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goût du travail. Oh! le travail! personne n’en est dispensé ici-bas, ni riches ni pauvres, ni grands ni petits, personne, pas même le Pape. Et rester les mains croisées, serait-ce là une conduite chrétienne? Non, il faut que chacun travaille et empêche par là le mauvais esprit de pénétrer dans la famille, puis dans la société, qui est l’ensemble des familles. La volonté religieuse et le travail permanent repoussent le démon et empéchent le mal. Qu'il en soit ainsi pour vous, mes chers enfants, »
La religion seule, avons-nous dit, est capable de porter remède an mal de la société ouvrière qui provient des kermesses trop fréquentes cet trop prolongées, des chômages excessifs; et ce remède consiste dans l’amour du travail et l'observation du dimanche. Nous avons parlé du premicr de ces remèdes ; nous allons exposer le second.
Ce paragraphe ne regarde pas seulement les ouvriers, il concerne aussi les patrons, les maîtres, les pères de famille, et, en général, tout homme chargé de travailler ou de faire travailler les autres, ou d’exercer quelque influence sur les travailleurs. Les maitres et les patrons sont souvent plus coupables que les ouvriers.
L'observation du dimanche renferme deux préceptes : la cessation du travail et l’assistance à la messe, ou la loi du repos et la loi du culte.
L'une et l’autre sont des lois moralisatrices : le repos dominical et le culte chrétien arrachent l’homme à la matière, élèvent l'ouvrier au-dessus de lui-même. Que les peuples observent cette double loi, et les ouvriers seront paisibles et consciencieux, ils travailleront toute la semaine, sans chômer un autre jour que celui du dimanche.
Voyons d'abord la différence qu'il y a, relativement à la conduite ct au bonheur, entre l’ouvrier qui observe le dimanche et celui qui ne l’observe pas.
« L'ouvrier qui travaille le dimanche cherche à se persuader et à faire croire qu’il gagne plus que l’ouvrier chrétien. Des philosophes de journaux ou d’estaminets le lui ont dit, et il a été convaineu ; car l’esprit de l'homme a, quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse, besoin d'autorité et de certitude, cet celui qui ne croit pas à l'infuillibilité du Pape, croit invariablement à l'infaillibilité du Siècle, ou de toute autre feuille aussi
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inspirée. Nous nous sommes permis d’ébranler cette foi naïve autant qu'il nous a été donné de le faire.
» Nous avons montré l’ouvrier chrétien tel qu’il est, ardent et consciencieux au travail, sobre de jouissances superflues ou interdites, et venant verser dans la caisse du ménage la paie qu’il a reçue le samedi soir. Le lendemain est consacré à son Dieu et à sa famille, et c’est dans ces saintes occupations qu’il reprend les forces nécessaires pour la nouvelle semaine qui commence. Son salaire hebdomadaire n’a reçu aucune atteinte inutile ou funeste; une partie est mise de côté pour le paiement du loyer ; les dépenses nécessaires au ménage sont calculées, le reste doit aller à la caisse d'épargne. Les enfants ont été à l’école durant toute la semaine; le dimanche, leurs maitres ou leurs parents les mènent à la messe, ctla journée s'écoule ensuite gaie et calme, au milieu des joies et des affections de famille. La vigueur de l’âme, de l'esprit ct du corps a été retrempée, la mère a remercié Dieu d’avoir un mari qui ne rentre pas au logis en sortant du cabaret, un mari qui a le temps de l'aimer, de le lui dire et d’embrasser ses enfants, au lieu de se coucher mécontent, silencieux ct harassé. Ce père, cet époux s’est montré à l’église pieux et recueilli, dans le ménage joyeux et cordial ; il sent qu’il a rempli son devoir ; si des peines inséparables de la vie viennent inquiéter et tourmenter ces époux chrétiens, si l'avenir n'est pas souriant, ils confient ces épreuves à Dieu en allant dans sa maison le dimanche; ils n’envient pas et ne haïssent pas ; mais ils se consulent parce qu’ils ont appris, et le dimanche le leur rappelle, qu'il y a des larmes sur la terre, et que les joies sans mélange sont au ciel.
» En est-il de même chez la famille qui n’est pas chrétienne ? L’ouvricr qui travaille le dimanche dédaigne les saints, les fêtes de l’église, Nous avons dit les saints qu'il célèbre et les temples où il sacrifie. Le dimanche est pour lui comme les autres jours, rien nour son Dieu, rien pour sa famille, Il a reçu son salaire comme la veille; mais ce salaire sera-t-il pour la caisse d'épargne ? Non, sans doute ! nos sages modernes lui ont dit : Gagne, enrichis-toi ! Mais ils ont ajouté aussitôt : Jouis, dépense, convoite ! c’est pour cela que tu es sur la terre. {1 a bien compris la leçon. La femme et les enfants attendent l'époux et le père; le moment de payer le terme approche, et il n’y a rien dans le tiroir, On rentre tard, on n'en peut plus, et demain il faut être à l'ouvrage de bonne heure, ou bien on fera le lundi, et l’on aura bien le temps de causer, Ce soir done, on gronde, on brutaïise, on est pressé de dormir.
