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Iivraient Ja terrible eau de feu, et que c'est de 1à que la pointe avait pris le nom qu'elle porte.
C'est sur la ferme que s'élèvent le nouveau momastère des Oblats, l'hôpital et l'église, constructions en pierres et en briques, comme nous l'avons dit plus haut, Elles ont été faites, sous la direction des frères convers, par des hommes inexpérimentés et qu'il a fallu former pour ainsi dire au jour le jour sur les lieux ; aussi l'apparence des bâtisses s'en ressent-elle quelque peu; mais quand on songe à la manière dont sont construites la plupart de nos meisons de ville, en papier mal mâché et en bois vert à l'intérieur, en briques à moitié superposées et en pierres cimentées à pen près à l'extérieur, il n'y a pas lieu de s'étonner de l'imperfection des édifices de la baie des Pères, faits avec des matériaux et des ouvriers imparfaits, 11 faut aller vite dans ce pays éclos d'hier à la vie; on n'a pas le temps de mettre la dernière main À quoi que ce soit ni même de songer à faire suffisamment bien, au moins pour ne pas choquer Le regard ; on y a construit pour un besoin pressant, comme on fait à la hâte des chemins de fer aux Etats-Unis, dans les régions nouvelles, quitte à refaire le tout plus terd, quand ces régions seraient peuplées et enrichies. Pour nous aussi, allons de l'avant, c'est le principal.
Quant à la ferme, on ne peut guère en dire encore
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que ce qu'elle sera dans une dizaine d'années d'i quani elle aura pris toutes ses dimensions, qu'elle aura reçu la plupart des améliorations nécessaires, qu'elle sera en plein rapport, donnera la variété de produits dont elle est susceptible, et que les Oblats auront entouré leur monastère des plantations et des jardins indispensables, d'autant plus faciles à disposer à leur gré qu'ils ont pour cela tout l'espace désirable. Alors, oui alors, ce sera magnifique, ce mot n’est pas de trop, tant À cause du sol dont le fertilité est reconnue qu’à cause du site qui sera un des endroits d'attraction de l'avenir.
Sur le sommet d’un coteau brisé de cent manières, oftrant tantôt des saillies brusques, tantôt des pentes douces, des massifs d'arbustes, des mamelons crevassés et marqués de quelques rides de feuillage, des fragments isolés de culture, des touffes de verdure odorante luttant avec les broussailles, le monastère domine, à une hauteur d'environ cinquante toises, tonte la campagne environnante. A ses pieds se déroule la baie dans son contour irréprochable, avec sa puissante ceinture de rochers granitiques, à surmontée d’une colline abrupte et désolée que les Longs squelettes des pins rouges, dévorés per le feu et restés debout, semblent cheviller et elouer sur le sol. En arrière s'étend la ferme avec ses cultures variées de foin, de légumes et de céréales, et plus loin en-
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cote un immense plateau onduleux, sens aucune roche, formé partout d'un sol arable de qualité supérieure ; on y établirait aisément une dizaine de paroïsses que l'on pourait apercevoir toutes ensemble d'un même eoup-d'œil, avec les clochers de leurs villages émergeant soit du fond des gorges, soit s'élançant dans les airs, du haut de quelque colline animée et joyeuse.
Mais ce qui est par dessus toutes choses remarquable, c'est le monticule gigantesque, formé de Jarges assises de granit régulièrement espacées «entre elles et diminuant graduellement comme une pyramide, jusqu'à une certaine hauteur où tout À coup le travail mystérieux de la nature est interrompu.
Sur ce montioule les Oblats se proposent de construire un calvaire que l'on pourra apercevoir à une énorme distance,
Nous entendimes la grand'messe, un dimanche matin, dans le nouveau monastère, où l'on a installé une chapelle provisoire. Les gens venaient soit des alentours en canot, soit à pied de l'intérieur. Il n'y avait pas encore de chemin voiturable, même autour dela baie, mais un simple sentier plus où moins
large, suivant les endroits. L'absence de chemins était alors le grand inconvénient, comme c'est tou. jours le cas du reste dans les établissements nouveaux, Les colons fraient eux-mêmes des ouvertures à tra. vers les bois et ils transportent sur leur dos leurs provisions, parfois jusqu'à de grandes distances. Mais les jours de cette colonisation primitive et péuible sont maintenant comptés.
