‹ L'outrage drame en cinq actesChapitre 36 sur 96 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

JACQUES

Il doit y avoir un secret bien monstrueux dans ce qui vous a poussée à une déloyauté si grande. Ce secret, vous allez me le ' dire ! Je le veux ! je l’ordonne !

HÉLÈNE, ■c prosternant.

Oui, et c'est à genoux que...

JACQUES

Pourquoi à genoux? Eh bien, oui, soit, ce n’est plus un ami, un médecin, un époux qui vous écoute, c’est un juge... à genoux !

HÉLÈNE, pouvant enfin pleurer.

Jacques... je vous aurais dit plus tôt la vérité effroyable, si avec ma raison j’avais retrouvé ma mémoire ; et quand le prêtre m’a demandé si je voulais être votre femme, esl-ce que j’aurais dit oui, si je m’étais souvenue?

De quoi donc vous êtes-vous souvenue?

HÉLÈNE, avec désordre .

C’est là... là... (Elle montre le canapé.) Tout à l’heure seulement... qu’à vos premières caresses...

JACQUES

Tais-toi, malheureuse! j’ai peur de deviner !... mais non, je veux que tu parles, qu contraire! Parlez! parlez! Hélène, dilesmoi tout cet exécrable mystère.

HÉLÈNE, avec effort cl d’une voix entrecoupée.

Je venais de dire ma prière, j’allais m’endormir, et...

JACQUES, après avoiratleodu, la regardant.

Et?...

nÉLÉNE, baissant la tôle. •

Oh ! ne me regardez pas, monsieur, si vous ne voulez pas que j’expire de honte avant d’avoir tout dit.

JACQUES

De honte?...

HÉLÈNE

Oui, car en m’endormant, je pensais àtm homme, jeune, que plusieurs fois j’avais rencontré dans le monde, et qui toujours, m’avait suivie des yeux avec un regard étrange.

JACQUES

Son nom ?

Hélène.

Jamais je n’eusse osé m‘en informer.

JACQUES

Continuez !

HÉLÈNE

Le pourrai-je, mon Dje,u?... Tout à coup, un bruit me réveille, et, dans l'encadrement de la fenêtre, sur le fond rouge du soleil couchant, m'apparaît... cet homme! D’abord, je me crois dans un rêve! C’est une vision, c'est une ombre; mais l'ombre bondit jusqu'à moi, une main se pose sur ma bouche...

' JACQUES

Comme la mienne, là, tout à l’heure l Ah! je comprends tout!... Malheureuse! Pourquoi n'es-tu pas morte!

HÉLÈNE

Ah! si, du moins, j’avais pu me tuer, là, tout à l'heure... (Mouvement de ja«i«e».) Oui, Jacques, oui ! quand je me suis souvenue, j'ai voulu mourir, mais quelqu’un est arrivé, on m’a retenue... Qu'il soit maudit, celui qui m’a retenue, puisqu’il est cause que vous allez me maudire!...

JACQUES, avec égarement.

Je vais maudire le sort , je vais maudire le sentiment quj m’a conduit chez ton père. Je vais maudire le jour où je suis né! Dieu puissant! dans quel enfer m’avez-vous jeté? Voilà ma femme : ce matin le prêtre me l’a donnée avec sa couronne blanche et sa robe de vierge, et ce soir, là, sur le seuil de cette chambre... c’est elle qui vient me dire... (Avec délire.) Tiens, vat'en ! je sens que je vais te tuer !

Il passe à droite.

HÉLÈNE, avec joie, cl se précipitant vers Jacques.

Oh! tue-moi, Jacques, me voilà! (jarqoes est tombé épuisé. Hélène continue avec exaltation. ) Suis-je coupable? Je ne sais pas ! Je croyais que non , tout à d’heure; mais, en ce moment, je sens combien lu m’aimes, et il me semble que oui. Va! tu as bien le droit de me tuer...

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