CHAPITRE III
Constatons d'abord un fait très-important à l'honneur de l'industrie lyonnaise, c'est que l'ouvraison est payée à tant le mètre, sans aucune différence pour les hommes et pour les femmes. Il n'en résulte pas que la moyenne du salaire soit la même pour les deux sexes, car si la moyenne pour un homme s'élève, par exemple, à 2 francs 50 centimes, elle n'atteint pas 1 franc 75 centimes pour une femme. La raison en est toute simple : il faut plus d'adresse et d'agilité que de force pour conduire un métier ordinaire ; mais il faut plus de force que n'en possède ordinairement une femme pour faire mouvoir les métiers qui tissent des pièces de grandes largeurs, ou les métiers pour velours et certaines étoffes façonnées. Quelques femmes tissent des velours; on en citait une dernièrement qui, grâce à une vigueur exceptionnelle et en travaillant quatorze heures par jour, gagnait des journées égales à celles du meilleur ouvrier. La pauvre fille
avait une jeune sœur aveugle à pourvoir; elle est morte à la peine dans la fleur de l'&ge, et sans avoir pu réaliser entièrement la pensée pour laquelle elle donnait sa vie. La charité, si active à Lyon, a sur^e-champ adopté la sœur orpheline. Plusieurs femmes, chargées de famille et trouvant dans leur cœur la source d'an courage in^îsable, compensent ainsi par leur activité ce qui leur manque de force, ^ arrivent à égal^ la journée des hommes en travaillant plus longtemps. Ce sont là de rares exceptions. Il ne £aut pas souhaiter qu'elles ae multiplient, puisque ces excès de travail sont infaiHihlement funestes à la santé des ouvrières. Le salaire des femmes reste donc inférieur à celui des hommes; mais elles reçoivent ce qu'elles ont réellement gagné, le fabricant acquitte ce qu'il croit être le juste prix du service regu : ce n'est pas de lui que les femmes peuvent se plaindre, mais seulement de la nature, qui leur a refusé des forces égales aux nôtres.
On voit que le principe d'après lequel la rémunération est répartie dans la fabrique lyonnaise est le principe libéral, celui qui dit : « A chacun suivant ses œuvres^ > Si Ton cherchait bien, on reconnaîtrait que ce principe est le fondement du droit de propriété. Aussi quelques écoles socialistes lui ont-elles opposé un principe tout différent» et dont on sait la formule : < A chacun suivant ses
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besoins! » Gomme le droit de propriété sort du premier de ces denx principes, le droit au trayail sort du second. Le premier principe mesure la rêtilbution sur le serrice, parce qu'il reconnaît le droit de celui qui paye, et le second mesure la rëtributioQ tmr les besoins du travailleur, parce qu^il ne reco&natt de droits qu'à celui qui est payé. Or^ quoique cette sorte de socialisme soit chassée de nos institutions, de nos lois et de nos usages, elle envahit scRimoisement le domaine de Findustrie. Ce sont les ' manufeictures qui la ramènent de tous côtés, malgré la guerre théorique que leurs chefs lui ont faite et lui feraient certainement encore. Le socialisme égalitaire réclamait pour l'ouvrier incapable ou fainéant un salaire qu'ail ne gagnait pas ; il attentait à la propriété; les manufacturiers qui payent un service moins qu'il ne vaut, parce que l'ouvrier qui le rend a peu de besoins ou beaucoup de résignation, attentent k la justice. A l'époque du grand développement des manufactures en Angleterre, les bras ayant été brusquement abandonnés pour la vapeur, et l'ouvrier ayant cessé par conséquent d'être luimême une force pour devenir le guide et le surveillant d'une force mécanique, on remplaça partout les hommes par des femmes, qui rendaient le même service, et qui, dépensant moins, se contentaient d'un moindre salaire. On vit les hommes, inoccupés, inutiles, garder la maison et les enfants»
tandis que les femmes vivaient à Tatelier, et, prenant le rôle de Thomme, en prenaient jusqu'à un certain point les habitudes. Bientôt les fabricants cessèrent de mesurer la rétribution sur les besoins (il n'y a plus de règle en dehors de la règle), et comme les femmes n'ont ni l'esprit de résistance qui anime les hommes, ni la force nécessaire pour se faire rendre justice, on poussa aux derniers excès la réduction des salaires. U y eut même des ateliers où Ton rechercha de préférence les femmes qui avaient des enfants à leur charge,' parce que dans leur désir de donner du pain à leur famille, elles ne reculaient devant aucun travail, et acceptaient avec empressement des prolongations de journée qui dévoraient en peu de temps leurs forces et leur vie. Quand les machines devinrent de plus en plus puissantes et la surveillance de plus en plus facile, Tardeur du gain, aiguillonnée par la concurrence, remplaça la femme par l'enfant, détruisant ainsi les adultes par le chômage et les enfants parla fatigue. De tels résultats méritent d'être pesés par les partisans du droit au travail ; on peut dire que c'est leur arme qui se retourne contre eux. C'est pour avoir voulu entamer le capital au nom du besoin qu'ils voient le capital rejeter les hommes, épuiser et rançonner les femmes et les enfants. C'est donc un grand titre d'honneur pour la fabrique lyonnaise d'être constamment restée dans le
