CONCLUSION
une aggravation <lu mal? — que les nourrissons frappés de cette mortalité exceptionnelle, arrivent en nourrice dans de mauvaises conditions de vitalité. La mère a travaillé pendant la grossesse, et jusqu'à -■■:) fji.-iivi'ancc : travaillé, comme les autres, du matin au soir. l' est la loi pour les filles-mores, et pour les femmes abandonnées, dont le nombre n'est pus mince. Celles qui peuvent s'arrêter à temps, préparer quelque lavette, s'aliter, sont les heureuses, les privilégiées. Elles repartiront, bien vite, pour l'usine après l'accouchement, au risque de ce qui peut en arriver ponr leur enfant et pour elles. On peut mesurer les conséquences pour l'enfant par ce seul fait que nous avons déjà cité : c'est qne M. Jean Dollfus a sauvé la vie à 13 enfants sur 100, rien qu'en donnant six semaines de repos à l'accouchée.
Mais sn;iii:tn'.;L:i: kiss.ins ces hornïihv détails, Le nourrisson a franchi cette année funèbre ; il est dans les sauvés, dans les vigoureux ; que devient-ilî L'n sauvage jusqu'à huit ans, si la mère retenue à l'atelier n'a près d'elle ni une crèche ni un asile. 11 ne faut pas s'étonner de l'espèce de défaveur que renconlrent dans beaucoup de contres industriels les lois qui interdisent aux enfants l'entrée des grands ateliers avant huit ans. A Paris, ou entend souvent les
304 l'ouvrier de m:n \ns
ouvriers demander que la loi aolt plus sévère, qu'elle étende la prohibition jusqu'à neuf ans, jusqu'à dix ans. C'est qu'à Paris il y a des écoles entièrement gratuites , des ouvroirs pour les filles, des asiles en nombre presque suffisant ; et que les ouvriers, dont l'esprit est toujours en mouvement, sont pU'ins île sollicitude pour l'enfance. Si nous ne demandons pas, comme eux, ou plutôt, si nous ne demandons pas dès à présent que l'âge d'admission soit reculé jusqu'à 9 ans, ou même jusqu'à 10 ans, c'est que nous comptons fermement que la limite du travail des adultes sera abaissée à 11 heures, au maximum, et cello des enfants au-dessous de 12 ans, à la moitié de la journée de l'adulte, soit 5 1/2 ou 0 heures au maximum. Dans ces conditions le travail, pourvu qu'il ne soit ni fatigant ni délétère, peut être supporté sans trop d'inconvénients 1 par de très-jeunes enfants, parce qu'il laisse un temps suffisant à l'étude et aux exercices du corps; il ne faut pas sans nécessité compromettre une réforma ;mssi urgente que celle de
I K.Jeto Dollui) seiprimo ilml tau un rippirt «lrcut ptr
miUnE fa demi-journije, irait il (iï lipuroi, le tFiiv&il itrai «ufanEi on t« nge, on !>™t. s»"» iitcmi voulut p..nr t» unlù, pfnueitra !t tnvail lit» l'ige it liait «H. ■
prendre patience-, nous irions dès aujourd'hui jusqu'à priver les familles irès-pauvres d'un supplément nécessaire, et nous le ferions en tout état (le cause, si le régime actuel, c'est-à-dire le travail de huit heure? souvent dépassé, devait 61 re maintenu. Rien ne pourrait, dans cette hypothèse, heureusement invraisemblable , empêcher les gens de cœur, les bons citoyens de demander
pas. L'enfance est devenue depuis ces dernières années l'objet de leurs préoccupations constantes: ils applaudissent sincèrement aui fondations d'écoles; ils commencent à insérer dans les slaiuls de leurs surinés coopérative-:
cet E ducat ional Department, qui fuit tant d'honneur aux ce-opérateurs anglais; quand ils réclament la diminution des heures do travail, ils ne manquent jamais d'insister sur les facilités
éloignées de Paris oii les ouvriers font moins de recette , où leurs femmes ne trouvent pas à s'occuper hors des usines, où les établissements de refuge pour les pei its enfants sont nuls ou insuffisants. Là, on ne songe guère à l'instruction;
on ne sait ce que c'est que ménager aux enfants un peu de liberté. La mère se plaint de la loi, et la frauiie si elle le peut; elle ne voit dans l'atelier que le salaire, l'abri et la surveillance. Nous ne saurions trop répéter que quand lu n-aviiil n'i'st pis iiiiinf'.liatniiifiîit fiitiijriiit et. ne produit qu'à la longue et par la continuité ses effets délétères, il n'est pas raisonnable de compter sur les familles pour l'empêcher ou le modérer. Elles voient le mal prosent : elles no voient pas le mal à venir; elles n'y croient pas, elles n'y veulent pas croire. Qui no connaît co mot fatal : un répit! C'est la source de la plupart de nos fautes, et des grandes et décisives comme des petites et journalières '.
