M. Villermé écrivait en 1838 : « La misère dans laquelle
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peair«nt guère allaiter leurs enfants que la nuit^ e à midi pendant la suspension du travail, quand une voisine les leur apporte ^ L'ab&tardissement de la race n'est pas moins douloureux que l'excessive mortalité. Presque partout, si on assiste à la sortie de la fabrique, on reste consterné du nombre d'enfants estropiés ou contrefaits. Les conseils de recrutement n'arrivent point à parfaire le contingent; parmi les jeunes hommes qui attendent leur tour pour tirer au sort, un grand nombre n'atteint pas la taille réglementaire, quoiqu'on l'ait si fort abaissée. On leur donnerait quatorze ans. La faim, le manque de soins pendant la première enfance, un travail trop hàtif, les retiennent toute leur vie dans un état de malaise et de faiblesse. Toutes ces hideuses conséquences viennent de la misère; mais la misère, quelle en est la cause ! Ce n'est ni l'abaissement des salaires, ni le chômage, ni une épidémie.
vivent les derniers ouvriers de l'industrie du coton dans le département du Haut-Rhin est si profonde qu'elle produit ce triste résultat, que tandis que dans les familles de fabricants, négociants, drapiers, directeurs d'usines, la moitié des enfants atteint la vingt-neuvième année, cette même moitié cesse d'exister avant l'âge de deux ans accomplis dans les familles de tisserands et d'ouvriers des filatures de coton. » T. I, p. 28, et cf. t. II , p. 254 et suiv.
1. DaiJS la manufacture de MM. Seydoux et Sieber, au Cateaû, U journée est divisée en quatre quarts, et les femmes mariées qui nourrissent peuvent se présenter à l'atelier dix minutes après leurs compagnes. C'est un très-grand bienfait pour un trèspetit sacrifice. ■
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Tous ces ûéaun ne sont rien derant te fléau de débauche : Toilà le minotaure qui tue tes mauvais ouvrier» et tes poursuit jusqu'à la dernière génération 9 qai tes condamne au mépris des ouvriers honnêtes, au bescttn, à rhumiliatioui am crime^ qui transfonce des femmes laborieuses et dévouées en véritables martyres et fait de la maternité un supplice*
On lutte partout contre ces habitudes funestes. Tantôt on paye par quinzaine pour diminua au moins les occasions de chute : entreprise difficile à réaliser, parce que tes ouvriers ne s'y prêtent pas ; ils sont pressés de jouir et s'offrent de préféreiu^e dans tes fabriques qui ne les font pas trop attendre. Ua autre inconvénient de diflérer la paye, c'est que te travail de la première semaine s'en ressent; l'oovrter ne yeat pas s'eiténuer pour un salaire loinlain ; l'énergie ne se réveille qu'au dernter moment,^ pour rattraper le temps perdu. M. Motte-Bossut, à Roubaix, et quelques autres fabricants, ont imaginé de payer leurs ouvriers le mercredi, pour que la possession d'une certaine somme ne coïncide point avec te repos légitkne du dimanche. D'autres ne font la paye que le lundi, et l'ouvrier absent est obligé d'attendre jusqu'à la paye suivante, punition très-sévère à cause de la rareté et de la cherté du crédit. Quelquefois aussi on a recours à des amendes ; très-souvent, après deux absences du hmdi non
^"^v^ti^êes, rezclusion de Tatdier est prononcée. Ce sont des mesures excellentes, qui pourtant ne peuvent avoir d'efficacité qu'à la condition d'être générales. Elles jfont quelque bien^ elles retiennent quelques âmes chancelantes; mais peut-on en attendre une guériaon complète? Qa ne refait pas les âmes avec un article de règlement. Tous ceux qui ^it essayé de lutter contre le démon de Tivrognerie savent avec quelle violenee il s'empare des malheureux qui se donnent à lui. Le vice en peu de temps devient passi<m, et la passion frénésie. Le corps ne peut phis se passer de ce poison^ l'esprit s'éteint et s'abrutit ; s'U reste assez, de vie intellectuelle pour qu'il y ait qifêlque place au remords» on l'étouffé dans l'ivresse*