vrai, et d^avoir toujours payé le service rendu sans acception des personnes . ,
La maîtresse d'atelier est rémunérée, de même . que son mari, au prorata de l'étoffe qu'elle a tissée. ' Si Ton ne regardait que ces ouvrières privilégiées, on pourrait dire que la fabrique de Lyon a résolu le problème de traiter équitablement les femmes. Une maltresse d'atelier, n'ayant pas le loyer de son métier à payer, peut, sans trop de fatigue, gagner 4 francs dans sa journée. Sur ces 4 francs, il faut défalquer un quart pour les frais, ce qui porte encore la journée à 3 francs, et comme le ménage, outre le salaire du mari et de la femme, opère un prélèvement sur la journée de chaque compagnon, le bénéfice s'élève en moyenne à 5 ou 7 francs pour la femme, à 6 ou 8 pour le mari. Il ne faut pas oublier toutefois que les crises de l'industrie se traduisent immédiatement pour le chef d'atelier en ruine complète; qu'il dépend, pour avoir de l'ouvrage, de la bonne volonté du fabricant et de ses commis, et que, même en supposant toutes les chances propices, il subit une interruption forcée de travail chaque fois qu'une pièce est finie et qu'il faut en disposer une autre sur le métier. Les fabricants qui favorisent un mattre tisseur, lui donnent des pièces à longue chaîne, ou dont l'ourdissage se fait avec rapidité, afin de lui épargner des pertes de temps. Malgré ces inconvénients, on peut dire
as FABRIQUES DB SOIE.
qu'ane oavriëre placée à la tète d'un atdier reçmt pour ses peines un salaire conyenable.
Elle exerce d'ailleurs son industrie dans des conditions excellentes. Sauf l'obligation de rendre l'étoffe k des époques déterminées, ce qui même n'a pas toujours lieu, elle est affrandûe de toute surveillance. Elle travaille chez elle, à c6t6 de son mari ; elle peut avoir ses enfants sous la main, et reste maîtresse de partager son temps au mieux de ses intérêts entre les soins du ménage et son travail industriel. Sa santé, sa moralité, son bonheur domestique, ne sont pas menacés par sa profession. Un point qu'il faut seulement indiquer dans les habitudes de la place peut donner lieu à des inquiétudes. L'usage de Lyon veut que la femme du mattre serve d'intermédiaire entre son mari et les fabricants. Ce n'est pas le mari qui va chercher l'ouvrage à faire ou rapporter l'ouvrage fait, c'est la femme. Une fois la pièce achevée, enlevée du cylindre, proprement pliée, la maîtresse met son plus beau bonnet, sa' meilleure robe et s'en va affronter lés reproches ou recevoir les compliments du patron qui l'emploie. Ouand la femme est jolie et que le patron ou ses commis sont jeunes, il peut assurément en résulter des abus au f)oint de vue des mœurs. Beaucoup de plaintes se sont élevées à ce sujet, il y a eu de grandes exagérations. La plupart des négociants sont des hommes sérieux.
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incapables de profiter de leur position pour porter le trouble dans un ménage qui dépend entièrement d'eux. Les maîtresses tisseuses» de leur côté, sont presque toutes des personnes sensées et réservées, fières ajuste titre de conduire un atelier et de gagner leur Yie par le traiail. Quand on les interroge sur les relations établies entre elles et les fabricants, loin de s'en plaindre elles en paraissent charmées. Est-ce seulement une petite vanité ? est-ce le plaisir de faire une course de temps à autre et un bout de toilette? £st«oe Tautorité que cette fonction leur assure dans le ménage 1 II y a un peu de tout cela, et tout cela ne vaut rien. C'est toujours une chose r^rettable pour le bon ordre de la famille que de donner à la f^mme une importance trop grande dans la conclusion des marchés, et par conséquent dans la direction des affaires communes. Pour peu qu'elle soit adroite et laborieuse, elle gagne autant que son mari par son travail personnel, et alors l'autorité du chef de famille n'a plus de raison d'ôtre. Il faut toujours souhaiter que les faits soient d'accord avec les institutions.
