CHAPITRE X
SOMMAIRE
Genre de vie des hivernants. — Pourquoi ils choisissent Pem!i
comme séjour, — Les blancs s'accoutument facilement à ce gerr.
de vie. Description de Ta chasse, — Bonne entente entre les éco sais et les métis, —Ketour des colons à la Rivière Rouge,— Sec détachement d'émigrants —Dure épreuve de la maladie en vovar:
Leur arrivée à la Rivière Rouge.— Second hivernement à Pen bina.—Souflrances. -— Moyen adopté par le gouverneur pour curer des vivres aux colons. — Proclamation, — Saisie de provision
— La Compagnie du Nord-Ouest décrète la ruine de la colonie,
À Pembina, les éens passaient l'hiver sous de tentes, ou sous des huttes, à la façon sauvage, À cause des pâturages abondants que fournissaient les prairies à l'ouest et au sud de cette rivière, les buffles s'y tenaient presque toujours en troupeau nombreux, en sorte que les gens y manquaient rarement de provisions pour vivre. Pendant plusieurs années, après la fondation de la coloni et même après l'arrivée des missionnaires dans
le pays, les métis et les canadiens sortis du service
des Compagnies continuaient à aller hiverner à Pembina. Monseigneur Provencher fut oblivé d'y aller passer l'hiver de 1819 à 1820 parce qui ne pouvait pas se procurer des vivres à St
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Les émigrants écossais vécurent en bons termes avec tous les habitants de ce camp: canadiens, métis et sauvages se montré-ent bienveillants à leur égard. L uiver pour eux se passa donc assez avréablement. Le genre de vie que menaient les chasseurs avec leurs familles n'était pas, d'ulleurs, dépourvu de charmes. Nos voyageurs canadiens qui l'avaient une fois adopté, le préférait à celui de la vie civilisée.
Ceux qui sont venus plus tard s'établir au Nord-Ouest se sont étonnés de ce que les métis avaient dédaigné si longtemps l’agriculture, préférant la vie de chasseur à celle de fermier.
Cependant, il n'y a rien là de bien étonnant, et pour peu qu'on y rélléchisse, la chose s'explique tout naturellement.
Les prairies, il y a cinquante ans, étaient couvertes de troupeaux de buffalos. Quelques semaines passées à la poursuite de ces animaux suffisatent pour faire une ample provision de viande, qui, jointe aux poissons capturés dans les rivières et les lacs, subvenait à l'entretien des familles pendant la plus grande partie de l'année.
Au printemps, quand la neige était disparue et que l'herbe commençait à tapisser les plaines, ces bandes de chasseurs, armés de leurs fusils et montés sur de fringants coursiers, partaient par troupes comme s'ils avaient eu l'assurance de ne
jamais manquer de rien.
Dès qu'ils arrivaient sur les traces des buitalos, ils plantaient leurs tentes, y installaient femmes et enfants ; puis, sous les ordres d'un chef élu pour la saison, ils donnaient la chasse aux animaux,
Une course durait environ vingt minutes :
endant ce temps, un bon cavalier abattait ordi narement une dizaine de bœutfs qu'on se hâtai de dépecer sur place. Ce travail fini, Les hommes passaient leur temps à fumer et à causer, étendus sur l'herbe de la prairie, où faisaient des paris pour les courses. La saison s'écoulait ainsi, et vers la fin de l'été, la caravane retournait vrand camp avec des charrettes chargées d viande pour l'hiver. Pendant l'automne, on faisait la pêche au poisson blanc qui abondait dans le crands lacs Winnipeg et Man'ioba. Quelque fois la chasse ne répondait pas aux espérances mais les fermiers ne cometent pas toujours sur une moisson abondante ; les années de diseite alternent avec les années de fertilité.
Avec une telle facilité à se procurer de là nourriture, les métis naturellement n'avaient que de l'indifférence pour l'agriculture.
