‹ L'ouvrier de huit ans (volume 2)Chapitre 6 sur 39 · LA. H&BB · texte numérisé non relu

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elle tient les comptes de la famille, garde le pauvre trésor. Vienne une maladie, elle sera la seule garde-malade. C*est plus d'ouvrage que /\ n*en font les servantes les plus occupéedl Qui ^^ voit qu'en oubliant même tout ce que la mère et l'épouse donne autour d'elle de bonheur, le travail industriel dont elle se charge est un bénéfice matériel énorme, un bénéfice appréciable en argent? Qui ferait mieux, qui ferait autant qu'elle? Il faudrait nourrir, entretenir, et payer chèrement une domestique et une ouvrière, qui ne prendraient pas de la même façon les intérêts de la famille, qui travailleraient moitié moins, qui exigeraient des temps de repos. Nous ne plaignons pas cependant la mère de famille qui supporte cette lourde tâche, parce qu'elle s'y plaît, elle y est heureuse. Chaque service qu'elle rend est un bonheur pour elle. Elle a plus de force qu'une mercenaire, parce qu'elle travaille avec tout son cœur. Elle se dévoue sans le savoir, parce qu'elle aime le bonheur de ceux qui l'entourent plus que le sien. (Dans des discussions assez récentes oh les hommes s'opposaient à l'introduction des femmes dans les ateliers, en disant qu'elle amè- / nerait l'abaissement des salaires, on leur reprochait leur peu de fraternité : n'ont-elles pas les mêmes droits, les mêmes besoins? Ils répondaient : <« Nous voulons travailler pour elles ! »]

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he sentiment était juste et honorable; remarquons pourtant que les femmes aussi, même en restant à la maison, travaillaient pour eux sans ralàche. Quand Tbomme a passé la journée à ^atelier, et qu'il trouve le soir la maison bien tenu9» les enfants dispos, le repas prêt, de bons exemples^ de la bonne humeur, de Téconomie^ il ne faut pas qu'il dise trop : Je travaille pour ma femme. Il ferait mieux de dire : Nous travaillons l'un pour l'autre, et nous travaillons tous '^ les deux, également selon nos forces, pour notre jeune famille./Ce qui est bien, ce que l'on doit souhaiter par dissus tout, c'est, en effet, que le mari gagne seul le salaire, parce que c'est l'of» fice de rhomme ; et que la femme soit chargée d'élever les enfants, de tenir la maison et de veiller à la dépense, parce que c'est Tofâce des femiues» Voilà la pure et simple vérité, la bonne et utile organisation ; celle qui fonde l'égalité de droits et de devoirs entre l'homme et la femme, qui ne demande à chacun deux que ce qu'il est liaturel de lui demander, et qui fait contribuer le travail de chacun au bonheur de tous les deux.

Quand la mère de famille, au lieu de se consacrer uniquement au service de ceux qu'elle aime» se charge d'un travail mercenaire, c'est pour une de ces deux raisons : ou parce qu'elle gagne plus comme ouvrière que comme ménagère,

ce qui n'^st pas ^nesi mra ; ou parce qM» dans une nécessité pri^santo, elle sf'impose et impose aux siens la privation du bien-ôtre qui résulterait» pour la communautéi de son travail de mé^* nagère, pour contribuer, par son «alaire, à Tac^ quisition du nécessi^re le plud indispensable* La transformation d'une ménagère en ouvrière est done toi^ourfi la «pngéqufiAce d'une situation gênée et malbeureu§#. Or, cette gêne se ren^ contre très-souvent dans les ménages d'ouvriers. Nous le montrerons par quelques chiffres,

Nous pourrionii prendre un certain nombre de Imdgets dans des industries et des localités di^ yerses, et en conclure une moyenne; mais en pareille matière il est difficile que la statistique ioit assez précise et embrasse des observations ASfse^i nombreuses pour donner une base solide d'appréciation» Il est plus simple d'emprunter les chiffres m% o»vriers eux-mêmes, qui ont plus d'oeeapions de comparer et de généraliser, et voient }#s cboses d^ plus près* D'après une bro*' cbure publiée en IS64 parles délégués de rindus** trie desouirsà Texposition de Londres, voioi quel serait à Paris le budget des dépenses pour une famille d^ouvriers composée de 4 personnes :

lojer, 250 fr, ; entretien (pour quatre personnes), 250 fr. ; chauffage et éclairage , ensemble 50 fr. i Uimhm^e^, 50 iVf ; totali pour les frai§ géné^*

raux, 600 fr. Assurément toutes ces appréciations sont très-modestes. On trouvé difficilement deux petites chambres pour 250 fr. par an ; c'est bien peu que 250 fr. pour renouveler et entretenir le vêtement de 4 personnes; car il y a en grand nombre des métiers qui salissent les vêtements, d'autres qui usent beaucoup de chaussure. Les ouvriers sont souvent obligés de se loger trèsloin de leurs travaux, et de faire matin et soir dé très-longues courses entre leur maison et leur atelier. C'est bien peu aussi que 50 fr. pour le chauffage et l'éclairage. Si la femme reste à la maison, il faut de la lumière à quatre heures dtt soir pendant quatre mois de l'année. Enfin le blanchissage de quatre personnes à 50 fr. par an, 12 fr. 50 par personne, permet à peine les soins les plus élémentaires de la propreté. Le blanchissage d'une chemise non empesée coûte 15 c, une serviette 5 c, une paire de bas 10 c, un mouchoir 5 c. On arrive vite à 1 fr. 05 par mois avec de tels prix, même pour les hommes. Le jupon le plus simple coûte 30 c. de blanchissage, et il y a en outre les bonnets, les ccls, les manches. Enfin une paire de draps de lit coûte 50 c. On voit combien de privations le ménage s'imposera pour suffire aux frais généraux avec 600 fr. Les ouvriers qui ont dressé ce budget n'ont pas compté les mois d'école, parce qu'àParis

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rinstruction primaire est entièrement et absolument gratuite pour tout le monde. Mais si Ton veut mettre le fils à Técole Turgot ou la fille à Técole professionnelle 9 c'est une dépense de 100 ou 150 fr. par an. Souvent aussi il faut payer pour Tapprentissage. Même pour Técole primaire, quoiqu'elle soit gratuite, il faut quelques livres, du papier, des plumes, de Tencre. Enfin nous ne trouvons rien^ dans ce budget, pour la maladie* Le plus sûr, sans comparaison, serait d'entrer dans une société de secours mutuels. Gela coûte 30 ou 35 fr. par an, pour le père et la mère ; 18 fr. pour le père, 12 ou 15 fr. pour la mère. Concluons que les ouvriers se sont trompés, que les 600 fr. ne suffisent pas ; en tout cas, c'est le budget d'un ménage nécessiteux. Voyons maintenant la nourriture. Les mêmes délégués l'estiment à 3 fr. par jour, soit* 75 c. par jour et par personne ; en voici le détail, aux prix actuels de Paris : pain de quatre livres, 70 ç., deux livres de ragoût, 1 fr. 40, pommes de terre, 40 c, beurre, 25 c, charbon, 25 c. Total, 3 fr. Cela ne constitue pas un ordinaire bien somptueux. Ils n'ont compté ni fruit, ni fromage, ni vin. Ce dernier point est à considérer, surtout si le mari exerce une profession fatigante. En outre, ils ont supposé, en indiquant les prix, que le ménage payait comptant; s'U achète à crédit, ce qui ar-

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rive le plus souvent, il paye tout plus cher. 3 fr, par jour font par an 1,100 fr. Nous avons donc un budget des dépenses évalué à 1,700 fr.» même pour vivre dans la gène. Quant au budget des recettes, il est bien plus difficile à établir.