Quelques administrations locales ont tourné contre ce grand ennemi du travail et de» mœurs toutes les armes que la teâ met entre leurs mains. Elles ont fermé les établissements les plus mal famés^ multiplié les agents de surveillance, déployé une juste sévérité contre les délinquants àe^ toute sorte. Il ne faut pas croire» en effet» que tout cabaretier soit un homiète commerçant qui attend paisiblement derrière son comptfHE que les ivrognes viennent lui apporter l'argent de leur famîUe. Un cabaretier qui sait son métier h fond, et qui est pressé de se retirer des affaires pour jouir bourgeoisement de sa fortune» en revendrait à un usurier et à une courtisane
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dans Tart d'allumer la passion et de faciliter « à clients » les moyens de se ruiner et de s'empoison ner. Cependant on ne lui applique pas l'article 334 du Code pénal sur l'excitation à la débauche; on ne traite pas les dettes de cabaret comme les dettes de jeu. La mesure même qui semble la plus facile, et qui est en même temps la plus indispensable, celle qui consiste à forcer les détaillants de fermer leur établissement de bonne heure, rencontre souvent des difficultés presque insurmontables. A Lille, on a essayé une fois de faire fermer les cabarets à neuf heures du soir; mais les ouvriers ont réclamé, sous prétexte que les cafés restaient ouverts jusqu'à minuit, et ils ont obtenu l'égalité devant la débauche. C'est à peine si on peut sortir d'une grande manufacture sans avoir presque aussitôt la vue blessée par une de ces cantines où tant d'ouvriers vont perdre leur santé et leur conscience : elles sont là embusquées, entre l'atelier et la famille, entre le travail et le bonheur, pour appeler le vicieux et tenter le faible. Au Gâteau, dans un rayon de cent cinquante mètres autour de la grande manufacture de M. Seydoux, il n'y avait pas, au mois d'octobre 1861, moins de dix-sept cabarets; et l'un d'eux, placé à la porte de la manufacture, venait de vendre sa clieruèle pour la somme énorme de vingt mille francs. Ce n'est pas une bien forte digue contre un pareil torrent que quelques règlements municipaux
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et quelques sergents de ville. Quand même il j aurait une coalition de toutes les municipalités de France pour clôturer les cabarets au moment où les fabriques éteignent leurs feux, quand même tous les patrons feraient à l'ivrognerie une guerre à mort, on ne la vaincra pas, si on ne porte le remède jusque dans les cœurs.
Le libertinage est à la fois la suite et la cause de rivrognerie. Il est impossible de détruire l'un sans l'autre, parce qu'il n'y a qu'un remède pour tous deux, c'est d'apprendre aux ouvriers d'être heureux dans leur famille et de leur en fournir les moyens. De toutes jeunes filles sont entassées dans un atelier avec des enfants ou des femmes d'un certain âge, la plupart sans moralité. Qui veille sur elles? Un contres-maître, chargé seulement de diriger et d'activer leur travail ; le reste ne le regarde pas. Si la fillette est jolie et le contre-maître libertin, il abuse, pour la mettre à mal^ de l'autorité qu'il a sur elle. Le patron ferme les yeux, pourvu qu'il ne se passe rien de compromettant à l'intérieur de Tatelier. Les jeunes ouvrières qui ne retrouvent le soir qu'un père abruti par l'ivresse, une mère sans conduite et sans principes, ont-elles une chance, une seule, d'échapper à la corruption ? Loin de surveiller leurs filles et de leur enseigner les lois' de l'honnêteté, il y a des mères qui leur conseillent de chercher un amant, parce qu'elles espèrent tirer de là pour elles-mêmes