Un autre inconvénient était le manque de bois combustible. Cela est incroyable dans un pays où le bois surabonde, mais cela est. Le bois appartenait à des concessionnaires de coupes, ou bien était brûlé sur la plupart des lots. Lesravages opérés par le feu dans toute la région du amingue sonteffrayants et partout visibles. Le colon n'en pouvait prendre pour son usage que sur le lot où il avait sa maison, en sorte que s’il avait deux lots, ét que l'un fût ravagé par le feu, il ne pouvait pas prendre le bois de l'autre lot pour se chaufier. C'était là un des résultats de l'admirable législation qui, pendant tant d'années, a rendu absolument impossible l'établissement des meil. leures parties arables de la province.
On nous a cité l'exemple d'un marchand de bois qui avait fait des billots au-dessous de l'étalon règle- à mentaire. Ces billots confisqués venaient d'être vendus à un homme dé l'endroit, du nom de Coursolles, qui avait installé une petite scierie à l'entrée à
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de la baie, Cette scierie, À peine à ses débuts, ne pouvait déjà plus suffire aux besoins toujours croïssants des colons. A quelque chose, on le voit, le mal est bon.
Ce qui fera la fortune agricole du Témiscamingue, pendant un certain nombre d'années encore, ce sont les chantiers. On ne saurait croire ce qu'ils consomment de produits agricoles, et ces produits se vendent extrêmement cher sur les lieux, vu l'éloignement des grands centres et l'enfance des communications. On pourra s’en faire une idée en se rappelant que le foin coûte 835.00 la tonne et les pommes de terre un dollar cinquante le sae, et qu'un seul arpent peut en donner jusqu'à 200 sacs,
Comme il n'ya pas de distances À parcourir, à cause de l'absence de routes, et que les lots ne sont que très partiellement défrichés, on ne se sert pas de voitures, mais on transporte le foin sur de grands traîneaux plats.
Le seul combustible en usage est le pin rouge.
A l'entrée de la baie s’avance un fort beau quai de quatre cent cinquante pieds de longueur, auquel se tient le bateau à vapeur Minerve, qui a été entièrement construit enr les lieux, dans le cours d'un hiver, Ajoutons quil est d'une forme nouvelle et d'une élégance qui ne laisse pas que de surprendre,
Sur les hauteurs qui entourent la baie les blueté croisent avec une profusion incroyable. Ils forme: ront sans doute un objet de commerce importent quand les communications rapides le permettront.
Les Pères ont fait construire à la baie deux maisons pour recevoir les colons. Elles contenaient, lors de notre passage, plusieurs familles, dont l’une, qui mérite d'être mentionnée, la famille Bourget, était venue du fond de la Beauce jusqu'à Mattavra en voiture.
Ajoutons un excellent hôtel tenu par M. Gendreau etnous aurons donné un petit aperçu des habitations qui composent actuellement le village de la baie des Pères.
Nous remarquâmes à la messe chantée au monastère, etoù le frère Lapointe touchait l’harmonium, beaucoup plus d'hommes que de femmes. C'étaient ou des gens dés chantiers, ou de jeunes colons où des hommes mariés qui étaient venus au Témiseæ: mingue saus amener leurs familles. Après la messe, ils se réunissent chez le fermier des Pères, lequel pensionne tous les hommes qui travaillent aux constructions nouvelles. Aussitôt qu'ils sont réunis, l'un d'eux, l'artiste du Témiscamingue, fait entendre les sons du violon, et chacun de chanter ou de giguet avec un louable entrain. Les Canadiens seront toujours les Canadiens. Et disons: Dieu merc
Mais il est temps de revenir Aa Mission et de lui faire nos adieux, d'autant plus que nous pensons bien avoir été le dernier voyageur en quête de renseignements qui l'ait visitée avant le départ définitif des Religieux pour la baie des Pères.