Quand on voit, le dimanche, toute la population des ateliers affluer dans les lieux de plaisir qui environnent la ville, il est assez difficile de distinguer la simple ouvrière de la maltresse. Toutes ces femmes ont le même goût pour la toilette, et la plus humble moulinière fait volontiers des sacrifices
pour être vêtue avec élégance. Cependant il y a un abtme entre la destinée de ces deux femmes, dont Tune a une famille et une position aisée et assurée, tandis que r&ùtre vit seule, réduite, quand elle ne chôme pas, au salaire insuffisant de la journée. Il est bien difficile d'établir la moyenne de ee salaire ; les écrivains les mieux renseignés n'y sont pas parvenus, et les commissaires chargés de faire des enquêtes au nom delà Chambre de commerce n'ont donné que des à peu prés. Si Ton interroge, sur les lieux, les patrons et les ouvriers, ils semblent incertains et hésitants. C'est qu'indépendamment des fluctuations de la place, mille circonstances peuvent modifier le gain de la journée. Il y a des étoffes qui rendent plus que d'autres ; il y en a dont le montage est lent, difficile, fréquemment renouvelé : source de pertes énormes^ car il faut payer la remetteuse et chômer pendant qu'elle travaille; il y a surtout des ouvrières appliquées et robustes, et d'autres qui se découragent facilement ou que leurs forces trahissent. La santé d'une ouvrière entre pour beaucoup dans la détermination de ses bénéfices, la volonté pour plus encore, car une volonté énergique tire parti d'un corps malade et d'une force épuisée. Les supputations les plus favo* râbles ne permettent pas d'évaluer, en moyenne, la journée d'une tisseuse à plus de 1 franc 50 centimes. Portons, pour mettre tout au mieux, la moyenne
des salaires à 1 franc 75 centimes par jour, ce qui donnerait 525 francs par an pour trois cents jours de travail. Avec 1 franc 75 centimes par jour, chifire exagéré évidemment, on peut vivre, mais on vit très-mal. Si Ton ne prélève sur le revenu de Tannée que 72 francs (20 centimes par jour) pour le logement, ce logement sera un taudis. Si Ton ne met pas plus de 150 francs pour le blanchissage, la chaussure et le vêtement, on supposera à Touvrière lyonnaise plus de retenue sur l'article de la toilette qu'elle n'en montre ordinairement; car avec cette dépense peut-être excessive pour un budget de 525 francs, elle ne pourra guère se procurer que le plus strict nécessaire Ml ne reste qu'environ 80 centimes par jour pour la nourriture, les dépenses imprévues et les frais professionnels, à la vérité presque insignifiants. Si nous avions pris 1 franc 50 centimes pour point de départ, le chiffre de la dépense journalière tombait à 55 centimes ! La plupart des tisseuses se nourrissent dans l'atelier avec la famille du maître ; cette combinaison, qui n'est pas toujours pratica^
1. On Terra dans la troisième partie un calcul qui n'évalue cette dépense qu'à lt5fr. 5U cent. ; mais pour l'abaisser à ce point, il a fallu pousser Téconomie jusqu'aux plus extrêmes limites. On doit remarquer, d'ailleurs, que les ouvrières lyonnaises sont obligées de sortir tous les jours pour aller travailler sur un métier de mattre^ et qu'il en résulte un accroissement de dépense pour les vêtements.
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ble» est de beaucoup la meilleure. Quoique lei feiU'mes soient nalureUement sobres, et qu'elles tmnt en général nmns besoin que les bommes d'une nourriture réparatrice, on doit songer que les tisseuses font un métier aasez fatigant, et que la force leur est nécessaire, ne fût-ce que pour gagner une bonne journée^ Être misérablement logée, pauTre-» ment vêtue, assez mal nourrie, et a?ec œla ^availler, au minimum, douze heures par jour, voilà quel est le sort matériel d'une ouvrière tisseuse, placée dans des conditions favorables de santé et de travail.
Cependant il faut bien le dire à présent, et on ne le dit pas sans avoir le cœur serré, les tisseuses sont des ouvrières privilégiées ; elles sont, après les maîtresses, l'aristocratie de la fabrique. Les ovalistes ou moulinières, qui travaillent constamment debout pendant treize heures, ne gagnent que 8 francs par semaine ; à certaines époques, leur salaire est tombé à 80 centimes par jour. En général elles se nourrissent chez les mattres, qui leur trempent une soupe le matin pour 5 centimes, et leur fournissent un plat à midi pour 25 centimes, le pain restant à leurs frais ainsi que le vin, si elles en boivent La soupe des ovalistes est passée en proverbe à Lyon. Cette nourriture insuffisante absorbe les deux tiers de leur salaire, si chèrement gagné. Les dévi^ deuseSj surtout les dévideuses de trames, ne sont pas