Depuis la loi de 1841, c'est le fabricant qui est à l'amende pour un enfant accepté trop jeune 1 . Celte amende ne lui fait pas peur, parce qu'il sait que la loi est mal exécutée et la surveillance à pou près nulle. 11 prondra plus volontiers nn enfant de sept ans, qui lui parait fort et bien constitué, qu'un petit avorton do huit ans. Son intérêt est do ne pas diminuer le nombre îles concurrents. Très-souvent les usages de la profession donnent à l'ouvrier une sorte de toute- puissance
' Cf. .Iules Simon, Lt H-r,..r, .T ju.rlie, cti. ]", «piii'inc édiUon,
'■.■ONCI.USIUN
sur son apprenti; c'est lui rjui le choisit et le paye ; le patron ne le connaît même pas. La loi de 1811 n'a pas prévu ce cas, ot c'est un tort. Nous parlons là des patrons négligents, uniquement soucieuï de leurs intérêts et de mauvaise humeur contre la loi. Ils forment sans doute la minorité. Quand on les interroge sur l'âge, l'instruction et le sort, ile.s enfants, ils répondent en liaussantles épaules : - C'est l'.iflaire des ouvriers, des familles et des philantropea; la mienne est île livrer iï temps mes commandes, ot de tirer hon parti de mon matériel. -
Admettons que tout s'est passé comme il faut, et que l'enfant n'entre à l'atelier qu'après huit ans révolus. Il a montré son acte de naissance au c on Ire-mai tre, il est en règle aveu la loi; il viendra le lendemain attendre la cloche avec les autres et prendre, comme on dit gaiement, le collier de misère.
l'enfant errani et abandonné, ei tout à coup on l'enferme entre quatre murs et on lui fait voir qu'il n'est plus temps de rire et qu'il s'agit désormais d'être atteutifàla besogne. Il reste là silencicui, assourdi par le bruit des machines, entouré de grandes personnes, qui souvent ne sont ni très-tendres pour lui ni très-exemplaires; s'il y a d'autres enfants, il les aperçoit de loin, sans
pouvoir échanger un mot avec eux. La journée dure dix. heures ; la loi dit huit heures ; mais dans la pratique, presque partout, c'est dix. heures. Il recommence le lendemain, et le lendemain encore; les jours se suivent, semblables, monotones, et toujours le même fil à rattacher, le
faut s et voir seulement le snleil, s'il cherche un délassement, ce sera un détassement d'homme; ces mêmes plaisirs qui énervent et abrutissent les hommes faits, et qui pour des enfants sont doublements meurtriers. Dans ce* conditions, il vieillit et ne grandit pas; il s« fane sans mûrir. 11 est comme ces pauvres fleurs, nées d'une graine échappée à la main du jardinier, qui eclosent sur un terrain sauvage et végètent à l'ombre sans couleur, sans parfum et presque
ploité, cela dépond en partie de l'ouvrier, en partie du patron, il y a de bonnes et de mauvaises chances. Apprend-il au moins un état? Rarement. Quand on a, pendant huit ans, rattaché
des fila, on sait rattacher des fila et rien do plus. Il conduira pourtant li' ■;df-ir.ctinfj quand il eu aura la force, car il ne faut pas pour cela d'ap- |in;:it L=*f=i i.îrr- ; il ne. :':mt qu>' *]•• l'a: lr.ii.se t't !» coup d'œil. Ce n'est pas un mauvais état, ni trop fatigant, ni trop mal pajé, mais c'est un état qui (!