. . . je ne m'y retrouvais plus.

AIR : Du p rtage de la richesse.

C'est donc ainsi qu'on se marie!

Devrait-on finir par un bal L'acte le plus sérieux de la vie?

Pourtant, au fond , ce n est pas mal. . . Sur les périls, pour garder sou courage ,

Il ne faut pas s'appesantir ; Et si l'on walse un jour de mariage ,

C'est sans doute pour s'étourdir.

D'accord j mais, nioi,qu'ai-je à craindre? rien... ou tout au plus de devenir fou . . . fou fl'amour I . . . eh bien ! si fait pourtant. . . J'ai encore une autre peur. . . Jusqu'à présent je n'ai déclare' la guerre qu'à des tacticiennes expérimentées , qui savaient , en se défendant , respecter le droit des gens; et pourvu que l'atta(]ue fît assez d'honneur à leur défaite. . . Mais ici, ce n'est plus cela. . . une petite femme pleine de candeur et d'innocence!... Il ne s'agit plus de faire le mauvais sujet, il faut se proportionner... C'est vrai , depuis ce matin , je suis à me demander ce que je lui dirai ce soir... et rien que d'y penser, il me prend un malaise... un frisson... Ah! bah! si je m'intimide. . =

An contraire , il faut me faire une raison,et retourner encore au punch et à la tlanse , pour achever de me brouiller les ide'es... çam'a déjà re'ussl j car, tout-à-l'heure, c'ëtaitdrôle , en tournant dans le salon avec ma femme, il me semblait voirtoutes les autres. ..mes anciennes, qui venaientrae faire leurs adieux , et danser en rond autour de moi. . . La vive Estelle , la sensible Augustine , la prude Ursule, et cœléra. . . et surtout Fanny , ma dernière, ma petite Fanny , avec qui j'ai eu des torts. . . ce qui est mal, très-mal; car sans mon mariage, je la recretterais.. . Oh I non, non... ma femme , rien que le mot fait plaisir... Éntiu pouvoir me dire : voilà une petite femme qui est mon bien , ma propriété , exclusivement à moi , à moi seul I Quel bonheur ! . . . Ça va me changer. . .

POULOT, rêvant. Elle sera à moi. . . Eupbémie !

DALBELL.

Heim î . . . Comment ! ma femme ! . . .

POULOT , de même.

Je ne la quitterai pas. . , je veux rester ici avec elle.

DALBELL.

Tiens, le petit cousin !... Eh bien! ça promet. ( Le prenant par le bras. ) Dites donc, mon jeune ami, à qui en avez-vous ?

POULOT , se levant.

Quoi?... qu'est-ce?... plaît-il?... Ah I c'est vous, mon cousin 1

DALBELL.

Qu'est-ce que vous faites donc là , à cette heure-ci?

POULOT , baillant.

Moi, rien. . . c'est que je. . . je me promène.

DALBELL.

Par exemple, il se promène ! Vous êtes donc sotniintnbule?... Ah! ça, mais à propos, où sommes-nous ici ?... Moi, je m'égarais dans les corridors, et je suis entré sans savoir. . . A qui cet appartement?

POULOT

Parbleu! à ma cousine.

DALBELL.

A ma femme? Voyez-vous la sympathie. .. c'est fort,

ça. . . . pour l'amonr conjugal Ma foi, je ne suis pas fâche d'étudier un peu les localités , et de faire une reconnaissance en e'claireur. Voyons. . . ( Ouvrant la porte adroite.) Par là un charmant boudoir. . . et ici? ameublement plein, de goût et d'élégance. . . . et puis !. . . ( Regardant le lit. ) Diable ! c'est soigné ! . . . ça fait plaisir à voir . . . c'est pres-

pres-

POULOT

DALBELL.

POULOT

DALBELL.

que un à-compte.

Plaît-il ?

Ueim!

Je dis plaît-il.

Plaît-il. ., quoi?

POULOT

Je demande ce que vous dites?

DALBELL.

Laisse-moi donc tranquille. Il n^'est pas mal curieux , le cousin. . . Ah ! mais , j'y pense. . . si on venait à me surprendre... le décorum... l'étiquette... ces grands parens , surtout la baronne de la Guéritaude, ma nouvelle et respectable tante.

POULOT

Celle là î elle aurait bien dû rester dans son château du Berry , au lieu de venir nous gâter la noce par ses taquineries... Elle est cause que je n'y suis pas, à la noce , moi ; car je l'ai bien entendue tout-à-l'heure ; c'est elle qui a dit tout bas à mon papa : « Mon frère, faites donc retirer y le chevalier. . . » Le chevalier c'est moi. Elle dit que les aînés s'appelaient comme ca autrefois dans notre famille. a II n'est pas convenable qu'il reste après la fin. «

DALBELL.

Petit futé 1 Ah ! ça , il faut que je rentre dans les salons. . . Voulez-vous me conduire ?

POULOT

Oui , allons nous eu ensemble. ( A part. ) Et je reviendrai tout seul.

DALBELL.

Montrez-moi le chemin. , . je vous suis. {Se retournant.)

Adieu, séjour magique ! chambre de ma femme. . . au revoir!... Ah! mou cœur!... ma tête!... ( F^iuement. ) Dieu! quelle idée ! si je pouvais, . . Mais , non , il n'est plus temps. . . que c'est dommage !

POTTLOT , près de la porte , et à part. Qu'est-ce qui lui prend donc? c'est le punch.

DALBELL, à part.

Ce maudit Isidore !. . . mon petit fat de sous-lientenant, depuis quinze jours qu'il est en congé à Paris... je lui avais tant recommandé de voir le bijoutier , de presser pour ce médaillon, et de me l'envoyer à Gaudebec sur-le-champ, à tout prix, fût-ce par un exprès. . . trente-sept lieues. . . {A Poulot. ) Dis donc, petit, il n'est venu personne me demander?

POULOT, à part, en descendant.

Petit , par exemple ! . . . ( Haut. ) Est-ce que je sais , moi?

DALBELL.

L'auLerge de la poste est à deux pas. . . il serait possible. . . ces courriers, au lieu de faire tout de suite leur commission. . . ça reste à boire. . . ça se grise. . . Envoyer des domestiques... c'est si bavard! ( A part. ) Eh! parbleu ! le cousin! . . . ( Haut. ) Dis donc , mon ami , veux-tu me rendre un service ?

POULOT, à part.

Je t'en souhaite.

DALBELL.

Vois-tu ? C'est quelque chose dont je voudrais que personne ici ne pût se douter.

POULOT, à part.

Un secret!.,. Oh! s'il y avait une bonne malice à lui faire !

DALBELL.

Cours en face , chez le maître de poste , et là , informetoi s'il est arrivé, de Paris , pour moi, un homme avec un paquet... tu me l'apporterais.

POULOT

L'homme ?

DALBELL-

Non, le paquet. . . çn évitant d'être vu... avec adresse et discrétion.

( 8 ) POTJLOT.

Oui... IM.us madame Duraud voudra-t-clle me remettre?...

DALBELL.

C'est juste.. . Attends, f A part. ) II a de rintelligence. ( 7/ écrit. ) « Je prie M™^ Durand de remettre au petit bon- » liomme ( Poulot fnit un niouvemeuf comique de dc'pit. ) » tout ce qui sera arrivé pour moi. Dalbell. » Tiens , va vite.

PODLOT, à part.

Toujours son bête de petit bonhomme!... Oli! ça me vexe 1 Si j'e'tais grand, je me battrais avec tons ceux qui nrapellernient petit.

( // sort. )

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