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LES CONCERTS BOURGEOIS AU XVII^ SIECLE

Ce qui me charme, c'est cfentendre 3/"^ Louison chanter la basse.. (Acte III, scène m.)

Il est à présumer, d'après cette scène, que VOublieux n'était dans l'origine qu'une petite pièce de circonstance, composée pour produire en société deux sœurs bonnes musiciennes, dont l'une possédait une belle voix de contralto, phénomène assez rare de tout temps et non moins apprécié — sinon aussi cher payé — à l'époque de Lully que de nos jours.

■ Les concerts d'amateurs ou concerts bourgeois étaient assez communs à Paris au XVII'" siècle. Loret, grand dilettante en même temps que grand gourmand et grand joueur, parle souvent de ceux auxquels il assistait chez un sien ami demeurant verç le Petit-Pont, ainsi que des réunions musi-

cales auxquelles le conviaient — en sa qualité de gazetier influent :

Le sieur Bertaut, cet homme rare, Avec la divine Labarre,

Une étoile... filante comme les nôtres, qui promenait volontiers à l'étranger sa célébrité parisienne.

Le rôle des instruments était alors fort modeste: un concert se composait exclusivement de morceaux de chant avec accompagnement de luth, téorbe, guitare ou clavecin. Les violons n'intervenaient que pour les ritournelles et pour ainsi dire par tolérance. Rappelez-vous la petite fête du Bourgeois gentilhomme et les conseils de son maître de musique :

« 11 faut qu'une personne comme vous, qui êtes magnifique, et qui avez de l'inclination pour les belles choses, ait un concert de musique chez soi, tous les mercredis ou tous les jeudis.

— Est-ce que les gens de qualité en ont?

— Oui, monsieur.

— J'en aurai donc. Cela sera-t-il beau?

— Sans doute. Il vous faudra trois voix : un dessus, une haute-contre, une basse, qui seront accompagnés d'une basse de viole, d'un téorbe, et d'un clavecin pour les basses continues, avec

deux dessus de violon pour jouer les ritournelles. »

Les insiruments d'accompagnement ou d'harmonie, descendants directs de la lyre antique, et comme tels répute's très-nobles , étaient seuls soustraits au monopole du roi des violons et de ses suppôts.

Le roi — j'entends le roi de France — et les princes du sang pouvaient bien appeler à leurs fêtes, pour y sonner et fredonner, les violons privilégiés de la grande et de la petite bande. Les grands seigneurs avaiefit des laquais violons à leur service, et les maîtres musiciens (compositeurs) des symphonistes à leurs gages. Mais les bourgeois et le public en général devaient, de par les ordonnances et édits remontant à un temps immémorial et renouvelés formellement en iGSg, s'adresser exclusivement aux maîtres violons joueurs d"* instruments tant haut que bas, véritables ménétriers bons tout au plus à donner les âmes des pieds, selon l'expression élégante de Magdelon. Ces confrères de Saint -Julien avaient si bien déshonoré le roi des instruments , que pas un homme de qualité, pas un honnête bourgeois même, n'eût rougi d'apprendre et de pratiquer leur art. Traiter un homme de violon ou le traiter àe fiacre, c'était tout un alors, c'était le qualifier d'ivrogne et de misérable.

Un demi-siècle après, nous voyons figurer le

comte de Dampierre, le marquis de Sourches, M. de Courtomer, comme violes et violons dans l'orchestre de M™® de Pompadour. La création de l'Académie royale de musique, en émancipant les artistes, avait élevé le niveau de l'art au point de donner au violon lui-même ses grandes entrées dans le monde. Il n'a plus dérogé depuis.

Nemeitz, dont le livre publié en 1727 se rapporte à un séjour à Paris fait vers la fin du règne de Louis XIV, consacre une note intéressante aux principaux concerts en vogue à cette époque. Peut-être les deux sœurs de notre comédie, M"es Manon et Louison, figurent-elles sous leur vrai nom dans cette liste de virtuoses.

« Les concerts que j'ai quelquefois écoutés furent chez le duc d'Aumont, qui fut ambassadeur en Angleterre; chez l'abbé Grave; chez M"^ de Maes, qui en donna un par semaine ordinairement ; et puis chez M. Clérambault, qui en eut un environ tous les quinze jours ou trois semaines. Tous ces concerts furent composés par les meilleurs maîtres de Paris. Celui de M. Clérambault eut ceci de remarquable qu'une jeune fille d'environ onze ans jouait du clavecin, et qu'elle l'accompagnait d'une habileté et grâce peu commune. Les concerts de la fameuse damoiselle (sic) Laguerre n'ont plus été joués depuis quelques années. Les concerts chez M-'*= Ecuiers furent peu fréquentés, et on y put jouer en attendant une reprise d'ombre dans une antichambre. »

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