Ce que l'on éprouve dès les premiers instants que Von passe à la Mission, c'est une tendance irrésistible à la contemplation, au recueillement. On se sent là comme arrivé subitement dans un autre monde et l'on est saisi par les étranges sensations de l'inconnu, Cette maison solitaire, enveloppée dans son silence, et qui semble inhabitée tout en gardant l'apparence de la vie, pendant qu'au loin, aussi loin que le regard peut atteindre, tout est également tranquille, profond, imperturbable, porte au cerveau et au cœur une singulière impression de délaissement déns l'espace désert et muet, Mais l'âme bientôt est doucement ramenée à elle. La bonne, tendre et miatérnelle nature lui sourit. Grande, immense, elle ëst devant Je regard, mais on plonge avec délice dans cette immensité dont rien n'altère la sereiñe mansuétude, L'homme, en présence de l’impénétrable nature, pleine à la fois de secrets et de téndresses
suomi
poux lui, qui ne l’accable pas du poids du mystère, mais semble lui ouvrir au contraire des portes innombrables vers l'infini, se sent bientôt moins pénétré de sa petitesse que de son immortelle grandeur. Sa faiblesse ne le déconcerte ni ne l'humilie : il reprend rapidement l'empire de lui-même, et sa pensée, écrasée par l'impression d'un moment, se retrouve maîtresse absolue d'elle-même et du monde qu'elle contemple.
Ainei, perdu dans ma réverie, en quelques minutes je venais de passer par les impressions les plus diverses, contemplant en dernier lieu un petit oiseaumouche qui, de fleur en fleur, voletait dans le jardin dela Mission, lorsque le Père Fafard, s'avançant vers moi: “ Venez, me dit-il, je vais vous montrer la chapelle, puis nous traverserons de l'autre côté, où vous verrez l'ancienne chapelle bâtie par M. Bellefeuille, le cimetière où est enterré le Père Laverochère et le poste de la Compagnie de la baie d'Hudson.
Aux yeux du passant qui ne vois que le côté extérieur des choses, la chapelle de la Mission ne saurait offrir le moindre intérêt. C’est tout uniment une pauvre petite construction en bois, faite avec le seul objet de réunir les Indiens le soir, à la prière, et le dimanche à la messe. Cependant, l'intérieur ne manque ni de grâce ni de proportion ; c'est que, dans tout ouvrage qu'inspire une pensée chrétienne et
généreuse, il y a toujours quelque partie par où l'âme se révèle ct lui communique tout ce qu'elle referme de sentiment inné, quoique imparfait, du noble et du beau.
Le bois de l'autel imite le marbre ; on y a plueé des candélabres auxquels pendent des cristaux multicolores, et on l'a orné tant qu'on l’a pu de dorures affectant des formes dive Le chœur, en frènes est surmonté d'une statue de la Vierge, et des deux côtés de la statue apparaissent deux tableaux, l'un de saint Joseph, l'autre du Cœur de Jésus. Un autre tableau, fait par un fière convers, représente la bénédiction de la cloche de la chapelle et contient les noms des donateurs, Enfin, un quatrième tableau représente des fleurs et renferme d'autres noms comme les précédents. Les dessins des vitraux sont aussi l'œuvre des frères convers, qui sont, comme on 1e voit, peintres, musiciens, menuisiers ou architectes, suivant l'occasion ou le besoin. On s’assied sur des banes et régalièrement, à la grand’messe, l’harmoniurm se fait entendre.
Tout ce petit intérieur a une physionomie primitive, candide, ouverte, qui semble s'adresser tout droit à votre âme et vous demander pardon, à vous qui avez saus doute admiré de bien beaux temples, de s'appeler la maison de Dieu, quand on est si petit et si pauvre !
