‹ L'ouvrier de huit ans Jules SimonChapitre 6 sur 21 · I.i&ulriwnongnrapéci · texte numérisé non relu

I.i&ulriwnongnrapéci

11 résulte de cette énumération que les femmes ennt principalement occupées dans le groupe du vêtement, dans celui des fils et tissus, et dans la cinquième partie du disième groupe (articles do Paris). Nous entrerons dans quelques détails sur ces trois divisions de l'industrie parisienne.

Le groupe du vêtement comprend vingt-sept industries. Voici celles où les femmes dominent:

Blanchisseurs de linge : hommes, 55; femmes, 8,787.

Bonneterie : hommes, 596; femmes, 2,721.

Casquettes : hommes, 119; femmes, l,2"il. Chapeaux de paille : hommes, 314; femmes,

Corsets : hommes 197 ; femmes, 1,990.

Coûte ri i'tus : hommes, 7; femmes, 5,7l'5.

Lingerie : hommes; 104; femmes, 5,100.

Chemiserie : hommes, 141 ; femmes, 1,480.

Modistes : hommes, 79 ; femmes, 2,745.

Nouveautés : hommes, 132; femmes, 2,413.

Nous mentionnerons dans le même groupe les tailleurs, qui emploient, 6,849 hommes et 3,383 femmes ; et les cordonniers, qui donnent de l'ouvrage â 12,098 hommes et 6,323 femmes.

Cette industrie du vêtement est évidemment celle qui occupe le plus grand nombre de femmes, puisque, sur 105,410 femmes recensées, elle en compte 47,477, près de la moitié. Or, presque

peuvent s' exerce:' :'i domicile. 1, 'enquête publiée en 1801 donne pour chaque profession le nombre d'ouvrières qui travaillent en atelier ou en chambre. 11 nous suffira île donner ces indication? pour les industries qui occupent le plus nombreux personnel. Nous ne parlerons pas du blanchissage de linge, qui comprend le repassage, parce qu'il ne peut se faire qu'en atelier. Sur 1,090 ouvrières en corsets, 97-1 travaillent ou chambre. Parmi les couseuses de gants, ■122 travaillent en atelier, 177 en chambre.

Presque toutes les couturières recensées travaillent en atelier, l'enquête en a compté 3,731, et seulement 239 travaillant en chambre; mais cela tient évidemment à la quantité dn petites ouvrières travaillant seules qui n'ont pu être recensées. En revanche, dans la lingerie, sur 0,106 ouvrières, 3,319 travaillent chez elles. Dans les nouveau.'.';** iwile.crionm>es, plus de la moitié, 1,429 sur 2. -113 travaillent en chambre. Parmi les femmes, einplovtk's par les (ailleurs, 2,481, sur 3,383, emportent leur ouvrage à domicile. Dans la cordonnerie, on compte 2,302 femmes travaillant en atelier.'!, et 4,021 travaillant en chambre. Il convient d'ailleurs de

cliiffres. D'abord l'enquête a tout vu dans les

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ateliers, elle a vu très-peu dans les familles. Les ouvrières à domicile qui out été recensées l'ont été sur la désignation des maîtres ou entrepreneurs; ainsi on a compté comme couturières les femmes qui font chez elles des robes pour les entrepreneuses da couture ; mais on n'avait aucun moyen d'arriver à celles qui, sans former un atelier, travaillent directement pour une ctientf:le boui'fremsi':. Ut>ii>.n'i}i:i>iis o'iior.' n'y a rien de constant dans le rapport du nombre des ouvrières en atelier à celui des ouvrières en chambre. C'est presque toujours le même travail qui se fait des deux façons, à la volonté des entrepreneuses ou d'après le désir des ouvrières. Les filles peuvent priit'érer le séjour des ateliers, où l'on se réunit, où l'on cause, où l'on épargne li!s frais de lumière et de chauffage, tandis que les femmes mariées demandent a travailler chez elles, surtout pendant qu'elles ont des enfants en bas ùge. Enfin, les ateliers dans ce genre d'industrie sont ordinairement des groupes de cinq à vingt personnes, travaillant ensemble sous les jeux de l'ontrepreneuse ; ils sont plus souvent de cinq que de vingt, et no ressemblent pas a ces immenses ateliers des usines, où tout est réglé aussi minutieusement que dans un couvent ou une caserne.

