‹ L'outrage drame en cinq actesChapitre 42 sur 96 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

RAOUL, haussant le» épaulé*.

C'est une querelle que vous voulez? mais je...

JEANNE

Qu’est-ce que je t’ai fait?

RAOUL, avec ennui.

Mais tu ne m’as rien fait, je ne sais pas ce que tu veux dire... je suis pressé et je sors, voilà tout.

JEANNE

Ah ! si tu t’entendais parler!

RAOUL

Encore une fois, je ne sais pas ce que vous voulez dire.

JEANNE

Alors... c’est bien fini?...

RAOUL

Quoi? qu’est-ce qui est bien fini?

JEANNE, le regardant fixe mont.

Sois franc: m’as-tu aimée seulement... un mois... Raoul?

RAOUL

Qu’est-ce que ça signifie, ce que tu dis là, je te le demande?

JEANNE

Oh ! sois juste, je ne t’ai pas souvent ennuyé de mes reproches, de mes plaintes... Je t'ai caché mes larmes tant que j’ai pu, de même que je les cache à notre père... e.-t-ce que tu ne les as pas devinées?... (Avec prière.) Oh! mais cela ne durera pas ainsi, dis, Raoul?... tu me reviendras, n’est-ce pas?... notre maison est si triste, si déserte quand tu n’es pas là!... et tu n'y es pas souvent, Raoul!... Songe donc, quand il sera plus grand, lui... (montrm h port« de gauche) quand il comprendra, lu lui manqueras aussi... Alors, nous serons deux à t’attendre, à pleurer, et lui, tu ne voudras pas qu’il pleure !

RAOUL

En vérité, Jeanne, je ne sais ce que vous avez aujourd’hui.

JEANNE

J’ai ce que j’ai toujours, j’ai du chagrin... seulement, d’habitude je suis plus forte, voilà tout.

L’OUTRAGE

R AOU L

C’est un jeu d’enfant que vous jouez là, Jeanne... Vous avez vu que je désirais sortir, et vous avez fait la gageure de m’en empêcher... Ma chère enfant, j'cn suis bien fâché, mais vous avez perdu.

JEANNE , essuyant brusquement scs larmes et changeant de ton tout à coup.

Ah ! vous êtes bien égoïste !

RAOUL

Jeanne !...

JEANNE

Allons, décidément, c'est fini, bien fini?... et vous me haïssez?... c'est ce que je voulais savoir... (s'asseyant prés du guéridon.) Causons d'affaires... ce n'est plus la femme qui vous parle, c’est la mère! ^

RAOUL, se levant.

Que signifie?...

JEANNE

Cela signifie, Raoul, que je ne vous demanderai plus ce que vous comptez faire de mon avenir, mais seulement si vous songez à celui de votre fils ?

RAOU L

Son avenir?... mais, Jeanne, il est loin encore.

JEANNE

Le temps marche vite, et il me semble que vous ne vous préoccupez pas assez des jours qui suivront.

RAOUL

Vous ne. m'avez jamais parlé ainsi.

JEANNE, continuant, et te levant.

Raoul, notre position est compromise... avouez-le-moi.

RAOUL, troublé.

Qui vous fait supposer ?...

JEANNE

Bien des choses, et, entre autres, quelques mots que j’ai surpris, par hasard, d’une conversation entre notre intendant, monsieur Lacombe, et vous. t

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