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dans des conditions meilleures. Elles trayaillent chez des maîtresses qui prélèvent la moitié de leur salaire, comme cela se pratique dans les ateliers de tissage. La jouniée, après ce prélèvement, flotte entre 1 firanc et I franc S5 centimes pour treize on qQat<H*ze heures de travail. On leur trempe la soupe deux fois par jour. Les divideuses d'organsin gagnent un peu plus, parce qu^elles travaillent pour les fabricants et non pour les chefs d'ateliers, et parce que l'organsin (la soie des chaînes) a en général plus de valeur que le âl de trame. Les eané* Hères, qui disposent la soie sur les canettes, ne gagnent que 1 franc pour des journées de douze heures* On leur trempe la soupe deux fois, comme aux dévideuses. Les ourdisseuses^ dont le salaire est aussi de 1 franc à I ft'anc 25 centimes par jour, sont nourries par les maîtres qui les emploient. Dans les bons ateliers, on a une ourdisseuse à l'année pour 100, 135 ou 150 fhincsiie gages. Gela est plus avantageux pour l'ouvrière, parce qu'elle est nourrie, blanchie et logée ; mais alors elle se charge des gros ouvrages de la maison, où elle est plutôt considérée comme servante que comme ouvrière. Les gages d'une domestique ordinaire dans une maison bourgeoise de Lyon sont plus élevés. Les metteuses en mains sont mieux traitées que les ourdisseuses : leur journée est de 2 francs au moins, et leurs gages^ quand on les prend à Tannée, sont de
200 à 350 francs. C'est qu'elles travaillent pour les fabricants» et qu'elles sont employées à un métier, où le vol 9 qu'on appelle le piquage d'once^ est assez facile. Leur besogne consiste à subdiviser un paquet d'un certain poids en portions plus petites, désignées sous les noms de mains^ pantines et flottes. (La pantine se compose de deux, trois ou quatre flottes, et il faut quatre pantines pour faire une * main.) Les {icettôe^, qui fabriquent les lices ou réseaux de longues mailles entre lesquelles passent les fils de la chaîne des étoffes, ont un état peu fatiganty mais qui ne donne pas de quoi vivre. Les liseuses^ qui font les cadres au moyen desquels on perce les cartons, gagnent quelquefois par jour jusqu'à 1 franc 75 centimes; elles sont sujettes à de fréquents chômages. Les tordeuseSy qui placent la nouvelle pièce sur le métier, peuvent en placer deux par jour, et gagnent pour chaque pièce 1 franc 50 centimes. Les remetteuses sont encore plus favorisées ; ce sont elles qui changent la disposition du métier, quand la nouvelle chaîne est formée de plus de fils que la précédente. On leur paye 5 centimes par portée, ce qui peut leur faire des journées de 4 francs, et même plus. Une bonne remetteuse est très-recherchée, parce que le tisseur a les bras croisés pendant qu'elle travaille, et qu'il a par conséquent intérêt à obtenir les services d'une remetteuse habile, et à l'avoir sous la main quand il en a
besoin. Gomme ces ouvrières passent leur vie à courir d'atelier en atelier, ce sont ordinairement des femmes d'un certain âge. On va les chercher chez elles, on les nourrit dans la maison où elles travaillent, et ordinairement on leur fait un petit régal. Le soir, on les reconduit en famille. Ce sont les fêtes de Tatelier.
Dans tous ces calculs, nous n'avons tenu aucun compte des trois fléaux qui rendent la position de l'ouvrier si précaire : le chômage, la maladie et la vieillesse. Même quand le commerce est florissant et la fabrique en pleine activité, l'ouvrier n'est jamais à l'abri du chômage. Il y a des corps d'état où il est en quelque sorte chronique. Les remetteuses, dont le salaire est très-élevé, chôment en général trois jours par semaine ; elles n'ont presque plus d'ouvrage dès que le commerce se ralentit. On comprend qu'il en soit de même des liseuses et de toutes les professions qui tiennent aux variations de la mode. Les tisseurs ont plus de fixité, sans pouvoir cependant être sûrs du lendemain. Tantôt, en arrivant à l'atelier, on apprend que le maître n'a pas de commande; tantôt c'est une pièce d'un nouveau dessin qu'il faut monter, et la remetteuse n'est pas prête. On perd un temps incalculabhe en courses dans les ateliers, si l'on est simple ouvrier, et chez les patrons, si l'on est maître. Les Anglais disent proverbialement que le temps c'est de l'argent; il
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faut changer cela pour les ouvriers : poar en, le temps est da pain. Pendant qu'une malheureuse femme va d'atelier en atelier, demandant du travail sans en trouver, l'henre du repas arrive bien vite. Gomment montera-t^IIe, les maiiK vides, ce long escalier au bout duquel Tatlencknt ses enfonls^ d^ exténués de privations I S'il y a un malaite dans le grenier, comment aunet-elle une dfx)gue cheE le pharmacien, un peu de viande pour foire un bouii* lon, une couverture pour remplacer le feu.