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Qu'est-ce que ces importuns, ces fainéants qui vous adressent la parole et voudraient en avoir une de vous ? Qu'ils se couchent et nous laissent tranquilles ! c’est bien le moment de penser au loyer; on n’a pas un sou; les temps sont si durs, le gouvernement opprime le pauvre peuple, les riches veulent affamer les prolétaires, c’est leur faute et celle des prêtres si le pain est cher ; il y a un monsieur en redingote qui vient de le démontrer jusqu’à l'évidence; et puis, pourquoi a-t-on épousé une femme qui n’a pas d'ordre et qui vous a donné des enfants qui mangent tout? Là-dessus on s'endort, si on le peut, et si l’on ne bat pas son prochain au lieu de prier son Dieu. Voilà la manière philosophique de sanctifier le dimanche par le travail.
» Mais cet homme a aussi ses chômages, car il en faut nécessairement au corps, quand l’âme et l'intelligence n'en réclament pas, S’il n'a pas fait le dimanche, il fait indispensablement le lundi; ce n’est que la répétition aggravée de ce que nous venons de décrire. Qu’y a-t-il là dedans pour Dieu, pour la famille, pour la caisse d'épargne, sinon des imprécations, de la démoralisation, des larmes, du désespoir, de la misère ? Jamais cet homme n'entre à l’église, excepté un jour dans l’année, le jour où les compagnons célèbrent la fête du saint patron. Hélas! ne vaudrait-il pas mieux peut-être qu’il s’en abstint tout à fait, plutôt que d’y aller dans cette seule circonstance ? Autrefois les fêtes de corporations étaicnt toutes empreintes du caractère chrétien ; aujourd'hui l'assistance à la messe n’est que le prélude de déplorables orgies. On voit bien, à l'attitude de ces malheureux dans le lieu saint, qu'ils ne sont pas habitués à le fréquenter; leur prière ne monte pas au ciel ; pas une pensée de Dieu ne vient illuminer leur âme, les cérémonies de l'Église passent devant eux sans qu'ils les comprennent et qu'ils en soient impressionnés ; ils sont impatients de se retrouver dans d’autres lieux, où les attend la mère des compagnons. Ils ne sortent que plus ardents pour les joies brutales de l'ivresse et de la débauche, La famille, c’est le compagnonnage; le serment de l'époux n'est rien en face du serment de compagnon.
» Voilà les ménages que nous a faits la violation du dimanche; en oubliant le chemin de l’église, on a oublié les leçons et les lois que nous apprenaient, durant le saint jour, la parole des ministres de Dieu ct le texte de la liturgie sacrée !, »
1 L'Observateur du dimanche, 1856
Il y a donc une grande différence, relativement à la conduite et au bonheur, entre l’ouvrier qui travaille le dimanche et celui qui ne travaille pas.
Cette différence ne peut provenir que des principes religieux et des pratiques religieuses.
En effet, la religion seule dit à l’ouvrier qu’en observant le dimanche il imite le Créateur du ciel et de la terre ; que le septième jour n’est pas le jour de l’homme, mais le jour du Seigneur ; que le dimanche ne doit pas être un jour de travail, de dépenses, de péchés, mais un jour de repos et de culte, de reconnaissance pour la protection reçue et de supplication pour le secours à recevoir, de douces joies de famiile. L'ouvrier chrétien sait que Dieu récompense et bénit celui qui observe le jour que le Seigneur s’est réservé.
Pour le chrétien, disaït, dans un de ses mandements, Mgr. Bracq, évêque de Gand, « le dimanche est le jour du Seigneur, jour de repos et de sainteté, mais aussi de joie inrocente. On le voit marcher vers l'église entouré de ses enfants; il y adore son F eu avec ce profond respect dont nous trouvons le modèle dansle saint ; atriarche Abraham ; il lui présente des actions de grâces pour ses bienfaits ineffables ; il lui demande plein pardon des fautes commises, et de nouveaux bienfaits dans l’ordre naturel, de nouvelles grâces pour l'âme. Il écoute avec une sainte avidité le sermon de son pasteur, cette nourriture spirituelle destinée à entretenir la vie de l’âme durant toute la semaine, On le voit encore retourner à la maison du Seigneur dans l'après-midi, pour assister aux vêpres et au salut avec toute sa famille, Le reste du jour se passe dans une douce allégresse. Ce père chrétien, goûtant son bonheur, peut s’asséoir dans une bonne et douce paix, d’après la touchante expression du prophète Isaïe, dans ses tentes dressées par la confiance, dans le repos et l'abondance ‘. Honoré partout et parfaitement honorable, même dans sa médiocrité, il parle avec ses amis de ce qui intéresse la commune et la patrie, de bonis terræ; c'est ainsi que le livre des Machabées explique le bonheur des Israélites sous le règne de Simon ?. »
Ces mêmes pensées sont parfaitement rendues dans cette belle poésie qui a paru dans la Presse ouvrière.
! Isai., XXXII, 18, — 2 Muc., XIV, 9.
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