L*enq[u6te publiée en 1859 par la chambre de commerce de Paris évaluait le salaire des ouvriers parisiens à 4 fr. 41 c. par jour en moyenne. Mais il n'y a rien de plus trompeur qu'une moyenne, surtout quand il s*agit d*une ville comme Paris, qui, en 1860, ne comptait pas moins de 101 ,171 établissemeiits , occupant plus d'un demi-million d'ouvriers, hommes et femmes. Toutes les industries se sont pour ainsi dire donné rendez-vous à Paris. La chambre de commerce les divise en dix groupes, et elle partage le dixième groupe, qu'elle appelle groupe des industries diverses, en six chapitres, dont un seul, celui des peaux et cuirs, fait pour près de 101 millions d'affaires par an. Ces différents groupes présentent une échelle de salaires, qui va, pour les hommes, de 1 fr. à 20 fr. par jour. Enfin, pour dernière difficulté, la morte-saison, qui est de 5 p. 100 seulement dans le groupe de l'alimentation, s'élève à 67 p. 100 dans le groupe du bâtiment. La chambre de commerce a donc sagement fait de renoncer, en 1864, à donner une moyenne générale ; elle a procédé par classifications. Tous les

salaires sont venus se concentrer en 32 classes, réunies elles-mêmes en trois sections. La première section, qui comprend les journaliers et hommes de corvée, contient 64,080 ouvriers dont les journées varient de 1 à 3 fr. ; la seconde, qui groupe les salaires de 3 à 6 fr., comprend les ouvriers et hommes de métier proprement dits, au nombre de 211,621 hommes, ce qui est de beaucoup le plus gros bataillon; enfin la troî-isième section renferme 15,058 artistes, ouvriers d'élite ou contre -maîtres, qui touchent de 6fr. 50 à 20 fr. par jour. Pour apprécier les recettes annuelles des ouvriers dans chacune de ces trois sections ou de ces trente-deux classes, il faudrait savoir combien on doit compter de jours de trar vail par année, et cela est très-variable, à cause de la diversité des chômages. Nous commencerons par retrancher 52 jours pour les dimanches. Si nous en retranchons 52 autres pour les mortessaisons, le temps perdu, les changements d'atelier ou les simples changements d'ouvrage, les amendes de malfaçon et les maladies, nous sommes convaincu que nous n'exagérons pas. Il resterait, à ce compte, 261 jours utiles dans l'année. Comptons-en 280 pour contenter ceux qui voient tout en beau et qui ne peuvent se résoudre à croire qu'il y ait des misérables. Certes, nous voilà au delà de la vérité ; mais il n'importe :

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il vaut mieux avoir trop raison que pas assez. Le budget des dépenses d'un ménage de 4 personnes vivant pauvrement est, disions- nous, de 1,700 fr. par an à Paris; combien y a-t-il d'ouvriers à Paris qui gagnent 1,700 fr. , en travaillant 280 jours par an ? Les ouvriers mêmes qui gagnent 6 fr. par jour n'arrivent qu'à un total de 1,680 fr. Passons encore sur cette différence de 20 fr., ce qui réduit à moins de 30 jours par année les pertes de temps pour maladies, morteasaisons, fêtes exceptionnelles, chômages, etc. Avec tout cela, il n'y a à Paris que 34,597 ouvriers, sur près de 300,000, qui puissent nourrir leur famille par leur salaire. 256,162 ne le peuvent pas.

Et croit-on que l'écart entre la recette et la dépense ne soit pas considérable? On va en juger. 59,929 bons ouvriers, gagnant 5 fr. par jour, ouvriers d'élite par conséquent, sont en arrière, chaque année, de 300 fr. 44,083 ouvriers touchant 4 fr. par jour sont en arrière de 580 fr. Essayez de retrancher 580 fr. sur le budget do dépenses que nous avons dressé tout à l'heure ; nous sommes déjà dans l'impossible. Cependant combien y a-t-il d'ouvriers qui n'arrivent pas à ce salaire? 102,334. Nous ne pousserons pas la démonstration plus loin. Il est surabondamment prouvé que la grande ms^orité des pères de fa-

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mille (il s'agit ici des valides et des laborieux) n'arrive pas à donner du pain à une famille composée, avec eux, de la mère et de deux enfants. n faut donc que la femme gagne un salaire ; il faut qu'elle gagne 300 fr. par an, si le mari gagne 5 fr. par jour, et si le mari n'a que 4 fr. pour salaire journalier, il faut que la femme gagne 580 fr., et ainsi de suite. Quant aux filles qui n'ont ni père ni frère pour les aider, le calcul est encore plus simple : il faut qu elles gagnent en minimum ce qui peut les empêcher de mourir de faim.

Nous aurions beau faire des théories après cela et démontrer que les femmes n.e doivent pas être ouvrières, qu'elles doivent se consacrer aux soins du ménage et de la famille. Ouij elles le doivent, à condition qu'elles le puissent. Si jamais on trouve le moyen d'augmenter assez le salaire des hommes pour que les femmes puissent se dispenser d'un travail mercenaire, tout sera pour le mieux. Jusque-là, les femmes auront besoin de gagner de l'argent, et il sera du devoir des hommes de ne pas les en empêcher et même de les y aider. Loin de restreindre le nombre des industries auxquelles peuventse livrer les femmes, il serait à la fois humain et prudent de les multiplier. C'est mal raisonner que de conclure de l'utilité des femmes dans leur ménage, à la né-

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cessité de les y confiner. Cette exclusion est injuste et cruelle. Poussée à la rigueur, elle condamnerait toutes les filles abandonnées, et Dieu sait si le nombre en est grand, à mourir de faim ; elle mettrait une mère de famille, qui voit la misère envahir la maison, dans Timpossibilité de concourir au bien-être commun. Que deviendrait une veuve» & ce compte, et une veuve chargée de petits enfants ? Les grands sentiments qui portent à faux ne sont la plupart du temps que de Thypocrisie; c*est un des mille déguisements de Tégoïsme, et des plus honteux. Ne savons-nous pas tous que, comme il 7 a des filles abandonnées qui sont orphelines de fait sans avoir perdu leur famille» il y a aussi des veuves dont les maris sont vivants? Veut-on qu*elles mendient ou qu'elles se prostituent ? Et si on ne le veut pas, il faut donc leur doimer de Touvrage. Qui a poussé dans la rue la plupart des malheureuses qui font métier et marchandise de leur corps? C'est Toisiveté, Toisiveté forcée, qui, pour les unes, aboutit à la faim et au désespoir ; Toisiveté volontaire, qui exalte et pervertit Timagination des autres. On nous parle de morale : la vraie moralid n*est pas de livrer les femmes sans défense à la discrétion des hommes, sous prétexte que les hommes les respecteront et les nourriront, mais au contraire d'employer la force des

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lois pour commander le respect et de chercher dèsTëssoùrcës'^ns une bonne organisation de l'industrie pour suppléer, quand il le faut, à la paresse, à Tindifférence ou à la trahison des hommes. Beaucoup de maris qui abandonnent leur femme y regarderaient à deux fois si cette femme, qui ne leur plait plus, concourait par son travail personnel à l'aisance de la maison. Le travail, c'est la plus grande puissance du monde. Il fait oublier, il fait aimer. Il occupe T&me en même temps que le corps. Il donne le sentiment de la force; de la dignité, de la sécurité. Il enseigne la morale mieux que tous les préceptes et tous les livres. Il est une arme contre le sort : la refuserons-nous aux plus faibles? Refuseronsnous aux femmes une nouvelle occasion, un nou- 1 veau moyen de se dévouer ? Leur refuserons-nous | cette grande condition d'égalité? Plus le travail i leur est difficile, plus la société devrait s'occuper de les aider à en trouver, à y réussir. Ce n'est pas à nous de les écraser de leur faiblesse ; et nous ne le ferions pas impunément, car cette lâcheté retomberait sur nous en ruine matérielle et morale. C'est une noble devise que celle-ci, — et c'est celle des hommes aussi bien que des femmes — : Vivre en travaillant! Et si on osait y reprendre quelque chose, on la modifierait ainsi : Vivre pour travailler ! Que seulement toutes les

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femmes travaillent , riches et pauvres, et nous aurons de fortes générations et des mœurs austères.

Mais ce qui est vrai , ce que Ton pouvait et ce que l'on devait dire, c'est: 1° que le travail des femmes ne doit pas les éloigner de leurs maisons ; 2^ qu'il ne doit pas dépasser la mesure de leurs forces; 3^ que le travail ne doit pas être disproportionné aux services rendus et aux besoins de l'ouvrière.

Le travail qui éloigne les femmes de la maison peut être divisé en trois classes : la domesticité^ rusinOy les ateliers de lafietite industrie.

Un très-grand nombre de filles et de femmes demandent leurs moyens d'existence à la domesticité. Gela est tout simple ; faire le ménage, la cuisine, soigner des enfants, tailler, coudre, réparer des vêtements, ce sont les fonctions mêmes d'une ménagère, et par conséquent les fonctions propres d'une femme, conformes à ses goûts et à ses aptitudes. 'Ne pouvant, faute de ressources, les faire chez elle-même, elle se loue pour les faire ailleurs. C'est, de tous les étatSj celui qui se prête le moins à l'observation. La nature et la quantité du travail, le séjour, la nourriture, le logement, les gages, les relations soit avec les maîtres, soit avec les autres domestiques, tout cela est si mobile et si divers que la statistii^ue

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même en est effrayée, n'essaye pas de recensement et ose à peine essayer une classification. Autrefois une bonne domestique devenait, après de longs services, membre de la famille ; tout le monde y gagnait, elle surtout, car les femmes ne peuvent se passer d'affection. Maintenant une domestique n'est jjlus__guère .qu!une ouvrière au mois, nourrie et entretenue, qui eatreprôûd la cuisine et i^ sei:vicû.de.la jnaison. Un peu plus d'indépendance, et beaucoup moins d'amitié de part et d'autre. Cette mûdiflcatiôn tient à une autre plus générale ; elle tient à la diminu tion de la vie intime, à la prédominance de plus en plus "manifeste du droit sur le devoir. La revendication a pris la place de l'abnégation. Quant aux salaires de la domesticité, il y en a d'excessifs et de déplorables. Certaines domestiques sont en même temps ouvrières au pied de la lettre. Par exemple , dans plusieurs provinces, elles doivent filer un nombre déterminé de quenouilles. A Lyon, chez les maîtres tisseurs, elles sont ourdisseuses. Les femmes de chambre sont coiffeuses, tailleuses, etc. Les nourrices à domicile appartiennent aussi à la domesticité, mais d'une façon provisoire, et dans des conditions particulièrement désastreuses. Elles quittent leur famille au moment où la naissance d*un enfant les y rend plus nécessaires

