MATTAWA
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Jadis, l’Indien seul y fixait sa tente de temps à autre, soit en descendant du nord pour aller à la mission du Lac des Deux Montagnes, soit au retour en remontant dans les bois pour y faire la chasse tout l'hiver. Plus tard, comme tous les sauvages ne descendaient plus régulièrement au Lac ou autref postes de commerce ‘“d’en bas,” la compagnie de la Baie d'Hudson jugea à propos d'établir à Mattawa un petit poste de traite, il y a de cela un peu plus de cinquante ans. | |
Le premier missionnaire qui visita ce poste fnt un prêtre de St-Sulpice, M. Bellefeuille, en 1836. Après lui vinrent MM. Dupuis, Poiré, celui-ci appelé plus tard à diriger le collége de Ste-Anne-la-Pocatière, Moreau, depuis vicaire-général, et Bourassa. En 1844, les Pères Oblats se chargèrent régulièrement des missions qui embrassaient tout le nord et. l’ouest de la province jusqu'aux rivages de la Baïe d'Hudson. En 1864, on jeta à Mattawa les fondements d'une petite chapelle, et Mgr Guignes, évêque d'Ottawa, y fit sa première visite en 1864. A cette époque les blancs avaient déjà commencé à s'établir sur les bords de l'Outaouais et de la Mattawan, ce qui explique comment l’évêque y donna la confirmation à un grand nombre de fidèles de tout âge et de nationalités diverses, comme on peut le voir par les régistres du temps.
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A la suite des missionnaires que nous venons de nommer vinrent le Père Déléâge, qui a laissé un souvenir impérissable dans tout le pays, les Pères Pion, Lebret, Guéguen, Nédelec et Poitras: ces derniers sont actuellement attachés à la mission et habitent à Mattawa un fort joli presbytère qui a été construiv il y a environ deux ans.
En 1869, le village de Mattawa ne comptait encore que quatre familles, ‘eux catholiques et deux protestantes ; les missionnaires y hivernaient pour la première fois dans cette même année ; c'étaient le Père Nédelee et le Père Guéguen. (Comme ils n'avaient pas de demeure à eux, une famille catholique de l'endroit, celle de M. Noé Timmins, leur donna une généreuse hospitalité ; depuis, les membres de cette famille n’ont cessé d’être à la tête de toutes les œuvres de bienfaisance accomplies à Mattawa.
Pendant l'été de 1871, le Père Poitras arrivait à la mission. Le village et le pays environnant se développaient petit à petit; le commerce de bois faisait merveille, mais celui des pelleteries avait considérablement diminué, Quelques fermes apparaissaient à la lisière des forêts et, sur les rivières, il s'était établi une ligne régulière de petits bateaux, pendant que, sur la terre, s’établissait également un service de diligence pour le transport des voyageurs. On fondait aussi deux écoles, l’une protestante, où ciny
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L'OUTAOUAIS SUPÉRIEUR 107 it
élèves recevaient l’enseignement d’une institutrice . l’autre, catholique, tenue dans la maison de M. Timmins, comptait une trentaine d'élèves anglais, canadiens et indiens, sous la direction d’un missionnaire. Dans cette école primitive les bancs servaient de putitres, et l’école elle-même était dans une cabane qui servait en même temps ‘de chapelle.
Quant au traitement du missionnaire instituteur, un simple zéro suffit à l'indiquer.
Durant l'hiver de 1870-71 les missionnaires avaient hiverné dans ce qu'on appelait la ‘ petite maison des sauvages,” appartenant à une famille Dufond. L'hiver suivant ils bivernèrent dans une baraque attenant à la maison Timmins; ils y eurent la nourriture en même temps que le logegement, grâce à l’tntelligente générosité de son proprié- taire.
L'année 1872 vit commencer les missions des chantiers ; le Père Nédelec resta gardien de celle de .Mattawa pendant l'hiver, en même temps qu’il dirigeait l’école, composée des éléments les plus dispa- | rates, où l’on voyait l'enfant de l’Indien assis à côté du blanc, l'anglais à côté du français, le riche à côté | du pauvre, et trois langues enseignées simultanément.
