CHAPITRE XIV
SOMMAIRE
Soutfrances des colons écossais au printemps de 1S16.— Manque com plet de vivres dans la colonie.-—Le gouvernement en envoie chercher à Qu'Appelle.--Les hommes de li Compagnie de la baie d'Hudson qui rapportent des vivres sont attaqués et faits prisonniers par la Compagnie du Nord-Ouest. — Préparatifs des associés de la Compagnie du Nord-Ouest pour détruire la colonie. — Bataille du 19 juin.—Documents, —Le Fort Douglas pris par la Com-
pagnie du Nord-Ouest, —La colonie est détruite une seconde fois
Les colons écossais eurent à souffrir de grandes privations durant tout le printemps de 1816. Ils n'avaient pour subsister que le produit de la chasse des métis campés à Pembina. De à, il fallait transporter les provisions au fort Douglas, à soixantedix milles de distance. C'était un travail pénible. La viande, par petite quantité, était placée sur des traîneaux étroits, et les hommes, faute de chevaux, faisaient l'office de bêtes de somme pour trainer ces voitures. Le voyage durait plusieurs jours. La situation devint cependant plus pénible encore dans le cours du mois de mars. Les métis,
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sèrent de vendre des vivres aux colons. Quelques-uns, cependant, touchés de compassion leur
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en firent parvenir en cachette en leur disant : “ Prenez bien garde à ce qui se prépare contre vous! Pour l'amour de Dieu, prenez garde !”
À mesure que la saison avançait, les bruits devenaient de jour en jour plus menaçants ; on annonçait que des bandes d'indiens et de métis armés étaient en marche de tous les coins de l'ouest et du nord pour venir exterminer les colons de la Rivière Rouge. L'inquiétude était grande chez tous ces pauvres gens et, vraiment, il y avait de quoi s'effrayer.
Sur la fin de mars, M. Semple, qui avait été nommé, à Londres, gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson, arriva au fort Doupglas, après avoir, durant l'hiver, visité différents postes du nord.
À la rivière Qu'Appelle, la Compagnie de la baie d'Hudson avait un fort bâti tout auprès de celui de la Compagnie du Nord-Ouest. Là elle avait, en réserve, une grande quantité de viande et de fourrures. Au mois d'avril, le vouverneur Semple, voyant que les colons ne pouvaient plus obtenir de vivres des métis et qu'ils souffraient horriblement de la famine, envoya un nommé Pambrun, officier de la Compagnie de la baie d'Hudson, à la rivière Qu'Appelle pour en rapporter des sacs de viande et des pelleteries.
Panbrun, après avoir chargé cinq bateaux, se mit en route accompagné de M. Sutherland, com-
mis du poste, et de vingt-deux serviteurs. Il y avait sur ces bateaux six cents sacs de viande pilée et vingt paquets de fourrures.
Le 12 mai, pendant qu'il descendait le cours de la rivière Assiniboine, Pambrun et ses hommes furent attaqués par un parti de quarante-cinq serviteurs de la Compagnie du Nord-Ouest, à la tête desquels étaient Cutbert Grant, Rodrigue McKenzie, Peter Pangman, dit Bostonais, et un canadien du nom de Brisebois.
[ls furent faits prisonniers et conduits au fort du Nord-Ouest, peu distant de celui de la Compagnie de la baie d'Hudson. Les serviteurs de Pambrun furent relâchés et renvoyés à leur fort. Mais lui même fut gardé au fort de la Compagenie du Nord-Ouest,
M. Alexandre McDonell lui déclara gue son intention était d'affamer les colons de la Rivière Rouge jusqu'à ce qu'il les eût contraint d'accepter les conditions qu'on leur imposerait et qu'il voulait en faire autant à tous les serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson. D'après la déclaration assermentée de Pambrun, les conditions que la Compagnie voulait poser étaient de faire sortir les colons de la Rivière Rouge et de les renvoyer en Europe.
Alexandre McDonell partit du fort Qu'Appelle à la fin de mai, avec tout son monde, canadiens, métis et sauvages. Il s'embarqua sur
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les bateaux dont il s'était emparé et se fit escorter par une bande de métis à cheval qui suivirent les bords de la rivière.
