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DU PALAIS

// va ramasser toutes les méchantes nouvelles du Palais et du Luxembourg, des Halles et de la place Maubert, etc. (Acte 1, scène i.)

Le jardin du Luxembourg, le plus beau, le plus aéré et le mieux orné de Paris, quand la reinemère l'eut fait tracer et décorer par son ingénieurarchitecte Salomon de Brosse, et même, assuret-on, sous l'inspiration de son peintre ordinaire P. P. Rubens, devint la promenade favorite du public de l'Université et du faubourg Saint-Germain. Ce quartier, non moins aristocratique et infiniment plus vivant qu'aujourd'hui, était d'autant plus en faveur auprès des nouvellistes, que la plupart des grands hôtels garnis, et, par conséquent, presque tous les étrangers de distinction, s'y trouvaient réunis, à proximité du Palais d'Or-

léanSj de la Comédie française, de la foire Saint- Germain, et des Académies pour l'éducation de la jeune noblesse. Bien que fort négligé après la mort de Gaston d'Orléans, qui le reçut en don de sa mère, et surtout après le départ de Mademoiselle, le jardin du Luxembourg était encore en pleine vogue en 1691. 11 eut, avant le jardin du Palais-Royal, son arbre de Cracovie, et soutint vaillamment la concurrence de son rival d'outre- Seine. Un chapitre de Mercier, sur le Luxembourg de 1789, vient expliquer et confirmer à souhait ce que Perrault nous dit ici du Luxembourg de 1691 :

«< Un groupe de nouvellistes dissertant sur les intérêts politiques de l'Europe forme, sous les ombrages du Luxembourg, un tableau curieux. Ils arrangent les royaumes, règlent les finances des Potentats, font voler des armées du Nord au Midi. . . Le dernier venu dément d'une manière brusque tout ce qu'on a débité, et le vainqueur du matin se trouve battu à plate couture à sept heures du soir -, mais le lendemain, au réveil des nouvellistes, le conteur de la veille restitue à son héros une pleine victoire

« Ce qui a droit d'étonner un homme sensé, c'est l'ignorance honteuse où sont plongés tous ces faiseurs de nouvelles, tant sur le caractère que sur les forces et la situation politique de la nation anglaise

— Si —

«< Un bourgeois de la rue des Cordeliers écoutait assidûment un abbé grand ennemi des Anglais; cet abbé l'enchantait par ses récits véhéments; il avait toujours à la bouche cette formule : // faut lever 3o,ooo hommes, il faut embarquer 3o,ooo hommes^ il faut débarquer 3o,ooo hommes, il en coiÀtera peut-être 3o,ooo hommes pour s^emparer de Londres.

« Le bourgeois tombe malade, pense à son cher abbé qu'il ne peut plus entendre dans l'allée des Carmes, et qui lui avait prédit la destruction prochaine de l'Angleterre au moyen de trente mille hommes. Pour lui marquer sa tendre reconnaissance, il mit sur son testament : Je laisse à M. /'a&i'e Trente-mille-hommes dou^e cents livres de rente ; je ne le connais pas sous un autre nom, mais c'est un bon citoyen, qui m'a certifié au Luxembourg que les Anglais seraient bientôt détruits. Sur la déposition de plusieurs témoins qui attestèrent que tel était le surnom de l'abbé, qu'il fréquentait le Luxembourg et qu'il s'était montré fidèle antagoniste des Anglais, le legs lui fut délivré. »

On sait que les galeries du Palais de justice étaient également, au XVIP siècle, le rendez-vous des petits-maîtres, des élégants, des oisifs, des nouvellistes, qui se rencontraient et commentaient les bruits du jour, les propos de ruelles, voire même les affaires d'État, dans la nouvelle Grand*-

salle des Pas perdus, dans la galerie Marchande, dans les cours du Mai et de la Sainte-Chapelle, dans la petite place du Change (où une rare estampe du temps de la Fronde nous montre la Mode triomphant en la personne d'un jeune raffiné poudré, enrubanné et empanaché), dans les innombrables boutiques des lingères, mercières, limonadiers, perruquiers, libraires, etc.