Un tribunal correctionnel avait été constitué dans le cours de l’année et quelques conGamnations encou-
‘rues par les hommes de chantier; le Père Poitras travaillait activement de ses propres mains à l’érection d’un presbytère ; plusieurs maisons nouvelles venaïent s'ajouter au village et quelques fermes étaient défrichées dans les environs; enfin, la population protestante ayant augmenté, un ministre méthodiste était venu s'installer au milieu d'elle.
L'année suivante, on achetait un terrain pour y élever un hôpital et pour agrandir l’école qui avait pris des développements remarquables.
En 1875, l’école locale était définitivement établie sur un pied régulier, avec une constitution légale, mais elle fit peu de progrès, à cause de la pauvreté des parents et surtout de leur indifférence en matière d'instruction. Du reste, un véritable cataclysme, qui s'était abattu sur le commerce de bois, avait découragé la plupart des habitants qui trouvaient à grand’'peine même le nécessaire pour leurs familles. La mission proprement dite de Mattawan s’étendait alors depuis le pied de la Roche Capitaine, vingt milles plus bas sur l'Outaouais, jusqu'aux eaux du lac Keepewa, et sur la rivière Mattawan, jusqu'aux eaux du lac Nipissingue. La population répandue dans cet espace de pays était d'environ cinq cents âmes, au nombre desquelles on comptait plus de cent sauvages ou métis ; les blancs formaient une centaine de familles dont pas plus de vingt-deux
étaient protestantes. A la crise commerciale était venue s'ajouter une épidémie de petite vérole, et d’épouvantables feux de forêts avaient porté la ruine au milieu de ces malheureuses populations qui avaient à peine pris racine sur le soi arrosé de leurs sueurs les plus amères.
Au printemps de 1876, on posait à Mattawa les fils télégraphiques et un bateau “à vapeur” inaugurait un service ré ‘ulier entre le village et le rapide des Deux-Rivières, douze milles plus bas sur l’Outaouais ; l’année suivante, le gouvernement faisait construire un pont sur la rivière Mattawan.
L'année 1878 fut signalée par la création d’un établissement de Sœurs Grises, pour l'éducation de la eunesse et le soin des malades; on installa l'hôpital provisoire ainsi que le couvent dans l’ancienne maison des Pères Oblats, L'école avait retrouvé des jours florissants ; on y comptait jusqu’à 67 élèves ; en même temps on construisait une chapelle protestante.
1879-—L'école locale devient une école séparée. La construction du chemin de fer du Pacifique donne des ailes à la colonisation; le nombre des familles augmente, surtout au lac Talon où elles sont déjà au nombre de cinquante, dont trente-cinq catholiques. (Le lac Talon est dans la province d’Ontario, à mi-chemin environ entre Mattawa et le lac Nipis-
singue). Aux ‘“ Deux-Rivières,” on bâtit une école et une chapelle ; le Père Poitras est appelé à Hull, et le Père Déléâge est nommé directeur de la mission de Mattawa.
1880—Le village grandit tous les jours; on bâtit une jolie maison en briques pour les Pères ; l'hôpital est rempli de patients ; la construction du Pacifique est rendue au rapide des Deux-Rivières ; l'animation et le mouvement règnent sur tout l'Outaouais ; la colonisation continue de faire des progrès rapides au lac Talon et au lac Nipissingue ; déjà les familles françaises y sont au nombre d’une centaine.
1881—La mission de Mattawa est plus florissante que jamais, par suite de la construction du chemin de fer et du grand nombre de “ chantiers ” qui se font dans la forêt ; on en compte jusqu’à une centaine dans les limites de la mission ; la chapelle est considérablement augmentée et l’école recoit au-delà de cent élèves ; la religion catholique est de plus en plus florissante, au point d'exiger les services réguliers et constants de trois Pères Oblats, qui sont les Pères Déléâge, Nédelec et Emery.