De temps en temps il survient dans les r^ons élevées du commerce une de ces crises que signalant tant de sinistres à la Bourse. Tout le monde est frappé, mais c'est dans Tindustrie surtout que le contre^coup est terrifole; Du jour au lendemain, les fabricants arrêtent leurs commandes. Aussit6t t(m& les ateliers se vident, la poussière les envahit, les métiers dégarnis ressemblent! des ruines lugubres. Le ménage du maître vit quelques jours sur ses épargnes ; Fargent épuisé, et il s'éputse bien vite, le pain manque absolument, car il n'y a pas de crédit possible si la crise menace d'être longue. Le loyer court cependant, comme l'impôt, pouf cet atelier désert; c'est ce qui précipite la catastrophe. On porte au mont-de-piété sa vaisselle, sa literie, ses vête* ments de chaque jour. L'ouvrier qui n'a rien, pas d'épargne, pas d'effets, est mis à Taumône d'un seul coup. Il devient mendiant avec un cœur courageux
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et des bras robustes. En 1836» on ramasse on oanw sur le quai de la Gbarilé, «xténiiè, presque morilxmd : < C'est de hoiMe que je meurs» » dtt'-il» pendant qu'on le p<Nrle à ThApitaL A Lyoii> le fléau frappe à la fois quatre-vingt mille âmes dans la ville et quatre^nngtdix mille dans la population rurale. La peste et la fiuBine ne sont rien auprès. La ville est effirayante et navrante te soir. Tout est éteint et morne dans les qtaurtierft laborieux. Les feomies se glissât comme des ombres> tendant la main pour que leurs enfants ne meurent pas^ «u cbamtant avec des suiglefe dans la veix» et le visage tourné vers lamu* raille de peur d'être reconnues^
En dâioi% de ces désastres qui accablent une population entière > ii y « des malbe«â% «i^tadiés à la nature humaine > mais tiont les €<»]eécpiences sont particulièrement terribles pour ceux qui ment du travail de leurs mains. La maladie n'est que la ma« ktéie pour le riche ; pour l'ouvrier^, elle est fatale-^ ment la ruine. Dès le premier jour qu'il passe sur le fit de douleur» la paye est su^rimée ; en même temps la dépense augmente. Il faut payer le méde* dn, le pharmacien. Hélas! il faudrait aussi avcHr de la propreté autour éa malade, donner de l'air à cette poitrine embr^ée. On a pour ressource l'hôpital > quand Thépilal ne manque pas de lits. On trouve là le tepeis, des sotes înte^gents» des re« mèdes; maSs rînqtiiétude torture ce torps brisé
autant que la maladie. Que devenir pendant la convalescence? Gomment retrouver un métier, des commandes? Si c'est une femme , une mère, où sont ses enfants pendant qu'elle est là gisante et impuissante?
Il y a aussi la vieillesse, longue et incurable maladie. On fait des calculs sur le salaire des ouvriers : 20 centimes pour le logement, 55 pour la nourri-^ ture; mais combien pour l'épargne? Si chaque jour, pendant la santé et la force, il n'a pas le courage de se retrancher le superflu et quelquefois de prendre sur le nécessaire, quand ses yeux ne voient plus, quand ses mains tremblent, il tombe à la merci des siens, ou, s'il n'a pas de famille, à la charge de la charité. Reconnaissons toutefois que l'industrie de la soie est une des plus salubres. Les ateliers sont propres et bien aérés. Le travail est fatigant, sans demander une grande dépense de force. Il n'engendre aucune maladie spéciale. La navette peut encore être lancée par les mains débiles d'un vieillard. Il arrive fréquemment qu'on est obligé de faire aux vieux parents une sorte de violence pour leur imposer l'oisiveté. Ils aiment leur profession ; cela est en quelque sorte dans le sang , c'est la vertu locale et l'une des causes de la supériorité de la fabrique lyonnaise. Ils ont, comme tous les Lyonnais, un sentiment profond de l'indépendance. Us se croient dégradés en devenant
inutiles. On ose à peine leur dire que leur tissu n'est plus assez égal et assez serré, et que le métier qu'ils occupent rapporterait davantage entre des mains plus jeunes et plus actives.
Jusqu'ici nous n'avons point parlé des enfants, des apprenties. Quelques-unes des professions que nous avons successivement passées en revue exigent à peine un apprentissage. Au contraire , on a vu que, pour arriver à être tisseuse, il fallait faire un apprentissage de quatre ans, c'est-à-dire donner son temps et son travail depuis l'âge de treize ans environ jusqu'à dix-sept ou dix-huit. Il y a peu de familles en état de suffire pendant quatre années à l'entretien et à la nourriture d'un enfant dont le travail est improductif. Le nombre de celles qui peuvent racheter deux ans d'apprentissage en payant 4 ou 500 francs est encore plus restreint. L'apprentissage proprement dit ne demande pas plus de six mois pour une fille intelligente et adroite , de sorte ' que le maître d*atelier profite seul pendant plus de trois ans du travail de la jeune ouvrière. Il est bien clair que, surtout dans les deux dernières années, elle gagne des journées presque complètes, et le prix élevé du rachat montre l'importance des bénéfices réalisés par le maître. Son intérêt est donc de contraindre l'apprentie à travailler énergiquement pendant toutes les heures qu'elle lui doit. L'usage fixe la journée à huit heures; mais très-souvent
l'apprentie la prolonge de deux heures, et même de quatre, malgré les prescriptioDS de la loi sur les contrats d'apprentissage, et le bénéfice de ce travail est partagé par moitié entre elle et le maître. Voilà donc une enfant de quatorze ans, à l'Age où la santé des jeunes filles demande tant de ménagements, livrée à un travail qui épuiserait les forces d*une grande personne, et jusqu'ici la société est désarmée devant un tel abus.