quelque honteux profit. Si Taffaire tarde trop, on leur fait des reproches : « Tu ne feras donc rien pour les tiens? » Ces jeunes filles ont des enfants à seize ans, même plus lot. M. Villermé assure qu'à Reims, elles s'offrent dès Tâge de douze ans. Reims a été longtemps la grande pourvoyeuse des maisons de prostitution parisiennes. A Saint-Quentin, on parle des plus grands désordres sur le ton de la plaisanterie. On dit des jeunes filles un peu coquettes qui s'attifent le soir pour plaire aux bourgeois en sortant de Patelier, qu'elles vont faire leur cinquième quart de journée ; on les appelle des cinq^ quarts. A Lille, dans les maisons les plus honnêtes, on préfère pour nourrice une fille-mère : un mari, une famille sont un embarras pour les maîtres ! On n'en est pas moins austère et moins digne pour son propre compte. La pauvre fille, qui n'a jamais entendu parler du devoir, qui est entourée de mauvais exemples, que ses compagnes d'atelier raillent impitoyablement jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un amant comme les autres, ne se défend pas, croit à peine mal faire. Sa faute est pour elle à l'atelier un sujet d'orgueil. Quand son amant est généreux et peut lui donner quelque bagatelle, elle étale le dimanche ses brillantes toilettes, pour exciter l'envie et l'émulation de toutes les autres.
Il est en vérité difficile de croire que la corruption des mœurs soit plus grande à Paris qu'à Saint-
Quentin, à Reims, à Rouen, à Lille; car on ne voit pas ce que Timagination pourrait ajouter aux ravages de la prostitution et de Tinceste dans nos grandes villes manufacturières. La débauche est peut-être plus générale à Paris ; elle y est plus systématique ; elle y a conscience d'elle-même, tandis qu'il y a dans les courettes de Lille de véritables sauvages. L'ouvrier de Paris, l'ouvrier dépravé s'entend, car tout se trouve dans cette capitale universelle, et l'excès du bien y côtoie l'excès du mal, l'ouvrier de Paris fait de la débauche par système. Il a des objections de sophiste contre le mariage. L'habitude de vivre en concubinage se propage de plus en plus chaque année dans la population des faubourgs. Quand les ouvriers alsaciens forment une de ces familles de contrebande, ils appellent cela : vivre à la parisienne ; ils en ont fait un verbe allemand, parisierent qui n'est pas un titre d'honneur pour les ateliers parisiens. C'est une triste réflexion à faire, que tous les changements opérés depuis trente ans dans nos habitudes ont pour résultat de rendre la vie de famille de plus en plus indifférente aux hommes, et de plus en plus nécessaire aux femmes. Un écrivain qui a combattu le divorce dans un ouvrage assez répandu, parlait un jour à un ouvrier du faubourg Saint-Antoine de celte habitude croissante du concubinage. « Nous y renoncerons peut-être, lui dit l'ouvrier, quand on nous aura rendu lé divorce. »
Ce n'était qu'une protestation de plus contre le mariage ; car, au fond, les doctrines lâchées facilitent les mauvaises mœurs. L'austérité delà doctrine chrétienne est une des causes de la rapide propagation du christianisme.
Les filles sont plus précoces que les garçons. En sortant de l'atelier le soir, quand les garçons et les filles se trouvent réunis dans les escaliers, dans les cours, dans les rues avoisinantes, ce sont quelquefois les filles qui provoquent leurs compagnons, qui les raillent deleur gaucherie, qui les poursuivent de propos obscènes. Ces leçons ne tardent pas malheureusement à devenir inutiles. Les chefs de quelques grandes maisons ont établi des issues différentes pour les deux sexes et des heures différentes de sortie. A Baccarat, la séparation est complète entre les tailleurs et les tailleuses ; il n'y a d'autre communication d'un atelier à l'autre qu'une porte dont les directeurs portent toujours la clef sur eux. Ces précautions sont négligées presque partout, soit comme inutiles, soit comme impuissantes. Dans un très-grand nombre de manufactures, les femmes et les hommes travaillent ensemble, par exemple dans les tissages mécaniques. Un métier à tisser n'a guère plus de largeur que ce qu'on appelle le lé de l'étoffe, de sorte qu'ouvriers et ouvrières passent littéralement douze heures par jour côte à côte. Il en est de même dans les indiennages et
eu général dans tous les ateliers d'impression sur étoffes.
