‹ L'outrage drame en cinq actesChapitre 15 sur 96 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, HÉLÈNE.

Elle est vêtue de blanc et sans aucun apprêt ; ses cheveux sont tordus simplement. Elle ale regard lise et élevé, un sourire presque joyeux erre sur ses lèvres ; elle s'approche du guéridou, feuillette un album, le laisse ; puis, tout à coup, elle s’élance, passe devant Jacques sans le voir, et, semblant changer d’idée, va à la cheminée en souriant, se mire longtemps et arrange ses cheveu*.

JACQUES, l’admirant.

Oh ! la pure et ravissante jeune fille !

MADAME LATR A D E, qui est assise au fond, à Hélène, à demi-voix.

Hélène, ma fille !...

HÉLÈNE , te penchant à son oreille.

Quelle année ?

MADAME LATRADE.

Que demandes-tu, mon ange ?

HÉLÈNE j souriant.

C’est toujours le soir qu’elles s’ouvrent, ces fleurs-là.

MADAME LATRADE, avec des larmes dans la voix.

Oui...

Ah!...

HÉLÈNE, joyeuse.

JACQUES, l’admirant.

Grand Dieu 1 est-ce que?... ah ! pauvre enfant !...

LATItADE, qui a pris Hélène dans ses Iras.

Souffres-tu, ma fille ?

HÉLÈNE , regardant dans le vague.

C’est de la neige... Ah! non... non... ce sont des acacias en fleurs.

LATRADE, pleurant malgré lui.

Veux-tu m’embrasser ?

L’OUTRAGE

HÉLÈNE, le repoussant*

Secoue l'arbre !... (Tristement.) Ah!... ils sont envolés... (eho

s'approche de Jacques, qui est à gauche.) Tiens, te VOllà revenu? BonjoUI",

mon frère Paul! C’est mon frère Paul qui est mort tout jeune. Comme te voilà grand!... On grandit donc, quand on est mort? Autrefois, je me baissais pour t’embrasser, et maintenant... (Elle l'embrasse, arec un rire de folie. ) Tu ne nom quitteras pliis... Tu resteras avec lui... qui est Si triste. (Elle montre son père, puis elle s’approcha.de lui, et jone arec la boutonnière de son habit.) 1 ienS, OU est dOUC

la petite fleur rouge que tu avais là? Est-ce que tu l’as perdue?

LATRADE.

Mon enfant!

JACQUES, la contemplant.

Je ne me souviens pas qu’aucune femme ait parlé aussi soudainement, aux admirations de mon cœur. Et moi qui, en partant, croyais vous laisser heureux! Ah! pauvres gens! Apprenez-inoi donc, du moins, comment cet aflreux malheur est arrivé, et ce qui l’a causé?

MADAME LATRADE.

Ahl monsieur, nous ne l'avons jamais su.

Hélène est allée à gauche s’asseoir sur uu petit tabouret près du guéridou. LATRADE.

Je vais vous le dire : c’était en été, le neuf juillet mil huit cent cinquante, un vendredi, il y a maintenant plus d’un an. Nous habitions notre bastide, dans les environs de Marseille. Ma femme et moi nous passions la soirée à une lieue de là. Comme c’était chez un magistrat, que précisément j’ai revu aujourd'hui même, Hélène, craignant un plaisir... trop grave, avait demandé à rester dans sa chambre. Elle s’y retira donc. On l'entendit quelque temps, dans le calme ordinaire de la bastide, étudier à son piano une romance qu’elle aimait, et cessa de chanter, a-t-ou pensé, quand le sommeil lui vint. Nous rentrâmes un peu tard; tout était muet dans la maison, et nous ne songeâmes point à frapper chez Hélène. Le lendemain, quand sa mère alla pour l’embrasser, Hélène était telle que vous la voyez, et, depuis, sou étal n’a pas changé. Voilà notre secret, monsieur.

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