DES ROCHEUSES AU PACIFIQUE
La Colombie britannique. — Richesse en bois, en pêcheries. — Grand empire minier. — Vancouver, port sur le Pacifique. — Les étapes dorées des Pionniers-Mineurs. — Ce seront autant de centres miniers quand des voies d'accès en permettront l'exploitation économique.
Après avoir franchi les Rocheuses, on pénètre dans l'ancienne province anglaise de la Colombie Britannique (British Columbia). La capitale en est Victoria, sur une île, mais en face d'elle la ville de Vancouver, terminus du Ganaclian Pacific, prend tous les jours une situation prépondérante et semble destinée à s'accroître énormément.
Toute la côte, le long du Pacifique, jouit d'un climat tempéré, plus chaud dans la partie méridionale de la province, naturellement, mais qui reste relativement doux jusqu'à un degré de latitude élevé, puisque la côte sud de l'Alaska, qui serpente autour du G0e Parrallèle, reste toujours libre de glaces (I). Ces rivages, parsemés d'îles et profondément découpés par de nombreux
(1) Tandis que du côté de l'Atlantique, l'embouchure du Saint- Laurent, que coupe le 50' Parallèle, est bloquée tous les hivers par
fîords, abondent en bois magnifique. Vancouver, créé par le Ganadian Pacific, devint, dès sa fondation, un marché important pour le commerce des bois, ainsi que pour les .pêcheries, mais, depuis seulement quelques années, un ensemble de circonstances heureuses ont favorisé son essor. Alors qu'il semblait devoir rester étranger au grand mouvement qui se faisait dans le Centre, le goût de plus en plus prononcé des Japonais et des Chinois pour le pain, cl la demande croissante qu'ils font de farine, ont dirigé de son côté une partie de la recolle.
De plus, si le Centre constitue un empire agricole, toute la région canadienne des Rocheuses, depuis la frontière américaine jusqu'à l'Alaska, s'annonce comme un empire minier immensément riche. Les ports de la Colombie britannique seront, comme sont déjà San Francisco et Seattle aux États-Unis, de grandes villes commerçantes, minières el industrielles (1).
On comprend que les audacieux accourent dans des villes comme Vancouver, autour desquelles les événements se précipitent tellement vite que même l'activité des plus entreprenants a quelque peine à les suivre. C'est que, clans ces régions nouvelles, se livrent, à coups de capitaux, des batailles qui souvent en peu de temps et à Finsu des spectateurs, changent du tout au tout les conditions d'un pays. Telle est, actuellement, la lutte entre deux puissantes compagnies, l'une anglo-canadienne et l'autre américaine, pour la pénétration du massif montagneux situé au Nord-Est de Vancouver.
Dans la Colombie britannique, en effet, aussi bien que dans le Territoire duJukon, qui la borde au Nord, et jusqu'en Alaska courent, en se resserrant de plus en
(1) De plus Vancouver est situé au centre d'un très important bassin houiller dont on trouve les gisements aussi bien sur la terre ferme que dans les îles avoisinantes.
plus, deux grandes chaînes de montagnes qui ne sont que la continuation des monts américains. A l'ouest, c'est la chaîne côtière (Coast Range), prolongement des monts de Nevada et de Californie; à l'est, les Rocheuses (Rocky Mountains), suite des monts du Colorado, du Wyoming et du Montana. Non seulement ces montagnes présentent, sur toute leur étendue, des zones alternativement productives en minerais de toutes sortes, mais la région qui les sépare est formée de terrasses où se trouvent les alluvions aurifères les plus riches du monde. Celles-ci seules ont été touchées, dans presque toute la partie canadienne, et encore n'ont-elles été qu'à peine écrémées, en raison de la difficulté d'y pénétrer. Le Caribou, le Cassiar, l'Omenica et plus loin le Klondike ne sont que les étapes successives de la petite avant-garde de pionniers-mineurs auxquels il fautdesalluvions particulièrement riches pour qu'ils puissent les travailler avec leurs moyens primitifs et leurs ressources limitées. Mais ces étapes furent suffisamment productives, et le terrain assez bien reconnu pour laisser entrevoir les formidables profits réservés à l'exploitation industrielle de ces régions, lorsqu'elles seront pourvues de voies d'accès économiques.
On s'explique que la pénétration de ces futurs centres miniers donne lieu à des disputes.
Sans nous attarder davantage à l'Ouest Canadien, dont j'ai simplement voulu esquisser l'état de prospérité actuelle et faire prévoir l'avenir si brillant, nous pénétrerons plus au Nord, jusqu'au Klondike, dans le Territoire du Jukon. Nous trouverons là une des plus célèbres parmi ces régions à alluvions aurifères dont je vous ai parlé tout à l'heure. L'exemple est, du reste, intéressant, parce que des voies naturelles qui facilitent l'accès du Jukon ont réduit de beaucoup le temps généralement long qui
sépare le passage des premiers mineurs, du moment où les capitaux peuvent être engagés avantageusement.
Ayant fait partie des Pionniers de 1898, j'ai pu, depuis plus de neuf ans, suivre le développement de ce grand pays minier que je désire vous faire connaître, mais en indiquant auparavant quel intérêt sa connaissance peut offrir.
Tout d'abord je terminerai ce bref exposé de l'Ouest canadien par quelques considérations pratiques pouvant être utiles à ceux qui émigrent en Canada.