‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 70 sur 121 · HÉROS · texte numérisé non relu

HÉROS

Le transport des colis d'un bout à l'autre du portage avait le bon effet de raviver la chaleur du sang et de réchauffer les membres des voyageurs engourdis par l'eau glacée.

Un de ces colis pesait, ordinairement, quatrevinct-dix livres. Un homme de moyenne force et un peu accoutumé à soulever ces fardeaux en portait deux à la fois. Ceux dont les muscles étaient solides en portaient jusqu'à six, quand ils voulaient faire parade de leur force. Au moyen d'une lanière de cuir suspendue sur leur tête et rejetée en arrière, ils supportaient cette charve sur leur dos et, au pas accéléré, la transportait

à une distance de plusieurs arpents. Le nom

d'un certain José Paul a été longtemps célèbre dans les pays du nord par des exploits de ce venre. (1)

(1) José Paul était un canadien né à Sorel, Province de Québec, Sa force musculaire était prodigieuse : le fait suivant en est une preuve. Un jour, dans un magasin de la Compagnie de la baie d'Fladson un commis voulut essayer les forces de José. Dans un coin du magasin, ilavait entassé des barils de sucre, parmi lesquels il en avait glissé un rempli de plomb. Comme José était à converser avec quelques amis, le commis, ayant l'air de lui demander un service. le pria de lui mettre sur le comptoir les barils qu'il lui désigna. Un baril &e cent livres ne

pesait pas aux bras de José ; il se mit à les passer lestement, Tout à coup il s'aperçut du tour qu'on a voulu lui jouer ; il vient de saisir le baril de plomb. Alors comnie Samson, arrachant les portes de la ville de Gaza, il fait un effort suprème et levant cet énorme poids lans

Le

les planches furent brisées en morceaux, le plancher

ses bras, il le rabat «le toutes ses forces sur le comptoir commis ne rlait plus :

+ Tiens !

enfoncé et le baril roula au fond de la cave dit José, va

ramasser ton plomb; mon petit.”

Les sentiers que suivaient les voyageurs étaient quelquefois à peine praticables pour des hommes libres de tous leurs mouvements. T'antôt. ils côtoyaient le bord escarpé d'un rocher, au pied duquel était un abîme ; tantôt, ils traversaient des marécages où le pied s’enfonçait dans la vase : ailleurs, c'était une côte abrupte qu'ils avaient à gravir avec la charge au dos.

De Montréal au lac Huron il y avait à passer quarante-quatre portages. Plus loin, du fort William au fort Winnipeg, on en comptait pres qu'autant. L'un de ces portages avait neuf milles de long ; aussi on l'appelait le Grand Portace.

Outre les fatigues causées par ce rude travail, les voyageurs avaient à supporter les piqüres des myriades de moustiques qui les harcelaient nuit et Jour; souvent le voyageur en était enve. loppé comme d'un nuage.

C'est ordinairement vers la fin de juin que ces insectes font leur apparition. Ceux qui nont jamais voyagé, au mois de juin, dans ces contrées septentrionales, n'ont aucune idée des tourments

que peuvent causer ces légions d'ennemis ailés.

Ils sont si nombreux et si altérés de sang qu'ils font périr les animaux sauvages de forte taille, comme le chevreuil et l'orignal. Ts s'introduisent dans leur naseaux et les étouffent. IT est méme arrivé que des chevaux et des bœufs ont succombé sous leurs dards. A la veille d'une pluie.

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et quand le temps est couvert et l'atmosphère calme, voyageurs

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ts. Tantôt, !

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on voit des nuages de moustiques tellement épais qu'il devient impossible de garder une chandelle allumée ; c’est à peine si on parvient à les éloigner rsaient des un peu, au moyen d'une forte fumée.

Pendant le jour, les voyageurs novices, occuns la vase: D ou age nent pés à manier l'aviron, subissaient de copieuses > € Le L

saignées, et malheur à celui qui osait se plaindre : l'épithète de wangeur de lard, unique emplâtre

it à passer es vs pour calmer ses douleurs, lui était immédiatement

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