‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 78 sur 121 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SOMMAIR!:,

Lord Selkirk annonce en Ecosse qu'il veut fonder une colonie à

Rivière Rouge. — Premières démarches. —Miles MacDoncell 6:

chargé du soin des émigrants et nommé gouverneur de la colonie —

Ionorabilité de ee gentilhomme.—Difficultés et misères con.

munes à toutes les colonies dès leur berceau.—Départ des pre:

miers émigrants écossais pour la Rivière Rouge.—Lemeur d

voyage. Hivernement à la baie d'Hudson.—Arrivée des colo

à la Rivière Rouge au mois d'août 1812 — Manifestation hostil

des métis.— Les colons vont hiverner à Pembina -— Un mot su

les métis.

Pour faire connaître le pays où il voulait fonder

sa colonie, Lord Selkirk publia un prospectus

adressé particulièrement aux fermiers écossais et

dans lequel il posait les conditions qu'auraient à

remplir les émigrants.

La Compagnie du Nord-Ouest attaqua vive ment cet écrit et accusa Lord Selkirk de cher-

cher à tromper odieusement ses compatriotes.

Cependant ce document ne contenait rien de plus sur la Rivière Rouge que toutes les brochures publiées aujourd’hui sur Manitoba. Il en parle comme d'un pays dont la terre est d'une fertilité étonnante et facile à mettre en culture, où |

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climat est très salubre et la température à peu près la même qu'en Canada.

En même temps qu'il expose les avantages de ce nouveau pays, il n'oublie pas d'en signaler le principal inconvénient : celui de s'y trouver isolé et éloigné de tout pays civilisé; mais il ajoute qu'en attendant des communications faciles avec le Canada, les ressources naturelles du pays suffiront aux besoins de ses nouveaux habitants.

Lord Selkirk était-il ici imprudent ou trop confant dans l'avenir comme certains historiens le lui ont reproché ? Oubliait-1l que la chasse et la pêche, quoique très abondantes, pouvaient faire défaut en même temps que Îes moissons et qu'alors ses colons, ne pouvant rien recevoir d'un pays étranger, se trouvaient Exposés à mourir de faim? Non. Lord Selkirk n'avait pas oublié la possibilité de ces graves inconvénients ; mais savait qu'en calculant toujours sur tous les inconvénients probables, c'est-à-dire en se faisant pessimiste, on recule devant toute entreprise utile; il savait que la famine et la guerre peuvent ravager les pays les plus avantageusement placés, et qu'en faisant la part des difficultés que lon rencontre partout, il faut aussi compter beaucoup sur les secours ordinaires que fournit la providence.

Nous verrons bientôt que ce fut précisément ceux-là qui blâmaient hautement Lord Selkirk, qui firent un crime au vouverneur Miles Mac-

Donell de s'être assuré, en 1S 14, d'une quantité de viande jugée nécessaire à la subsistance des colons. (1)

Les agents d'émicration pour Lord Selkirk avaient recruté pendant l'hiver de 1811 une vingtaine de familles écossaises et irlandaises «1 les avaient ronate. à Stornoway, dans PTe Lewis C'est de que rtirent, au mois de juin tS rt sur un vaisseau de 1 Compagnie de Ta bai d'Hudson. Un écossais catholique, Miles Ma Donell, avait été chargé par Lord Selkirk de les suivre à la Rivière Rouge et de prendre soin de 1 colonie naissante dont il était nommé vouver neur,

I est nécessaire de faire connaître ici ce person nage important dont il sera question plus loin dans les malheureux événements de 1814.

La Compagnie du Nord-Ouest, dans ses écrits, s'est exercée à le représenter comme violent, Le

iaccuse même d'avoir été la cause première de

malhonnète, turbulent et sans jugement. EE

la ruine de la colonie. Afin de mettre le lecteur à même de juger la valeur de ces accusations

(1) En écrivant cette histoire, nous avons sous les veux tout ce qui a été publié pour et contre les deux Compagnies, Ces document, nous les avons lus et relus attentivement avec un esprit complètement dévagé de toute partialité. Si nous nous montrons sévère contre À Compagnie du Nord-Ouest, ce n'est pas pour défendre la Compagni de la bac d'Hudson pour laquelle nous n'avons jamais eu la moindre

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nous allons reproduire une lettre adressée par ce méme personnage à Mur Plessis, lui demandant des missionnaires pour la Rivière-Rouge. Le ton de cette lettre n'indique pas les sentiments d'un homme violent et mal intentionné,