L'OUPAOUAIS SUPÉRIEUR
Au sortir de la chapelle, le Père Fafard m'amenant sur le rivage
Le Voyez m6 dl, cute magique ble, et plu ei, le qi cmmae eur une longueur environ 46 milles, us compter De enfin qui es meme crviun ingtaioq. Parent Ra a sonde qu'avec un baton d'un le ant on por. PR Se Juquan diva des plus pattes Vie, ds lun PA eques outre que one le même on Poule merigugr Pen as grand comes, Ai l'en iie un te, entrés Me pe que es Anglais appllnt Pr Narrous et qu Von M pes an servis des tone, on y fi fttune, Quant PSE mue ot topo de fe fs aus mou mures Nour avou Mt Jquamfoud'huens colon, et oë épouses Me ace comrudtine nouvelle, w montent à qurnierint Sala puc jours C'ne ban Le mins que mous pormdioos ane M dame aus clito pour nous permetis de en A ob none pla tard entralar des ele,
L'abmogphèe aur Le la ete paye environant et dl, A pan cul y ms put Le Le devint tout eng dec, opte pour le margaten en œauch, Les gun Qu sont Venus D Mon de matin 26 peurent sun miourmer à mil. Jam l'anée dernière, tout e monde vel Cher nous j notre on alt un vraie ul. Les jou de fu, Les Pre ont D fem at pur aus gens qu aline fie leur aires en Ménuue rarageun au den ta ke Mi, ay avait ps, comme aujourd hu, un serre régulier de AR RUE Loan mater late matt ot Me an ce qu ont 4e dis un lourd adean pour nous mon, Quant due gene Liane pay, et quant généralement
pauvres, ils trouvaient que Je voyage leur avait déjà coûté assbr cher. Les Pères leur fonrnissaient souvent tonte sorte de provisions. Des familles entières venaient camper, qui n'avaient pas
méme une bouchée de pain à manger. Tout ce monde était à otre charge, e s'il avait fil tenir compto de tout ce qu'il nous en à coûté, nous serions ertanciers d'un bien grand nombre de per+
Un petit canot venait de s'arrêter à la passerelle qu sert de quai devant la Mission. Nous y montâmés, 1e Père Fafard et moi, et l'instant d'après nous touchions l'autre rive, sur laquelle apparaissent tout d'abord les ruines de la première chapelle des mfssionnaires,
Elle n'est pourtant pas bien ancienne, cette cha pelle, pour être déjà en ruine, puisqu'elle ne date que de 1835. Mais c'était une construction en planches mal jointes, toute temporaire, élevée seulement pour les besoins du moment, pour rassembler les Indiens une fois ou deux par année. Aussi, depuis qu’elle a été abandonnée définitivement, la moisissure s'est-elle vite emparée d'elle, et l'a rongée et déchi. quetée morceau pae morceau. Le toit est effondré, les fenêtres sont béantes, les poutres et les planches sont vermoulues, s'affaissent ; le squellette seul est debout, avec la façade pereée de deux châssis, un de chaque côté du clocher qui a l'air d'agoniser dans le ciel.
Vous jetez un dernier regard sur ce misérable dé.
bris et vous monter, entre des tableaux de Ja passion fixés dans une double haîe d'arbustes, le chemin du cimetière que tapissent de nombreux rosiers sauvages et que couronne un massif de cyprès toujours verts. Parvenu au sommet du monticule, vous remarques, après avoir dépassé une trentaine de tombes, un petit enclos fermé, entourant une grande croix plantée au milieu. C'est là la tombe du Père Laverlochère, surmontée d’une simple planche de trois pouces d'épaisseur, portant l'inscription : & octobre 1884, 72 ans.
Sur les bords d’un lac lointain, dans une vaste s0- Litude longtemps ignorée, cette tombe où reposent les restes d'un homme qui a sacrifié sa vie à ses semblables, qni est mort martyr de sa charité, de son amour pour les hommes, est bien plus belle, bien plus éloquente que les plus beaux monuments funéraires élevés à ceux qui furent de grands contempteurs et de grands égorgeurs des autres hommes,
A côté de la tombe da Père Laverloëhère,on lit une inscription : Oma Nipa, ce qui signifie : Toi dort. Une autre: GaganotamaSieik : priez pour elle ; et, plus bas, deux peties croix couvrant les tombes de deux enfants.
La vue sur Je lac, du haut du montieule, est ravissante. C'est incroyable comme en cet endroit, un des plus charmants peut-être an monde, le grandiose et
le majestneux s’allient constamment an gracieux et au pittoresque. C'est ici surtout que l'on remarque le contour si parfait et si harmonieux de la baie de la Mission, et la su indéfinie des autres baies, avec leurs pointes s'avançant dans le lac, leurs flots détachés et leurs rivages de sable fin vu de granit étagé, contemporain des premiers âges du monde.
Le cimetière des Indiens est entouré d'une petite palissade, au delà de laque mnence le cimetière protestant, c'est-à-dire, celui où sont enterrés les employés et les serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson.
