ACTE III
bLe accusation contre Raoul, sur votre mari, que vous aimez autant qu’il vous aime?
JEANNE, amèrement.
Oui , autant.
RAIMOND, étonné.
C’est la première fois que je surprends cet amer sourire sur vos lèvres, Jeanne , lorsque vous parlez de Raoul... que signifie?...
JEANNE, bas.
Chut! Raoul nous regarde (Haut.) Raimond, il y a encore une place là pour un couplet.
Elle se 1ère et va s'asseoir un peu plus loin, en reprenant son ouvrage. RAIMOND.
Je vais tâcher de la remplir.
Un Domestique est entré, il remet une lettre à Raoul.
RAOUL
Vous permettez, mon père?
Je permets.
U examine son jeu.
RAOUL, ouvrant 1a lettre avec agitation.
Qu’est-ce encore que cela? ah! (11 lit ba«.) « Vous avez oublié » sans doute, monsieur, que les dettes de jeu se payent dans
» les vingt-quatre heures. » (Froittant la lettre etla mettant Uant sa poche, en affectant de la légèreté.) C’est bien, dites au messager que j’irai tantôt voir la personne qui m’écrit.
De Brires fait enlever les échecs.
• JEANNE, à part.
Toujours des mystères!...
RAOUL, agité, riant.
Tiens, Raimond, c’est un officier de nos amis. 11 vient d’arriver à Marseille...
J EAN N E, voyant quo Raoul s'aperçoit qu’elle le regarde, virement à Raimond.
C’est fini Raimond?
* RAIMOND, te levant.
Oui, tant bien que mal. Par bonheur, à l’âge de mon filleul, on est indulgent.
L’OUTRAGE
JEANNE
En poésie, je suis de l’àgc de votre filleul, voyons... (Lisant.)
Quand l’enfant sera grand, d’une bouche ravie,
Il s’en ira goûter, loin de ce frais séjour,
Ce fruit amer et doux, qui s’appelle l’amour,
Et qui brille à vingt ans sur l’arbre do la vie.
(A elle-même.) Ah! OUÏ, bietl amer! (Continuant Je mémoire.)
En attendant, l’enfant vermeil,
D’un berceau blanc fait son empire,
Et n’a besoin, pour nous sourire,
Que de lait pur et de sommeil.
Vous voyez, je la sais déjà, votre jolie chanson.
RAIMOND
Et, j’en suis sûr, les paroles iront merveilleusement sur l’air que vous avez composé. Tenez, écoutez plutôt.
Il va au piano et fait quelques accords en sourdine.
Eh bien, Raimond, et l’enfant?
JEANNE, qui s’est levée.
Rassurez-vous. Le piano l’endort... déjà.
DE BRIVES, riant.
Déjà?... C’est différent. (Bas, à Raoul.) Raoul, à l’avenir donnez des ordres formels à vos valets pour qu’ils n’apportent plus dans la chambre de votre femme des billets de cette nature, (sévèrement.) Vous êtes sur une route fatale, monsieur, (Raoul fait un
mouvement; de Brives continuant :) et, prenez-y garde, les mauvais
maris font de mauvais pères...
RAOUL
Mais, je...
Silence... votre femme nous regarde.
Raoul s’éloigne, Raimond est au piano près de Jeanne. De Brives prend un journal; Jeanne, à son tour, se met au piano ; Raimond prend un livre et le parcourt.
RAOUL, 4 pari.
Oui, mon père a raison. Je suis sur une route fatale, et je n’ose me demander où elle conduit. C’est Jacques d’Albert... le