DEUXIÈME PARTIE
Opportunité d'engager des entreprises minières au Jukon
Pourquoi s'intéresser aux pays nouveaux
En France, l'émigration est une exception parce qu'elle ne répond pas à un besoin général, et exige presque toujours de trop grands sacrifices.
Il faut des raisons bien fortes pour quitter un pays où l'on vit, une situation qui a coûté du travail et du temps, pour aller recommencer ailleurs une existence très désavantagée au début par le manque de connaissance du milieu.
Mais pourquoi ne pas s'intéresser aux pays neufs, colonies françaises ou autres, qui offrent, sous des formes très nombreuses et variées, le moyen de faire fructifier l'argent dont on dispose plus avantageusement qu'on ne peut généralement le faire en France.
Les entreprises minières sont sans contredit parmi les plus lucratives qu'offrent les terres nouvelles, et, à leur tête, les entreprises de mines d'or.
Préventions corjfre les JWines d'Or
Plusieurs, parmi mes lecteurs, auront poussé les hauts cris quand j'ai parlé de mines d'or.
Raisonnons un peu.
Il est incontestable qu'une grosse partie du public, qui n'a pas l'habitude « des affaires », a une très grande appréhension contre les valeurs minières et celles de mines d'or en particulier.
Pour ce qui est des valeurs minières en général, je crois que cela tient surtout à ce que, étant intimement liées aux cours excessivement variables du métal, elles donnent beaucoup de prise à la spéculation, que fuit la partie sage du public.
Les valeurs de mines d'or échappent à cet inconvénient, et cependant beaucoup ont vis-à-vis d'elles une méfiance dont il faut chercher la cause dans les souvenirs cuisants que certaines ont laissés. Mais à qui la faute, si ce n'est au Public qui s'est « emballé » sur ces valeurs, et qu'est-ce que cela prouve, sinon qu'il faut raisonner ses actes et ne pas agir comme les moutons de Panurge.
Du reste j'ai l'intention de vous parler d'entreprises et non de valeurs de mines d'or.
Je ne m'occuperai donc pas davantage de celles-ci, après toutefois avoir fait remarquer, en comparant leurs cours et leurs dividendes actuels à leurs prix d'émission,
qu'elles furent de magnifiques « entreprises » pour ceux qui s'y intéressèrent dès le début (1).
Ptfur ce qui est des « entreprises » proprement dites, je ne crois pas qu'elles se soient fait encore en France une réputation, bonne ou mauvaise. Elles ont été trop peu nombreuses jusqu'ici dans notre pays pour que le public puisse porter sur elles un jugement, surtout sur celles ayant pour objet l'exploitation des « alluvions aurifères. » Les Américains apprécient beaucoup ces dernières, dans lesquelles ils trouvent une source de profits considérables.
Certains ont contre les mines d'or un grief d'une autre sorte : ils les assimilent à un jeu de hasard.
Et en quoi seraient-elles jeu de hasard?
En s'y intéressant non comme « valeurs », mais comme « entreprises », elles deviennent un placement raisonné qui échappe presque à la spéculation.
S'il est question du a mineur », je vous montrerai sous son vrai jour, en parlant du Jukon, une population laborieuse et honnête qui vit sur ses mines comme vit sur ses terres une population rurale dont elle a les mœurs. Les coups de fortune qui ont frappé les imaginations sont rares : il faut les considérer moins comme des billets de loterie que comme une prime accordée à quelques favorisés : le total ne représente qu'un bien maigre salaire pour l'ensemble des courageux Pionniers dont les misères, les privations et les dangers sont la semence jetée sur des terres nouvelles d'où sortira la vie par le travail, que ce soit avec la charrue du laboureur ou avec le pic du mineur.
(1) Noter que les actions de compagnies minières anglaises sont généralement émises à une livre ou environ 25 francs.
Pour qui envisage la mise en valeur collective des mines d'or par le capital, elle est analogue à celle des mines de fer, de charbon, de cuivre, ou autres, et je ne vois pas en quoi elle serait moins estimable.
Qu'il me soit permis de trouver au contraire que l'exploitation des mines d'or est une entreprise essentiellement saine, comme tout ce qui permet d'acquérir un surcroît de bien-être par l'initiative et le. travail, et sans appauvrir son prochain .
Opportunité d'engager des entreprises minières au JuKon
Nous verrons, dans la troisième partie de ce livre, que les opérations engagées au Klondike et dès le début par les directeurs de compagnies, ne furent généralement pas heureuses.
J'ai la satisfaction d'avoir, à cette époque, donné à des amis qui m'avaient consulté, le conseil de s'abstenircomplètement.