■■[. i'ii.l alisnlumorii des chances de l'industrie. Point de ressources d:ms un chômage. Il faut se faire terrassier ou journalier. A défaut d'un état, apprend-il à lire? Cela importe encore plus pour lui que d'apprendre un état, car l'éducation est une force pour avancer et pour se défendre. Ici, nous ferons une distinction. La loi est observée, ou elle ne l'est pas. Si elle n'est pas observée, l'enfant est perdu. Il sera un ignorant toute sa vie, à la merci de qui voudra le conduire et le tromper. Si la loi est observée, il va à l'école une heure parjour '; cela suffit, s'il a quelque facilité, une volonté énergique et un bon instituteur, pour qu'il possède à quinze ou seize ans une instruction primaire assez incomplète. Avouons que, dans la pratique , cette heure d'école, rédtii'i! ii trois quarts d*!ieur« par les Mouvements d'entrée et de sortie, ne fait pas de grands lettrés et de profonds savants de nos enfants de
fabriques. Ils arrivent fatigués et surtout ennuyés, ayant besoin il'- *<~- distraire et de ae détendre, fort mal préparés au silence et à l'attention. En général, ils donnent le mauvais exemple dans les classes. Les instituteurs gémissent de se voir envahis deux fois par jour par cette population moins facile à mener, moins avancée, qui trouble l'école et nuit au progrès général. C'est ainsi que l'intelligence est aussi maltraitée que le corps, et qu'on voit l'ignorance et les maladies se perpétuel" dans les ateliers. Nous aurons beau, tant que nous fermerons les yeux sur l'inexécution et l'inefficacité des lois sur le travail des enfants, ajouter des départements à notre territoire, nous tiendrons, par ces annexions, plus de place sur la carte, niais, de jour en jour, nous en tiendrons moin:: dans lo monde.
Faut-il compter uniquement, pour guérir cette plaie cruelle, sur le progrès des mœurs, l 'amélioration lies salaires, la création de sociétés coopératives? Tous ces moyens, qu'on ne nous offre pas du même cdté, peuvent être excellents, et le premier, sans contredit, est le roi des remèdes. S'il n'y avait plus de filles-mères, ni de femmes abandonnons, ni de pi res négligents, — et ajoutons : slil n'y avait plus de patrons égoïstes, — nous n'aurions, nous autres philosophes, qu'à nous reposer en paix et à nous donner le spectacle d'une société bien ordonnée, où les enfants seraient conduits par la main jusqu'à l'âge mùr, entourés de bons conseils et de bons exemples. Mais cette grande et souveraine amélioration, qui amènerait avec elle toutes les autres, et nous dispenserait presque de faire des lois, est au contraire, dans la pratique, la conséquence
suprême des bonnes luis, des bonnes inatitiftions et des efforts bien dirijié's. Vraiment, il ne suffit pas, pour réparer les micurs, de conseiller aux gens de se bien conduire. Les conseils et les serinons ne sont pas à dédaigner ; ils font peut-être çà et la quelque bien ; ils ne font pas toujours du mal, et dans tous les cas, ils ne font jamais un grand mal. Eh. I les sermons, s'il ne s'agissait que de cela, ne nous manquent pas. Nous en avons d'excellents toute l'année, et de magnifiques pendant l'Avent et le Carême. Les ministres protestants et les rabbins ont aussi leurs chaires fort bien remplies ; la philosophie officielle a les siennes à la Sorbonne. Les philosophes - qui se sont mêlés de politique - sont les seuls qui n'aient pas la parole. Il n'y a pas jusqu'aux romanciers et aux vaudevillistes qui, après avoir amplement décrit le demi-monde, ne conseillent aux demoiselles d'être honnêtes et aux ouvriers d'être laborieux, Malheureusement, les tirades philosophiques ne plaisent qu'aux lettrés et aux beaux esprits, et ne profitent qu'à leurs auteurs. Il n'en est pas de même des associations, qui sont efficaces partout où elles sont possibles, de l'amélioration des salaires, de la réforme des logements, des créations d'écoles, de cours d'adultes, de bibliothèques , d' orphéons, etc. Toutes ces institutions sont des