Au loin, on aperçoit la pointe à la Barbe, ainsi dénommée de la traditionnelle coutume des employés de la Compagnie d'y arrêter pour se faire la barbe, avant d'arriver au poste et de s’y présenter À monsieur le facteur. Et maintenant que nous y avons conduit le lecteur lui-même, nous allons pénétrer avec lui sous le toit de lun des postes de cette célèbre et imposante compagnie, qui a été pendant si longtemps maîtresse absolue de toute la partie septentrionale de l'Amérique britannique, réputée inhabitable et inaccessible, mais rendue, depuis quelques années, si habitable et si accessible, que tous les yeux se tournent vers elle et qu'en elle se, fondent les plus grandes et les plus légitimes espérances.
LE FORT DE TÉMISCAMINGUE
Le “fort'” ou poste de Témiscamingue est situé sur Ja rive gauche de l'Outaouais, vis is de la Mission. C'est un des plus anciens de la Compagnie de la baie d'Hudson: sa fondation remonte à plus de cent trente ans. Il n'y a plus trace aujourd'hui du premier poste construit à cette époque ; celui qui Va remplacé, et que l'on appelle le “vieux fort,” date de 1811 ; il est encore debout, solide sur ses larges et fortes assises, quoique portant sur ses murs lézardés et jaunis l'empreinte irrespectueuse du temps. On s'en sert aujourd'hui pour emmagasiner les énormes quantités de marchandises et de provisions que la Compagnie de la baie d'Hudson entasse dans ses dépôts. C'était jadis la seule construction qu'il ÿ eût dans toute la contrée du Témiscamingue. Le facteur de la Compagnie, ses commis et ses employés Y'hubitaient et y tenaient un magasin ouvert aux Indiens, qui venaient y recevoir des marchandises en
échange de leurs pelleteries. Depuis dix-huit ans, on'a construit un nouveau poste, qui sert uniquement de magasin de détail; le logement du facteur, ou principal émployé de la Compagnie, est aussi une eonstrnetion séparée du magasin et absolument privée. Quant au “ vieux fort” il est fermé aux acheteurs, et seuls les commis de la Compagnie y pénètrent pour renouveler le stock du magasin.
Il ne faut pas que cette appellation de “fort” éveille chez le lecteur l'idée d’une forteresse véritable, avec des remparts, des fossés et des meurtrières; non, les forts de la Compagnie de la baie d'Hudson n'ont jamais eu cet aspect belliqueux ; c'était simplement une habitation doublée d'un magasin, construite en murs très épais, et entourée d'une enceinte de pieux d'une quinzaine de pieds de hauteur, pour la préserver d'une attaque possible des sauvages qui auraient eu quélqne sujet de mécontentement.
Si lon jette un regard sur la partie septentrionale de l'Amérique britannique, on verra qu'à certains endroits particulièrement favorables, le long des grandes rivières, mais surtout à leur embouchure, de même qu'à la décharge des Ines de quelque importance, depuis
le Labrador jusqu'aux montagnes Rocheuses, la Comragnie de la baie d'Hudson avait établi des postes, où les Indiens de la région environnante venaient apporter leurs pelleteries ét faire leurs achats de pro
visions et de vêtements. Ces pelleteries étaient ensuite transportées, dans des canots manœuvrés par des hommes au service de la Compagnie, jusqu'aux factoreries d'York et de Moose, situées, la première, à l'embouchure de la rivière Nelson, sur la baie d'Hudson, la seconde, à l'embouchure de la rivière Moose, au fond de la baie de James. De Ià elles étaient expédiées en Angleterre sur les navires de la Compagoie, qui faisaient en moyenne deux voyiges par année. Au retour, ils apportaient, dans des caisses doublées de fer blanc, toutes les marchandises dont la Compagnie avait besoin pour faire ses échanges avec les Indiens. Quant aux provisions, elle les faisait venir du Canada, excepté toutefois la farine, qu'elle importait dans ses propres navires par ln baie d'Hudson, afin d'éviter les droits d'entrée; elle en approvisionnait ses nombreux postes, et réalisait sur ce seul article des bénéfices énormes. En outre, elle était très parcimonieuse à l'égard des sauvages qu'elle employait au transport de ses marchandises ; elle les rationnait impitoyablement, en sorte que ceux-ci étaient souvent obligés de prélever sur leurs gages, toujours insuffisants, de quoi s'acheter un complément de provisions. O'était surtout le riz qui était distribué par petites rations. Mais iln'en est plus ainsi de nos jours. La suppression du monopole du comméree de fourrures, monopole que la Compagnie de la
baie d'Hudson revendiquait et qu'elle s'est efforcée de retenir jusqu'en 1867, l'arrivée des blanes et la concurrence établie enfin librement sur le vaste territoire qu'elle prétendait lui appartenir en propre, ont changé la face des choses, fait baisser le prix des provisions et oblige la Compaguie à payer plus cher aux Indiens leurs pelleteries, en même temps qu'à leur vendre la furine à meilleur marché (1), enfin à bien nourrir et à bien payer ceux d'entre eux qu'elle emploie.
