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D'après le tableau que les embaucheurs traçaient, le voyage depuis Montréal jusqu'à la Rivière-Rouge n'était qu'un parti de plaisir. La navigation sur les lacs et les rivières, les campements en plein air, les paysages nouveaux Gi se déroulaient sans cesse aux regards étonnés du voyageur; la chasse dans les prairies, cette chasse siabondante qu'un homme, tant soit peu habile, se procurait, en moins d'une demi-heure, de quoi vivre dans l'abondance durant six mois ; enfin, la liberté, ce rêve de tout jeune homme, impatient du joug de l'autorité, tout cela était représenté de façon à éblouir la jeunesse et à lui donner le vertive. Ces narrations poétiques étaient préparées d'avance pour entraîner ceux qui consentaient à y prêter l'oreille.
Ordinairement, c'était pendant ces jours de divertissements que les engagements des recrues étaient signés. Les pauvres jeunes gens de la campagne qui n'avaient jamais dépassé les limites de leur paroisse, regardaient avec admiration leurs anciens camarades devenus voyageurs, portant ceinturon et #20casstns brodés, (1) fêtés comme des princes et jouant avec l'argent.
“ Moi aussi, se disaient-ils, Je veux me faire
1) Les mocassins étaient des souliers en peau d'orignal, ornés de diverses broderies à couleurs voyantes.
“ voyageur pour aller dans les pays d'En-Haut, “et quand je reviendrai au village, on me fera “ fête comme à ceux-ci.”
D'un autre côté, la vie sauvage leur souriait, Il leur semblait que là-bas, dans les déserts de l'Ouest, débarrassés de tout frein, vêtus comme l'indien, couchant avec lui sous la tente et chassant comme lui pour vivre, ils n'auraient plus rien désirer.
Lorsque les jours de fêtes étaient passés ct que le temps de partir était venu, ces recrues commençaient à réfléchir et à regretter leur folie. Dans la chaleur du vin, ils s'étaient liés sans trop songer aux tristes conséquences qui s'ensuivraient ; maintenant revenus à eux, ces pauvres jeunes gens versaient des larmes et demandaient aux agents de la Compagnie de leur rendre leur liberté, offrant de remettre l'argent déjà reçu d'avance sur le salaire promis. Vains regrets |! les Bourgeois n'étaient pas hommes à se laisser attendrir par des lamentations. Ceux qui ont connu les vieux traiteurs de pelleteries savent que, seule, une peau de castor avait l vertu de toucher leur cœur ; aussi jamais ik ne consentaient à résilier un contrat fait avec un bon serviteur. Le service d'un canadien dans toute sa vigueur était pour eux un fond trop riche à exploiter pour y renoncer par un sen timent de pitié.
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Au jour du départ, le nouveau voyageur devait bon gré, mal gré, monter sur un canot et refouler son chagrin au fond du cœur.
Quand la flottille était prête, un Lowrra solennel, poussé par toutes les poitrines, faisait retentir les échos, puis au chant cadencé d'un refrain populaire, les bras vigoureux des rameurs lançaient les embarcations sur le fleuve.
Le travail le plus rude était le partage des novices. Là, comme à la guerre, il fallait gagner ses épaulettes. Les nouveaux voyageurs étaient décorés pendant leur première année de service du nom peu poétique de wançeurs de lard.
L'origine de ce sobriquet venait des plaintes que faisaient entendre les recrues en se voyant réduites, le long du voyage, à une maigre ration de maïs lessivé.
Les canadiens de nos campagnes sont accoutunés à manger de la viande de porc bouillie dans la soupe. Les paysans, affamés par les rudes travaux auxquels ils se livrent, trouvent ce mets délicieux. Aussi dès que les jeunes voyageurs se voyaient privés du bon plat de famille qu'ils avaient autrefois savouré avec délices, ils se lamentaient comme les hébreux au souvenir des oignons d'Egypte et répétaient tristement ce refrain : A4 / st nous avions du lard. Pendant les deux mois que durait le voyage de
01 L'OUBSE CANADIEN
Nontréal à la Rivière Kousre, c'était toujours la meme plainte qui revenant,
La pitance allouée à un homme pou chaque jour consistut en une pinte de mais lessive ct une once de OALRNTE C'eétut peu de chose, car travail était rude et la journée longue. La bn gade ne s'arrétait que pour diner,
Les voyageurs attachés au service de Hi Com pagnie étaient divisés en plusieurs elasses cell des commis, des interprètes, des guides, des con ducteurs de canots et des rameurs.
