‹ L'Outaouais supérieur [microforme]Chapitre 14 sur 41 · L'ÉTABLISSEMENT DU TÉMISCAMINGUE · texte numérisé non relu

L'ÉTABLISSEMENT DU TÉMISCAMINGUE

L'aspect de Mattawa n’a rien de pittoresque ni d’attrayant. Son seul mérite est d’être située au confluent de la rivière qui porte son nom avec celle des Outaouais. Elle doit à cette situation d’être un centre commode et tout indiqué d'avance. La physionomie, le caractère et le relief lui font complètement défaut. C’est un endroit sauvage, banal, morose. Peut-être qu'avec letemps, des constructions et des embellissements il finira par s'améliorer, maïs en attendant, il n’est pas autre chose qu’un point d’arrêt et d’approvisionnement sur la grande route de l'Outaouais

supérieur.

L'œil ne voit tont autour que des forêts rachitiques, trouées de noires éclaircies par des feux périodiques, que des hauteurs dénudées, à peine recouvertes cà et là de quelques lambezux de verdure, de

quelques plis d'arbres rabougris, descendant tristement sur leurs flancs jusqu’à la bordure de rochers granitiques qui n’abandonne pas un instant la rivière. Le village, ou si l’on veut, la ville elle-même est assise sur un lit d'énormes cailloux, qu'il a fallu soulever et reculer à grand’peine pour donner passage aux chemins et aux rues. (Ces cailloux, isolés, en nombre infini, ont été laissés là, sur place, par le retrait des glaciers qui couvraient, lors de l’époque glaciaire, le lit de la rivière beaucoup plus large alors qu'aujourd’hni. Il fandrait faire un travail prodigieux et dépenser des sommes énormes pour en débarrasser cet endroit dont les perspectives d'avenir ne permettent pas de récompenser un si colossal labeur, surtout si l’on met à exécution le chemin de fer projeté entre North Bay, sur le lac Nipissingue, et le Témiscamingue. Ce chemin de fer, en effet, enlèverait à la ville de Mattawa tout le commerce de bois de la région du Témiscamingue et du lac Kippewa, dont elle dépend aujourd’hui pour sa subsistance.

En face de Mattawa, de l’autre côté de la rivière, se dresse une montagne chenue, aux trois quarts pelée, semblable au dos d’un chien galeux, qui laisse pousser entre les intervalles de ses rochers cagneux quelques rares sapins et bouleaux qui ont l'air d’être retenus là plutôt que d’y croître, et sur l’un de ses

16 ste

A ‘ . . . DEL côtés, quelque peu adouci, un essai grimaçant de feuillage qui n'arrive pas à donner 1'illusion. :

A défaut d’arbres et de verdure, on avait cru l'an dernier que cette montagne contenait au moins de l'or ou de l’argent, nous ne savons trop, et l’on avait essayé de former, pour exploiter cette mine inattendue, ne compagnie comme il s’en forme tant de nos jours, sur le moindre indice, et pour la captation des badauds. Mais cette tentative avorta aussitôt conçue, et l’on n’en a plus entendu parler, ce qui ne l’empêchera pas probablement d’être renouvelée avant peu.

En quittant Mattawa pour remonter l'Outaouais, on prend un des petits bateaux à vapeur de la compagnie du Témiscamingue, longs de quarante-cinq pieds environ, qui font le service intermédiaire entre les différents rapides jusqu'au pied du lac. C'est tout un système que ce service des petits bateaux de l'Outaouais supérieur. Grâce à lui et au chemin de fer du Pacifique, Montréal n’est plus qu’à vingt heures du lac Témiscamingue, quand il en était auparavant à quinze jours. Il y a dix-huit mois à peine qu'il

ANONINVOSINAL ANG HNAHAVA V LATALVA

LINFS ONOT ANG ALAL

Page 1