réformes morales sous l'apparence de réformes êconon tiques; elles améliorent les mœurs en transfori riant les conditions matérielles de la
il'hui jumr (•<•: < l'uniliitioiis titillé, ci nu p"iit dire, expérience, faite, qu'une seule association vaut mieux pour la morale que tous les discours du monde. Si c'était ici le lieu de recommencer l'apologie des associations', nous y prendrions un plaisir extrême, et peut-être nos lecteurs nous suivraient-ils avec intérêt dans ce voyage de découvertes à travers le monde de l'avenir; quant aux patrons, qui bâtissent des maisons, plautent des jardins, organisent des comptoirs do vente à prix do revient, ouvrent des asiles et des écoles, offrent spontanément aui femmes une heure de liberté chaque jour et à tous leurs collaborateurs une quote-part dans leurs bénéfices, il ne serait que justo de publier leurs noms et de les féliciter hautement de tout ce qu'ils font d'hnmain et de fraternel.
Mais la question est de savoir .si le progros, par de tels moyens, sera suffisamment rapide et généra! , si les patrons ne seront pas entravés par la concurrence, si nous avons le temps d'attendre, si pendant que nous faisons nos ré-
■ Ct, JnlM *imon, Le Tnrrail, 1- iHilion, p. 15J, iff .
314 I.'OUVBIEH DIS HULT ANS
formes avec de grandes difficultés et un grand zèle, la mort et la maladie s'arrêtent. Quant à noua, nous affirmons s;ins hésitation qu'il faat agir dès ce moment même et limiter par la loi le travail des enfants à la moitié dune journée d'ouvrier.
Nous avons affaire , on le pense bien , à deux sortes d'adversaires : ceux qui trouvent que nous ne faisons pas assez-, et ceux qui trouvent que nous faisous trop.
Les premiers sont les plus nombreux, parce qu'ils viennent de tous les points de l'horizon. 11 y a les communistes, qui veulent faire table rase; les sectaires, qui ont leur spécifique et ne veulent pas entendre parler d'une autre médication; les profonds philosophes, habitues à juger les choses de très-haut et qui ne sont pas gens à se contenter d'un article de loi , surtout quand il est modeste et ne menace pas le monde d'une révolution ; il y a aussi les habiles personnes qui, bien résolues d'avance à ne rien changer et à ne rien améliorer, affectent de trouver tout ce qu'on leur propose bien au-dessous do leur courage et de leurs visées. En retranchant de tout cela ce qui n'est qu'hypocrisie ou chimère, il reste une objection sérieuse : c'est que la misère des parents doit Être d'abord vaincue, parce qu'elle est le grand fléau et l'obstacle. Il est
vrai. Tant qn'on n'aura pas guéri ou amoindri cette lèpre, la loi sur le travail des enfants sera cruelle. Prenons donc uns meilleure voie, il ne s'agissait, que de s'entendre : détruisons d'abord le paupérisme , et nous nous occuperons ensuite de réformer la loi de 1841. Ce sont, en vérité, île belles découvertes. Les uns nous crient : Réformez les mœurs et ne vous occupez plus d'autres choses ; et les autres : Détruisez le paupérisme. Le paupérisme sera détruit un jour, nous l'espérons bien. Sera-ce demain? Dés demain, nous pouvons, par un seul article de loi , sauver la vie et la santé de quelques milliers d'enfants. Faut-il attendre ?