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que jamais. Pour aller soigner l'enfant d'une autre, elles abandonnent le leur, — dans quelles conditions et dans quelles mains? L'habitude des femmes riches de recourir à des nourrices mercenaires, habitude rendue presque nécessaire par leur manière de tWre et la débilité qui en résulte, est un des grands fléaux du monde civilisé. Elle est fatale aux deux mères et aux deux nourrissons ; meurtrière pour l'enfant abandonné quand la nourrice quitte sa maison pour entrer dans une maison étrangère, et pour les deux enfants, quand la nourrice, au lieu de se déplace!!, emporte le nourrisson chez elle.

n y a juste aujourd'hui cent ans qu'un charpentier de Blackburn, nommé Hargreaves, inyenta une machine qui âlait huit âls, et qui reçut le nom de Spinning-Jenny ou Jenny-lorFileuse. Jenny était le nom de la fille de Tinventeur. Deux ans après, Arkwright, un barbier, inventa, de son côté, une machine analogue, mais plus parfaite, et enfin, en 1779, Samuel Crompton, réunissant et perfectionnant les deux découvertes précédentes» en forma la Mule-Jenny^ dont on se sert encore à Theure qu'il est. Seulement le métier de Hargreaves ne faisait mouvoir que hui^. broches : aujourd'hui la Mule" Jenny y animée, par la vapeur, arrive à en mouvoir mille, et peu ; encore aller au delà. Un dernier perfectionnement, presque contemporain, a produit le métiei renvideur ou Self-acting, dont tous les mouvements sont automatiques, et qui réduit les ou-

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vriers à la fonction de surveillants. Grâce à c es ^gîJ^VOrJltlo^!' niir . fi Piii'i iT rf B, troif i oi i yricn fo n t ( \é- <^AT»yyi?>^ H- ?? * *^gr* f^^ f^'^^^i ^^"t .. s fil ?^] ^f *'i La France est venue assez tard se mêler au mouvement et profiter des découvertes. Richard Lenoir et Oberkampf donnèrent l'impulsion sous l'empire. Le progrès ne fut très-marqué que sous la Restauration. En 1860, nous avions six millions de broches, et nous tenions le premier rang après l'Angleterre. Le dernier traité de commerce influera certainement beaucoup ;3ur l'avenir de nos industries textiles; mais la coïncidence de la guerre d'Amérique et du retrait des prohibitions empêche encore d'apprécier avec exactitude les résultats de cette dernière mesure. Tandis que l'industrie de la filature prenait de nouveaux accroissements, celle du tissage, qu'elle alimente, se développait dans la même proportion, de sorte qu'aujourd'hui presque toute l'Angleterre est transformée en une vaste usine ; que la France, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne s'efibrcent de la suivre, et que cette industrie, née d'hier^ est déjà la plus grande affaire de J^urope et du monde.

La première conséquence de cette révolution a été de remplacer la force humaine par une force mécanique. Aussitôt les hommes n'ont plus ^té nécessaires; les femmes ont suffi pour la

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plupart des emplois. On peut dire que le métier qu'elles font dans les filatures et les tissages mécaniques n'est ni pénible ni difflcileTjOn ft gardé naturellement les hommes pour tout ce qui de* mande plus de force corporelle ou de présence d'esprit. (Les deux sexes se sont partagé quelques métiers avantageux, que les hommes ne pouvaient dédaigner et que les femmes pouvaient remplir, et enfin un grand nombre de fonctions et d'ateliers dans les usines ont été réservés exclusivement aux femmes^ Ainsi, dans une filature, les femmes sont soigneuses de carderies, retordeuses, pelotonneuses , écheveaucheuses^ doubleuses, dévideuses, bobineuses, banc-brocheuses, éplucheuses et rattacheuses. Les femmes sont aussi fileuses, quand le chariot est renvidenr et ne porte pas beaucoup de broches; mais la mule-jenny est le plus souvent dirigée par des hommes, et alors il convient de donner l'emploi de rattacheurs à de jeunes garçons. Dans les tis^ sages mécaniques de toutes sortes, cotons, laines, soies, fabriques de draps, de châles, de rubans, les femmes sont dévideuses, ourdisseuses, trameuses, liseuses, tordeuses, remetteuses, lanceuses , épinceteuses , rentrayeuses. Elles sont tisseuses, concurremment avec les hommes, dans la plupart des fabriques^En un mot, l'industrie des fils et tissus donne de l'ouvrage aux femmes

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depuis lé comméûcdtnent des préparations jusqu'àl'apprôt et au pliage des étoffes^ toutes les fois que les femmes peuvent faire la besogne aussi bien et aussi vite que les bornâmes, on les préfère^) Cela tient à Ja première des lois 4cpnomiques, et on pourrait même dire à la première des lois métaphysiques, qui est celle-ci: la force dépensée dûitjBire eiactement propoi^ tionnelle au résultat obtenu. G*est ce que Leib«> mtz exprimait en disant que la nature opère tou*jours par le moyen le plus simple. H appelait encore cette loi le principe de la moindre action. Le principe de la moindre action, appliqué à Tespace pur, donne cet axiome métaphysique :

le plus court chemin d*un point à un autre est la ligne droite. Appliqué à l'industrie, il en renferme tout le secret, car il est évidentjque la valeur réelle de. Joutjrûduit doit êtr e exprim ée par la somme de ses qualités comparéa. i. la somme desJcais de iâ„prûduc4iûn. Si, par exem*ple, une mine d'or est dans de telles conditions qu^une parcelle n*en peut être extraite sans coûter, en frais d'exploitation, un prix égal à sa valeur, il est clair qu'il n'y a plus de raison quelconque pour procéder à l'extraction. La règle de l'industrie est donc d^ diminuer Ja- dépense, non par la mauvaise fabricatiûn, mais par la fabrication la plus simplifiée, e'est-à-dire la

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plus économiqu e. Cette règle est d'autant plus absolue que, tou te fabrication abo utissant à la veûtô^i^Yaleur.xéellÊLda produit doit être inférieure à sa valeur vénale, puisque la différence entre la valeur vénale et la valeur.réelle représente tout le bénéfice du fabricant. Or la vente est gouvernée ou par la loi naturelle de l'offre et de la demande, ou par les lois dites de prohibition et de protection, qui s'efforcent de contrarier là loi naturelle, et qui n'aboutissent tout au plus qu'à la renfermer dans un champ plus étroit; car, pour échapper complètement à la concurrence, ce n'est pas aux prohibitions qu'il faudrait recourir, c'est aux tarifs. Même dans le cas de tarifs, là principale source des profits du fabricant, sinon la seule, serait encore l'économie réalisée sur les frais de la fabrication. On peut donc établir, en fait, que l'industrie réalise immédiatement toute économie dont la possi* bilité est démontrée.

D'autre part, tout le monde sait que les fempies se contentent d'un salaire inférieur à celui des hommes. Cela va de soi quand elles rendent on service inférieur, par exemple s'il ne s'agit que du louage de la force. Un homme et une femme qui louent leur force pour on temps donné ne louent pas la même force, et ne peuvent pas exiger le même prix. Le salaire doit

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être proportionné au service rendu ; c'est réalité 'par rinégalité. Mais à côté de la loi de la proportionnalité du salaire au service rendu, loi qui regarde l'acheteur, ilxA.SûôJan±i:e loi non moins puissante, puisque, dans certains cas, elle doit être observée sous peine de mort, et qui ne regarde que le vendeur, c'est la jjrojjortionualité du salaire aux b e s oin s d e -eelm q ui r en d le ser* vice* On a souvent discuté sur ces deux principes qui représentent deux grandes écoles^ et qui s'expriment ainsi : à chacun suivant ses œuvres, — à chacun suivant ses besoins. Nous dirons d'abord que le second ne doit pas être entendu comme une protestation contre le premier, car alors en proportionnant les salaires aux besoins, sans tenir compte de la supériorité des services, il consacrerait une injustice, l'inégalité par l'égalité. Il faut l'entendre comme la simple affirmation de ce fait, que chaque citoyen a droit au nécessaire. Ainsi expliqué et réduit, c'est un principe à discuter en organisation politique, mais non en organisation industrielle, car le chef d'industrie ne doit de salaire qu'à proportion des services qu'il reçoit. La loi économique de la proportionnalité des salaires aux besoins est différente de la loi écrite qu'on voudrait introdtdre soit dans la politique , soit dans l'industrie par la proclamation du droit au travail. Elle n'est