Après avoir exposé à l'évéque de Québec les avantages qu'offre le pays pour une colonie, il ajoute :

“ Vous savez, Monseigneur, que sans la reli- “oion il n'y a point de stabilité pour les gouver nements, les états ou les royaumes. La relicion en doit être la pierre angulaire. Le principal motif pour lequel j'ai voulu coopérer de toutes ‘mes forces à la louable entreprise de Lord Selkirk, ça été de travailler à faire prévaloir la foi catholique dans cet établissement et l'espoir que je serais un instrument de la providence pour aider à répandre ce bienfait. Nos besoins spirituels croissent avec le nombre; nous avons beaucoup de pauvres catholiques écossais et irlandais outre une centaine de canadiens errants autour de la colonie avec leurs familles. Tous sont dans le plus déplorable état et dans Île besoin le plus pressant de secours spirituels ; c'est une abondante moisson religieuse qui s'offre. [Il y aurait aussi un grand succès à espérer parmi les infidèles dont le langage est “presque le même que celui des Alwonquins du “Canada. J'ai appris que vous devez envoyer

258 L'OURST CANADIEN

la Plon

“Je serais heureux d'offrir à lun de ces messieurs

cet été deux misstonnatres au Lac de

“un passage dans mon canot jusqu'à la Rivier “ Rouge qui n'est qu'à six jours de marche du “ Lac cé ls Pluie, Le zèle de Votre Grandou “for tous ses ctlorts, je n'en doute pas, pou “étendre sur notre colonie naissante les bientuts “de la religion catholique (Lettre gardée au archives de l'aréhecéche de Qucbc ).

Voilà le chrétien, homme de foi que la Com pagnie du Nord Ouest a voulu fure passer pou un brigand. Le ton de sa lettre annonce tout autre chose,

On ne fonde pas une colonie sans passer par une foule de tribulations, d'inquiétudes et de soucis: paretllement ceux qui consentent à émierer pour aller au loin jeter Les bases d'un peuple nouveau doivent touiours s'attendre à des misères, des ennuis et des déceptions. Depuis les Froyens, à la recherche d'une patrie nouvelle jusqu'aux troupes d'émigrants européens qui sont venus planter leurs tentes dans les déserts du nouveau monde, tous sans exception ont eu beaucoup à souffrir. Si les colons de Lord Selkirk ont eu leur large part de souffrances à endurer, il ne faut pas s'en étonner. Leur sort à été celui d'une multitude d'autres qui ont abordé aux rivages de l'Amérique du Nord pour s\ établir. Nous pourrions en citer plusieurs

exemples.

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LAC CONPAGNER DE OONOR D OUI 21,1)

Lorsqu'au commencement du 17" siècle, les puritains d'Angleterre, fuyant la persécution déchainée contre eux, vinrent se réfusier dans le Massachusetts eurent à endurer des mistres aussi grandes, sinon plus grandes, que celles des colons de Ta Rivière Rouge, puisque la moitié d'entre eux en moururent. Voici le tableau qu'en à tracé un écrivain français. (| oqueville.) “L'automne était sur son déclin au moment cottls quittérent les rivages de PEurope..

maintenant arrivaentau but de leur voyage:

“mais is ne voyaient point d'amis pour les “recevoir, point d'habitation pour leur donner un abri On étut au milieu de l'hiver et ceux “qui connaissent le climat de l'Amérique du “Nord savent combien les hivers ÿ sont rudes “et quels furieux ouragans désolent alors ces “côtes. Dans cette Saison, il est difficile de “traverser des lieux connus, à plus forte raison ‘de s'établir sur des rivages nouveaux. Autour “d'eux mapparaissait qu'un désert hideux et ‘désolé, plein d'animaux et d'hommes sauvases ‘dont ils ignoraient la férocité et le nombre. + Le tout avait un aspect barbare. Avant le retour du printemps, la moitié de ces émigrants

avaient succombé aux souffrances.” On sait aussi quel fut le sort des premiers colons de l'Acadie.