L'entente entre les écossais et les chasseurs avait été si cordiale durant l'hiver, qu'il se séparèrent avec regret quand Île printemps fut AtriVes.: (D)
1, They parted with regret when in May the Scoteh returned t
colony. (Ross, Red-River History, page 23).
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Les colons retournèrent au fort Douglas pour y commencer les travaux agricoles. TS jouirent de la paix, mais eurent à souffrir de la faim. Pendant plusieurs mois, ils ne mangèrent que du poisson auquel ils joignaient une espèce de tubercule connue sous le nom de xavet de prairie.
Pendant l'été de 1813, 1ls travaillèrent À mettre leurs champs en culture dans l'espoir de recucillir suffisamment pour les besoins de l'hiver Suivant, Les crains mis en terre produisirent abondamment. Un des colons recueillit douze minots et demi de patates avec la semence d'un gallon.
Maloré les privations qu'ils avaient à subir, ces pauvres gens étaient pleins d'espoir dans l'avenir. Les bons procédés des indigènes à leur égard au camp de Pembina avaient dissipé chez eux les craintes conçues dès leur arrivée à la Rivière Rouge, et tout paraissait s'arranger pour le mieux, quand de nouveaux nuages se montrèrent horizon.
Pendant que les premiers émigrants luttaient à la Rivière Rouge contre des obstacles sans cesse renaissants, Lord Selkirk ct ses agents s'occupaient activement en Ecosse à préparer un second détachement pour l'automne de 1813.
Les circonstances, pour le succès de ce projet, ieur étaient particulièrement favorables.
Le sort fait à certains paysans écossais dans leur pays devenait de jour en jour plus intolé-
rable sur les domaines de la Marquise de Stafior et de la Duchesse de Sutherland. Les ferme, sur lesquelles ils avaient vécu, eux et leurs anct tres, sous des seigneurs plus humains, lex étaient enlevées pour être louées à de riche. éleveurs de troupeaux. Ces familles ainsi dépos. sédées, n'ayant plus aucun moyen de vivre dan. leur pays, vendaient à vil prix le peu d'objets qu'ils avaient et partaient pour les colonie d'Amérique. Au printemps de 1813, plusieur de ces fermiers ainsi chassés de leurs demeures s'étaient embarqués pour la Nouvelle-Ecosse, | Nouveau- Brunswick et l'Ile du Prince- Edouard. Une vingtaine de ces familles, ayant entendu les agents de Lord Selkirk parler avantageusement de la Rivière Rouge, où déjà quelques-uns de leurs amis étaient rendus, prirent la détermina. tion d'aller les v rejoindre. Elles s'embarquérent
le 20 juin sur le /’yénce de Galles, vaisseau de la
Compagnie qui faisait le voyage à la baie d'Hud- |
son, Le trajet d'Ecosse à la baie d'Hudson se fit assez rapidement, puisque les passagers débarquèrent au fort York dans le mois € juillet. Malheureusement le typhus s'était déclare à bord dans le cours de la traversée. Plusieurs colons furent victimes de la contagion, qui, faute
de soins donnés aux malades, continua ses ravages
après que les passagers eurent mis pied à terre.