Dans le groupe des fils et tissus, où les femmes,

quoique beaucoup moins nombreuses que dans le groupe du vêtement, sont néanmoins plus employées que les hommes, nous nous bornerons à indiquer les professions les plus importantes. La p,is?(>ï]ii>i]ifrie oixnpe 3,188 ouvrières, dont la moitié environ fi/vld) travaillent en chambre, la broderie 1,630, l'effilochage 1,155, le dévidage de soie, laine, etc., 765- Enfin, dans l'article de Paris, les fleurs artificielles emploient 6,206 femmes, le cartonnage 1,245, les boutons en métal et en tissu 1,114, la bimbeloterie 796, les plumassiers 671. les éventail liste s 659, la fabrication des parapluies et ombrelles 631 . Sur les 6,260 fleuristes, on en compte seulement 1,043 qui travaillent chez elles. Dans presque tous les ateliers de femmes, sinon dans tous, la maîtresse est ellemême une ouvrière, et pourrait être comptée par conséquent parmi les ouvrières travaillant en chambre; ce qui dérangerait toutes les proportions précédentes.

Ces quelques mots suffisent pour qu'on se fasse une idée â peu près juste du nombre de métiers que les femmes peuvent exercer à domicile.

Parmi ces métiers, il y en a beaucoup de fatigants, ils le sont presque tous; mais ils ne sont pas immédiatement Misants, l' ne blanchisseuse ;\ la rivière fait un métier immédiatement fati-

gant; on en peut dire autant d'une repasseuse quand elle travaille debout. Mais la couture, la broderie, la dentelle, etc., ne deviennent des métiers fatigants qu'il la longue. Une couturière qui travaille seize heures par jour, et il n'y en a que trop, risque de devenir poitrinaire et aveugle ; une femme qui coud cinq ou six heures à bâtons rompus, employant le reste de son temps aux soins du ménage, fait un métier de femme, qui ne lui déplaît pas, et gagne sans fatigue un salaire modeste.

Le travail a domicile est toujours un travail à la pièce, et le travail à l'atelier est le plus souvent a la journée. Les ouvrières préfèrent lo travail à la journée quand elles le peuvent, parce que la plupart des ouvrages de femme n'étant pas de longue haleine (à l'exception de la dentelle, qui même se détaille souvent par coupon), il en résulte que le travail à la pièce est soumis à

donner de l'ouvrage Remporter à leurs ouvrières, parce quelles évitent ainsi les retards, surveillent l'exécution et n'ont pas h redouter l'inconvénient, assez sérieux pour la plupart des industries, de mains salies ou alourdies par le travail du ménage.

Parmi les industries qui conviennent ans femmes et qui pourraient ètr<! plus répandues, nous citerons lu acrri^airn des pierres précieuses, l'horlogerie et la gravure sur bois. Les deux premières industries peuvent s'exercer presque partout; la troisième est surtout parisienne, parce que c'est seulement il Paris que la gravure sur bois trouve îles déluHidu'.' assurés. Mais c'est un ouvrage agréable, fat i lu à quitter et à reprendre, qui n'ntcLipe pas de place, ne demande pas de forte, réussit surtout par la finesse du coup d'uil et de la main, et peut rapporter, sans habileté trop eiccptionnelle, des salaires

Les personnes qui , par esprit de justice pour les femmes elles-mêmes et pur préoccupation du sort des enfants, veulent s'efforcer de donner aux femmes un ouvrage sédentaire, feront bien de ne pas oublier : 1* que le travail eu atelier ne peut pas être interdit, qu'il n'y a pas lieu de recourir à la réglementation; que le travail eu atelier ne peut diminuer que si les avantages du travail à domicile deviennent équivalents; 3" quo le travail de ménagère proprement dit n'acquiert toute sa valeur matérielle que dans

de trois à s:

saute des pi

une maison convenablement disposée pour la vie lie famille. 11 y a donc, parmi beaucoup d'autres moyens d'atténuer les inconvénients du travail des femmes , deux remèdes principaux. : la réforme des logements et l'éducation pi'iifcs-inniielle.

