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apprenti âgé de moins de dix ans^ elle propose (luelesapprentis reçus ne puissent travailler que six heures par jour jusqu'à 13 ans, et dix heures par jour de 13 à IS ans *. Les motifs de la commission, longuement et fortement développés par le rapporteur, sont la santé des enfants, les exigences de Tinstruction^ et la nécessité de fournir à l'armée et aux ateliers des sujets vigoureux. Elle pense, comme nous, que l'admission du demi-temps d'atelier aurait pour conséquence l'admission du demi-temps d'école, que l'atelier et l'école y gagneraient en régularité, et que la charge imposée à l'industrie par la quantité des enfants employés serait amplement compensée par Tamélioration du travail. Nous n'avons pas parlé de limiter à dix heures le travail des adolescents, parce que nous croyons fermement que la journée même des adultes tend à se rapprocher de plus en plus de cette limite. Quant au demi-temps, dont nous voudrions dès à présent faire une formule courante et, pour ainsi dire, proverbiale, il a pour lui l'exemple de l'Angleterre, l'autorité de la commission, celle de son rapporteur, et ce qui vaut mieux que toutes les autorités et tous les exemples, mieux même que les meilleures raisons, l'intérêt bien entendu de
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l'industrie. Cela doit se faire, et cela se fera. Ce n'est plus qu'une question de temps, et de peu de temps.
Enfin, la commission est d'avis * qu'il est urgent de créer un service d'inspection salarié auprès du ministère de l'agriculture et du commerce pour assurer l'exécution de la loi. Il n'y a de doute sur ce point dans aucun esprit. Les commissions actuelles ne s'assemblent pas, n'inspectent pas, ou si elles inspectent, n'osent pas voir ce que tout le monde voit. Il est vraiment absurde de faire inspecter un fabricant par son voisin et son concurrent, qui souvent a le même intérêt que lui, et viole dans ses propres ateliers la loi qu'il ferait exécuter* dans les ateliers des autres , s'il remplissait son devoir d'inspecteur. Un service d'inspection salarié a été créé à Paris par la préfecture de police ; il ne comprend encore qu'un inspecteur et un adjoint, ce qui est trop peu; on peut voir, par les rapports rendus publics de l'inspecteur, combien les abus étaient nombreux, et combien il faudra de temps pour les déraciner. La commission, instituée par le ministre du commerce, demande des inspecteurs spéciaux et dépendant de ce ministère; à vrai dire, elle voudrait créer toute une université in-
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dustrielle, ayant son conseil d'enseignement, ses grades , sou inspection , etc. L'utilité de cette séparatipn est très-contestable. L'université unir vôrsitaire a un corps d'inspection très-complet, très-dévoué, très-habitué à inspecter et à enseigner, déjà chargé de la surveillance des écoles primaires où les apprentis sont reçus, et qui par cela môme est très-propre à surveiller l'exécution de la loi scolaire dans les ateliers. L'objection tirée de la distinction des ministères est de nulle valeur. Il faut laisser au ministre de l'instruction publique et à ses agents tout ce qui est instruction publique. S'il a besoin de s'éclairer sur les nécessités de l'industrie, les lumières ne lui manqueront pas, ni les hommes non plus. Le conseil général des manufactures a été mieux inspiré en 1850, quand il a demandé de confier aux inspecteurs de l'instruction primaire l'exécution de la loi de 1841,
Une des plus grandes difficultés que la loi sur les contrats d'apprentissage rencontre dans l'application, c'est qu'on aboutit presque toujours, en cas d'inexécution, à des dommages-intérêts, et que personne ne peut les payer. Les petits patrons, qui sont de beaucoup les plus nombreux, sont aussi pauvres que leurs apprentis. On se dit de part et d'autre que, s'il y a une condamnation, elle ne sera pas suivie d'effet, et alors pourquoi
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commencer une ponrsoite? Pourquoi même si* gner un contrat, puisqu'il se trouve dépourvu i de sanction? Dans plusieurs corps d'état, notamment dans la fonderie de fer, on a eu l'idée de prélever une retenue de 25 pour 100 sur le salaire des apprentis. Cette retenue accumulée fait à la sortie une masse sur laquelle le patron peut se payer des amendes qui lui sont dues. Ce moyen n'est pas toujours praticable; il laisse l'apprenti sans recours, et ne garantit tout au plus que l'intérêt du patron.