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L'historien Gunn ne dit pas combien il en mourut. (1)
La saison n'était pas trop avancée pour permettre à ces émigrants de poursuivre leur voyage
jusqu'à la Rivière Rouge, où ils étaient attendus
par leurs amis. Dans ces pays, les mois d'août et de septembre sont les plus propres pour voyager, mais ces gens étaient tous si affaiblis par la maladie et par l'air vicié du vaisseau qu'ils
jugèrent plus prudent pour eux de passer l'hiver
à la baie, Ils choisirent pour le lieu de leur campement l'endroit même où s'étaient logés leurs compatriotes l'année précédente. Ils furent, comme leurs devanciers, soumis à une multitude de privations dont ils ne perdirent jamais le souvenir. Ne pouvant se procurer les secours que requérait leur état de langueur, il leur fallut attendre de la Providence la santé et le retour des forces. Malgré le dénûment dans lequel ils passèrent la rude saison de l'hiver, la fièvre
(1) Il est regrettable que cet historien, faute d'instruction, n'ait pas été en état d'écrire une histoire passable des premiers temps de la colonie, Celle qu'il a publiée n'est qu'un amas de matériaux sans ordre ni soin, En le lisant, on ne sait jamais où l'on est rendu. Il ignorait les règles de l'histoire, Son intelligence n'était pas asse/ cultivée pour porter un jugement raisonné sur les faits qu’il relate, Nous avons bien connu Donald Gunn, lorsque nous demeurions à l'archevêché de Saint-Boniface. C'était un brave citoyen, mais d'une science très bornée. Ross vaut beaucoup mieux que lui; malheureusement, c'est un fanatique presbytérien qui ne voit rien en dehors de sa secte,
disparut peu à peu, et, dès les premiers jours de juin, ils purent se mettre en marche pour là Rivière Rouge où ils arrivèrent dans le cours de
juillet pour expliquer à leurs amis la raison de
leur retard,
À l'automne de 1813,les colons écossais, après avoir terminé leur petite récolte de grains et de légumes et avoir mis le tout en réserve pour l'année suivante, avaient pris la détermination d'aller une seconde fois passer l'hiver à Pembina, Ils s'attendaient à y rencontrer de la part des hivernants, les mêmes sympathies que l'année précédente. N'ayant rien fait de nature à les indisposer, ils n'avaient aucune raison de s'attendre à un changement de leur part. Les bons procédés dont avaient usé les métis français envers les écossais, semblaient avoir établi pour longtemps l'harmonie entre ces deux peuples:
c'était donc sans aucune défiance que les émivrants retournaient au camp de Pembina. Hélas, ils n'y demeurèrent pas longtemps sans avoir la preuve qu'ils n'y seraient plus traités comme par le passé. Les métis les tenaient à distance et ne leur adressaient plus que des paroles froides. La chasse leur fut interdite, et ils furent oblivés d'acheter à haut prix, durant l'hiver, toutes les provisions dont ils avaient besoin. Leurs petites ressources furent bien vite épuisées, et quand le printemps reparut, ils retournèrent dans la colonie
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COMPAGNIE DU
de la Rivière Rouge dépouillés de tout, ayant à peine de quoi se vêtir pour se garantir du froid. Is jurèrent de ne plus jamais retourner à Pembina, quelque pénibles que deviendraient les circonstances,
Telle était la situation des colonistes au com mencement de la désastreuse année de 18 14.
Nous venons de voir que pendant les deux années de 1812 et 1813 les colons écossais furent oblivés de se réfugier à Pembina, chaque automne, pour ne pas être exposés à mourir de faim dans le cours de l'hiver. Cette nécessité n'était pas particulière à ces étrangers ; les gens même du pays, après avoir passé l'été dans les alentours du fort, avaient soin de s'en éloiwner à l'approche de l'hiver pour n'avoir pas à trop souffrir de la famine. On ne trouvait dans la vallée de la Rivière Rouge où était la colonie que les provisions apportées de la prairie ; il n'y avait aucun vibier en cet endroit ; ceci est reconnu par tous ceux qui ont vécu au Nord-Ouest.
Si les historiens de ce pays avaient connu cet état de choses, ils auraient porté un autre jugement sur les événements qui vont suivre, et ils n'auraient pas blâmé, comme ils l'ont fait, les
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procédés du gouverneur de la colonie, M. Miles Macdonell. (1}
Durant l'année 1814, il arriva d'Ecosse à là Rivière Rouge, un troisième détachement d'émigrants qui porta àdeuxcents lenombre des colons, Un quatrième détachement était rendu à la baie d'Hudson pour y passer l'hiver et d'autres étaient annoncés pour l'été suivant.