Abraham Bosse nous a laissé une curieuse vue de ces galeries, où Corneille a placé la scène de l'une de ses petites comédies d'intrigue.

Un scénario de l'ancien Théâtre-Italien, Arlequin lingère du Palais, nous offre aussi un tableau piquant de ces galeries du vieux Palais, sœurs aînées de celles du Palais-Royal : Arlequin, vêtu mi-partie en lingère et en limonadier, joue ce double personnage en se présentant de profil, tantôt à droite, tantôt à gauche, avec une telle agilité qu'il finit, en simulant une dispute entre les deux industriels, dont les boutiques sont contiguës, par se battre avec lui-même au grand émoi de Pasquariel, qui fait de vains efforts pour les séparer :

La Lingère, dans sa boutique.

Des chemises, des cravates, des caleçons, des torchons, messieurs!... Venez voir chez nous, monsieur, de très-belle toile de Hollande, de beaux chaussons à l'épreuve de la sueur.

Pasquariel.

Cette chemise m'accommoderait assez; combien en voulez-vous?

La Lingère.

Elle vous coûtera dix écus, sans vous surfaire.

Pasquariel.

Dix écus !

La Lingère.

Oui, monsieur, c'est en conscience, je n'y gagne qu'une livre par sol.

PASQ.UARIEL.

Je vous en donnerai trente sols.

La Lingère.

Trente sols!... On voit bien que vous n'êtes pas accoutumé à porter des chemises !

Pasq.uariel.

Tenez, voilà un écu sans marchander. Ne me laissez pas aller ailleurs.

La Lingère, Ça, ça, prenez-la; mais à condition que vous

me ferez l'honneur de me revenir voir. C'est à l'enseigne de la Pucelle.

Pasq.uariel.

Comment vous appelez-vous r

La Lingère.

Je m'appelle la belle Angélique, à votre service.

Le Limonadier, dans sa boutique.

Des biscuits, de la limonade, des macarons, du café, du chocolat à la glace, messieurs !... St, st, monsieur. {Pasguariel se retourne.) Un petit mot, s'il vous plaît... Apparemment, monsieur, que vous êtes étranger ? Ne vous amusez pas à cette peste de gueuse-là; elle vous dupera. Sa boutique n'est remplie que de plumets, de bretteurs et de petits-collets...

La Lingère.

Qu'est-ce que cet empoisonneur du genre humain vous conte? Voilà encore un plaisant coquin pour me traiter de gueuse ! Qu'est-ce que la boutique d'un limonadier, mon ami?... Deux seaux d'eau, deux citrons et une once de sucre la composent.

Le Limonadier.

11 est vrai qu'une lingère est bien mieux fournie! De trente paquets qui sont dans sa boutique, il n'y en a pas quatre pleins de marchandises. Témoin cet âne qui, étant l'autre jour attaché à la porte, en mangea six qui n'étaient remplis que de foin

Les galeries du Palais avaient sur les allées du Luxembourg l'avantage d'abriter leurs habitués, qu'attiraient d'ailleurs, selon leur âge et leur condition, les boutiques des jolies marchandes, les étalages des libraires en renom ou les échoppes des écrivains consultants.

— Pour les cancans des Halles et de la place Maubert, reportez-vous au Roman bourgeois de Furetière, avec lequel notre petite comédie ne laisse pas que d'avoir un certain air de famille.

N'oublions pas non plus la piquante satire de Berthod : La ville de Paris en vers burlesques, contenant toutes les galanteries du Palais,... V éloquence des harengères de la halle,... le haut style des secrétaires de S. Innocent, etc. Bien qu'il soit de quarante ans antérieur à notre comédie, ce tableau populaire n'est point à dédaigner pour l'intelligence du texte, non plus que l'estampe qui lui sert de frontispice, et qui représente la halle en plein mouvement : bourgeois, ser-

vantes et marchandes se querellant, se gourmant, ou simplement flânant et devisant comme le pouvaient faire M. Duvivier et ses compères.

Or sus voicy la Halle illustre, Voyla quantité de poisson .

Nous rirons de bonne façon Si tu veux prendre patience, Car e'^est ici le lieu de France Oîi se disent les meilleurs mots On fait les contes les plus sots, Surtout parmi ces harengères.

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