On cite des femmes qui ne se connaissent pas de domicile, et qui, lorsqu'un amant les quitte, sont obligées de s'offrir sur-le-champ à un autre pour ne pas dormir à la belle étoile. Un enfant yenu, il arrive très-souYent que le père le laisse à leur charge. Elles ne s'en étonnent pas, elles n'en murmurent pas. Quand elles ne le portent pas aux Enfants- Trouvés, elles le donnent à des gardeuses pour le nourrir au petit pot, c'est-à-dire avec du lait de chèvre ou de vache, coutume très-meurtrière, parce que le lait est ordinairement falsifié ou remplacé par des soupes. A Amiens et dans quelques autres villes, l'administration des hospices donne 7 francs par mois pendant le temps de l'allaitement aux fllle&-mères qui nourrissent elles-mêmes. Les femmes mariées n'ont pas droit à ces secours ^, et pourtant il y en a que leurs maris traitent comme si elles n'étaient que leurs mattresses. Ils les quittent quand elles ont des enfants, et vont vivre en célibataires dans une autre ville. S'ils reviennent un an, deux ans après, la femme les reçoit, et il n'en est pas autre chosQ.
La Société de Saint-François Régis est une association entre catholiques pour faciliter le mariage
1. Nous yerrons dans la quatrième partie qu'il en est autremeut à Paris.
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de personnes qui vivent en concubinage; elle se charge de tous les frais et de toutes les démarches ; en un mot» elle rend le mariage si facile que les époux n'ont qu'à donner leur consentement. Quand on interroge les présidents des diverses succursales de la société , ils vous disent qu'il y a presque toujours un ou plusieurs enfants naturels au moment où le mariage s'accomplit, qu'ils ne sont pas tous du même père, et qu'il arrive souvent que le jour du mariage la mère vient déclarer des enfants que le futur mari ne connaissait pas. Chose étrange, il n'est pas rare que ces femmes, qui ont eu plusieurs amants avant le mariage, restent fidèles à leur mari. C'est du moins le témoignage que rendent les personnes compétentes presque partout, excepté à Rouen, où l'on cite de nombreux exemples de femmes et de maris qui se séparent pour aller faire un nouveau ménage chacun de son c6lè«
Quel qu'ait été le libertinage des femmes pendant leur jeunesse, elles se conduisent ensuite beaucoup mieux que leurs maris. D'abord elles sont encore sobres dans presque toutes les villes manufacturières. Si les mœurs continuent à se dégrader et la misère à augmenter, il est malheureusement certain que les femmes se livreront, comme les hommes, à l'ivrognerie. En Angleterre, où la vie de fabrique est plus ancienne et a déjà produit toutes ses conséquences extrêmes, les débits de gin reçoivent pli»
de femmes que d'hommes. A Rouen et à Lille, l'ivrognerie commence à faire des ravages parmi les femmes. Le président d'une société de bienfaisance de Lille estime jqu'il faut porter à vingt-cinq pour cent parmi les hommes, et à douze pour cent parmiles femmes, le nombre des personnes adonnées à l'ivrognerie. Les femmes ont dans le quartier Saint-Sauveur des cabarets qui ne sont qu'à elles ; elles y forment des sociétés où l'on consomme beaucoup de café et encore plus d'eau-de-vie de genièvre. La nécessité d'abandonner de petits enfants au berceau en partant pour la fabrique a introduit parmi elles une coutume que l'on trouve aussi à Leeds et à Manchester : elles font prendre à l'enfant de la thériaque, qu'elles appellent un dormant, et qui a en efTet une vertu stupéfiante. C'est grâce à cette drogue que les gardeuses parviennent à tenir dans la même chambre un si grand nombre de marmots. Ces petites créatures n*échappent même pas le dimanche à ce traitement barbare. M. Yillermé a constaté en 1840 que la vente de la thériaque augmentait le samedi chez les pharmaciens du quartier Saint-Sauveur. Les mères voulaient être libres d'aller s'empoisonner dans les cabarets^ et elles achetaient cette liberté en empoisonnant d'abord leurs enfants.