Le gouverneur Miles Macdonell, sentant toute li responsabilité de sa position et l'obligation où il se trouvait de pourvoir à la subsistance de ces
familles exposées à mourir de faim ; ne voyant
pas d’ailleurs d'autre moyen de se procurer des vivres que celui d'obliger les chasseurs résidants dans le district d'Assiniboia à venir vendre le produit de leur chasse au fort Douglas, publia une proclamation dans laquelle, après avoir établi les droits de Lord Selkirk sur le pays de la Rivière Rouge, droits acquis en vertu de la concession que lui avait faite la Compagnie de la baie d'Hudson, par une charte obtenue du roi d'Angleterre, en l'année 1670, il ordonne ce qui suit :
“ Attendu que le bien-être des familles qui “ s'établissent sur la Rivière Rouge, de celles “ qui étant en route pour s'y rendre hivernent “ dans le Fort d'York, comme aussi de celles qui
(1) Voir la We de Arr Prorencher, par l'abbé Dugas (page 90 | | gas (page 9
M. Miles
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s (page 90)
LA COMPAGNIE
‘doivent arriver l'automne prochain, m'impose
le devoir de pourvoir aux moyens de les soutenir ; et, comme dans ce pays encore inculte, les ressources ordinaires qu'offrent les bœutfs sauvages et les autres bêtes fauves n'excèdent guère la consommation présumée des colons ; il est ordonné par ces présentes que nulle personne faisant le commerce des pelleteries ou des vivres dans le territoire pour l'Honorable Compagnie de la baie d'Hudson, pour celle du Nord-Ouest ou pour tout autre individu, de même que nulle personne commerçant pour son propre compte et qu'enfin nul individu quelconque ne fera sortir du dit territoire aucune provision de chair fraiche, de viande
‘sèche, de grains ou de lécumes procurés ou
crûs dans le dit territoire, pendant douze mois à dater de ce jour, sauf et excepté ce qu'il sera
“jugé nécessaire que les parties commerçantes
qui sont actuellement sur ce territoire,emportent à leur destination respective après qu'elles m'auront demandé et que je leur aurai accordé une licence à cet effet. Les provisions procurées et crûes, comme dit ci-dessus, seront prises pour l'usage de la colonie ; et, pour que Îles parties intéressées n'éprouvent point de pertes, elles seront payées en cédules anglaises au taux
* accoutumé.
* On fait savoir de plus que quiconque 5:ra
“ découvert dans la tentative de transporter, 0:
qui aidera à transporter, ou qui tentera de faire
sortir par terre ou par eau aucune des ESPÈCES ‘ de provisions spécifiées ci-dessus, sera arrêté et ‘ poursuivi conformément à cé que prescrivent “ les lois en pareil cas.”
Le but de cette proclamation n'était pas d'attaquer uniquement la Compagnie du Nord.
Ouest, ni de nuire à son commerce, puisqu'elle s'adressait également à la Compagnie de la baic d'Hudson, qui était dans les mêmes conditions que sa rivale, ayant le même nombre de postes à pourvoir de provisions.
En conséquence de cet ordre, tous les traiteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson, ainsi que tous les traiteurs libres, portèrent à M. Miles Macdonell toutes les provisions dont ils pouvaient se passer, et, après en avoir reçu le paiement, obtinrent une permission de transporter le reste dans une autre partie du pays.
Des agents de la Compagnie du Nord-Ouest, qui étaient à la Rivière Rouge, ayant représenté au gouverneur que leur commerce souffrirait
dans d'autres parties du pays, s'ils étaient privés de ces provisions, acceptèrent un arrangement par lequel la Compagnie du Nord-Ouest retiendrait, pour le moment, tous les vivres qu'elle voudrait, à la condition, toutefois, d'en fournir une quantité égale à celle qu'elle exporterait du
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