Les conducteurs de canots étaient subdivises en deux classes, les pilotes ou timonters etes rainours.
Chaque canot, en partant du Canada, portut, outre les hommes u équipage, (avec chacun son bagage pesant quatre-vingt dix litres) six cents livres de biscuit, deux cents livres de viandi salée, trois boisseaux de fèves, deux toiles crées pour protéger les marchandises contre la pluie, une voile, une haussière, une hache, une chan dière, une éponge, pour ôter l'eau qui s'introdui rait dans l'embarcation, du brai, de létoupe, «le l'écorce de bouleau pour réparer le canot, en cas d'accidents.
Quand un Européen voyait pour la premicr fois ces frêles embarcations, tellement chareces
que le plat bord dépassait à peine de six pouces
le niveau de l'eau, il ne croyait pas qu'il fut pos
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able d'éviter un naufrage, vo les mille dithioultrés qu'ottrut la route: pts les rameours canadiens avaient st bien manier Paviron et dingeeuent un canot avec tant d'adresse que rarement I voavauit
ur act lent il déplorer.
En quittant Bachine (1), les voyageurs 6 renduent à Ste Anne, à Fextrémité occidental de File de Montréal Ouoique distance entr ces deux endroits ne soit que di quinze molles, cependant Cétut toujours à Ste Anne que si fus le premier campement Avant de quitter cette place, les voyageurs alluent fure une
prere à Féglise pour saluer li Bonne Ste Anne et se mettre sous 64 protection. Le Tendemun, on Busait les adicux au Canada: le voyage étut commence, :
La route offrait plus d'un danser. Pour évite les chutes et les rapides, on fusait de nombreux portages. Le portasre est un endroit où la navi cation est interrompue par une chute ou un rapide ; alors on est forcé de transporter es mar chandises et les canots par terre. Ouelquetois ces portages ont plusieurs milles de Tong Les voyaveurs de la dernière casse, c'est-à-dire Les manveurs de lard, étuent les seuls employés à fa besogne de porte-faix. |
Dés que le canot arrivait au pied d'un rapide,
ue (1) Village à 9 milles de Montréal,
on l'arrêtait à vingt ou trente pas de la grève, de peur de le heurter sur les cailloux qui l'auraient percé et coulé à fond.
Les rameurs, sans hésiter, se mettaient à l'eau: deux d’entre eux saisissaient les extrémités du S'il y avait dans
canot pour le tenir immobile.
l'embarcation un bourgeois où un commis, il se faisait porter sur la grève par un solide voyageur, tandis que les autres prenaient sur les épaules
toutes les pièces de la cargaison.
Lorsque le canot était vidé, six où huit hoinmes le portaient à l'extrémité du portage. Là, avant de le remettre à l'eau, on lexaminait pour voir On usait des
S'il avait besoin de réparation.
mêmes précautions pour le charger que pour le
décharger ; deux hommes plongés dans l'eau jusque sous les bras lui servaient d'ancre et quand tous les colis étaient replacés, les rameurs, tout trempés, reprenaient l'aviron.
Au printemps, quand les glaçons flottent encort sur ies rivières, quand la bise est froide et que les rayons du soleil ne sont pas assez ardents pour attiédir l'atmosphère, un bain prolonge durant quelques heures, et répété plusieurs fois par jour, doit causer de douloureuses sensations à celui qui les subit. Cependant, c'était à cette cruelle nécessité qu'étaient soumis tous les ra meurs durant le voyage de Montréal à la Rivier
Rouge.
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