Nous avons cité ce passage pour montrer que

la condition des colons de Lord Selkirk n'a été que celle de tous les premiers colons débarqués en Amérique, n'importe sous quelle latitude et que là où ils n'ont pas eu à lutter contre Îles élé. ments, ils ont été décimés par la maladie, La Compagnie du Nord-Ouest pour jeter l'odieux sur la louable entreprise de Lord Selkirk s'est trop exercée à faire des récits navrants des misères supportées par les familles qui émigrèrent à la Rivière Rouge en 1812,

Le vaisseau qui portait les colons n'arriva à la baie d'Hudson que dans les derniers jours de septembre. Il était trop tard pour songer à mettre ceux-ci en route pour la Rivière Rouge. Par un regrettable malentendu, les officiers de la Compagnie de la baie d'Hudson n'avaient rien préparé pour les recevoir, croyant, sans doute, qu'ils arriveraient assez tôt pour se rendre immédiatement au lieu de leur destination, ou qu'ils ne viendraient pas du tout. Aussitôt qu'ils furent débarqués, on en dirigea la plus grande partie vers le haut de la rivière Nelson, pour y passer l'hiver sous des huttes en bois rond comme celles

que construisent nos bûcherons canadiens dans

la forêt : les autres demeurèrent au fort York. L'hiver parut très long aux émigrants, nonseulement à cause de la rigueur du climat et des privations qu'ils eurent à subir dans leurs misérables logements, mais à cause du désœuvre

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ment dans lequel ils passaient leurs journées enticres n'ayant aucun travail utile à entreprendre dans ce lieu de passage ; néanmoins, les historiens Ross ét Gunn ne parlent d'aucune mortalité parmi eux.‘ Gunn dit qu'il y eut des “ querelles entre les émigrants et les officiers de “Ja Compagnie au sujet des vivres que ceux-ci “leur servaient. [ls se plaignaient de la qualité “et de la quantité de leur nourriture. Les

aliments fournis aux colons, dit:il, étaient fort

‘médiocres, consistant principalement en pémi- “ can et en barbues, on ne pouvait avoir de sel.” Cette accusation n'a pas une grande portée,

Chose certaine, c'est qu'au printemps tous ces vens étaient en état d'entreprendre à pied un voyage de sept cent cinquante milles à travers un pays où les hommes robustes ont beaucoup de peine à voyager, et que tous, d'après le Led Wiver History, (page 23,) arrivèrent sains et saufs à la Rivière Rouge,

Le départ de la baie n'eut lieu qu'au mois de juin, parce qu'il fallait attendre la débâcle des lacs et des rivières, qui, sous ces latitudes, n'arrive quau commencement de l'été. La marche fut lente, et le mois d'août tirait déjà vers sa fin quand les voyageurs atteisnirentle Fort Douglas, leu choisi pour le centre de la colonie.

Si leur voyage avait été long et ennuyeux, leur arrivée, grâce aux bruits semés d'avance par

la Compagnie du Nord-Ouest fut loin d'être ré. jJouissante,

“ À peine, dit l'historien Ross, quelques heures “s'étaient écoulées depuis que ces familles avaient “mis le pied sur leur terre d'adoption qu'une “troupe d'hommes armés, la tête ornée de plumes “tatoués, revêtus du costume sauvage du pays, “vinrent les avertir qu'ils n'étaient pas les bienve- “nus (warned them that they were unwelcome) “ Ces guerriers étaient pour la plupart des em- “ployés de la Compagnie du Nord-Ouest.”

Ainsi la première démonstration faite contre les colons fut un acte d'hostilité.

Le premier soin du gouverneur de la coloni:

fut de préparer des logements pour ces familles et de leur procurer des vivres. Les charpentiers se mirent à construire de petites huttes en bois rond sur le plan de celles qu'on avait improvisces à la baie l'hiver précédent. Ce genre de cons truction est resté longtemps en usage à la Rivière Rouge. En 1862, cinquante ans après l'arrivée des premiers colons, la bonne moitié des maisons habitées par les métis étaient aussi défectueuses. Souvent, elles n'avaient ni plancher de haut, ni plancher de bas : et pour éclairer cette pièce de vingt pieds sur vingt, il n'y avait, en ouise de

vitre, qu'une peau grattée étendue sur un cadr

et fixée à l'unique fenêtre de la hutte. Mas sans remonter si loin, les Memnonites du Mani

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toba n'ont pas de gites plus élévants que n'en avaient les premiers habitants du pays.

Ces logements terminés, il fallait se procurer des vivres et ce n'était pas chose facile. A ce sujet, certains écrivains ont paru étonnés d'entendre dire que dans un pays où l'on abattait les buffles par milliers, on fût quelquefois embarrassé pour trouver de la nourriture. Leur étonnement vient de ce qu'ils ont voulu parler sur un pays qu'ils ne connaissaient pas.

