W DE L'ÉTANG, M^'^ DUPRÉ
Mlle DE L'ÉTANG.
Est-il possible que tu n'ayes pu voir encore le pauvre Duvivier pour lui faire des excuses de ma brusqueriie? Je t'avoue qu'il m'a fait pitié et que je suis inconsolable du chagrin que je lui ai donné.
Tu es bien fille ! Ce matin tu ne le pouvois souffrir, et te voilà toute inquiète de ne pas le voir. Que veux-tu que je te dise ?
— H - Il étoit outré de douleur, et je ne crois pas qu'il remette jamais les pieds céans.
xM'ie DE L'ÉTANG.
J'en serois au désespoir, car il faut que je te dise la vérité, le chagrin que j'avois contre lui ne venoit point tant du peu d'agrément de sa conversation que de ce qu'on m'avoit dit qu'il en aimoit une autre; mais je viens d'apprendre qu'il n'y a rien de plus faux et qu'on avoit pris plaisir à me donner cette alarme.
M"e DUPRÉ.
Je te promets que je n'oublierai rien pour le faire revenir et vous remettre tous deux bien ensemble. Mais écoute ce qui m'est arrivé. J'étois sortie pour faire une visite dans le quartier; deux hommes, à quatre pas de moi, ont mis l'épée à la main pour se battre ; je me suis jetée à corps perdu dans la première maison que j'ai rencontrée, c'étoit justement la maison de M. Jérôme, où j'ai trouvé d'abord, face à
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face, M. Deslandes qui accouroit au bruit qu'on faisoit dans la rue (i). Il a tressailli en me voyant, et je crois qu'il a été aussi effrayé de me voir que je l'ai été de voir des épées nues ; cependant, comme le plus fort en étoit fait, et qu'il n'étoit plus question de complimens ni de révérences, il s*est un peu remis et m'a* dit fort galamment qu'il ne pouvoit être fâché de cet accident, quelque frayeur qu'il m'eût donnécj parce qu'il étoit cause du bonheur qu'il avoit de me voir. Je suis la plus trompée du monde si je ne lui ai touché le cœur.
M»e DE L'ÉTANG.
Si tu en es bien persuadée, cela est vrai. Mais ne nous trompons point là-dessus.
On nous fait plaisir quand on nous dit qu'on nous aime; mais pour l'ordinaire on ne nous apprend rien de nouveau.
Mïie DUPRÉ.
Je lui ai dit que nous faisions notre
compte de l'avoir ce soir à souper. Il m'a dit que son père l'en avoit averti et qu'il en avoit la plus grande joie du monde.
M'ic DE L'ÉTANG.
Tu peux te vanter d'avoir fait un miracle, car n'en est-ce pas un d'avoir fait, en moins d'un quart d'heure, d'un homme fort sauvage un homme fort galant? Tu dois être fière d'une telle métamorphose.
M'»e DUPRÉ.
Il faut voir ce que cela deviendra.