M. DE L'ÉTANG, M^'^ DE L'ÉTANG, M"« DUPRÉ
M. DE L'ÉTANG
Je ne sais pas à qui en veut M. Duvivier, il s'est acharné sur moi de la plus étrange
manière du monde... Il ne m'a pas abandonné un moment depuis que je vous ai quittées. Il n'y a rien que je n'aye essayé pour m'en défaire, mais inutilement. Je suis entré chez un de mes amis, feignant d'avoir quelque chose d'importance à lui dire, en sortant j'ai trouvé M. Duvivier sur le pas de la porte qui m'attendoit el qui a recommencé à me fatiguer de ses nouvelles et surtout de ses protestations d'amitié qu'il a réitérées plus de cent fois et en cent manières différentes; je l'ai eu sur le corps toute la journée.
M''« DE L'ÉTANG
Voilà, mon frère, ce que c'est que d'être si aimable : le grand mérite a ses incommodités aussi bien que ses avantages. Il est bien fâcheux assurément de s'entendre louer sans cesse et de se voir accablé de marques d^amitié, de respect et d'estime. Il faut une grande vertu pour soutenir courageusement et de bonne grâce le poids d'une telle affliction.
M. DE L'ÉTANG
Oh! oh! j'entends la raillerie et j'avoue franchement que je l'ai bien méritée ; mais raillerie à part, nous avons tous deux tort. M. Duvivier est un fort honnête homme qui s'est donné à nous, qui fait tous ses efforts pour nous plaire et pour gagner notre aniitié ; et nous, parce que ses manières ne reviennent pas aux nôtres qui sont peut-être pires que les siennes, car nous avons l'un et l'autre un air fier et une brusquerie qui , apparemment , ne plaisent pas à bien du monde, nous le traitons du haut en bas et nous nous fâchons de ce qu'il nous aime. Nous ferions bien de nous corriger de cette impertinence et de cette injustice.
M»« DUPRÉ
Mademoiselle votre soeur n'est pas moins repentante que vous du péché dont vous vous accusez ; mais il y a un moyen de réparer tout : M. Jérôme, M. Deslandes et
— S9 - M. Duvivier viennent souper céans aujourd'hui.
M. DE L'ÉTANG
M. Jérôme 1 et par quelle aventure vientil souper céans?
M>ie DU PRÉ.
Il est venu nous voir cette après-dînée, on s'est mis à parler de nos aimables petites voisines, M. Jérôme a témoigné une si grande envie de les entendre, que ma cousine, ayant dit qu'elles venoient souper céans, en a aussi prié M. Jérôme et sa famille, ce qu'il a accepté avec sa franchise ordinaire.
M. DE L'ÉTANG
J'en ai bien de la joie : mais avez-vous bien donné ordre à tout ?
M»e DE L'ÉTANG.
Nous avons le plus joli souper du monde, vous en serez content. La compagnie n'a qu'à venir quand il lui plaira.
— 6o — M. DE L'ÉTANG.
Surtout un Oublieux, M"^ Louison ne me le pardonneroit pas.