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qu'une néctssiU subie par U Youdmir, comme la proportiomiaUté du salaire aux services rendus est une nécessité subie par racheteur. Il y a sans doute, à edté de ces deux questions économiques, une question de justice eocialei cai{il est juste que le salaire soit proportionnel aux services, et il est juste que le travail nounrisse l'ouvrier ; mais ce n'est pas de là question de justice sociale quUl s'agit ici, c'est du fiait et de la loi naturelle Comme l'acheteur est obligé* par la concurrence» à fiaire les plus grandes économies possibles, le Tendeur est obligé, par la nécessité de vivre, à ne pas accepter un vàbm qui mette sa recette au-dessous de ses besoins. Voilà la réalité toute nue, indépendamment des lois que les hommes peu** vent ou doivent £piire. Certes» en toute occasion nous sommes prêts 4 soutenir qu'on ne doit pas traiter l'homme comme un^ marchandise, et que toute société a des devoirs envers 9Bfi membres» mèaie inutiles. Mais si Ton ne parle que des lois natprelles qui régissent la vente et Tachât, ces lois sont que» dws le louage d'ouvrage» Tachateur fait le plus d'économie possible» et que le Tende» ne peut acceptar un salaire inférieur à ses besoins.

Voici m^tenant une troisième loi^ tout aussi nécessaire que les deux premières : c'est que, quand les vendeurs se font concurr^n^^e pour

itra accaptéd, ih font de leur côté tout le rabaU possible, o'eslrà-dire quHls descendent jusqu'au niveau de leurs besoins; car» en vertu de la deuxième loi, ils ne peuvent descendre au-dessous. Or les vendeurs d'ouvraga ou de travail se font toi\jottrs concurrence pour être acceptés, si ee n'est quand ils possèdent une capacité exceptionnelle, car alors ils sont demandés au lieu de s*ofrir, ou quand ils se coalisent; mais la coe^ lition n^a de chances de succès durables que quand elle a pour but de résister à la violation d'une des lois économiques. La concurrence enbre travailleurs est donc inévitable» et elle a ca caractère, que, n'ayant pas le moyen d'at«tendre, ils font leurs rabais sur<-le-champ»

/De ces trois lois réunies résulte la démons* tration que les femmes seront to^joI3ffs em* ployées de préférence aux hommes, toutes les fois qu'elles s'offriront pour faire le môme ou* vrage aussi bien et dans le môme temps, comme il arrive dans la plupart des travaux i^ flla^ tnres et des tissage mécaniques. Su effet, une femme a moins de besoins qu'un homme* Disons tout, osons dire le mot cruel et juste : elle mange moii^ Nous ne voplons pas dire qu'une femme supporte plus aisément qu'un homme la privation de nourriture suffisante, quoique cela péme soit vrai. Nous disons simplement, et cela

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n'a pas besoin d'être prouvé, que la nourriture suffisante d'une femme coûte moins que la nour-* riture suffisante d'un homme.

Il y a encore ceci i considérer, dans le même sens, en ce qui concerne la France, obligée, depuis le traité de commerce, à lutter avec l'Angleterre, non pas tout à faij^à armes égales, mais avec sea armes naturelles.iLes éléments delà concurrence sont le capital, les machines, le combustible, la matière première , la main-d'œuvre et la vente. Le capital passe pour être plus fort en Angleterre, ce qui est, à notre sens , un préjugé : ce qui est vrai , c'est qu,'il est mieux outillé qu'en France , où les lois , en matière de succession, d'association iet de crédit, sont plutôt gênantes et restrictives. Le combustible et la matière première sont plus abondants chez nos voisins et à meilleur marché , ce qui leur donne aussi la supériorité pour les machines, qui sont ellesmêmes un produit manufacturé , dépendant des prix du fer et de la houille. Quant à la vente, le marché anglais est bien supérieur au nôtre, pour trois raisons : la supériorité de la marine, celle du corps consulaire et la clientèle acquise, ce qui est d'un grand, poids en matière de commerce. Reste la main-d'œuvre, dans laquelle il nous faut non-seulement l'égalité, mais la supériorité, puisque c'est notre seul moyen de con-

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currence ; et {la supériorité de la main-d'œuvre ne peut résulter que d'une de ces deux conditions : ou des ouvriers supérieurs aux mêmes prix> ou des ouvriers égaux à moindre prixj Nous ne pré* tendons pas qu'il nous soit absolument impossible de lutter par les autres moyens ; nous voulons croire, nous croyons le contraire. Nous pou* vons certainement créer en France une batelle* rie, améliorer nos voies de communication de toutes sortes , réformer nos lois , réorganiser notre corps consulaire , mais au prix de quels efforts! Il faudra pour cela beaucoup d'intelligence, beaucoup de persévérance, beaucoup d'argent, de longues années de paix;^t quand nous parlons<le paix, ce n'est pas seulement de la paix effective, mais de la paix sûre d'elle-même; car, en matière de travaux publics et de finances, la crainte d'une guerre prochaine a presque les mêmes effets que la guerre : nous l'avons bien vu '^ en J^6 j C'es t do nc sur tout sur la main-d'œuvre

que nous pouvons imm<$rjiflLtPj]f]ient ftt ftfficafiflTnft"t-

agir. N os ingénieurs n'ont de supérieurs nulle part ; nos ouvriers d'art ont été longtemps les premiers du monde, et peuvent le redevenir si nous donnons à l'éducation spéciale une impulsion nouvelle. Quant aux ouvriers ordinaires, qui sont à peu près égaux dans tous les pays, BOUS avons sur l'Angleterre l'avantage d'une

poputotioii beaucoup pli» nombreuiei surtout re^

lativeiMUt, maii c#t avuutagf tourna ooutro no»

^ :'^ """ ouvrier» , (ju'U axpo»a A des rabaU pluiàuru,

^Angleterre employant plu» de femmee que d'bommee dam» »e» manufaoturee, nos fabricant» ue peuvent offrir que des salaires égaux ou inférieurs à celui des femmes anglaises, et dont par conséquent il est impossible qu'un homme se contente. J^elles son t les rais ongjgijg ;^pliftuen t la présence des femmes 4jNftg~le& roanufacturee it menacent de la perpétuer^ . Voyons maintenaut dans .quellei conditions elles s y trouvent* Bn général , k ne considérer que le s^our et le genre de trayail; on peut dire qu'elles y smt beureji&est Presque pariiout les salles sont magnifiques» bien aéréeSi d'une pro-> prêté ei;tréme> agréables 4 la vuei ce qui oon** tribue au bien«étre plus qu'on ne l'imagine»

d'une température plutôt trop élevée que trop basse* Il subsiste encore d'anciennes mauufac« tores mal aménagées qui ne tarderont pas à di»» paraître^ Ces manufactures elles-mêmes et les ateliers de battage et d'éplucbagei qui sont les moins salubresi l'emportent, comme lieui^ d'ba^ bitation, sur la plupart des logements d'ouvriers. Qoant au travail» il est presque toujours très* doux 9 notamment pour les soigneuses d# carde*

rie^ qui forment un corps d'état trés-nombreui^«

Ou n*êXdLghte pas en disant que k 8tiiir«lllaâce d un rota-frottôur ou d*tiû banc à brochôs est tine occupation moins fatigante qne le tfavail à Taignille trop prolongé.

Les salaires dans les tissageâL4t les âlatnres sont relativement asse2 élevës.[Comme il s^agit ici d^one comparaison, nous ne pouyons parler du salaire gagné par les femmes dans les mann&ctnres sans rappeler ce qn^elles gagnent dans la petite industries Prenons pour types les salaires de Paris, plus faciles à apprécier à cause de Tenquète. I^^j^rande industrie est faiblement représentée & Paris; mais Tinégalité numérique des deux groupes ne modifie pas leurs conditions respectives. Voici, en résumé, quels sont, à Paris, les salaires touchés par les femmes dans la petite industrie. L*enquète de 1864 sur les industries parisiennes, procédant pour les femmes comme pour les hommes, a groupé les ouvrières en trois sections : la première peut être négligée parce qu'elle se compose de jeunes filles audessous de seize ans , de femmes mariées travaillant chez elles à la couture, mais sans continuité ni régularité, et d'ouvrières logées et nourries. Les salaires de ce premier groupe, qui comprend 17,303 personnes , vont de fr. 50 c. à 1 fr. 25 e. par jour. La troisième section, qui ne comprend que 767 femmes , peut aussi être

100 L'OOVBIER de miIT ANS

négligée 9 mais pour la raison inverse. Ce Bont des directrices d'atelier ou des artistes dont les émoluments varient de 4 fr. 50 c. à 7 fi*., et même à 10 fr. La seconde section, qui doit seule être comptée, puisqu'elle se cpm|>ose des ouvrières proprement dites et ne renferme pas moins de 88,340 femmes, touche des salaires qui oscillent entre 1 fr. 50 c. et 4 fr. Mais l£^ moyenne se rapproche beaucoup plus de 1 fr.