L'instruction professionnelle, si nécessaire aux hommes, l'est évidemment beaucoup plus aux femmes. Depuis l'introduction des machines, le louage de la force humaine est tombe a rien, même pour les hommes. Il n'y a plus de bons salaires que pour la capacité, soit naturelle, soit acquise par l'apprentissage ou l'instruction professionnelle. Si cela est devenu vrai pour les hommes,- on peut dire que, pour les femmes, le louage de la force a toujours été presque nul. Il importe donc, et à elles, et a la société, qui a intérêt à ne rien laisser perdre, d'utiliser les facultés qu'elles ont reçues, comme l'agilité, la finesse, le goût, la patience. C'est un grand malheur quand elles sont obligées d'accepter des positions qui n'exigent pas d'apprentissage; c'est h peu prés comme 'si elles enfouissaient un capital. On peut citer pour exemple la décoration des porcelaines. En très-peu de temps, une jeune fllie apprend à dessiner tant bien que mal et à broyer des couleurs sur une palette. Quand ia famille a de grands besoins et ne peut pas at-

tendre, elle <">te la jeune fille de l'école de dessin au liout d'un an, et lui cherche chez les décorateurs de porcelaine de grossiers ouvrages, qui lui rapportent de 75 c. à 1 fr. .25 par jour. La m&me jeune fille , si elle avait attendu quelques années, aurait pu devenir une artiste et aurait gagné cinq ou six francs par jour, peutêtre plus. Règle générale : pour les hommes comme pour les femmes, il n'y a plus de Vins salaires qu'à la condition de capacité exceptionnelle. Non-seulement la capacité gagne davantage, mais elle est en général recherchée, au lieu d'avoir hesoin de s'offrir, avantage inappréciable pour les femmes. C'est donc pour elles qu'on devrait k>s preuiifTûs écoles professionnelles, d'abord parce qu'elles ont plus besoin d'en avoir, et ensuite parce que la morale a plus besoin qu'elles en aient. On ne saurait trop le répéter : il faut s'efforcer de développer les facultés particulières aux femmes. Il y a là une force considérable qui jusqu'ici n'a pas été mise en œuvre, au grand détriment des femmes, qui perdent ainsi une partie de leur valeur et de leur rang dans le grand atelier du monde, et au détriment de la société entière, qui n'a pas trop, pour se constituer dans un état régulier et normal, de toutes les ressources que la nature a mises à sa disposition. Nous ressemblons à l'équipage d'un navire

qui ne suffirait plus â la manœuvre et qui n'aurait pus l'idée de l'enseigner aux passagers. Il y a des besognes que nous faisons, auxquelles les femmes suffiraient, et que nous devons par conséquent leur abandonner, pour passer à d'autres plus pénibles. Il y eu a aussi qui se font mal, parce que nous n'avons ni la finesse de coup d'œil, ni l'agilité de doigts, ni l'assiduité nécessaires pour les mener à bien. Les femmes, n'ayant pas d« force, ne peuvent se sauver et en même temps se rendre utiles que par la capacité naturelle et acquise. Quand on les aura mises en état de gagner, par la gravure sur bois, par la préparation des organes d'horlogerie, par la décoration des porcelaines ou dans des emplois de comptables, des salaires élevés, croît-on qu'elles iront de gaieté de cœur se proposer dans les fabriques pour y gagner le même prix ou un prix inférieur, en subissant un exil de douze heures par jour? Une fois entrés dans cette voie, nous trouverons pour elles des occupations sédentaires peu fatigantes, lucratives ; c'est une recherche qui jusqu'ici n'a pas été faite avec le soin qu'elle mérite. La spéculation la fera dès qu'elle sera avertie; les moralistes peuvent compter sur elle.

Mais qu'on n'oublie jamais qu'il est un état qui, pour elles, est le premier da tous, celui

qu'elles aiment le mieux, qu'elles remplissent le jilus parfaitement, à leur plus grand avantage et à celui île tout le monde; c'est l'état de ménagère. C'est un état qui, comme tous les autres, a besoin d'apprentissage. Nous voyons que partout no s'en fie pour cela a leur instinct et aux exemples qu'elles reçoivent de leurs mères. Mais quelle erreur! il n'y en pas de plus dommageable. Une femme active et économe équivaut, dans une maison, à un véritable revenu, et cela est vrai d'une grande et riche maison comme d'une maison misérable. Ne voyons- nous pas que, dans les États, il est aussi utile de bien dépenser que de beaucoup recevoir? Ce sont deux opérations inséparables, et la richesse d'un Etat, celle <l'nn individu , résultent du rapport entre la recette et la dépense, non :ir la dépense ni de la recette. S'il y a des femmes actives et des indolentes, des femmes dont l'activité bien réglée est essentiellement productive et d'autres qui se fatiguent sans résultat, si certaines femmes ont le génie de l'achat et de la vente, de la disposition, de l'organisation, comment croire qu'il n'y a pas une culture à donner à ces dispositions, une chance de les produire là où elles ne paraissent pas et de les développer où elles se montrent? La manière de conduire une maison est fort différente en Angleterre, en Hollande,

