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ES ANTIQUAIRES ET ERUDITS AU XVIP SIECLE

// était dernièrement dans une joie inconcevable d'avoir trouvé le nom de la nourrice d'Hector, etc. (Acte I, scène ii.)

Ainsi que nous Pavons remarqué et noté dans notre introduction, Perrault continue ici sa petite guerre contre l'antiquité et les antiquaires. Du reste, il se fait la partie belle en personnifiant en M. Deslandes le,s grotesques de l'érudition, qui pullulaient alors comme aujourd'hui. Ainsi, M. Eug. Labiche, l'un de nos plus spirituels auteurs comiques, traduisait dernièrement sur la scène du Palais-Royal l'antiquaire de clocher qui se lance dans des déductions à perle de vue à propos d'un couvercle de casserole exhumé et transformé par lui en scutum ou en clypeus. Cette fine et amusante parodie n'empêchera pas nos sociétés archéologiques de province de produire comme

par le passé de solides et excellents travaux ; de même les épigrammes de Perrault, toutes justes qu'elles pouvaient être dans l'exception, n'atteignaient en rien les sérieux et savants explorateurs de l'antiquité qui honoraient alors l'Allemagne, la France et la Hollande. Si l'esprit d'investigation historique poussé à l'excès pouvait, en s'égarant, en se rétrécissant, produire quelques messieurs Deslandes, il allait bientôt faire éclore ces magnifiques et lumineuses publications : le Thésaurus antiquitatum Grœcarum de Gronovius, le Thésaurus antiquitatum Romanarum de Graevius, VAntiquité expliquée, etc., qui contiennent d'autres enseignements, il faut en convenir, que les noms de la nourrice d'Hector, de la femme de chambre de Cléopâtrc, et la nature des pantoufles du roi Priam.

Du reste, les profanes n'étaient pas les seuls à signaler les niaiseries et le pédantisme acariâtre des demi-savants; l'un des grands prêtres du temple, dom Bernard de Montfaucon, dans sa préface, toute pleine d'ailleurs d'équité et de modestie, comme il convient à un homme de sa valeur, décoche à ces faux frères ce trait, d'autant plus blessant qu'il affecte plus de ménagements dans la forme : « L'antiquité a été ci-devant traitée par un grand 'nombre d'habiles gens. Il est trèspeu de points sur lesquels ils ne nous aient laissé plusieurs ouvrages. Quand plusieurs ont écrit sur

le même sujet, il est rare qu'ils s'accordent ensemble. Ceux qui sont venus après ont souvent réfuté les auteurs qui les avaient précédés Quelques-uns qui ont été contredits de leur vivant ont fait des répliques pour soutenir leur opinion et repousser leurs adversaires. Il y en a même qui, se voyant repris avec raison et ne voulant pas avouer leur erreur, ont tâché de jeter de l'obscurité dans la matière, pour se tirer comme ils pouvaient d'un mauvais pas : de là sont venues les querelles personnelles; c'est ce qui a encore multiplié les livres sur l'antiquité. »

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