INTRODUCTION
recherches et de l'objet auquel elles s'appliquaient.
On prendra donc soin de considérer que, dans ce nouveau volume comme dans ceux qui l'ont précédé et ceux qui doivent le suivre, il ne peut s'agir et il ne s'agit que d'un effort en vue d'explorer la matière explorable, et non d'une exploration qui épuise la matière à explorer. Les conclusions, qu'a paru autoriser une première enquête sur l'ouvrier agricole, ne représentent qu'une partie des conclusions possibles et très certainement celles-là qu'il est plus aisé d'atteindre au cours d'un premier travail de ce genre. On peut les tenir pour incomplètes et mênae pour revisibles : toute recherche vaut qu'on la recommence et renouvelle sans se lasser. Seuls, peuvent être considérés comme définitifs les résultats auxquels on aboutit invariablement toutes les fois que l'on reprend le travail de ses devanciers.
Le sujet abordé ici est vaste. L'étude qui en est faite se limite aux trois plus grands travaux agricoles — fenaison, moisson, vendange — dans trois provinces différentes : Brie, Beauce, Languedoc. Elle concerne plus particulièrement un riche propriétaire-paysan, un riche fermier-bourgeois, un modeste fermier-paysan, un journalier-tâcheron, le personnel fixe ou accidentel des grands domaines, les salariés de la viticulture, Tembauchage, le détail de la vie matérielle des ouvriers des champs, leurs habitudes de vie, de langage, leur moralité, leurs idées politiques et religieuses, leurs
façons d'exprimer ou de taire ce qu'ils pensent. Elle définit plusieurs des traits essentiels de la psychologie du cultivateur, classe un certain nombre de détails importants de la vie rurale et permet de surprendre quelques-uns de ses rapports avec l'Etat moderne et avec les lois générales de la vie des sociétés. Elle permet d'apercevoir, au travers des faits locaux et des particularités individuelles, les grands courants de la vie sociale et l'activité économique du pays tout entier. Définissant les traits généraux, révélateurs du caractère collectif, qui se retrouvent en chaque individu, elle nous conduit des types particuliers au type spécifique lui-même, et, du rapprochement des faits épars, s'efforce de faire jaillir l'idée générale qu'ils enveloppent.
Il n'en reste pas moins fort à faire pour avancer davantage dans la connaissance d'une matière riche et complexe. Ce même travail demanderait à être repris dans chaque province, et il conviendrait d'y joindre l'étude de la vie agricole à l'époque des semailles et pendant le cours de l'hiver.
Ces recherches rurales échappent à certaines difficultés que présentent les recherches industrielles correspondantes : l'agriculture manquant de bras, quiconque se présente n'importe où, surtout à l'époque des grands travaux des champs, a les plus grandes chances d'obtenir du travail sans être l'objet de questions indiscrètes, sans être astreint à des formalités ou exi-