On sait combien on a eu de peine à introduire dans la législation des lois protectrices pour les enfants. En Angleterre, où les usines emploient un si formidable outillage, les manufacturiers ont intérêt à prolonger la durée de la journée pour tirer le plus grand parti possible de ces coûteuses machines ; ils résistent donc avec énergie à toute limitation des heures de travail. Le premier, sir Robert Peel eut plus d'un assaut & livrer avant d'emporter le bill de 1802, qui limitait le travail des apprentis à dou^e heures effectives, sur lesquelles devait être pris le temps de l'instruction élémentaire, et qui interdisait de les faire travailler entre neuf heures du soir et six heures du matin. Et comme le bill n'imposait ces restrictions qu'au travail des apprentis, et non au travail des enfants, les fabricants en furent quittes pour ne plus signer de contrats d'apprentissage : car, en Angleterre, la loi est toujours interprétée littéralement, et l'on aime mieux, en
toute occasion , périr par un texte que par Tarbîtraire. La loi protectrice de 1802 fut étendue, en 1819, à tous les enfants, apprentis ou non, au-dessous de seize ans. En 1825, trois heures furent retranchées au travail de chaque samedi. En 1833, sur la proposition de lord Ashley, on divisa les enfants en deux catégories : de 13 à 18 ans, ils travaillèrent 59 heures par semaine, soit U heures et demie par jour; de 8 à 13 ans, leur journée fut limitée à 8 heures. Enfin, le 15 mars 1844, sir Robert Peel, le ministre, fit réduire à 6 heures et demie le travail des enfants dans cette dernière classe. Un personnel salarié, créé par la loi de 1833 et composé de quatre inspecteurs généraux et de nombreux sous-inspecteurs, tient la main à l'exécution des règlements.
Il est digne de remarque que la France a encore plus de peine que TÂngleterre à s'accommoder du principe de la limitation du travail des enfants» En général, le citoyen est beaucoup plus passif de ce côté-ci du détroit; la centralisation, qui règne despotiquement sur nous depuis plusieurs siècles, nous a déshabitués de l'initiative, et l'on nous gouverne en une foule de choses que nos voisins n'abandonneraient pas à la tutelle de leur gouvernement. En revanche, les Anglais, qui ont moins de lois, leur obéissent mieux et plus volontiers; c'est peut-être parce qu'on ne leur impose que les lois les plus indispensables. Notre loi sur le travail des enfants
date de 1841 ; elle admet, comme la loi anglaise, la distinction proposée par Wilberforce en 1819 entre les plus jeunes enfants et les adolescents. La première classe comprend, en Angleterre, les enfants de 8 à 13 ans ; en France, ceux de 8 à 12 : ainsi la protection se rel&che chez nous un an plus tôt. Il faut avoir 9 ans en Prusse et en Bavière, 10 ans en Autriche, 12 ans en Suède et en Saxe, 13 ans dans le canton d^Argovie, pour entrer dans une manufacture. Les enfants de 8 à 12 ans peuvent travailler chez nous 8 heures sur 24, et par conséquent 1 heure et demie de plus qu'en Angleterre : 8 heures de travail pour un enfant de 8 ans 1 Chez nos voisins, les enfants d'un âge plus avancé ne peuvent être employés au travail effectif que pendant 1 1 heures et demie sur 24; nous tolérons 12 heures de travail effectif. Enfin, malgré notre ruineuse et énervante manie de créer à tout propos des fonctionnaires, nous n'avons pas d'inspection réelle pour le travail des enfants, ce qui rend la loi impuissante et presque inutile. La loi française ne s'applique d'ailleurs qu'aux manufactures, usines et ateliers à moteur mécanique ou à feu continu , et aux fabriques occupant plus de vingt ouvriers réunis en atelier. Or, les ateliers de la fabrique lyonnaise ne renferment jamais plus de six ouvriers, et l'administration n'a pas usé du droit qui lui est conféré par l'article 7 de la loi, d'étendre les prohibitions, n en résulte
que le travail des enfants n'est protégé que par la loi sur les contrats d'apprentissage et par la coutume locale^ qui peut être impunément enfreinte, et qui l'est tous les jours. Cette infraction est d'autant plus regrettable que la plupart des enfants employés dans la fabrique lyonnaise ne sont pas de Lyon, et qu'il ne s'agit pas ici de ces ateliers où l'apprenti travaille à la journée et se tient pendant un temps déterminé à la disposition d'un ouvrier ou d'un contre-maître, leur servant quelquefois d'auxiliaire et trop souvent de commissionnaire. Dans un atelier de tissage où chacun a son métier, l'apprenti aussi bien que le compagnon, et où tout le monde est tâcheron, les avantages du contrat sont pour le maître en raison directe du travail qu'il obtient de son apprenti, de sorte qu^il a intérêt non-seulement à le faire travailler longtemps, mais à le faire travailler énergiquement. La loi manque donc précisément là où elle eût été trèsnécessaire ^ Quand on se promène le soir dans les
1. Pendant la discussion du budget de 1868, j'ai eu occasion de demander au ministre des travaux publics s'il réaliserait prochainement sa promesse de modifier la loi de 1841. M. Forcade de la Roquette a répondu^ qu'il avait nommé une commission administrative, adressé un formulaire d'enquête aux sociétés industrielles et aux chambres de commerce, et envoyé des agents à l'étranger pour étudier la situation des enfants dans les ateliers et manufactures. Tout m'autorise donc à pen-> ser que 1868 verra se réaliser cette grande et urgente réforme.