J'attribue cet échec à deux causes qui furent moins des fautes que des erreurs de principes. La première fut commise par les compagnies elles-mêmes : ce fut d'oublier que tout exige un apprentissage, surtout dans un pays, comme le Jukon, dont le climat et l'éloignement rendaient le « régime minier » si différent de celui des autres régions à alluvions.
Envoyer des hommes compétents pour prendre pied, c'était parfait, mais non leur laisser engager « la masse » du capital dont ils disposaient, avant que leurs capacités se fussent adaptées aux conditions nouvelles.
La seconde erreur incombe aux directeurs, mais ils ne la commirent que par suite de leur expérience insuffisante. Ce fut de ne pas s'être rendu compte que les compagnies ne doivent pas, en règle générale, toucher aux alluvions qu'il leur faut exploiter par les procédés ordinaires du mineur. Comme les propriétaires de ces mines
sont capables de les travailler eux-mêmes, avec les moyens à leur portée, on conçoit qu'ils ne les vendent — je parle de mines dont la valeur est reconnue — que s'ils en trouvent un prix avantageux. Ceci était surtout vrai dans les premières années, les années d'emballement, et les prix de vente des mines éprouvées ne laissaient aux acheteurs qu'un bien petit bénéfice, insuffisant en tous cas pour des compagnies, dont les frais généraux sont toujours importants.
11 eût fallu, (( pour s'en tirer », les exploiter par des procédés économiques, et, comme ils n'existaient pas à ce moment, le mieux eût été d'attendre et de ne pas s'engager à fond.
Aujourd'hui, les conditions sont absolument différentes, et les éclatants succès de quelques compagnies restées sur la brèche montrent que l'heure est venue d'engager des entreprises minières au Jukon.
Tout d'abord, le régime minier du pays est parfaitement connu, et nombreux sont ceux qui, par un apprentissage long et souvent coûteux, sont devenus « des maîtres. »
Puis des procédés économiques d'exploitation ont fait leurs preuves : le procédé hydraulique, les excavateurs et enfin les dragues, dernières venues qui ont décidé de la bataille.
Ceux qui disposent de moyens d'action suffisants peuvent désormais tirer de beaux profits d'alluvions qui, inexploitables par la méthode ordinaire, peuvent être acquises clans de très bonnes conditions — étant sans grande valeur pour le mineur — et être travaillées à peu de frais (1).
Enfin l'exploitation des alluvions a l'énorme avantage
(1) Le lecteur en trouvera l'explication à la troisième partie, où il est parlé en détail des alluvions aurifères du Jukon.
de faire « rapporter » presque immédiatement aux fonds qui y sont engagés, et les compagnies qui seront sur place pourront les premières profiter de la découverte des « filons », qui leur offrira un emploi pourdeplusgroscapitaux. Elles se réserveront ainsi toutes les « possibilités » de l'avenir, tout en assurant le présent par un 'placement que je considère comme très rémunérateur et de risques bien limités, s'il est fait dans les conditions que f indiquerai plus loin.
Risques des " Entreprises " de mines d'or
Que toute entreprise ait ses risques, chacun en conviendra avec moi. Mais vous serez sans doute étonnes de me voir prétendre que les entreprises de mines d'or n'en présentent pas plus que d'autres, créées journellement autour de vous.
Telle est cependant ma conviction, pourvu qu'on limite ces risques à ceux inévitables.
Voyons quels sont les principaux.
Le premier risque dans l'exploitation d'une alluvion, c'est qu'il est impossible d'évaluer exactement la quantité d'or qu'elle contient. Il faudrait, pour y arriver, un nombre de sondages qui rendraient cette évaluation trop coûteuse, et on ne sait réellement ce que contient une partie d'alluvion qu'après qu'elle est linie d'exploiter.
Mais si celui qui doit forcément, à un moment donné, faire entrer celte évaluation en ligne de comptes, a la compétence et surtout, surtout là pratique nécessaires, quelques sondages lui suffiront pour « estimer » l'or contenu dans une partie d'alluvion, et il saura qu'il doit faire cette estimation au-dessous de ce qu'il croit être la vérité. Il aura appris qu'en cette matière, il faut, dans les calculs, laisser une marge très large pour l'imprévu, et que de la sorte, s'il y a surprise, ce ne sera qu'une surprise agréable, que nul ne lui reprochera.
Ce risque est clone inévitable, mais il ne faut pas s'en exagérer l'importance. Les entreprises commerciales ou industrielles peuvent-elles toujours traduire exactement en chiffres la clientèle « probable », d'où dépend le succès de l'affaire, et n'ont-elles pas eu plus contre elles la concurrence « possible », qui les menace dans leur avenir. Ce sont de ces risques que l'on accepte, en s'en remettant à ceux qui dirigent du soin de les diminuer le plus possible en les prévoyant et les écartant.
