DE L'ATLANTIQUE AU PACIFIQUE
Vue d'ensemble
Le Canada ne consiste pas seulement dans la partie qui borde l 'Atlantique. — Division politique. — Division naturelle, climatérique et économique : l'Est, le Centre, l'Ouest. — Différents climats.
Si Ton dit parfois que le Canada est un pays «d'avenir », c'est que les espérances qu'il donnent sont très grandes, mais son « présent » est assez beau pour que celui qui parcourt cette immense contrée soit stupéfait de sa richesse et de sa prospérité actuelles.
Il y a seulement quelques années, lorsqu'on parlait en France du Canada, il était implicitement convenu que c'était de la partie limitrophe de l'Océan Atlantique : le reste ne comptait pas.
Aujourd'hui, il ne saurait en être ainsi : comme la prospérité actuelle de l'ensemble du Canada est précisément due au développement prodigieux pris par certaines de ses parties, que nous négligions, il est indispensable de les connaître et d'établir entre elles une
distinction. D'autant plus que Ton suppose bien qu'un pays grand comme environ dix-sept fois la France ne puisse pas former un tout homogène.
Politiquement, ces vastes régions constituent un ensemble autonome avec un parlement « fédéral », et sont divisées en « provinces » avec leurs gouvernements particuliers, sauf dans les parties septentrionales encore trop peu peuplées et qui sont sectionnées en « territoires ».
Le Canada est une colonie de l'Angleterre et ses citoyens sujets du Roi. Mais la métropole n'exerce qu'une tutelle très douce, et elle a eu la générosité de laisser aux Canadiens le droit de se gouverner à leur guise. Générosité intéressée?... Peut-être, mais, quand il appartient au plus fort, le sentiment est assez noble pour ne craindre aucun adjectif. Quoi qu'il en soit, le Canada est un pays où l'on jouit d'une liberté et d'une tolérance extrêmes, et qui offre à tous une hospitalité également bienveillante.
Aux points de vue climatérique et économique, on peut établir une distinction tout à fait naturelle et suffisante entre l'Est Canadien depuis l'Atlantique jusqu'aux Grands Lacs, le Centre depuis les Grands Lacs jusqu'aux Montagnes Rocheuses, et l'Ouest depuis ces dernières jusqu'au Pacifique. Je ferai seulement remarquer que les Canadiens appellent généralement «West » tout ce qui est à l'ouest des Grands Lacs.
Dans son ensemble, le climat du Canada est très rigoureux. La province de la Colombie Britannique, constituée par la large bande qui va des Rocheuses au Pacifique, fait seule exception : elle jouit, d'un climat tempéré. Toutes proportions gardées, c'est la « Californie » du Canada.
Mais, si l'Est canadien est froid, les grandes plaines du
centre le sont bien davantage. Non seulement le thermomètre y descend beaucoup plus bas, mais comme rien n'y arrête la violence des vents, ils régnent en maîtres et rendent la vie si dure pendant l'hiver, qu'il fallut la fécondité exceptionnelle de la terre pour décider l'homme à s'y fixer. Dans les parties plus au nord, où les degrés de froid marqués par les thermomètres font frémir celui qui n'y a pas habité, l'hiver est moins pénible que dans le centre, si le pays est abrité du vent et de l'humidité, comme nous le verrons à propos du Jukon.
C'est ce qui fait que le Canada pourra être peuplé et ses terres livrées à la culture jusque sous une latitude très élevée. Mais l'heure des régions septentrionales, des « Territoires », n'est pas encore venue. Il faut des circonstances exceptionnelles — richesse extraordinaire de la terre ou exploitation de mines — pour que l'homme se décide à s'y établir, quand la partie plus habitable contient encore beaucoup de vides.
Au point de vue économique, l'Est Canadien, qui est le plus peuplé, est actuellement la partie commerciale et industrielle, et le débouché sur l'Europe : le Centre est un gros producteur de blé : l'Ouest est le grand pays minier, plus tard industriel, et le débouché sur l'Asie.
L'Est Canadien
Le Vieux Canada. mi-Français, mi-Anglais. — Les Canadiens-Français. — Le Canada se peuplait aussi le long du Pacifique. — Le Transcontinental a réuni les deux tronçons. — Montréal, grande ville commerciale.