en France; il y a donc un parti à prendre, une comparaison à faire, et par conséquent un enseignement a donner. Est-ce que les docteurs d'économie rurale négligeront d'indiquer comment le travail de la femme doit varier suivant les régions? Pourquoi ne cherche-t-on pas de ce cûtéî On met dans les écoles île tilles une maltresse de couture ; c'est bien heureux, car le nombre des femmes qui ne savent pas tenir une aiguille est encore très-grand; mais il ne suffit pas de raccommoder ou rneme de bâtir une robe, de couperunpantalon.il faut bien d'antres talents pour rendre la maison agréable et pour alléger le budget. Celui de faire, à peu de frais, une cuisine saine peut Être indiqué au premier rang, et il y en a bien d'autres. Tous les hommes ont intérêt i» avoir une femme ninpi élevée, et toutes les femmes y ont le même intérêt que les hommes.

C'est une quantité de honneur que nous laissons perdre faute d'un peu de soin, parce que la question ne parait digne ni des économistes ni des politiques. C'est anssi une partie de la richesse puhiiqne que nous laissons gaspiller. Tous les hommes devraient connaître les principes de l'ivonoiiiin politique, et toutes les femmes devraient connaître à fond les principes de l'économie domestique. L'ëcunnime domestique est une partie très-importante de l'économie politique.

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De même que les petites épargnes accumulées dans une banque font la plus gros de tous les trésors, il est difficile qu'un État dont toutes les maisons seraient bien adriiini-ti'i^ :m soi!. [ias dans une bonne position financière. Nous ne craignons pas de dire qu'on peut influer par ce côté sur la prospérité du budget, puisque nous croyons fermement qu'on peut influer même sur les mœurs . Nous ne connaissons pas de question plus grave et plus importante que celle-ci : bien organiser la maison. Nous venons de la discuter par sou et denier; mais ce n'est pas tant la finança que nous regardons, quoique nous en parlions sans cesse. Nous voudrions organiser la maison pour la faire aimer, et parce que nous pensons que, quand ou a une bonne mère et qu'on aime sa femme et ses enfants, on n'a plus rien à demander à Dieu ni aux hommes.

Quant a la réforme des logements, on ne saurait trop y insister, car c'est toujours de là qu'il faut partir quand on veut renouveler la vie de famille, et la renouveler sans sermons et sans patronage, par la force même des institutions '. Ceux qui veulent connaître la situation des ouvriers et des ouvrières, sans les avoir vus chez eux, ressemblent aux géographes qui ne connaissent

' Cf. Jnl» Simon, fOurttrv, qnatrirmo partis, cil. 4.

le monde que par des récita de voyage. C'est une vérité incontestable que, dans les villes indus-, trielles, beaucoup d'ouvriers sont plus mal logés que les condamnés à la réclusion. Il n'y a pas un préfet qui acceptât une prison où l'air et la lumière seraient mesurés d'une main aussi avare qne dans la plupart des maisons d'ouvriers. Cela tient à ce que l'usine ne se recrute pas dans la ville où on la fonde ; à peine est-elle bâtie et en activité que de très-loin on accourt lui demander un salaire. L'usine est là, avec ses ateliers ; mais au dehors il n'y a de place que pour l'ancienne population ; la nouvelle s'y installe comme elle peut, c'est-à-dire que trois ou quatre personnes prennent la place d'une seule. Cela même, le défaut d'air, est meurtrier ; maïs cela entraîne en même temps mille inconvénients ou plutôt mille malheurs, car le mot n'est pas trop fort. D'abord la malpropreté. Cette accumulation dans un étroit espace empêche de ranger, de balayer; il n'y a pas de place pour les meubles les plus nécessaires, pour les ustensiles. La promiscuité des seiea a des inconvénients d'un autre genre et beaucoup plus graves. Notez que nous pensons surtout aux enfants, et qu'ils vont grandir dans ce taudis, sans ait- respirahle, au milieu d'immondices et dans une situation & ne jamais comprendre plus tard ce que c'est que la décence. La