Quoique les prairies de la Rivière Rouge fussent, en 1812, couvertes de troupeaux de buffalos, il ne faut pas croire cependant que ces animaux sauvages se laissaient assomimer à coup de massue comme nos animaux domestiques.

Pour les abattre, si nombreux qu'ils fussent, il fallait au chasseur une grande habileté, que seuls les métis et les sauvages parvenaient à acquérir. Peu d'étrangers se risquaient au dangereux exercie de courir après les buffalos.

émivrants qui arrivaient des montagnes d'Ecosse

Les pauvres

nétaient pas plus préparés à ce genre de chasse que des enfants. D'ailleurs, il leur eût fallu des chevaux formés à la course, et ils n'en avaient pas : puis, les buffalos ne se trouvaient qu'à cent milles plus au sud dans les plaines du Dakota. Le gouverneur Macdonell fut bientôt convaincu qu'il lui était impossible de se procurer une quantité suffisante de viande pour ces familles,

et il résolut d'en envoyer une partie passer l'hive:

à Pembina, à soixante-dix milles au sud du for: | Douglas. Un grand nombre d'anciens serviteur. | 4 de la Compagnie, canadiens et métis, se rendaient 1e là chaque automne pour trouver dans le voisinage . . des troupeaux de buffalos. L'endroit où ce : a cens hivernrient, s'appelait le Grand Camp as Pour se rendre jusque-là avec leurs femmes « pc leurs enfants, les écossais s'adressèrent aux métis > qu'ils avaient d'abord pris pour des indiens etik | conclurent avec eux un marché par lequel ceux. Re, ci s'engageaient à porter les entants à cheva in jusqu'à Pembina, pendant que les personnes e état de marcher les suivraient à pied. En retour RE 7, ils recevraient certains objets que les écossai C avaient apportés de leur pays. Le voyage fut trè qui

pénible pour ces pauvres cens déjà fatigués par — la longue marche qu'ils avaient faite pendant Cou l'été. Heureusement leurs guides se montrèren M, .;

bons pour eux et accomplirent fidèlement le

conditions de leur marché.

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Chose étrange, c'étaient, cependant, presque S';

tous les mêmes hommes, qui étaient venus a - L 72 . o .

fort Douglas faire des menaces aux émigrants. date

“ C'étaient les mêmes, dit Alex. Ross, ai

| “s'étaient montrés si hostiles aux émicrants

“ Mais, ce jour-là, ils agissaient sous l'influenc

“ de la Compagnie du Nord-Ouest. A. mesure

“ que ces mêmes hommes approchaient de Pen

e passer l'hiver

® bina, ils devenaient plus libres et agissaient par

au sud du for ‘eux-mêmes. Îl est digne de remarque que le

1ens serviteur ‘ton insolent qu'ils prenaient sous les veux de

is, se rendaient ‘leurs maîtres devenait doux, affable et amical

+ > +7 Toit o'e , . ,. . .

ns le voisinag “ pour les émigrants du moment qu'ils suivaient

endroit où ce

‘l'impulsion de leur libre volonté. Envers tous

Grand Camp ‘ces écossais qui étaient complètement en leur

urs 1emmes ( pouvoir, ils firent de leur mieux pour se mon-

Trent aux mets :trer bons et sénéreux.

s indiens et ik “ Les écossais furent convaincus que si ces u lequ l ceux ‘ métis n eussent pas été influencés pai de mau- , tants «à cheva

vus conseils, ils se seraient montrés naturelles PERGATES 61 ‘ment sociables et complaisants.”" (Ross, /77s.

de la À. À., page 23.)

C'est bien aussi notre intime conviction. Nous

ied. En retour 1e les écossais VO PAS IURUES qui avons connu intimement les métis, nous jà fatigués De savons de quelle bonne nature ils sont doués. faite pendant Toujours prêts à rendre service, ils étaient doux ; se montrèrent

; et affables envers tout le monde, Tous les misfidèlement le: sionnaires qui ont vécu avec eux leur rendront le même témoignage.

dant, PES S'ils se montrèrent hostiles aux nouveaux émi- RAS NE “ crants, c'est qu'ils furent influencés par les avents X EMISTANTS, de la Compagnie du Nord-Ouest.

Ex. Ross, qui ux émigrants sous l'intluenc st. À. mesure

aient de Pem:

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