C'est se tromper, d'ailleurs, que de regarder la limitation nouvelle du travail des enfants comme une diminution de ressources pour les familles; tout le fardeau portera sur les fabricants. C'est l'avis formel de M. Jean Dollfus, qui ne rêve pas, et qui n'est pas homme à sacrifier les intérêts sérieux de l'industrie. Il pense que les patrons donneront pour sis heures de travail le pris qu'ils donnent aujourd'hui pour huit '. Comme il
ne s'agit que du salaire des enfants, le sacrifice ne sera pas excessif. On se demanda même si ce sera mi sacrifice. On ne doit pas regarder seulement au prix, mais au travail. Si le fabricant obtient un peu plus de travail en payant un peu plus cher, où est ha pertoî N'oublions pas que dans plusieurs centres industriels où le nombre d'heure a de travail a été réduit, môme pour les hommes, les ouvriers , quoique travaillant une heure de moins, font la même quantité d'ouvrage 1 , ii dcmi-journee. • M. Jean Dollfus. Bapfnri nu ndiHln lî'i Irma»
' I On peut, pour lu tiluigp. m M IravuiLlunt rpe 0024 heures pot jour, oli>uir nu hi.iliis [iinib]il .k- ii-m-nil . et pnrfoii plui su-
ies articles les pliu ftliriquéi sunl Ira orgnndil et lu perodes,
■ Dans Jes premières qiii<ir.ainea qui ont luivi 1g. réduction du tnvail, la, production n été on pen moindre qn'avtot; mais p*u à peu le produit obtenu en 11 lieurel s éti mai cnuMdOralilo i|u'pti
t aiuilmslible Hiri]il..yi : pi^jr !u muieiu- n'a t^is
pour la chauflïge des ateliers, et surtout pour l'écliurBKe. . [.esav.miir.ei obtenus aiee lu red action Jo travail nui
fO.STLl'SION
C'est qa'il y n une grande différence entre un homme fatigué et surmené, et un homme dispos. La même épreuve qu'on a faite tout récemment pour la durée du travail avait été déjà faite avec le même succès, pour l'alimentation du travailleur. Ce qui est vrai de l'homme fait l'est aussi de l'enfant, qui a plus besoin rie réparation. Donc, premier résultait : nous ne demandons rien aux familles; second résultat : la perte des fabricants, si tant est qu'elle existe, , est largement compensée. Que reste-t-il? Deuxlieurcsdo liberté par jour pour les enfants. C'est peut-Être la vie physique et la vie intellectuelle qu'on leur donne du même coup. Ce résultai n<> parait ni médiocre, ni trop chèrement acheté.
Mais venons aux amis de la liberté, qui so rebellent toujours à l'annonce d'une T'é^lementatioTl nouvelle. Ceux-ci ne font qu'exagérer un bon principe. Disons-leur d'abord que ii' m- demandons bien peu de chose : appliquer et terminer une loi qui existe. La loi même a prévu qu'on l'achèverait. Elle n'était qu'un commencement, elle l'avoue, elle le déclare, elle le proclame. - Des règlements d'administration publique pourront étendre à des
UMulilia; ils sont snssi priKiMiil.'î mu l.ibrk'ants qu'ans ouvrier», • l ils «l.jivi-ïif ïi.,<]F. .:n;rriL^ r :*.IL- :'i . nlr.T du»* r.'tre limite volt. ' flajijior/ prttrnti <i Jn S " i'.'r l.i.ifiVr. rf, stvllvivie, pat M. Jean Uollfus, dam la ataice du 31 octobre 1966.