1882—La fièvre typhoïde fait de nombreuses victimes à Mattawa, ce qui détermine le gouvernement à subventionner l'hôpital ; le nombre des Sœurs Grises est porté à six. La colonisation progresse toujours du côté du lac Talon ; on y construit une bonne
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chapelle. Mattawa est détachée du diocèse d'Ottawa et annexée au nouveau vicariat de Pontiac, dont Mgr N. Z. Lorrain est nommé titulaire ; celui-ci établit sa résidence à Pembroke. Le Père Déléâge est envoyé au Témiscamingue, et le Père Poitras revient en qualité de directeur à la mission de Mattawa. Arrivent en même temps deux ministres protestants. Le nombre des écoles est porté à trois, dont deux catholiques, divisées en une école de garcons confiée à un instituteur, et une école de filles sous la direction des sœurs grises. Un fait important à signaler, c’est l’arrivée d’un médecin qui s'établit permanemment à Mattawa. L'année suivante, les établissements s'étant considérablement développés, on comptait dix-huit familles de l’autre côté de la rivière Mattawan, en face de la petite ville, et le nombre de celles qui habitaient sur les bords du lac Talon continuait à augmenter dans des proportions réjouissantes pour les amis de la nationalité franco-canadienne,
1884.—Le village de Mattawa est érigé en municipalité; on élit un maire et un conseil de ville. Aussitôt commencent les travaux publics ; on ouvre des rues, on construit un pont sur la rivière, on fait des trottoirs et l’on commence les chemins de colonisation ; un recensement effectué dans l’année donne une population de cent vingt-quatre familles catholiques et de quarante et une familles protestantes dans
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le village, et de cent cinquante trois familles canadiennes dans la banlieue. Les oblats s'installent dans leur nouveau presbytère. L'année I885 voit l'érection d’un hôtel de ville, d’un nouveau couvent et d’une quinzaine de bâtisses nouvelles dans la petite ville. 1886—M. Bonaparte Wyse, ingénieur français très en renom, chargé naguère avec M. Reclus, lieu-
tenant de vaisseau, de préparer les plans et devis du canal de Panama, visite la région de l'Outaouais supé-
rieur, passe à Mattawa et assiste à l'inauguration du chemin de fer du Long Sault.
Le recensement annuel indique une population de
- 254 familles catholiques dans la paroisse, dont 181
canadiennes, 17 sauvages et 50 protestantes ; la municipalité proprement dite comprend 140 familles. On enrégistre parmi les catholiques 122 baptêmes, 25 mariages et 35 sépultures.
A part Mattawa, les Pères Oblats ont charge de diverses missions qui sont les suivantes :
1° Mission des Joachims, sur l'Outaouais, qui contient cinquante familles catholiques ainsi réparties : 28 familles canadiennes, douze anglaises et dix indiennes ;
.2° Mission de Rockliffe qui contient une vingtaiie de familles presque toutes irlandaiïses ;
8° Mission de Deux-Rivières qui renferme environ
. vingt familles.
4° Mission d'Eau Claire, où l’on compte vingt-huit familles catholiques et vingt-six protestantes.
1887.— Les trois écoles séparées de Mattawa sont florissantes ; elles sont fréquentées par deux cents enfants. Le 12 janvier, un grand deuil frappe la population de Mattawa dans la mort de M. Noé Timmins, le premier pionnier canadien du haut de l'Outaouais et le bienfaiteur par excellence de la mission. Les obsèques ont lieu le 17, au milieu d’un concours immense de personnes de toute nationalité venues”d’Ottawa, de Pembroke, de North Bay et de tous les endroits quelque peu importants de cette vaste contrée.
Nous venons de faire l’historique succinct, la chronique année par année d’une petite ville qui nous a paru comme le type de bien d’autres endroits fondés depuis un demi-siècle en pleine nature sauvage et qui sont devenus, depuis, des centres importants, des chefs-lieux de régions en plein mouvement de colonisation, en plein essor de progrès et d'activité humaine sous toutes les formes. Le lecteur y a sans doute trouvé l'intérêt que nous y avons trouvé nousmême et que justifieront les développements subséquents qui se sont fait antour de cet embryon de Colonisation lointaine.