Passons à un autre.
Je considère que le public qui s'intéresse aux entreprises de mines d'or prend un risque ou plutôt court un danger plus grand dans une majoration exagérée de l'affaire qu'on lui offre.
Je m'explique : lorsqu'un groupe financier, une société d'études ou une banque cherchent des capitaux pour l'exploitation d'une mine — alluvion ou filon — qu'ils possèdentdéjà, ou qui est déjà étudiée, cette affaire n'est pas sans avoir nécessité des dépenses souvent très importantes, par suite des frais de voyages, de recherches, d'études, d'achats, options etc. Il est donc tout naturel que ceux qui ont supporté ces premiers frais en soient largement remboursés, et même qu'ils en tirent un bénéfice immédiat. Mais qui fixe ce bénéfice? Le seul appétit de ceux qui offrent l'affaire, qui la vendent, en somme, attendu que le public acheteur ne peut réellement pas discuter le prix de ce qu'il lui est généralement impossible de voir et bien difficile d'estimer.
Je n'insisterai pas, car si cru j'ai devoir signaler les dangers, je ne voudrais pas laisser dans l'esprit du lecteur une idée fausse. La plupartcleceux qui « créent » les entreprises sont le plus souvent honnêtes, quelquefois scrupuleux et j'ajouterai même que c'est leur intérêt bien compris de ne pas trop « écorcher » leurs ache-
teurs présents pour ménager ceux à venir. De plus les' entreprises aurifères sont assez belles pour satisfaire qui les débute, comme qui s'y intéresse « de seconde main » et même souvent plusieurs séries d'acheteurs.
Ce n'en est pas moins un risque. Dans les entreprises d'une certaine envergure le public l'atténue beaucoup en ne plaçant sa confiance qu'à bon escient, et il devrait être d'autant plus strict sur ce point que c'est là sa seule vraie garantie.
J'indiquerai dans lechapitre suivant corn ment on peut, en créant des compagnies à capitaux moyens — que rien n'empêchera d'augmenter plus tard — comment on peut, dis-je, éviter ce risque qui constitue quelquefois un danger « possible » et toujours une perte de profit « certaine ».
Je me refuse à considérer comme un risque l'éloignement du point d'opération.
C'est un a inconvénient », soit; d'autant plus grand que le pays où on opère èsl plus éloigne, soit encore. Mais il est minime et n'est pas particulier aux mines d'or.
Comment limiter les risques et augmenter les profits.
Ce que je vais indiquer n'est pas une formule qui puisse s'adapter à tous les cas. Il y a même des circonstances où elle sera inapplicable, surtout, comme je l'ai dit précédemment, quand il s'agira d'affaires nécessitant des capitaux très importants. Mais je le considère comme la manière la plus propre à assurer le succès d'entreprises moyennes, ayant pour « premier objectif » l'exploitation d'alluvions aurifères.
De plus, si certains de mes lecteurs se décidaient, sur mes conseils, à s'intéresser à ces entreprises, je serais désolé qu'ils aient à le regretter. C'est pourquoi je vais leur montrer la voie la plus sûre pour sauvegarder leurs intérêts, persuadé qu'en s'y conformant, ils trouveront que les entreprises de mines d'or sont des placements faciles et fructueux hors de toute proportion avec leurs risques.
Voici : il faut chercher à s'intéresser aux entreprises dès leur formation, de manière à 'participer à tous les frais pour avoir sa part de tous les profits, et aussi pour ne rien ignorer de ce qui se passe.
Si doue quelques personnes forment le projet de constituer une entreprise de ce genre, qu'elles n'attendent pas d'avoir une « affaire à offrir », mais qu'elles groupent
tout d'abord autour d'elles les nombreuses initiatives prêtes à suivre qui leur présente les garanties indispensables d'honorabilité et de capacité.
Les bonnes volontés ne manquent pas. Mais si le risque « raisonné » ne les effraye, le danger « inconnu » les arrête. Il faut donc les rassurer en agissant, do le début, franchement et ouvertement, et en les enrôlant autour de bannières qui ne soient pas pour elles des inconnues. Tous doivent connaître dès l'origine le but de l'entreprise, et tous doivent prendre part aux premières dépenses, quittes à ne verser les fonds que partiellement.