Il y aurait lieu d'appliquer à la solution de cette difficulté le principe de solidarité, principe tout nouveau dans notre droit et dans nos habitudes, et qui a, dès sa naissance, rendu tant de services. Nous avons marché tr^s-lentement du mont-de-piété à la caisse d'épargne, très-rapidement de la caisse d'épargne aux assurances sur la vie et à la caisse des retraites, aux sociétés de secours mutuels et aux sociétés, bien autrement fécondes et encore mal définies, de crédit mutuel. Pourquoi les pères de famille ne formeraient-ils pas une. caisse qui aurait pour objet de garantir le payement des amendes dues par le patron ou par l'apprenti? L'intérêt produit par l'argent versé dans cette caisse couvrirait les pertes, s'il y en avait, et il y en aurait d'autant moins que le membre de l'association qui donne-
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rait lieu A une dépense deviendrait débiteur de ses associés et parviendrait le plus souvent à effectuer sa libération. L'existence d'une pareille caisse serait une grande sécurité pour les fa* milles; elle donnerait une grande force aux contrats ; elle permettrait aux apprentis de payer avec de l'argent, au lieu de payer avec du temps, les chômages occasionnés par la maladie pendant la durée de l'apprentissage. Une fois l'association en voie de prospérité, on pourrait faire des prêts d'honneur à d*honnêtes et laborieux enfants frappés tout à coup par la mort de leurs parents et mis dans l'impossibilité de continuer les études de leur profession. Ce serait même un puissant moyen d'émulation dans les écoles, si l'association décidait que les élèves les plus distingués seraient placés dans des établissements d'un ordre supérieur, non pas à ses frais, mais sous son patronage et au moyen d'avances qu'elle fournirait. Le fils d'un pauvre ouvrier pourrait ainsi devenir avocat, ingénieur, à l'aide de ses pairs, sans rien devoir à personne, si ce n'est de la reconnaissance. Cette belle institution existe en Allemagne. On voit un juge rendre par annuités à de simples artisans l'argent qu'ils lui ont prêté pour suivre les cours de TUniver- ^\ site, et il n'en est pas moins fier sur son tribunal. Notre temps, qui a ses tristesses et qui a aussi
ses consolations, serait digne de voir naître une institution de ce genre, (car on n'a jamais été plus préoccupé de l'éducation des enfants, et jamais le sentiment de la famille, qui fait la force morale des peuples, n'a trouvé des apôtres plus ardents et plus convaincus)^
Nous attendons aussi beaucoup des écoles.
Nous comptons particulièrement sur l'émotion publique, si jamais la lumière se fait sur lé sort de ces milliers d'enfants qui souffrent sajis être plaints et sans comprendre leur mal. Nous n'avons pas dit, tant s'en faut, la moitié de leurs misères, et pourtant, nous le savons, tout le monde ne nous croira pas.iEersonne ne dévoilera jamais une des plaies de la société moderne sans être accusé aussitôt d'exagération et d'imprudence. Il y a toujours une réponse prête à nos lamentations: elle consiste à opposer le bien, qui est réel et que nous ne contestons pas, au mal, qui est réel aussi et qu'on qe devrait jamais oublier. Quel homme de bon sens voudrait entreprendre de soutenir qu'il n'y a pas en grand nombre d'excellents patrons, aimant leurs apprentis, leur faisant du bien, ménageant leurs forces, surveillant leurs mœurs, attentifs à leur enseigner tous les secrets de la profession et restant leurs amis après avoir été leurs maîtres? Ceux-là nous réjouissent et nous consolent ; ils ne nous
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dispensent pas de signaler la conduite des autres et le mal qui résulte d'une loi insuffisante. On voudrait, pour nous accorder le droit de nous plaindre, que nous eussions les mains pleines de remèdes infaillibles ! Voilà bien le mal français : ou la résignation poussée jusqu'à la lâcheté, ou une révolution{Il faut d'abord connaître la maladie; c'est le commencement de toute réforme, et quand on la connaît, il ne faut ni s'irriter, ni se décourager; la colère et le découragement sont les deux formes de la faiblesse^ Le vrai rôle d un ami de l'humanité, d'un ami de son pays est de chercher avec patience, avec persévérance, de ne jamais dédaigner les petits remèdes et les humbles réformes. En un mot, et c'est là le point capital, on ne doit jamais cesser de marcher en avant, à grands pas si on le peut, lentement s'il le faut.