318 l'ouvrikb du huit ans
manufactures, usines ou ateliers autres, que ceux r)ui sont mentionnas dans l'article 1", l'application des dispositions tin la présente loi; élever le minimum de l'âge et réduire la durée du travail déterminés dans les articles 2 et 3, à l'égard des genres d'industrie où le labeur des enfants excéderait leur force et compromettrait leur santé ; déterminer les fabriques où, pour cause de danger ou d'insalubrité, les enfants au-dessous de seize ans ne pourront point être employés ; interdire aux enfants, dans les ateliers où ils sont admis, certains geures de travaux dangereux ou nuisibles - On le voit, la loi est toute faite. Le législateur de 1841 confie avec raison l'achèvera en t de sa tâche au conseil d'État, parce qu'il sent que, le principe étant posé, il ne s'agit plus que d'en développer les coiiséijueuces.
Ainsi la loi de 1841 et celle de 1851 ont établi le droit de la société à s'occuper du recrutement de la société ; son droit à protéger le droit, en
îles faildes. Quand on vient aujourd'hui nous dire que le droit de travailler est absolu et ne peut être restreint par le pouvoir social ; que c'est aux pères qu'il appartient de stipuler pour les enfants; que l'État doit s'en reposer sur eux, et qu'eu iuterve-
' Loi Ju2amjri 1841, art. 1.
nant il blesse le principe sacré de l'autorité paternelle, c"estcomme si on nous demandait d'abroger les lois de 1841 et de 1851, consacrées à la l'ois par la saine raison, et par une longue et décisive expérience. Voici re que l^s l/pislaiPurs de 1S41 ont répondit par avance à ces prétendus libéraux : l'introduction des enfants dans les usines est un fait nouveau, qui n'intéresse pas seulement l'industrie, mais la patrie. Les familles trouvent dans les fabriques le moyen de transformer une charge en source de revenu : l'enfant, qu'elles nourrissaient, les aourrit : à quelle condition? A condition, si son travail n'est pas réglementé et contenu dans de justes bornes, de devenir plus tard incapable de se suffire à lui-même. Ce que la famille ne voit pas, l'État doit le voir, dans l'iïitéi'i'îi tlii la fmiiillf i'i ib.ns 1« sii;n ; joh dn>!t naît à l'heure précise, a la minute où le père manque de lumières ou de vertu.
Ce n'est pas même en 1841 que l'Etat a tenu pour la première fois ce langage. Le jour où dans le Code pénal on a écrit des lois contre les marâtres et les pères barbares ', qu'a-t-on fait? Le jour ou on a permis aux tribunaux de priver de la tutelle un père incapable ou indigne s , qu'a-t-on fait! C'est abuser des mots que de parler du père
> Qid. p*Dil, nrt. 309, 319.
- Code Nap., art. COJe pénal, a». 335.