Dans l'exploitation d'alluvions, les frais de recherche et d'étude n'étant généralement pas très élevés, ni même souvent ceux d'acquisition, les intéressés auront pour premier profit, comme je l'ai expliqué, le bénéfice — inconnu — que Ton eût fait sur eux. El cela sera également vrai toutes les fois que la compagnie étendra le champ de ses opérations soit par ses propres moyens, soit en faisant appela de nouveaux capitaux.
Le second point important est le choix de qui ira sur place diriger l'entreprise. Plus tard, le nom de certains directeurs sera un argument décisif, quand ils auront fait leurs preuves. Pour commencer, ce seront forcément des inconnus. 11 faudrait les prendre, « autant que possible », ayant fait l'apprentissage du pays où on va les envoyer, et sinon, exiger, même de ceux qui paraîtraient les plus capables, un stage qui leur donnera la pratique indispensable.
Pour les entreprises ayant comme objectif les alluvions, je préconise beaucoup, si les moyens de la compagnie le permettent, l'envoi de deux hommes. Comme il faut un chef, l'un serait par exemple directeur, et l'autre ingénieur-conseil. Un homme a rarement toutes
les capacités voulues : deux très capables se compléteront souvent l'un l'autre. Puis l'entreprise ne risquerait pas, à un moment donné, d'être privée de chef, et de plus il y a des circonstances, surtout dans les alluvions, où deux paires d'yeux valent mieux qu'une, ou deux jugements sains valent mieux qu'un.
En troisième lieu, s'arranger pour que tous, même le plus petit actionnaire, soient continuellement au courant de ce qui se passe au loin. Celui qui met une petite somme dans une entreprise donne souvent une plus grande preuve de confiance que celui qui en met une grosse, et c'est mal le reconnaître que de le laisser dans l'ignorance de ce qui se passe. Il ne doit pas y avoir de « secrets des dieux >\ il ne doit y avoir d'autres secrets que ceux que le directeur jugerait momentanément indispensables au succès d'une opération, et à laquelle leur divulgation pourrait nuire, comme par exemple l'achat avantageux ou la prise de possession d'un terrain, l'obtention d'un droit, etc. Et je ne crois pas qu'il puisse y avoir d'inconvénients à ce que le directeur envoie périodiquement un rapport que le Conseil d'administration serait tenu de communiquer intégralement à tous les actionnaires, sauf raisons qu'il aurait à donner par la suite.
De cette manière chacun pourrait non-seulement suivre les opérations et y prendre de l'intérêt, mais aussi se rendre compte, se mettre au courant des entreprises minières, et s'intéresser en connaissance cle cause à des nouvelles, quand les fonds qu'il aura timidement risqués au début seront solidement établis sur leurs positions.
Sans vouloir trop promettre, je suis convaincu que ceux qui s'intéresseraient de cette manière à des entreprises aurifères feraient un bon Placement à l'abri de lin-
connu et par conséquent de la spéculation. Rompant ainsi avec la routine et l'apathie et évitant de la sorte les redoutables majorations exagérées qui, dès le début, coupent trop de fois les ailes aux plus brillantes affaires, ils trouveraient, comme juste récompense de leur initiative, des bénéfices toujours beaux et souvent énormes.
Nota :
Ce que je conseille n'est en somme, que la formation de Sociétés d'études, mais avec un capital suffisant pour leur permettre de devenir par elles-mêmes, sans aucun secours étranger et mécaniquement, des Sociétés d'exploitation par un simple appel des fonds à mesure des besoins.
Cette façon de procéder, outre les avantages que j'ai cités plus haut et qui intéressent plus particulièrement les actionnaires, en présente deux autres d'une importance capitale pour la réussite elle môme.
Le premier est que celui ou ceux qui seront chargés d'aller chercher et d'étudier les affaires ne seront nullement tentés de les présenter sous un jour trop favorable afin de trouver le capital nécessaire à leur mise en marche, attendu qu'ils seront sûrs d'avoir ce capital, qu'ils agiront pour lui et que, devant diriger ce qu'ils auront recommandé, ils en prendront la responsabilité.
Le second avantage est que la totalité de l'argent versé servira réellement au but auquel il aura été destiné, sans avoir fondu en route, et il est presque inutile de faire remarquer combien il est appréciable de conserver toujours des effectifs au complet.
Enfin mon avis est que les Sociétés ainsi constituées s'occupent tout d'abord d'exploitation d'alluvions, parce que ce sont desalïaires faciles à trouver, pouvant être étudiées rapidement et à peu de frais, et capables de rémunérer dans un laps de temps relativement court, le capital engagé. Ce sont des conditions favorables, surtout (tu début d'une Société, et que n'ofïre pas l'exploitation des liions, ce qui me fait leur préférer celle des alluvions.