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LA CIVILITE Q.UI SE PRATIQUE EN FRANCE ENTRE LES HONNÊTES GENS

Oh ça! mon fils, il faut s'acquitter de ceci en galant homme, c'est-à-dire avec une honnête

hardiesse mêlée de respect et de civilité

(Acte II, scènes i, ii, ni.)

L'idée de ce M. Deslandes, qui néglige la civilité contemporaine par respect pour la politesse des anciens, et qui dédaigne les Nanons, les Margots et les Javottes par admiration pour les Glycères et les Lalagées du temps jadis, est assez comique; mais il faut convenir que, pour un homme d'étude, peu au fait des usages du monde, la civilité du XVII siècle avait des exigences d'une prï.tique délicate, mêlées du reste à des naïvetés étranges. Pour l'éclaircissement de cette scène, nous allons faire quelques emprunts au code suprême des bienséances du grand siècle, maintes fois réim-

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primé pendant ce long règne sous le titre de : Traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens.

« La loi que l'on doit observer indispensablement, c'est la mode ; c'est sous cette maîtresse absolue qu'il faut faire ployer la raison, en suivant, pour nos habits, ce qu'il lui plaît d'ordonner, sans raisonner davantage, si nous ne voulons soriir de la vie civile. Et de fait, si une personne, quelque modeste et retirée qu'elle soit, veut se raidir contre cette mode qui est un torrent, en paraissant, par exemple, devant le monde avec un chapeau pointu, à présent qu'ils se portent bas de forme, elle se mettra au hasard d'être courue et montrée au doigt.,. Pour éviter cet inconvénient, il faut remonter jusqu'à la source de la mode, qui est la cour. Ceux qui ne vont point à la cour doivent tâcher de connaître quelqu'un qui y ait commerce et s'en faire un modèle, le prenant à peu près de sa condition, de son âge, et de sa taille. »

C'est à peu près ce que vient de dire M. Jérôme à son fils.

« Avec cela il faut avoir soin de la propreté et de se tenir la tête nette, les yeux et les dents, dont la négligence gâte la bouche et infecte ceux à qui nous parlons ; les mains aussi, et même les pieds particulièrement l'été, pour ne pas faire mal au cœur à ceux avec qui nous conversons. Ayant soin de se rogner les ongles, il faut aussi se tenir les

cheveux et la barbe d'une telle ou telle manière, selon la mode ordinaire... »

« En entrant dans une compagnie il faut observer d'avoir un marcher modeste, ne frappant pas fortement le plancher, ne traînant pas aussi les pieds, ne marchant point comme si l'on dansait, ne marquant point la cadence de la tête ou des mains, mais se contenant et marchant doucement sans tourner la vue çà et là... ^

« C'est une chose tout à fait indécente de se présenter, particulièrement devant des dames, et de montrer la peau à travers la chemise et le pourpoint, ou d'avoir quelque chose d'entr'ouvert qui doit être clos par honnêteté.

« En s'asseyant, il faut observer de se mettre au bas bout, qui est toujours du côté de la porte par laquelle vous êtes entré, comme le haut bout est toujours où se tient la maîtresse du logis. Il ne faut pas se mettre côte à côte de la personne, mais vis à vis, afin qu'elle voie que l'on est prêt à l'écouter. Il faut avec cela se tourner le corps un peu de côté et de profil, parce que cette posture est plus respectueuse que de se tenir de front... »

«< Il ne faut pas se couvrir; il faut avoir ses gands aux mains, se tenir tranquille sur son siège, ne point croiser les genoux, ne point jouer avec ses glands, son chapeau, ses gands, etc., ni se fouiller dans le nef, >ii se gratter autre part...

« Il n'est pas d'un homme de qualité, s'il se trouve en compagnie de dames, de patiner et de

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porter la main tantôt à un endroit et tantôt à un autre, de baiser par surprise, d'ôter la coitfe, le mouchoir, etc..

« Il est aussi fort indécent, dans une compagnie de dames, de quitter son manteau, d'ôter sa perruque ou son pourpoint, de se couper les ongles, de se les rogner ou de se les nettoyer avec les dents, de se gratter quelque part, etc..

« C'est une simplicité, à un homme qui veut passer pour savoir son monde, que de nommer sa femme par la qualité que l'on a ou par quelque terme badin, comme par exemple si c'était un président qui parlât et qu'il dit de sa femme : Madame la présidente, mon cœur, ma fanfan, est la plus ceci, la plus cela... Au reste, un mari est tout à fait ridicule de caresser sa femme devant le monde... »

Ce dernier cas ne concerne pas encore M. Deslandes, qui ne sera marié qu'au dénoûment ; mais, sans parler des chapitres du cérémonial des repas, des honneurs à rendre aux personnes qualifiées, de la correspondance et de la conversation, qui fourmillent « de choses aussi curieuses que cellesci », ces quelques extraits suffisent pour expliquer la fugue de notre savant, qui préférait sans doute aux vaines contraintes de la civilité, la liberté de « se fouiller dans le nez » et de «se gratter >> dans le silence du cabinet.

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