l'ouvrikh DB huit ans
absolu. Il n'y a pas de père absolu ; il n'y a d'alisolu que le droit abstrait. Ce qui fait la légitimité et la sainteté du pouvoir social, c'est précisément qu'il est établi pour représenter le droit. 11 est ou doit être la forci? du Droit, le Droit armé. Aucune voix ne s'esi élevée pour protester quand la société moderne, renversant le dogme inhumain de la loi romaine, a affirmé son droit de protéger la vie du fils cmilce la cnlère, la vengeance ou la cupidité du père , quand elle a soumis à la loi pénal» le père coupable de mauvais traitements envers son (ils. quand elle a pris le soin, qui devrait être bien superflu, île déclarer que les époux contractent entre eus, par le fait seul du mariage, l'obligation de nourrir, d'entretenir et d'élever leurs enfants 1 ; quand elle a rendu tout parent recevahle à provoquer l'interdiction de son parent', sans exclusion des
père contre le fils, mais l'indignation publique n'est jamais apaisé-; par la condamnation, même la plus sévère. Le temps n'est plus où le fils était la chose du père, où l'on professait la doctrine que la société doit se bouclier les oreilles pour
-Art. 4'Jll, i enfuir i ■■.! iushi H-*]iiflnder pjur Leur* ] .r^!:l> i;:i . . - l'.'n i l . ."i[4 i
ter l'autorité paternelle jusque dans un pure dénaturé. Le pi're est déchu par son crime. Mémo l'imprévoyance poussée trop loin le dépouille de ses droit.'. Il n'aura pan l'autorité de père, relui qui n'a ni les entrailles ni la pi-mlcuce d'un père. Le père libertin dont la maison est une école de
qui est juste quand le père abuse par prodigalité
quand, par avarice, il abuse de leur vie? S'il y a une profession plus dure que la séquestration, plus meurtrière que la faim, comment soutenir que le père y peut condamner son enfant, lui qui ne peut ni le tuer, ni le blesser, ni le maltraiter? Et comment le patron qui emploierait son ouvrier de huit ans à un travail dangereux ou délétère, qui le retiendrait sans relâche à la fatigue, le jour, la nuit, jusqu'à extinction de forces naturelles, obtiendrait- il l'impunité sous cet étrange prétexte qu'il aurait acheté, par contrat, à un père le droit de tuer son fllsf Ou n'a pensé à cette dernière interdiction, à cette extrême conséquence, qu'en 1841, un demi-siècle après
le vote des articles 310 ci :'»:> du Code pénal ; maïs pourquoi? Parce qu'il fallait qu'un fait nouveau et immense vint démontrer la nécessité d'étendre l'action de la loi. La révolution de !a vapeur, qui date d'hier, a bouleversé à la fois le monde pbvjiiji.ie et le nieiide économique,
puissante, qui diminue dans de si lortes propor-
dition des famille-: cl ht puiitinn relative dus trois éléments qui les composent : le père, la mère et l'eniant, Quand la vapeur, poussée par la concurrence, et ne trouvant pas assez de bras ou ne pouvant plus les payer, a pris les femmes, qui coûtent moins cher, les femmes se sont données, et les hommes ont subi leur, concurrence. Quand les femmes n'ont pas suffi et tm'on a voulu les enfants, les parent* n'ont pas résisté. Qui ne le comprend ! Qui ne sait ce que pèsent la prudence et la peur des maux ù venir quand )c mal est pré' sent et cruel? Ils avaient faim; ils ont accepté une augmentation de recettes. Les enfants mêmes avaient faim; on les a livrés par tendresse. Prévoyaient-Us, les pères et les mères, les conséquences de cette exploitation hâtive ? En livrant ces forces naissantes, comprenaient-ils qu'ils les
livraient sans retour! Ignorance, besoin pressant, tendresse morne, ils ne manquent ni d'excuse, ni peut-être, dans certains cas, de justification. Il y a d'ailleurs les avides et les inhumains; il y a les enfants sans pères. La loi de 1841, devant uu danger nouveau et immense, a développé les lois antérieures. Elle le pouvait, et elle le devait. 15 lie est une mesure de salut public.
L'Etat, dans cette a/Taire, outre son droit de tutelle, a un droit propre . 11 doit se protéger luivivre et d'exijiiU' des citoyens ce qui est nécessaire il sa vie connue peuple. Il prend l'impôt ; il interdit de brûler les maisons habitées 1 , de détruire les semenees et les arbres fruitiers*; il s'attribue un haut domaine sur les Uouvos*, sur les mines 4 , sur les foré (s'' ; il met des restrictions au droit de chasser' 1 , de porter les armes 1 , de trafiquer*; il iuipn.e écriai ne> tout lions, sans accepterd'eicuse"; au besoin, il prend les hommes,
i An. 434 m . hOoiKfinù,
' Codd ptanl, «rt. 3U. Loi btU n.»i IBM. Ori.duMfivràr 1S37.