50 c. que de 4 fr. , comme il est aisé de le conclure des chiffres suivants :

Le salaire de 4 fr. n^est touché que par 1,264 femmes sur 88,340. Le salaire de 1 fr. 50 c. est touché par 16,720 femmes, celui de 2 fr. par 24,810, celui de 2 fr. 50 c. par 17,873. Tout compte fait, il y a 74,772 femmes dont le salaire est égal ou inférieur à 2 fr. 50 c, et seulement 13,568 dont le salaire varie de 2 fr. 75 c. à 4 fr.

Si maintenant, passant de la petite à la grande industrie, nous mettons à part, dans le nombre total des ouvrières parisiennes, celles qui travaillent dans les filatures de coton, de laine, de soie ou de bourre de soie, nous trouvons un total de 2,196 ouvrières, dont les salaires ne différent pas notablement de ceux de la petite industrie : 1 seule ouvrière reçoit par jour 3fr. 50 c., 4 reçoivent 3 fr. 25 c, 17 reçoivent 3 fr., 713 reçoivent 2 fr., 299 reçoivent 1 fr. 75 c, 838 re-

LA Mira 101

çoivent un salaire quotidien égal ou inférieur à 1 fr. 50 c. li^est vrai que, dans la grande industrie , les meilleurs salaires sont gagnés par les tisseuses et que Paris n'a pas de tissage mécanique « Une tissens&.acti¥^ et ^adroita^peut Ifagner en m jours 18 fr^et môme.. davantage. Cependant 4 on peut dire d'une manière générale que la grande industrie ne . donn^ pas aux femmes^, des salaires plus élevés que la petite. Le principal avantage qu'elles trouvent dans les manufactures, c'est que, le travail étant continu et régulier, le rendement du mois est meilleur, lors même que chaque heure n'est pas très-rémunérée. On ne sait pas ce que les courses, les caprices, le passage d'un travail à un autre et le temps perdu dans les antichambres coûtent aux malheureuses ouvrières qui travaillent chez elles» En manufacture, avec une bonne conduite et de l'activité, on retrouve toujours le même mois qui, par comparaison, est un assez bon mois, lEnfin, beaucoup de chefs d'industrie ont chez eux un médecin, une pharmacie, des livres, une caisse d'épargnes, quelquefois même un détail d'objets de consommation à prix réduits; ils s'efforcent, par tous les moyens possibles, d'augmenter le bien-être des ouvrières, et, malgré les exceptions malheureusement subsistantes , il ne faut pas se le dissimuler, ce bien-être est réel, 1

102 L'OUVRifift 13» fiUlT ANS

Avant de eherchôr â (ittél ïrrix eeisi avantâgôÉ sont achôtéâ, il faut sd demander Cè qtd résulte, pour le salaire des hommes , de rintroâuctioâ des femmes dans les manufaotures. Il n'y a pas de question pour les emplois que les femmes seules peuvent remplir, éomtne céui deis ren* trayeuses ou reprlseuses , ni pour ceui que les hommes dédaigneraient, comme oeui des lan* eeuses, éplnceteuses, rattacheused, éplucheoses. il ny en a pas non plus pour les emplois dans lesquels les hommes conservent la supériorité , parce qu'en ce cas, les femmes ne se présentent que comme ouvrières d'un ordre inférieur, touchant des salaires Inférieurs, et ne fkisant pas une véritable concurrence» [Mais il y en à une fort grande ^our tous les emplois où les hommes et les femmes font également vite et également hien, que les hommes rempliraient s'ils n*étaient tenus par des femmes , tels que la surveillance des cardes, ou que les hommes et les femmes se partagent , tels que le lisage^ le tissage, etc?\

D*abord il est manifeste que, du moment qu'il y a substitution des femmes aux hommes, il en résulte une perturbation au moins momentanée dans la situation des hommes , car on ne trouve pas de l'ouvrage du jour au lend^oain, et surtout une nouvelle sorte d'ouvrage. L'inconvénient est

LA MÂBB 103

plus grave pour des fileurs et des tisseurs que pour des ouvriers d'un autre corps d^état, parce qu'il leur est assez difficile de se créer une carrière nouvelle» leurs occupations ordinaires n*ayant rien de commun avec la plupart des autres métiers. Il en est de Tintroduction des femmes comme de la création d'une mécanique, qui supprime un grand nombre de bras. Cela produit, dans la nouveauté, de grandes souffrances ; mais avec le temps, les ouvriers déclassés trouvent de remploi, et le résultat définitif est un accroissement de produits sans diminution de salaire. Rappelons, en passant, que c'est là le principe même du libre- échange. Le malheur ne sersdt définitif que dans un pays où les filatures et tissages mécaniques seraient les seules industries possibles. Alors les hommes n'auraient à prendre qu'un de ces trois partis : pu émigrer, ou se laisser nourrir par leurs femmes , ou travailler avec elles au môme prix qu* elles. S'ils prenaient ce dernier parti, il se trouverait avec le temps que le travail des femmes dans les manufactures serait gratuit. Car le ménage stipulant comme aurait fait un ouvrier seul finirait par subir tous les rabais compatibles avec les besoins communs, c'est-à-dire que l'homme et la femme donneraient leur travail réuni pour un prix équivalent aux besoins de la famille, dernier

104 L*OUYItIEB DB HUIT ANS

rabais auquel rhomme travaillant seul pouvait consentir.

Mais y au fond , cela n'est pas sérieusement à craindre. Le monde a du travail pour tous ses ouvriers. Autrefois , avec une organisation vicieuse de la société, il arrivait fréquemment qu*une force se perdait. Maintenant, grâce à la liberté de Tindustrie et à des institutions de crédit plus fécondes, partout où la force ouvrière sera disponible et vacante , on portera, pour en profiter, la force du capital. Il peut donc survenir des inconvénients passagers et cruels, mais ils ne seront que transitoires. yDonc le travail des femmes peut nuire passagèrement à celui des hommes dans le même corps d*état, et ne lui nuit pas d'une façon absolue et définitiveT)

En fin de compte, rintroduction de s femm es dans les manufactures n'a de conséquences fâcheuses qu'au point de vue de la morale. Dès qu'on entre dans cet ordre de considérations, tout ce qui, tout à l'heure, paraissait naturel, avantageux, désirable, devient au contraire un malheur public. C'est ce que nous allons essayer de montrer. Nous verrons ensuite s'il existe quelque remède.

Les ateliers où les femmes travaillent par troupes sont mixtes ou composés exclusivement de femmes. Dans beaucoup de maisons, on se

LA MÂBB 105

donne beaucoup de peine pour isoler les femmes; on peut citer comme exemple la cristallerie de Baccarat, qui emploie tles hommes et des femmes pour la taille des cristaux. Les deux ateliers sont complètement distincts et sans commimication possible. Escalier, porte de sortie, tout est à part. Une porte de communication, nécessaire pour les directeurs, est constamment fermée et les chefs de la maison en ont la clef dans leur poche. Ces précautions sont utiles et louables. Nous -devons cependant avouer qu'il arrive souvent que des ateliers exclusivement composés de femmes ne valent pas mieux que des ateliers d'hommes , sous le rapport de la morale. Cette vie en commun, sous Tempire d'un règlement et en dehors de toutes les relations de famille, n*est pas bonne aux femmes ; elles ne sont pas faites pour cela , elles y perdent les qualités qui leur sont propres pour prendre les défauts des hommes qui, chez elles, sont bien plus repoussants^Le fait seul de tenir upe femme loin de ses parents, . de son mari, de ses enfants, pendant douze heures, constitue déjà un danger; elles sont nécessaires à la famille, mais la famille leur est nécessaire, ^'il y a des hommes avec elles, ellas s'habituent à leurs propos , à leurs manières, à leurs façons de voir; elles vont plus vite que nous dans la voie du vice quand elles y sont en-

106 L'oUTBIltS Ht fitiT ANS

tr^ôS. Sî on les cloître pendant leor-iCftVftJl^ Il suffit d'une otl deux, femmes sans mœurs pour I^rdre toutes les autres. Ateliers de feuunes cm ateliers mixtes, l^dan^er peut être inégal^ il est eertaiû^âfiéni'&rt graxid des deux parts. Quand On consulte à ce sujet les hommes d'expérience, on n*en trouve pas beaucoup qui ne soient de cet avis. Les autres ont eu le bonheur de tomber sur une population foncièrement honnête. Cela se rencontre ; il ne faudrait pas y compte r. Tout ce jpii^ n*est pas conforme aux lois de la faature est malheureux et dangereux.