rues tortueuses de la Croix -Rousse , et qu'on voit dans les étages supérieurs ces fenêtres éclairées derrière lesquelles retentit sourdement le bruit de la barre, on a le cœur serré en pensant à ces pauvres filles qui sont là depuis six heures du matin, insuffisamment vêtues, à peine nourries, lançant et relançant la navette sans repos ni trêve, courbées sur cette barre trop pesante pour leurs jeunes bras, la poitrine fatiguée par leur attitude, ne respirant plus le grand air, Tair du dehors, Talr de la campagne, si nécessaire à leur développement. Où vontelles en sortant de là dans la nuit noire ? Trouventelles au moins la solitude dans Tasile qui les reçoit? N'obéissent-elles pas à cet instinct de la nature, si vif dans la jeunesse, et qui devient si impérieux après de longues journées d'un travail incessant, à l'instinct qui nous pousse à chercher une diversion? Et dans cette absence de bons conseils, de bons exemples, ne demandent-elles pas cette diversion à la débauche, comme beaucoup d'hommes, dans une situation moins triste, demandent l'oubli à l'ivresse * î
j'ai moi-même réunî les principaux éléments de la question, dans un livre publié cette année sous ce titre : Vouvri&r de huit atis,
1. En général, les ouvriers de Lyon ne sont pas adonnés à rivrognerie. M. Villermé, qui les a étudiés de très-près, en 1835, et qui les a observés dans les cabarets et dans les cafés, déclare n'avoir rencontré qu'un seul bouune ivre.
Quoique le métier de couturière et même celui de modiste ne soient guère lucratifs, les familles lyonnaises hésitent depuis longtemps à faire entrer leurs filles dans la fabrique. On a été obligé de chercher au loin des apprenties. Quand la banlieue n'en a plus fourni , on est allé jusqu'en Dauphiné, jusqu'enProvenceJusqu'enAuyergne«Aveeletemps9 les pères de famille ont pris des scrupules. Ils se sont demandé ce que deviendraient leurs enfants dans cette grande ville. Ils ont remarqué que les jeunes ouvrières trouvaient difficilement un mari, quand elles n'avaient pas vécu dans le sein d'une famille pendant leur apprentissage. Pour remédier en partie à ces justes appréhensions, un fabricant, sorti lui-même des ateliers et devenu riche par des miracles d'économie, a eu l'idée de transformer l'apprentissage en une sorte d'internat. Il a bàtl tout exprès, à quelques lieues de Lyon, un établissement considérable, fabrique, école ou couvent, comme on voudra l'appeler. L'idée a prosptré, et il y a maintenant plusieurs maisons de ce genre ; nous citerons seulement les trois principales : l'une à Jujurieux, pour les taffetas, c'est la maison la plus ancienne ; une autre à la Séauve, pour les rubans; la troisième, à Tarare, n'est qu'un atelier de moulinage annexé à une manufacture de peluche. Les jeunés filles, en entrant dans ces établissements, signent un engagement de trois années , non compris un
mois d'essai obligé. On y reçoit aussi des onvriëres, qui contractent un engagement de dix-huit mois. Le règlement est partout extrêmement sévère* Dans une de ces maisons, par exemple, le travail commence à cinq heures un quart du matin et finit à huit heures un quart du soir. Sur cet espace de quinze heures, cinquante minutes sont accordées le matin pour déjeuner et faire les lits, une heure pour dtner et se reposer, ce qui laisse un peu plus de treize heures de travail effectif S La journée finie, on soupe, on dit la prière, et tout le monde est couché à neuf heures. Les apprenties n'ont droit qu'à une sortie toutes les six semaines. On ne trouve dans le règlement d'autre trace d'enseignement élémentaire qu'une école du dimanche : un enseignement aussi rare donné à des enfants fatiguées par le travail de la semaine, est à peu près illusoire ; on aurait agi autrement en Angleterre ou en Allemagne. Il faut dire, comme atténuation, qu'on ne reçoit pas d'enfants au dessous de treize ans. Le chapitre Y du règlement organise l'emploi delà journée du dimanche : « Le dimanche est un jour tout exceptionnel; nous voulons lui conserver le caractère qu'il doit toujours avoir, c'est-à-dire le
1. Chapitre IIl du règlement : « Le travail commencera à cinq heures un quart du matin et finira à huit heures un quart du soir, à l'exception de deux heures employées à prendre ses repas et à se reposer. »