Pendant l'existence de la Compagnie du Nord- Ouest, qui fut longtemps une temible rivale pour celle de Ja baie d'Hudson, et qui avait aussi de nombreux postes échelonnés dans l'intérieur de l'Amérique britannique, au delà du 48e degré de latitude, il y eut souvent des rencontres sanglantes entre les hommes engagés au service des deux compagnies, et que l'éloignement des lieux, l'absence absolue de communications mettaient en dehors de l'atteinte de la justice. Les commis du poste de Jémiscamingue ne sortaient pas pour commercer avec les Indiens, qu'ils avaient parfois de bonnes raisons de redouter. La traite se faisait par une espèce d'emibrasure pratiquée dans le mur du vieux
A) Jadis no sue de farine était vendu huit dollars par la Come pagaie de la baie d'Hudson. Aujourd'hui elle ue le vend plus que sing.
fort, au deuxième étuge. Les Indiens y montaïent un à un et y présentaient leurs pelleteries, lorsqu'ils avaient pu toutefois se rendre au poste sans être interceptés en route par les hommes de la Compagnie
du Nord-Ouest.
D'une grande fenêtre du fort, d'où la vue embrasse Ja partie supérieure du lac, on voyait venir de Join les Indiens, et l'on se préparait à les recevoir. On envoyait au-devant d'ei agers spéciaux (runers) ponx les gagner et les enlever aux agents de la compagnie rivale. Celle-ci avait anssi expédié ses messagers, qui, de leur côté, s’efforçaient de retenir à eux les Indiens où de les détourner de suivre leurs concurrents. Is se précipitaient à l'envi les uns des autres sur les pelleteries de l'Indien et se les dispataient sous ses yeux Mot de peaux restait aux mains du plus fort; eelui-ci s’en e.aparaît, le chargeait sur son dos ét se rendait au poste, s'il était de eeux de la Compagnie de la baie d'Hudson, pendant que le sauvage marchait derrière lui en “ monsieur ” qui fait porter ses paquets.
On sait que l'établissement de la puissante Compagnie de la baie d'Hudson remonte à l'année 1670, la vingt-deuxième du règue de Charles II, d'Angleterre. L'acte qui la constituait débutait dans les
termes suivants :
L'OUTAOUAIS SURÉRIEUR ani
Chartes I, par la grâce de Dieu, Roi d'Angleterre, d'Esosse, de Francs ét d'Irlande, défenseur de la foi ee. ét AA tous ceux qui les présentes verront, salu Attendn que notre tout bien-imé cousin le prinee Rupert, rte palatindu Rhin, duo de Bavière et de Cumberland, ete, Christophe, due d'Albermale, Willin, comte de: Craven, Heurÿ lon Atlingtou, Anthony lord Ashley, sie John Lobinson et sir Robert Vyner, chevaliers et baronuets, sir Peter Colleton, baronnet sir Edward Hungerford, chevalier du Bain, str Paul Necle, cheve lier, sir John Griffith et sir Philip Carteret, chevaliers; James Hayes, John Kirk, Fmncis Milington, William Prettyman, ‘ohu Fenn, écuiers, et John Portman, eitoyeu et orlèvre de Londres, ont, à grands frs et dépeuses, entrepris une expédition à la baie d'Hudson, dans Ia partie nord-oueët de l'Amérique, afin d'y décou puasage à la mer du Sud et pour ÿ faire le com. merce de pelleteries, minéraux ét autrea commodités importantes, et qu'à raison de leur entreprise, ils out déjà fuit assez de décou vertes pour Les encourager à pousser plus loin l'objet de leur dessein, et que par ce moyen, il peut probablement nous arriver de grands avantages, à nous 6 à notre royaume, ele. ete. et. Sachez. que, désireux de favoriser tous efforts tendant au bieuétre publie de notre penple et d'encourager la dite