C'est surtout pour les enfants que Tabsendè de la mère est un malheur. Il est presque su« perflu de le dire ; on ne l'apprend à personne ; mais le malheur est si grand que, quoique tout le monde en soit convaincu, on a le besoin, le devoir de le répéter, d'y insister, d'en fatiguer l'attention de ses lecteurs ou de ses auditeurs, de marquer une trace si profonde dans la m4« moire de ceux qui peuvent influer sur le sort des ouvriers, que cette pensée les poursuive comme un remords, s'ils ne s'efforcent pas, avec une ar* deur persévérante, de chercher et d'appliquer un remède. La mère, dans les derniers mois de sa grossesse, nuit déjà à son enfant en restant enfermée tout le jour. Â peine est-il au monde, qu'elle est obligée de l'abandonner aux soins

LA. HiBK 10?

d'iino antre femme, et de reprendra son trayall longtemps ayant d'être gnérie, aa risque de ce qui peut en arriver pour elle*mème<ÎL' enfant ainsi délaissé par sa mère est placé en nourrice» ou dans une crècdie, s'il y en a, on dans une

On ne saurait dire d'une façon générale quelle est la meilleure voie à suivre, parce que tout dépend des personnes et des circon« stances. Si la mère peut payer des mois de nour» riea» et il faut se bien priver pour cela» surtout quand on a plusieurs enfants en bas âge, elle est obligée de prendre une nourrice au rabais. Ce qui peut alm*s lui loriver de plus heureux, c'est de tomber sur ime bonnète femme , qui partage son bût entre son propre enfant et son nourris* son. Ce lait, le plus souvent, est déjà vieux ; il est insuffisant pour deux nourritures; il arrive même qu'une seule nourrice prend deux nour* rissonsy ce qui fait infailliblement, en la comptant, quatre affamés. Pour remplacer son sein tari, cette femme a recours au lait de vache ou de chèvre^ coupé avec beaucoup d'eau, à la bouillie, aux soupes, alimentation dont la consé-* quence est une maladie gastro-intestiuale presque toujours mortelle ^. Si la mère ne peut ni

i M. Jolês Guérin a déclaré^ le Id janvier 1667^ à l'Académie de médecine, qu'une eause puissante, générale, universelle et en

108 l'ouvbibe de huit ans

payer une nourrice, ni se charger de son enfant^ elle a recours à l'assistance publique, et le résultat est à peu près le même, avec cette diffé-* rence, que les nourrices employées par ces administrations sont surveillées* Cette surveil* lance est faite dans beaucoup de localités, et notamment à Paris, sous l'active et intelligente direction de M. Husson, avec tout le zèle imagi* nable; malheureusement , les administrations, quelles que soient d'ailleurs leurs ressources, sont toujours appauvries par la quantité des pu-» pilles qu'on leur abandonne.

Beaucoup d'ouvrières, les unes par tendresse,, d'autres par nécessité, gardent leurs enfants ; une allé aînée de quatre ou cinq ans, une aïeule in-* firme veille auprès du berceau, le remuent da pied, tâchent d'endormir la faim. La mère donne le sein trois ou quatre fois par jour : le matin avant le lever du soleil» aux heures de repos de l'atelier, et pendant la nuit. Travailler le jour, et la nuit ne pas dormir, ce n'est un régime suppor-

quelque façon fatale, domine la mortalité des enfants mis en nourrice, i Je dis fatale; en effet, si l'on considère que les nourrices qui se louent ou qui prennent des nourrissons sont obligées do livrer leur propre enfant à l'alimentation artifîcieUe ; si Ton considère, en outre, que la plupart des prétendues nourrices sur ■lieux prennent presque toujours deux ou trois nourrissons à la fois, on verra que les effets de l'alimentation prématurée sont, pour ainsi dire nécessaires, qu'ils sont, comme je Pai dit, presque fatalement liés à l'industrie des nourrices. »

LA MÊBE 109

table ni pour la mère, ni pour l'enfant. Quand on voit quelqu'une de ces malheureuses s'échapper à l'heure du dîner et courir toute en sueur sous une porte cochère ou au coin d'une rue pour donner le sein à son nourrisson^ on ne sait si on doit admirer son dévouement, ou blâmer son imprudence. Si elle n'a ni mère, ni fille, ni sœur infirme pour garder le nouveau-né, elle le met dans une garderie, pour un prix, hélas ! trèsmodique. Il faut voir ces garderies dans les villes où il n'y a pas de crèches ! Il y en a qui font horreur par la malpropreté, l'air fétide , l'absence de soin et d'alimentation. Il y a peu de différence entre abandonner un enfant, ou le déposer dans ces tristes refuges. Il n'était pas rare, avant ces dernières années, de trouver dans les comtés du nord de l'Angleterre des garderies où une vieille femme tenait renfermés dans un étroit espace, douze ou quinze misérables marmots, en train de mourir sous sa surveillance. Il fut même constaté que, pour rendre leur métier plus facile, les gardiennes d'enfants mêlaient de Topium à la boisson qu'elles leurs faisaient prendre. Les apothicaires le savaient et s'y prêtaient. Cet empoisonnement collectif des nouveau-nés faisait partie des habitudes de la population.

Les crèches, à titre de correctif d'un très-grand

mal, sont une institution de tous points excellente. On ne saurait s'en passer dans le voisinage des. fabriques qui emploient des femmes. On en compte une vingtai^e à Paris, 300 ou 400 dans les départemeata, Lea adminisrtrations hésitent, parce que, si les orèehea sont utiles pour les mères qui ne peuvent pas s'en passerelles sont "^^ dangereuses pour les mères qui pourraient s^en passer, et par lâcheté, les ayant saua la main, y déposent leurs enfanta, Elles sont pour la plu» part adpiirablement conçues et presque toujours admirablement dirigées, Il est hors de doute que les enfants j sont plus proprement, plus gaiement que ehea eux. De grands soins, une bonne hygiène, de Tamour même, ear il y a des direetrices de crèches qui aiment ces petits d'un véritable amour de ipère, que peut^on demander de mieux? Rien en vérité, si ce n'est la mère elle-rmême, mais peur cellerlà, rien ne la remplace. Un médeciii de Rouen, d'un grand sens, M. Leroyi nous di* sait qu'il valait mieux, au seul point de vue de la vie probable d'un enfant^ le laisser entre les bras d'une mère qui manque de tout dans un gre*? Hier ouvert à tous les vents, que de le placer dans la crèche la mieux tenue, où il est servi et nourri comme l'enfant des riches. Il y a là une puissance que toute la richesse, tout le génie et tout le cœur dés philanthropes ne pourra jamais

LA MâBB 111

ni égaler, ni imiter : la puissanee de la bonne nature, qui veut que le fruit pende à sa branche et se nourrisse de la s|ve qui Ta produit.

On ne sait pas assez que dans les villes indus^ trielles la mortalité des enfants d'ouvriers au-dessous d'un an est de 20 à 22 0/0, C'est le chiffre de Roubaix, celui de Manchester, A Mulhouse, elle a atteint 33 0/0 en 1863. Elle y dépasse tou^ jours 30 0/0. Il résulte d'un travail récemment présenté à l'Académie de Daédecine par M. Oevil-î liers que, dans la ville de I^yon, la mortalité des enfants de familles aisées étant de IQ 0/0, celle des enfants d'ouvriers tisseurs est au Qiinimum de 35 0/0*. Ce n'est pas l'absence de biei^-ètre ; l'absence ou la présence du bien-être ne produi-» rt^ient pas de tels effets ; c'est l'absence delà mère, Qt ce qui le prouve, c'est que dans cette même 2one de la ville de Lyon la vitalité pour les enfants i» cttltivateura est supérieure à celle de la classe aisée des familles urbaines. On arrive au même résultat partout où l'on compare la vitalité des enfants légitime à celle des enfants illégitimes^ la supériorité des premiers sur les seconds ne pouvant d'ailleurs être attribuée qu'à ce fait qu'ils sont plus souvent nourris par leur mère et, en tout caSjpar de bonnes nourrices ^ Or^ pour les quatrd

i "Digcovài do M. Bondét à rAoadémio do médedne, 27 no- Vombro 1866.