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consacrer à remplir les devoirs religieux et à se livrer au repos. Cependant, comme l'ennui ne tarderait pas à rendre le dimanche plus fatigant qu'une journée de la semaine» on variera tous les exercices de façon à passer cette journée chrétiennement et gaiement. » Ce sont là sans doute d'excellents principes. Pour les appliquer» on partage toute la matinée entre les exercices religieux, une école de lecture et d'écriture et des récréations plus longues qu'à l'ordinaire. De deux heures à trois heures, les apprenties assistent au catéchisme; après le catéchisme, elles entendent les vêpres, et c'est alors seulement, à l'issue des vêpres, qu'a lieu la promenade en commun sous la surveillance des sœurs. Cette promenade est évidemment le grand plaisir de la journée, le but des aspirations de toute la semaine. Le règlement dit bien que dans la belle saison elle se prolonge jusqu'à sept heures ; mais en hiver, elle est impossible ou ne commence qu'à la chute du jour et ne dure qu'un instant. Si le temps ne permet pas de sortir, on remplace la promenade par des lectures en commun. Tous les exercices de la maison, les prières, les repas, les récréations, le travail, les promenades, sont dirigées par les sœurs : car les apprenties ne sont jamais seules, ni au dortoir, ni aux ateliers, ni au réfectoire, ni dans les cours ; et les ouvrières, que le rè glement appelle ouvrières-apprenties, sont soumises
au règlement comme les enfants; elles doivent la même obéissance aux sœurs. En un mot, toutes les habitantes de la maison sont constamment surveillées, comme dans une pension ordinaire de jeunes filles. La surveillance est confiée aux sœurs de Saint- Joseph dans les établissements de Injurieux, Tarare et la Séauve ; à Bourg-Argental, on a eu recours aux sœurs de Saint-Vincent de Paul, qui passent pour plus indulgentes ; |mais dans toutes les maisons le règlement est très-ponctuellement observée Il est plus que probable que les pensionnaires de ces établissements sont mieux nourries, mieux couchées, mieux soignées dans leurs maladies qae les apprenties et les ouvrières de Lyon ; mais ces treize heures de travail surveillé, ce dimanche passé tout entier à l'église ou à Técole, égayé seulement, quand il fait beau, par une promenade qui ne commence guère avant quatre heures de l'après-midi, cette interdiction presque absolue de communications avec le dehors, constitue un régime qui effraye l'imagination. Les autres jeunes filles ont du moins la liberté de leurs dimanches, une liberté relative dans les ateliers, peut-être quelquefois une promenade ou une causerie le soir après la journée de travail; ici tout est bien austère pour des enfants de
1. Cf. M. Louis Reybaud, Étude sur le régime des manufao^ tures, condition des ouvriers en soie, p. 198, 199.
treize à dix-huit ans. C'est bien plus que le couvent, car c'-est le couvent avec treize heures de fatigue. On se demande en quoi ce régime peut différer de celui d'une maison de correction. Cependant, au premier appel, les familles sont accourues, preuve évidente qu'elles avaient le sentiment du péril auquel le séjour de Lyon expose les apprenties sur lesquelles les parents ne peuvent pas veiller. Quoi^ que ces fondations ne datent pas de loin, on a déjà pu constater que les jeunes iSlles trouvent plus aisément à se marier en sortant de Injurieux. Les fabricants qui ont fondé ces écoles n'en retirent pas de profit, obligés qu'ils sont de marcher en tout temps à cause de leur personnel et de leur outillage. En un mot, c'est rendre un service aux jeunes ouvrières lyonnaises que de les enfermer pendant trois ans, en les assujettissant à un travail de treize heures par joui . Ce seul fait éclaire mieux leur situation que tous les détails dans lesquels nous sommes entrés. L'archevêque de Lyon a fondé une communauté de religieuses tout exprès pour fournir des surveillantes aux fabricants qui voudront établir des pensionnats d'ouvrières. Il est impossible de ne pas reconnaître qu'en agissant ainsi il reste dans le véritable esprit de l'Église catholique, et il faut ajouter que cette transformation de la condition des jeunes ouvrières est un progrès sur ce qui existe aujourd'hui : car le plus grand intérêt d'un père et d'une
mère oUigés de se séparer de leur fille est d'être rassurés sor sa conduite morale. Onnoos permettra cependant d'aYoner d*one manière générale notre éloignement poor ces agglomérations de personnes, qui substituent la communauté à la famille et le règlement à Taffection. Cet internement peut être un bien par comparaison ; mais en lui-même il est unmaL
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AVANTAGES DU TRAVAIL ISOLÉ Cl