L'Est est la partie la plus ancienne du Canada. C'est un peu de l'Europe, un peu des « vieux pays >), comme on nous appelle là-bas, importé tel que dans le Nouveau Monde, avec sa province française de Québec, et la province anglaise d'Ontario.
Québec est la capitale de la première, mais, véritable citadelle de notre race dont toute la province est la place forte, elle laisse la ville franco-anglaise de Montréal en être le centre commercial. De même Ottawa, capitale de la province d'Ontario et de tout le Canada, n'esl pas affairée comme Toronto, grande ville anglo-américaine, en bordure des États-Unis.
Les quelque soixante mille Français que nous avions abandonnés à leur sort, en perdant le Canada, lurent des agriculteurs. La terre qu'ils colonisèrent était d'une richesse moyenne et ils durent la disputer à la forêt par un pénible défrichement. Il fallait des bras pour la cultiver et des cœurs pour la défendre. La race était bonne, elle devint prolifique, et ils sont maintenant près de un million et demi de Canadiens-Français,
Ils ont jalousement conserve leurs vieilles coutumes,
leur religion, leur langue qui est la nôtre et qu'ils parlent avec une correction dont on est surpris. Ils ont gardé autre chose aussi : une froideur ombrageuse vis-à-vis du conquérant, froideur que rien n'a encore pu faire disparaître, surtout parmi la population des campagnes. Ce sentiment s'est beaucoup émoussé dans les villes et n'existe pour ainsi dire plus dans l'Ouest : la sagesse de l'Angleterre avait commencé l'apaisement en ôtant tout prétexte à des révoltes comme celles qu'elle avait eu à réprimer. Les nécessités de la vie et les rapports journaliers ont accentué le rapprochement des deux races, qu'une estime mutuelle doit consolider, et que des hommes éclairés ont déjà fait concourir à l'intérêt commun en leur montrant les brillantes destinées réservées à leur nouvelle patrie.
Après la cession du Canada à l'Angleterre, les colons français arrivèrent, grâce à leur étonnant accroissement, à maintenir leur nombre à peu près au niveau de l'élément anglais, accru par des apports incessants de la métropole, à qui l'Irlande et l'Ecosse fournissaient des émigrants. La terre fut défrichée et le pays se peupla, en même temps qu'il se peuplait à l'Ouest, le long du Pacifique, lentement et sans attirer l'attention. Il en serait encore de môme si la mise en culture des riches (( terres à blé » du Centre n'avait ouvert pour le Canada une ère nouvelle, en permettant la construction d'un Transcontinental qui constitue, depuis une vingtaine d'années, l'armature d'un Empire nouveau.
L'Est canadien, qui commençait à être encombré, fut le premier à tirer parti des conditions nouvelles. Son industrie et son commerce prirent un essor inattendu : depuis, ils n'ont cesse de croître, et sont actuellement dans un état de prospérité que les grands travaux en
cours et l'augmentation constante dans la production du blé ne peuvent qu'accentuer.
Montréal est la ville de l'Est qui a le plus profité de cet état de choses, et on peut prévoir pour elle les plus hautes destinées, malgré les glaces qui empêchent l'accès de son port pendant une partie de l'année.
Ville anglo-française, comme je l'ai dit, mais située dans une province essentiellement française et très peuplée, c'est là que doivent venir les commerçants de gros désireux de s'intéresser au Canada. Elle possèdedu reste une chambre de commerce « française » et nos articles y sont très appréciés.
Le commerçant de détail trouvera peut-être que dans l'Est canadien la concurrence est trop grande. Mais elle est grande partout, même dans les petites villes naissantes de l'Ouest, et jusquedans les camps miniers du Jukon. Les personnes capables ne la craignent pas, car elle leur permet de mettre en valeur leurs mérites, soit en faisant comme leurs concurrents, mais mieux qu'eux, soit en faisant d'une manière différente des autres. En Canada, comme en France, comme partout, le succès d'une entreprise dépend le plus souvent de l'idée créatrice : c'est le premier élément de ce qu'on est convenu d'appeler « la chance ».
L'Ouest