112 l'ouvrier db huit ans

années 1861, 62, 63 et 64, la mortalité des enfants de un jour à un an a été, dans toute la France, de 17,638; les enfants légitimes considérés à part présentent une mortalité de 16,455; les enfants illégitimes, une mortalité de 32,125. Le département d'Eure-et-Loir, qui pratique sur une vaste échelle la meurtrière industrie des nourrices, compte dans la catégorie des enfants illégitimes 95,87 décès sur 100 enfants. Le respectable M. Villermé, jusqu'à son dernier soupir, s'est occupé de dresser des tables comparatives de mortalité qui démontrent jusqu'à l'évidence que rien ne remplace pour l'enfant les soins de la mère. M. JeanDoUfus vient, tout récemment, de faire une expérience qui n'est pas moins concluante. Depuis le 1«^ novembre 1862, sa maison de Mulhouse paye aux femmes en couches leur salaire pendant six semaines, pour leur permettre de rester chez elles et de donner à leurs enfants tous les soins nécessaires. Avant cette mesure, la mortalité constatée était de 36 à 38 0/0. Sur une population de 1,150 femmes, il y a eu du 1®^ novembre 1862 au l^ novembre 1863 108 naissances, dont 6 enfants mort-nés. Des 102 enfants restants, il n'en est mort que 25. Les secours donnés ont donc diminué la mortalité de 13 0/0. Ils ont conservé la vie à 13 enfants sur 102. Du P' novembre 1863 jusqu'au

LA MÂBE 113

26 octobre 1864, sur 91 enfants 20 seulement étaient morts*. Et pourtant, on n'a pas absolument rendu la mère à l'enfant. Le bienfait, et on voit s'il est immense, consiste à la rendre pendant les six premières semaines après l'accouchement^. Dans plusieurs villes, les bureaux de

< Extrait d'un Rapport Ih à la Société indnstrieUe de Mulhouse, dans la séance du 26 octobre 1864, par M. Jean Dollfus. « Dans les deux rapports que je vous ai déjà soumis, je vous ai fait connaître que ma maison avait, depuis le 1" novembre 1862, continué à payer aux femmes en couches leur salaire pendant six semaines, pour leur permettre de rester chez elles et de donner à leurs enfants, tous les soins nécessaires. Je puis aujourd'hui vous indiquer d'une façon plus complète les excellents résultats obtenus.

« Sur une population de 1160 femmes employées dans ma maison, il y a eu, du 1" novembre 1862 au !••" novembre 1863, 108 naissances, dont 6 mort-nés; sur les 102 enfants restants, il n'en est mort que 25 dans la première année de leur naissance; donc un peu moins de 25 0/0, et avant nous arrivions à une moyenne de 36 à 38 ! Les secours donnés ont diminué la mortalité de 13 0/0, et ont conservé la vie d 13 enfants sur les 102 qui sont nés.,. •

« Les résultats pour la seconde année seront les mêmes. Sur 91 enfants nés du l*' novembre 1863 jusqu'à ce jour, il n'en est mort que 20 ; et comme la mortalité, dans les six derniers mois de la première année est insignifiante, nous ne devons pas dépasser le chiffre obtenu de 1862 à 1863.

« Ce que nous avons fait a eu l'avantage d'être obtenu avec bien peu de frais. Pour la paye allouée aux femmes en couches et pour les soins donnés par un médecin et une sage-femme, il n'a été dépensé qu'une soinme de 8,000 fr. pour toute Tannée, soit environ 7 fr. par chacune des 1150 femmes travaillant dans nos ateliers. »

3 La même institution a été depuis introduite dans les établissements de MM. de Fourment et C*, à Cercamps-les-Frévent (Pas-de-Calais).

114 l'ouvbibb oe iëuit ans

bienfaisance sont entrés dans une voiô analogue,, et cela finira par tourner pour eux en économie» Le bureau d'Amiens donne Sept fratics pat* mois, pendant le mois de Tallaitement, aux filles-mères qui nourrissent elles-mêmes leur enfant. A Pa* ris, oh n'a pas trouvé juste d'exclure les femmes mariées. Pour . encourager les mères à élever leurs enfants, on leur acôorde des secours de douze francs par mois pendant deux ans^ ai quelquefois pendant trois ans. Que ceux qui pensent que nous exagérons quand nous parlons des dangers de l'absence de la mère veuillent bien peser tous ces faits dans leur humanité et dans leur prudence.

De cent nouveau- nés ayant pour mères des femmes de fabrique, il en restera, au bout d'un an, près de soixante-dix. Ils demeureront, pendant le sevrage, confiés à la gardienne d'enfants; les pllis favorisés passeront de la crèche à l'asile et de l'asile à l'école primaire. A huit ans, ils pourront entret* dahs un atelier, et voilà leur carrière faite ! Oui, sans doute. Mais il n'y a pas partout des gardiennes toutes prêtes, et la mère ne peut pas toujours prélever sur son salaire le prix du gardiennage. Toutes les villes industrielles n'ont pas leur salle d'asile ; et la salle, quand il y en a une, n'a pas toujours assez de place pour tous les enfants délaissés. L'école,

tA Hàtttt 115

quoi qu'on en dise, n'est pas partout gratuite pour tous ceux qui ont besoin de la gratuité. On ne trouve pas partout , comlne à Sédan^ des insti* tutions , moitié écoles moitié gymnases , qui s'ouvrent et se ferment chaque jour en même temps que les ateliers. Il y a en grand nombre des enfanté qui ne profitent pas de toutes ces institutions philanthropiques. A qui n'est-il pas arrivé, en visitant des logements d'ouvriers dans des quartiers pauvres, de pousser le lo* quet d'une porte, de trouver le père et la mère absents, le foyer éteint, et tin martoot dans son berceau abandonné aux soins maternels d'une fille de cinq ans? Qui n'a pas trouvé, dans ces. étroites rues où le jour ne pénètre pas, des troupes de jeunes sauvages sales et déguenillés, se disputant des lambeaux dont les chiens ne voudraient pas? Qui n'a frémi alors, en pensant à leur avenir? Et qui, eh pensant à la mère, captive derrière les murs de la fabrique, ne s'est senti le cœur troublé? L'école même, ouverte cinq heures par jour, n'est pàS un refuge suffisant contre^ le vagabondage. Bien peu de municipalités ont la généreuse pensée de payer une femme de service pour garder, après la classe, jusqu'à la sortie de l'atelier, les enfants qui n'ont pas d'autre famille que leur mère. A huit ans, .l'epfant a le droit dç devenir un ou-

vrier au nom de la loi : toutes les portes Iqi sont ouvertes. ÎI peut travailler huit heures par jour. Il n'est plus seul désormais, ou du moins il n*est seul et vagabond que quatre heures sur douze. Il a des camarades d'atelier dont les uns sont des eiifants comme lui, et les autres des hommes faits. Il pousse au milieu d'eux à la garde de Dieu, entendant et voyant tout ce qui se dit et se fait dans un ateliei* ou cinquante hommes sont réunis tous les jours da matin au soir,quelquefois avec des femmes. Il est vrai que pour redresser ses idées, pour réformer ses habitudes et son langage, pour adoucir sa jeune âme, pour Ja i*endre à l'enfance, il retrouve sa mère le soir, sa mèrç fatiguée par douze heures de travail, et qui ne fait que passer comme une étrangère dans la demeure déserte !

Nous ne nous arrêterons pas au petit enfant, et nous suivrons le jeune ouvrier jusque dans l'adolescence et la jeunesse,/ Autrefois, dans le bon temps, que nous ne voudrions pas voir renaître, puisque c'était le temps de l'ignorance et du privilég^il y avait du moins dans la société française un sentiment que nous regrettons, parce qu'il était la source de beaucoup d'autres que nous regrettons aussi, et parce qu'il servait de correctif à une déplorable organisation sociale. Ce sentiment, c'était le respectj On res-

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réctait un héros, un homme de bien, un grand citoyen ; on respectait un homme illustre dans les sciences ou dans les lettres ; on respectait un magistrat, ce qui est une condition à peu près indispensable pour respecter la justice. La jeunesse respectait Tàge mûr, et tout le monde s'accordait pour entourer la vieillesse de vénération. Le père était bien réellement le chef de la famille. Rien n'affranchissait un fils du respect; il pouvait devenir, par ses vertus ou ses services, l'objet de l'admiration universelle, sans cesser d'être un enfant devant son père. Nous avons changé tout cela. Nous avons remplacé le respect, non pas, comme on le dit quelquefois en nous flattant, par le droit, mais par la critique. C'est * faire preuve d'un esprit indépendant que d'avoir tort contre son père; jadis, si on avait raison contre lui, on s'efforçait, par pudeur, de faire qu'au dehors il n'y parût rien. Cependant, à tout prendre, nous ne sommes pas aussi indépendants que nous voudrions le faire croire ; nous ne sommes que des fanfarons de vices; nous rougissons du respect quand nous l'éprouvons, voilà notre misère ; nous faisons effort pour être pires que nous ne sommes. Il y a plus d'un homme de trente ans qui mène une vie désordonnée, et ne sent vraiment le remords que quand il se présente devant sa mère. Nos mœurs ne valent pas

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grand'chose; elles seraient abominables, si nous n'éprouvions secrètement plus de respect que nous n'en laissons voir. C'est le dernier frein ; et comme tout ce qui est naturel est aimable, ce sentiment que nous cachons par forfanterie fait notre bonheur. Cela se passe ainsi dans la vie régulière, quand le fils et la mère se connaissent, quand ils vivent ensemble pendant toute l'en* fance et pendant la meilleure partie de la jeunesse, comme cela arrive presque toujours, ou quand, séparés matériellement par les nécessités de la vie, ils échangent entre eux ces confidences, ces conseils, ces consolations, ces marques de tendresse qui prolongent si longtemps dans le plus profond recoin de nos cœurs un reste de jeunesse et même d* enfance, et qui nous donnent tant de force contre le malheur et* contre l'égoïsme. Mais, vraiment, la vie d'atelier semble iaite exprès pour briser tous ces liens. A six heures du matin, chacun part de la maison ; on se sépare sur le seuil de la porte. L'avantage n'est pas bien grand, si on travaille dans la même fabrique; car chacun des trois, le père, la mère et l'enfant, a son atelier et son contre-maître. Cette cloche une fois sonnée, il n'y a plus de famille, il y a un règlement et des compagnons \ et eu voilà jusqu'au soir ! Sans doute, en portant S0s pa-t quets, en battant son étoupe, en désuintant sa