entreprise, nous avous, de notre grâce spéciale, ennañsauce certaine et de notre propre mouvement, octroyé, donné, ratifié et confirmé, et par. ces présentes, pour nou et nas successeurs, oétroyons, donnons, ratifious et confirmons, à notre dit cousin le prince Rupert et aux dits, ete., (nf l'éunmérition des noms cités ci-dessus) le pouvoir de se constituer en corps politique, et nous Les constituons de fait et de nom, sous le now de Le Gouverueur et la Compagnie d'aventuriers d'Angleterre faisant le commerce dans La baie d'Hud-
son Ét pour mieux assurer l'exécution de notre volonté et de noue octroi à cet égard,nous avous fait, nommé et constitué, et par ces présentes, pour nous, noa héritiers et aucecsseurs, 1OuS fai. sous, nommous et constituous notre dit cousin, le prince Rupert,
premier et présent gouverneur de Ia dite Compagnie ; et nous ur ces présentes, pour. nous, nos hérious, noumons et covstituons les
avons désigné, noué,
tiers et successeurs, nus déni dits sir John Robiusou sir John Vyner, sir Peter Colleton, James Hayes, Jolm Kirk, Fraucis Milliugton et John Portman les sept premiers et présents membres du comité de la dite Couugnie, à présentes jusqu'au dix novembre prochain, et
sompter de ia date ee que d'autres membres sofeut choisis en la
ainsi de auite jusqu’ forme ciaprès xée, €
Lx af que des dits Guuverueur et Compagnie d'aventariers d'Angleterre, faisant Le cowmerce dans la baie d'Hudson, puissent être encouragés à entreprendre et à mener à Lien Le dit dessein,
nous, de notre grâce spéciale, de notre connaissance certaine et propre mouvement, «vous ct confiné, ét par les présentes, pour nous, vos héritiers et successeurs, nous necordons,
donné, cetroy
st conérmons aux dits Gouverneur et Compagnie, et à
octroyon leurs sucresseun mers, de tous les dtrvits, Mes, rivières lncs, cours d'eau et anses, sous queique latitude qu'ils soient, qui sont situés à l'entrée du dérroit commnément appelé « détroit d'Hudson,” ensemble et
pi s'y Lrouvent et qui ne sont. js déjà eu In pomesion de ou octroyé à quelques-uns de nos sujets, et le dit terrtaire sera d'aujourd'hui à venir, réputé X'ane de nos plantations on eclonies d'Amérique, sous le nom de Terre de Rupert.”
la irite et le commerse exelusif de toutes les
ave toutes Les tertes 0e tous Les teritoires
Tel était le titre en vertu duquel la Compagnie de la baie d'Hudson prétendait naguère avoir non seulement le monopole exclusif du commerce des pelleteries, mais la propriété même du territoire s'étendant depuis les bords de la baie d'Hudson jusqu'aux sources des rivières et cours d'eau qui s'y jettent. Cette prétention, elle l'a maintenue jusqu'en
1868, alors q gouvernement dire l'accès de pour y faire
où individuel de colonisatic l'industrie, à prodigieusemn minérale sont
Bien difér baie d'Hudsor du Nord-Oue:
çaise en An étaient les } merce des pel chands canadi tureuses expé gnes Rocheus lac Supérieur, Rouge, sur | Nelson et C d'Hudson. P eut été conqu
1868, alors qu'elle fit cession de tous ses droits an gouvernement canadien. C'était simplement interdire l'accès de la plus grande partie du Nord-Ouest, pour ÿ faire la traite, à toute entreprise collective où individuelle ; c'était emicore repousser tout essai de colonisation et fermer à jamais à la culture, à l'industrie, à la vie et à la civilisation, une région prodigieusement étendue, dont la fertilité et la richesse minérale sont inépuisables.