 Rouen, on suit une autre méthode. Les petits détaillants de légumes et de menus combustibles
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prennent une licence, ils ont dans un coin un baril d'eau-de-vie de grain ou de pommes de terre ; les femmes en allant» à la provision, achètent pour quelques sous de cette eau-de-vie. Elles la boivent chez elles, d*abord peut-être pour s'étourdir sur leur misère ou pour tromper la faim ; peu à peu, elles en deviennent avides, plus avides que les hommes, car elles sont extrêmes en tout. On dit qu'à Londres l'habitude du gin est tellement invétérée chez certaines femmes que lorsqu'elles cessent d'en boire, leurs enfants ne reconnaissent plus leur lait et ne veulent plus prendre le sein. Un inspecteur de police déposa, dans l'enquête de 1834, que des mères menaient avec elles de petits enfants au cabaret, et les battaient quand ils refusaient de boire. On a vu des mères frotter avec de l'eau-devie les lèvres de leurs nourrissons, leur en verser quelques gouttes dans la bouche, les préparer, les dresser à l'ivrognerie *.
Gr&ce à Dieu, ces exemple» sont rares, et il est
1. Interrogatoire de M. S. Herapoth, 6 juillet 834 : « On peut dire que les cas d'ivresse sont, relativement, plus nombreux chez les femmes que chez les hommes. » Interrogatoi: e de M. B. J. Ghambers, officier de police à Londres, 25 juin 1834 : « Les mères donnent fréquemment du gin à leurs plus jeunes enfants? et j'en ai vu même qui' les battaient lorsqu'ils refusaient de boire. » Interrogatoire de M. Marc Moore : « On a vu des enfants à la mamelle^ dont les mères étaient adonnées à la boisson, refuser de prendre le sein des femmes qui ne buvaient pas d« gin.»
permis de dire que les femmes des manufactures ont conservé cette qualité précieuse de leur sexe, la sobriété. A Saint-Quentin notamment, où la dépravation des femmes dans un autre genre est poussée à ses extrêmes limites, elles ne boivent jamais que de l'eau. Il en résulte que, si elles gagnent un salaire, il entre tout entier dans le ménage, tandis que le mari apporte à peine la moitié du sien. Quand elles ont beaucoup d'enfants, il leur faut bien rester à la maison et se contenter des faibles ressources du bobinage ou de Tépincetage; celles qui peuvent sortir préfèrent encore se rendre à l'atelier, pour ne pas manquer trop souvent de pain. Elles se lèvent avant leur mari pour préparer quelques aliments, elles travaillent à l'atelier aussi longtemps que lui : quand elles rentrent, épuisées comme lui de fatigue, elles ont encore à préparer le dîner, à coucher les enfants, à soigner le ménage, à rapiécer quelques haillons. Certes elles font peu de chose comme ménagères après une absence de treize heures et demie : ce peu, dans de telles circonstances, est un grand surcroit de fatigue. Pendant que le mari se donne, toutes les semaines, au moins toutes les quinzaines, un jour ou deux d'orgie et de plaisir, sa femme reste à l'atelier ou dans la maison, toujours occupée, toujours en face de sa misère. Il lui laisse tous les soucis, les créanciers à implorer, le propriétaire à attendrir; quelquefois
il la bat en rentrant. Un mari ivrogne, des enfants malades, rarement un jour de repos, jamais un moment de plaisir : quelle destinée t Ge ne sont pas là des exceptions.