Le long de la route, il ne se gênait pas de dire, devant Pambrun, que l'affaire de l'année précédente n'était rien comparée à celle qui allait avoir lieu dans la colonie.
En passant à PBrandon Mouse, poste de la Compagnie de la baie d'Hudson, il envoya une bande de vingt-cinq hommes s'emparer de ce fort et de tout ce qu'il contenait, armes, viandes et pelleteries. Les propriétés des serviteurs qui étaient dans les environs furent ravagées et pillées.
Un nommé Lavigne, canadien qui se trouvait présent, fut pris et forcé de se joindre aux vens de McDonell, qui le mit sous les ordres de Cutbert Grant, ce à quoi il se soumit pour sauver sa vie.
Les bateaux arrivèrent au Portage de la Prairie le 15 juin. Les forces de McDonell se montaient à cent vingt-cinq hommes. Il fit débarquer tous les sacs de viandes qu'il entassa en forme de barricade et qu'il flanqua de deux pièces de canon. Ces canons avaient été volés à la colonie l'année précédente. Quand le travail de déchargement fut terminé, il divisa son monde e
1 cinq petites brigades qu'il mit sous les ordres de Grant, Lacerte, Houle, Fraser et Lamarre.
Toute cette troupe était montée et bien armée.
Le 18 juin, soixante-dix de ces cavaliers partirent du Portage de la Prairie pour se rendre à la Rivière Rouge ; le reste de la bande fut laissé pour garder la viande et les pelleteries. Ce jour-là, deux indiens de la tribu des Sauteux, qui connaissaient tout le complot tramé contre la colonie, vinrent en toute hâte avertir le wouverneur que les colons seraient attaqués le lendemain et que le fort serait pris par les métis et les serviteurs de la Compagnie ; queles gens seraient tous massacrés, s'ils opposaient la moindre résistance (1).
La Compagnie du Nord-Ouest, dans les écrits qu'elle a publiés pour sa propre défense, affirme que les soixante-dix cavaliers envoyés du Portage de la Prairie à la Rivière Rouge s'en
allaient porter des vivres aux brigades d'hommes,
serviteurs de leur Compagnie, qui venaient du fort William jusqu'au lac Winnipeg. Jusqu'à présent, un grand nombre de lecteurs se sont laissés prendre à cette hypocrite explication. Il est extrêmement important que les faits soient rétablis sous leur vrai jour et que les mensonges, inventés pour cacher un crime abominable, soient enfin connus de la postérité.
Les soixante-dix cavaliers envoyés du Portage
(1) Madame Lajimonière et ses enfants étaient au fort Douglas en
ce moment, et c'est d'elle que nous tenons la relation de l’avertissement des deux indiens.
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de la Prairie par Alex. McDonell, sous la conduite de Cutbert Grant, étaient tous des serviteurs de la Compagnie du Nord-Ouest ; il n'y avait parmi eux que cinq sauvages. Etant tous à cheval, il n'emportaient que tout juste assez de provisions pour eux-mêmes. Aucun convoi ne les suivait. Partis le 18 juin du Portage de la Prairie, qui est à soixante milles de la Rivière Rouge, les cavaliers étaient le lendemain, 19 juin, en vue du fort Douglas. Toute la viande descendue du nord avait été laissée sous bonne garde au Portage, Ces guerriers en passant vis-à-vis le fort Douolas faisaient mine de descendre vers le bas de la Rivière Rouge, mais voici quel était leur plan.
Des canots partis du fort William avec environ cent hommes, devaient se trouver au bas de la Rivière Rouve vers le 16 juin. Ces hommes, sous les ordres de Norman McLeod associé de la Compagnie du Nord-Ouest, étaient armés de pied en cap et trainaient avec eux deux petites pièces de campagne. Ils étaient envoyés par les ordres de M. William MecGillivray, qui, dès le mois d'avril, était parti de Montréal pour devancer Lord Selkirk à la Rivière Rouge. Il avait pris à sa solde deux officiers licenciés du régiment de Meuron : MM. Brumby et Messani ; il avait aussi engagé un soldat suisse du nom de Reinhard. Sur les canots qu'il envoyait à la Rivière Rouge,