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laine, ïa mère pense à son enfant de huit ans, qui est à quelques pas d*elle, sans qu elle puisse le voir. Elle pense à la fournaise devant laquelle il passe et repasse, aux courroies de l'a machine qui peuvent saisir ses vêtements et broyer ses membres, à l'ouvrier brutal qui peut le frapper, aux leçons de vice qu'il peut recevoir. Mais lui, Tenfant, à quoi pense-t-il? A paraître un homme au milieu des hommes, c'est-à-dire à paraître insensible, et c'est le grand moyen de le devenir. Ses pleurs, s'il en versait, seraient accueillis pat» la risée uniyerselle. On ne se rappelle qu'il est un enfant que pour se rappeler qu'il est faible et dépendant, et qu'on peut aj)user de sa faiblesse. Lui-même, il grossit sa voix ; il saisit au vol les propos grossiers qui lui semblent un signe de virilité ; il s'en remplit la bouche ; il aspire à fumer, à aller au cabaret avec les autres ; le dimanche, ce qui fait sa joie, c'est d'errer seul ou avec ses compagnons, sans être surveillé ou suivi comme un enfant de l'école/ Ce n'est plus un enfant, en effet; c'est un ouvrier, puisqu'il a sa tâche, son règlement, son salaire. Sa vie se partage par moitié entre l'atelier et. la maison; mais ce sont deux parts bien différentes, quoique égales par la durée. Il est à l'atelier pour vivre, et à la maison pour dormir ; c'est comme s'il n'y était jamais.^ A sept heures du soir, la machine

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s'arrête et se tait, les portes s'ouvrent, les escaliers s'emplissent d'ouvriers. Puis on se disperse sur les routes par la nuit noire. On chemine dans la boue, sous la pluie. On arrive au seuil tout haletant. On prend à la hâte un repas mal préparé, parce que tout le monde tombe de sommeil. Cela peut bien durer une demi-heure, et cette demi-heure ainsi passée est tout ce qui reste de la vie de famille. Si le père est au cabaret, la mère pleure, et le fils se dit qu'il accompagnera son père dans un an. Il y a bien des exceptions : quels miracles ne ferait pas la tendresse d'une mère? Mais pour triompher* de circonstances pareilles, il ne faut pas moins que des miracles, ^^us parlions, il n'y a qu'un instant, de la dégénérescence physique des populations dans, les grands centres industriels ; elle est manifeste; les enfants sont petits, pâles, maigres, souvent contrefaits ; on a toutes les peines du monde à parfaire les contingents; tout le monde a remarqué, comme nous et avant nous, que quand les jeunes gens sortent de tirer à la conscription, on les prendrait pour des écoliers de quatorze ans sortant de l'école : cela fait, en vérité, mal à voir ; et pourtant, ce sont les survivants, les mieux trempés ; la mortalité exceptionnelle qui les frappe ne s'arrête pas à un an. Les causes de dépérissement sont nombreuses : l'a-

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bandon du petit enfant, le vagabondage des premières années, le manque de soins, la claustration, dès Tàge de huit ans, pendant huit heures ou dix heures par jour^ l'absence de jeu et de soleil, quelquefois des vices précoces, trop souvent la mauvaise santé du père, des maladies causées par l'ivrognerie et la débauche : ne faut- il pas aussi compter les causes morales? et la dégradation physique produite par la dégradation morale? Nous faisons tout ce que nous pouvons pour compter la morale pour rien. Nous ne voulons confesser que ce qui se voit et se touche. Nous laissons aux femmes et aux romanciers à tenir compte du dedans. Et c'est par le dedans, fous que nous sommes, que nous vivons quand nous vivons! Et c'est aussi par le dedans que ceux-là meurent ^

Quant aux maris, nous irons sur-le-champ à un fait heureusement rare, mais non impossible, que nous mentionnons parce qu'il y a à peine une ou deux villes industrielles où on ne le murmure pas à l'oreille : c'est l'absolue dépendance des femmes enrégimentées dans l'usine, dépendance qui, à moins de beaucoup d'honneur d'un côté et de beaucoup de probité de l'autre, les met à la merci .de leurs chefs. La violence est très-rare et presque impossible ; la séduction plus fréquente, sans l'être beaucoup. Le voisinage de filles de mau-

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vaise vie, ôu, en tout cas, de femmes vivant en ^tat de concubinage, est inévitable et déplo* rable. Cette dernière situation parait toute simple; ou la regarde tout au plus comme un malheur, et encore j seulement quahd elle est accompagnée de misère ou de mauvais traiteinents. La femme, pendant doUze heures par jour, ne reconnaît d'autre autorité que celle de son contre-maitre ; elle est, pendant le même temps, séparée de son mari; elle ne lui rend aucun service; il n*a pas occasion de la protéger; ils travaillent et gagnent chacun de leur côté. Ils ne mangent pas toujours ensemble, le mari étant souvent obligé de prendre ses repas au chantier. Il arrive même qu*étant absents tout le jour l'un et l'autre, ils prennent leur repas dans un ordinaire; quelquefois ils logent en garni. - | . ^ tt> V C'est la vie à l*américaine, sans intérieur et par

conséquent sans famille. L'homme et la femme, quand l'amour est parti, ne sont plus que deux associés qui mettent en commun leur salaire. Les hommes, qui sont plus libres, et qui, quelquefois, font des métiers fatigants, se trouvant mal chez . eux, dans des chambres froides et sales où personne ne les attire, vont au cabaret. S'ils en font une habitude, ils sont perdus, eux, leurs femmes' et leurs enfants, perdus corps et biens. La femme, obligée de travailler pour nourrir tout le monde,

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s*aKt^nuo, se fait inscrire au bureau de bienfaisance, dresse ses enfants à mendier et finit par tomber malade. Quant ad père, ce qui l*attend, c*est le renvoi pour mauvaise conduite, le deli^ Hum trémens, la prison ou Thôpital. beaucoup d*ouvriers, pensant qu*un jour ou l*autre leur femme leur sera à charge s'ils se marient, ne font qu*une union d'aventure, en se réservant le droit de partir quand Tassociàtion ne rapportera plus que des dégoûts et des dépenses. De là la diminution constatée des mariages. On sô marie à la parisienne, c*est l'expression consacrée pour dire qu'on ne se marié pas du tout. Il n*y a quelquefois dans cette conduite que de l'insouciance ; souvent c'est une sorte d'abandon prémédité et anticipé de la mère et de ses enfants. Hàtons-nous de dire que ces désordres sont l'exception, mais l'exception encore assez nombreuse .(La chambre de commerce de Paris signale, dans son enqiii putligfî..^n-lSSij une grande amélioration morale. Les cabarets sont moins fréquentés, les condamnations deviennent rares, les enfants et les adultes vont à l'école, le goût des livres et de l'étude se répand : grand mouvement, révolution importante qui honore profondément ceux qui ont commencé d'eux-mêmes à l'accomplir, ayant toutes les cir-? constances contre eux. Mais il ne faut pas juger de toute la France par Paris. La moitié peutrêtre

des ouvrières parisiennes travaillent chez elles, quoique plus de la moitié des ouvrières recensées soient en atelier; presque tous les ateliers parisiens de femmes sont de petits ateliex:Sxi Nos grands établissements à vapeur sont des fonderies, des cristalleries, des ateliers d'hommes. Nous n'avons pas de tissage, nous n'avons qu'un nombre insignifiant de filatures. Ce n'est pas à Paris qu^il faut étudier l'internement/ lé casernement des femmes. [Ce casernement est un malheur partout où il existe. Il détruit la famille, les mœurs. Il rend la population malheureuse. Il va directement contre le vœu manifeste de la nature .^

Cependant on emploie des femmes dans les manufactures, en Angleterre, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, partout où il y a des usines à vapeur. C'est comme la question des armées

permanentes. Tous les peuples pourraient désar-

mer s'ils désarmaient à la fois. Tant qu'un congrès n'aura pas décidé qu'on luttera désormais sans recourir aux femmes, il sera dangereux et difficile, surtout pour ceux qui ne tiennent pas le ' premier rang, de commencer^ L'Angleterre, en 1857, a réduit la journée des adultes à dix heures; notre limite, depuis seize ans, est douze heures; cela n'a pas arrêté nos voisins. C'est un bon exemple, mais en matière bien plus aisée à régler,

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