• Cod« ftael, M. 175 ,„. Cf. lui in 28 «ril 111)2. ■ Coit K«f„ art. 405, 41E, 413, 427.
324 l'ouvbibb us kott ass
et les oblige à donner leur rie pour arrêter la marche île l'ennemi. Comme il suspend l'action des lois ordinaires on temps de poste 1 , il la suspend aussi quand la race est menacée par cette peste de l'exploitation sans frein des jeunes générations. On se demande quelle serait sa destination et ce qui lui resterait de pouvoir s'il était désarmé dans de tels besoins.
Sans doute, ces principes sont dangereux :
libéraux pousses à l'excès vont à l'anarchie. Comment l'art de conduire l'humanité 'serait-il Simple, quand l'humanité ne l'est pas? Il y a le droit do la société d'un côté, le droit de l'individu de l'autre; ici l'autorité, là In liberté. La liberté est le but, mais l'autorité lui est nécessaire. Il faut savoir sacrifier un pen de la liberté, plus ou moins, selon les temps, pour consolider la liberté que l'on conserve. L'art du politique est de faire tout le sacritice iince.-saire et de n'eu point faire d'inutile. Ceux qui veulent la liberté sans limites ou lVuitorité sans frein ne sont point des politiques, ce sont des barbares. Ils no gouvernent' pas l'humanité, ils la mutilent. Politique est la même chose que mesure exacte. L'État doit faire seulement le bien, seulement le bien
1 Code Nap„ irt. sss. loi 3 mats la».
n éc essai re, et .seulement le bieii nécessaire qui ne serait pas fait sans lui. Le pouvoir sage n'est pas celui qui ne fait rien, car alors il n'est plus un pouvoir, ni celui qui fait trop, uni' alors il n'est plus légitime, mais celui qui fait à chaque moment tout ce qui est nécessaire, rien de plus, rien île moins, ci qui omploio t. .nies ses foiy.e^ ;'i préparer loa abdication '.
Ainsi le droit est certain et l'intérêt pressant.
définitif, que nous consultons les chambres de commerce et lis indus tri els sans donner suite à leurs vœux, que nous créons des collèges professionnels sans nous préoccuper do leur fournir une population vivante et intelligente en la recrutant parmi les enfants d'ouvriers, la Prusse, la Bavière reculent l'âge d 'admission dans les fabriques jusqu'à 9 ans; l'Autriche, la Sase, jusqu'à 10 ans; la Suéde, jusqu'à 12 ans. L'Angleterre établit la règle salutaire et vivifiante du demitemps. Dans quelques années, tons ces peuples
gnifiants par l'accroissement de leur population et les progrès du la santc publique. Que tardons-
m L'ouvniBB de huit ANS
nous à suivre lenr exemple» â sauver tant de milliers d'enfants qui périssent chaque année par l'absence de leurs mèresî à donner à ceux qui survivent un peu d'air et de soleil, des jeux, de la liberté, le temps de s'instruire; deux heures par jour pour être vraiment des enfants, et ae préparer à devenir des liommesî Oii est le temps où saint Vincent de Paul rassemblait quelques femmes et leur mettait dans les bras les enfanta trouvés? Aujourd'hui, c'est par milliers que les enfants sont abandonnés et décimés; c'est à la patrie de les recueillir. Que cette terre sacrée ne devienne pas stérile par notre faute! Nous qui parlons tant de progrès, qui aimons la patrie et l'avenir de la patrie, protégeons, sauvons l'enfance et la jeunesse! P reparu us à la France la glorieuse et puissante armée du travail! Donnons-lui des citoyens exercés et robustes, qui la rendent invincible chez elle, et la préservent du lié au des armées permanentes !