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entend dire que dans quelques années les incommensurables forêts du nouveau monde auront disparu, Rien n’est plus vrai cependant. Il est positif, d’après les calculs les plus précis, qu’au train où vont les abattages, sans tenir compte de l’accroissement de vitesse suivant lequel ils procèdent, huit années suffiront pour dépouiller entièrement le nord des Etats-Unis du pin blanc et de l’espèce dite spruce, qui sont les essences composant la grande masse de l’approvisonnement indispensable aux usages de première nécessité.
Passe encore si la production indigène pouvait être remplacée par l'importation étrangère ; mais cela est impossible pour deux raisons. La première, c’est qu’il en coûterait trop d’argent; la seconde, c’est qu’on ne trouverait l'équivalent dans aucun pays du monde. La valeur des bois actuellement tirés du nord des Etats-Unis excède 200 millions de dollars par an, et elle augmente tous les jours. Or, c’est être très modéré de supposer que le même bois importé reviendrait à plus du double,
L’Angleterre, qui possède du charbon à bon marché, et qui, avec la main d’œvre moins chère qu’en ce pays, peut s’approvisionner aisément dans le nord de l’Europe, dépense annuellement $100,000,000 pour se procurer les bois dont elle a besoin.”
Le Maine fournissait autrefois la plus grande partie du bois de charpente aux Etats-Unis : de ses ports, jusqu’en 1843, étaient parties les plus fortes cargaisons de bois pour l’Europe. Dexnuis 1872, la production na cessé de décroître. En cinquante aus Île Maine a été dépouillé de ses forêts. De même Port Deposit, à l'embouchure de la Susquehanna, était un excellent centre de distribution des produits de la forêt dans les Etats de l’est ; aujourd’hui Port Deposit n'existe plus comme marché de bois et tout l'approvir sionnement de cette région se fait seulement dans cinq comtés voisins. La région de l’Alléghany, autrefois riche en bois, le fait aujourd’hui venir du nord et de l’ouest. L'Etat de New-York n’est plus un facteur de la jroduction, et tonte perspective d’avenir ne vient plus que du Michigau et du Canada. Les prairies de l'Ouest vont avoir besoin de plus de bois que toute la région de l'Est n’en a jamais requis. Aujourd’hui le Michigan approvisionne l'Est aussi bien que l'Ouest, mais le jour est proche où le bois ordinaire se vendra aussi cher à Chicago qu’à Aïfbanv. Le Michigan à une étendue de 96,000 milles carrés, contenant 10,000,000 d’acres boisés plus ou moins en pin. Le Minnesota a 83,500 milles carrés et peutêtre peut-on compter li-dessus 54,760,000 acres en forêts ; tout le resie de ce vaste Etat n'est qu’une prairie nue. Le Montana, avec ses 92,016,000
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acres sans arbres, et les autres vastes territoires de l'Ouest qui s’établissent, où s’approvisionneront-ils ? On a sous-évalué sans doute la quantité de pin qui reste encore en Amérique et elle durera probablement plus longtemps qu’on ne le croit, mais avec la multiplicité des chemins de fer qui en précipite la consommation et les facilités qui existent pour le transporter dans toutes les directions, combien sera-ton de temps encore sans l’épuiser ? On a dit que le Canada approvisionnerait les Etats-Unis, mais il y a aussi une limite à la production canadienne.
C’est au mois de mars 1799, que le premier arbre fut abattu le long de la rivière Outaouais. Depuis lors on a retiré de la région arrosée par elle plus de neuf milliards de pieds de bois. Aujourd’hui l'abattage a atteint la partie supérieure de cette région dont on connaît exactement la quantité productive pour un temps déterminé, On pent dire qu'elle ira jusqu’à cent cinquante millions da pieds de bois par année pendant cinquante ans encore ; mais en plusieurs endroits, on à atteint déjà la limite de la production. Une chose certaine, c’est que les produits de la forêt, à l’est du lac Huron, vont être dirigés de plus
en plus, sur les chemins de fer canadiens, vers les régions de l’ouest dont les besoins dépasseront tout ce que le Canada peut fournir.
Et maintenant, quelle conclusion tirerons-nous de tous ces faits que nous venons de présenter au lecteur ? Cette conclusion s'impose d'elle-même, c’est qu’il faut absolument régulariser l'exploitation du bois de nos forêts, si nous ne voulons pas que, d’une source de richesse qu'elle est aujourd’hui, elle devienne avant longtemps une source de ruine Prenons exemple sur l’Europe où l'on se rend compte de la valeur des produits de la terre ; là on n’abat que pour replanter ; on se fait des bois un revenu régulier, comme le font les fermiers et les planteurs de la culture des grains et du coton.
Les terres boisées s’y exploitent exactement comme des champs de blé ou d'avoine ; elles sont aménagées au point de vue de la coupe annuelle et cette coupe a des lois inflexibles dont on ne s’écarte jamais, afin de tirer profit des forêts au lieu de les détruire. On choisit chaque année les arbres que l’on peut abattre, afin de permettre aux autres de parvenir à pleine maturité; et si les pays d'Europe trouvent, dans la coupe réglementée, une foule d'avantages lucratifs, que n’en serait-il pas de notre propre pays où les mêmes essences de bois poussent avec une rapidité prodigieuse ? Teil arbre qui met en France cinquante,
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