LANGUEDOC
lestnictive. Très surexcitée par ses propres paroles, l'âme effervescenle : « Les curés, je les emiii...,! » hurle finalement la coupeuse, dressée comme une furie, les ciseaux au bout de son bras tendu vers le ciel, outrée de se voir, elle qui ne fait pas ses pâques, sous le coup de la menace do privation de sépulture ecclésiastique : à ces gens qui ne veulent pas de religion il faut tout de même, quand fantaisie leur en prend, une certaine apparence de religion et la présence de ce « curât' » qu'ils ce emm... ».
Le soir, après dîner, je fais un tour de ville. Tous les cafés sont remplis de vignerons qui boivent et fument un peu, jouent beaucoup et discourent bien davantage. Les enfants jouent dans les rues. Des petits, de quatre ans, cinq ans, fredonnent la romance à la mode :
« Ma mimi, ma minette...
« Chanter la chanson de l'amour i «
« Ton petit cœur près de mon cœur, « Voilà le vrai bonheur I
Devant la maison de son père, la fillette du charretier danse et chante avec une autre enfant âgée comme elle d'une dizaine d'années. Je leur dis en riant : « Vous faites beaucoup de bruit dans la rue ! » Elles me répondent avec vivacité : « Nous nous amusons ! « Il faut bien s'amuser ! On ne va pas rester plantées
c( là comme des imbéciles ! » Et la petite amie de la fille du charretier, se plaçant en travers de mon chemin, me regarde droit dans les yeux et, câline : « Vous êtes gentil, Monsieur, » me dit-elle.
Souvent je rencontre le porteur gavatch et nous nous promenons ensemble. Il se plaint de ce que, de dix heures du soir à cinq heures du matin, les pissadoa (i) se vident libéralement par les fenêtres : « Dans « mon village, on n'est pas sauvage comme ça. » 11 m'assure que « tous les habitants d'ici sont des « menteurs, des faiseurs, des monteurs de coups, des « fraudeurs ». Les propriétaires et les vignerons prétendent que « ce qui leur fait tort, ce sont les vigno- « blés de Bercy ». Lui, le gavatch, hausse les épaules: « Ils sont tous fraudeurs ! » On lui avait affirmé que notre patron « était un libre-penseur. Mais, jdepuis, « j'ai su que c'était un royaliste, tout ce qu'il y a de « plus réactionnaire Ça n'est pas possible autrement: « quand on a quatre sous, on ne peut pas être repuc( blicain. »
Volontiers il évoque le souvenir de sa famille, de sa maison, de son village. Il a trois enfants. Il a « fait des sacrifices pour donner de l'instruction à sa fille », qui est maintenant institutrice. Un des fils est employé d'administration, l'autre sous-officier de carrière. Aucun ne continuera de s'adonner à la culture dans