Bien différente de celle de la Compagnie de baie d'Hudson avait été la formation de la Compagnie du Nord-Ouest, Au temps de la souveraineté française en Amérique, les “coureurs des bois,” qui étaient les principaux intermédiaires du commerce des pelleteries eatre les sauvages et les marchands canadiens, s'étaient avancés, dans leurs aventureuses expéditions, jusqu'au voisinage des montagnes Rocheuses. Ils avaient établi des postes sur le lac Supérieur, sur le lac Winnipeg, sur la rivière Rouge, sur la Saskatchewan, et sur les fleuves Nelson et Churchill, qui tombent dans la baie d'Hudson. Plus tard, peu après que le Canada eut été conquis par la Grande-Bretagne, les mar.
chands anghis de Montréal et de Québec, qui xeprirent le commerce des pelleteries, marchèrent pas à pas sur les traces des coureurs des bois, d'abord mesurément et avec circonspection, comme faisant une expérience douteuse, et, du reste, très mal accueillis par les différentes tribus indiennes qui regardaient les Anglais comme les anciens alliés des Iroquois, leurs ennemis invétérés; puis ils le firent avec résolution et avec âpreté, stimulés qu'ils étaient par le succès et par l'extension de leurs opérations, Plusieurs d'entre eux, et notamment Joseph Frobisher. et Peter Pond, avaient même poussé fort loin des reconnaissances, jusqu'aux régions de l'Athabaska et du Churchill, et en étaient revenus, après avoir
couru tous les dangers et enduré toutes les privations dans des pays déserts, où ils n'avaient trouvé d'autres moyens de subsistance que la chasse et la pêche, mais où, en revanche, ils avaient réussi à attirer à eux les Indiens Chipouyans, qui, d'ordi. maire, allaient porter leurs pelleteries à la factorerie d'York.
Fons de l'expérience acquise pendant quinze où dix-huit ans d'opérations, les marchands du Canada qui faisaient le commerce des pelleteries, formèrent, dans le cours de 1783-84, une société sous le nom de “ Compagnie dn Nord-Ouest,” et en confièrent la direction à deux maisons de commerce jouissant de
beaucoup de crédit et de considération, la maison Benjemin et Joseph Frobisher, et celle de Simon MacTavish. Dès ce moment, le commerce du nordouest de l'Amérique fut établi sur des bases plus solides qu'il ne l'avait jamais été, et la nouvelle société ft au moins autant d'affaires que la Compagnie de la baie d'Hudson, dont les établissements étaient pourtant bien mieux situés que les siens. (1)
De là était résultée entre les deux compagnies une rivalité qui souvent dégénérait en rixes sanglantes. Elles avaient toutes les deux à leur service un grand nombre d'hommes, qui parfois se livrèrent de véritables batailles rangées. La Compagnie du Nord-
Ouest employait, pour sa part, cinquante commis,
soixante et onze interprètes et commis d'interprètes, onze cent vingt rameurs on conducteurs de canots, et trente-cing guides. On désignait cette bande d'employés par le sobriquet de “ mangeurs de cochon.” ls se louaient ordinairement à Montréal, et leur voyage durait depuis le premier mai jusqu'à la fin de septembre. Les guides recevaient pour salaire de huit cents à mille livres, avee un habillement convenable ; les patrons, on chefs de canots, de quatre à six cents livres ; et les rameurs, de deux cent cinquante à trois cent cinquante livres, avec une cou-
() dourual d'Alexauder Mackensie.
verture de laine, une chemise et une paire de grandes culottes. Ils étaient nourris aux dépens de la Compagnie, pendant tont le temps que durait leur voyage. En outre, on leur permettait de trafiquer avec les sauvages, ce qui rapportait à plusieurs d'entre eux plus que la valeur de leurs gages.
Les guides, qui étaient d’une grande utilité pour la Compagnie, servaient aussi d'interprètes. On leur donnait une certaine quantité de marchandises, ét, en outre, de mille à trois mille livres d'appointements.
Les conducteurs des canots se divisaient en deux classes : les mattres d'équipage, les pilotes ou timoniers formaient la première ; et les rameurs, la seconde. Ce qu'on fournissait aux pilotes et aux maîtres d'équipage, indépendamment de leurs gages, consistait en deux couvertures de laine, deux chemises, deux pires de culottes longues, deux mouchoirs de cou, quatorze livres de tabac en carottes, et quelques autres petits articles. Les rameurs recevaient les mêmes objets, à l'exception du tabac, dont on ne leur donvait que dix livres, Tous ces gens étaient désignés sous les noms d'hiverneurs et d'hommes dn Nord. Plus de sept cents sauvages, hommes, femmes où enfants, étaient attachés aux rameurs ét nourris aux dépens de la Compagnie (1).