plupart du temps, l'enfant couche dans le même lit avec le père et la mère, ou pêle-mêle avec toute la famille, quand elle «st nomlireuse. Dès qu'il peut se traîner à quatre pattes, avant même de savoir marcher, il cherche la rue, et il a raison, elle lui vaut mieux: quelle ressourça! Cette chamhre qu'il fuit esi quelquefois on grenier ouvert à tous les vents, quelquefois une cave obscure, humilie, faite exprès pour ilonner des rhumatismes et des maladies de peau. Cette misère dit logement est une cause infaillible de misère d'une autre sorte; car les vêtements, si on en a de rechange, s'y pourrissent; les meubles y sont vermoulus; ou n'y peut conserver trois mois une paillasse. Il faut savoir cela, il faut oser le dire. 11 serait cruel de dnkigner les petits détails, qui sont de grandes souffrances. L'étroitessa du local excluant tout approvisionnement, il faut tout acheter au détail, le charbon, la chandelle, ce qui accroît les dépenses et devient une source de dettes, c'est-à-dire de ruine. Trop souvent, il est impossible de faire do feu, faute de cheminée ou parce que la cheminée est mauvaise : on achète dos aliments tout préparés, ou l'on va dîner hors de la chambre. Supposez une maladie contagieuse, aucune précaution n'est possible. Voilà sang doute un tableau lugubre. Tous les ouvriers ne sont pas ainsi logés. Les ouvriers d'élite, et il y on a,

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grâce h Dieu, beaucoup, arrivent a se donner un intérieur relativement confortable. Celui que nous venons du décrire eat-il une exception? Tant s'en faut, c'est le taudis qui est larègle et le logement passable qui est l'exception. Pour no pas voir que cette triste chambre est pour moitié dans le succès du cabaret, il faut n'avoir jamais su ce que c'est que le besoin de repos et de distraction après douze heures de fatigue. Or, le cabaret, c'est d'abord la mine matérielle, c'est ensuite la maladie pour le père, et quelle maladie ! Non pas un de ces maux, d'aventure, dont le malade souffre seul; non, non, cette uialadielà entre dans le sau;.', elle le corrompt; elle passe comme une mali-d<ctnu. du yërf au liis. !)<■* centaines de pauvres enfants ne reçoivent qu'on sang iirié dans leurs \eines, M^iue l'aisance, même les soins assidus, ne les rendraient ai marcs ni robustes, lit quel spec!n'"If pour eux. quand ils iU)mnionvent à penser! I n père absent ou ivre, une mère apaisée, des haillons sordide*, un logis crasseux et ignoble; au dehors, des richi»! qui passent... Si la mère à son tour se donne a la débauche, elle le fait, il le faut bien, sous les yeux de son enfant. Supposons-la aimante, dévoué*, fidèle, une vraie mère: que fera-t-elle? C'est cellelà qui, pour nourrir les siens, s'emprisonnera douze heures par jour dans un atelier et livrera

ses enfants à l'abandon. Que ferait-elle dans cette chambre? Viendrait-elle seulement à bout de la laver et de la ranger! Verrait-elle, près de cette lucarne, l'aiguille qu'elle tient au bout de son doigt? Il ne servira de rien d'apporter un pain sur cette planche, do donner quelques linges, une chaussure, de» soins dans une maladie. Ce qu'il faut, c'est une maison habitable , la cellule d'un prisonnier, pas davantage, avec une fenêtre ouverte, pour que le soleil entre par là. Il faut que la mère puisse acheter un berceau et trouve à le placer ; il faut qu'elle accoutume les yeux de son enfant à se reposer sur des murs bien propres ; qu'elle colle sur la muraille une pauvre estampe; qu'elle mette sur la fenêtre un pot de fleurs; qu'il y ait au moins une bonne chaise, pour que le père puisse s'y asseoir, quand il revient à la nuit, et prendre l'enfant sur ses genoux. S'il y a de plus, dans quelque coin, un bon livre, doux et cher compagnon de la veillée, qui donne de l'instruction et inspire de saines pensées, voilà un intérieur pour se reposer de la fatigue et pour sentir les plus doux, et les plus nobles plaisirs dont le cœur de l'homme soit capable. Voilà, pour les petits êtres qui s'élèvent, une atmosphère saine et vitale; de l'air, un peu de comfort, de la bonne humeur, de chaudes amitiés, une provision de bonnes leçons et de joyeux sou-

\enirs; voilà, enfin, la plus grande, la plus noble, la plus sainte, la plus nécessaire des institutions, voilà la famille ! Mais n'oublions pas que le seul moyen de la faire renaître, c'est d'abord de lui faire son nid.

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