‹ L'ouvrièreChapitre 33 sur 65 · DENTELLIÈRES · texte numérisé non relu

DENTELLIÈRES

que, gagnent un peu plus, 1 fr. 50 c. par journée de douze heures^.

Le point d*Alençon se fait dans des conditions tout autres. Tandis qu'à Valeneîennes la même ouvrière fait le réseau et la fleur, les ouvrières qui font le point d'Alençon se divisent en plusieurs catégories; on distingue les traceuses, les réseleuses qui font le réseau ou filet, les remplisseuses qui font les mats, les foncières qui font les mats plus grossiers, les modeuses qui font les jours, les brodeuses qui font le petit cordonnet destiné à entourer et soutenir les dessins. Un apprentissage de trois mois leur suffit, et pourvu qu'elles ne s'alourdissent pas la main par des travaux trop fatigants, elles peuvent vaquer à tous les soins du ménage; la dentelle se prend, se quitte, et se reprend comme un tricot ou une broderie. Elles gagnent toutes, en moyenne, 1 franc par jour, environ 10 centimes par heure. Les plus habiles peuvent gagner 12 et môme 14 centimes; mais le nombre de ces ouvrières exceptionnelles est très-restreint. Une douzaine au plus sont employées dans les magasins pour recevoir, vérifier et réparer le travail des autres; leur salaire varie de 7 fr. 50 c.

1. Le prix d'un carreau de dentellière varie de 8 à 10 fr. ; les dessin» ou patrons, de 75 e. à 1 fr. Il faut encore des fuseaux et des épingles. Tattte9 ces dépenses sont à la charge de Tou* vrière. On n'emploie guère moins de 400 fuseaux et de 150Ô épingles pour faire un coupon de valencienne.

208 LA PETITE ÎNDtJSTRIE.

à 10 francs par semaine. Une dentellière n*a pour tout attirail que son carreau, ses fuseaux et ses épingles. Tantôt les jeunes filles travaillent isolémentsur le pas de leur porte, tantôt elles se réunissent pour causer tout en agitant leurs fuseaux ; le soir elles forment de petits ateliers pour économiser la lumière, et les hommes revenus des champs font cercle autour d'elles dans une demi-obscurité. C'est un joli travail, qui donne des instincts d'élégance à celles qui s*en occupent, et qui contribue à la fois à l'aisance de la famille, à la propreté et à l'agrément de la maison.

Le point d'Âlençon et la valencienne sont des dentelles de luxe. A Arras, dans l'Auvergne, dans quelques localités de la Lorraine, et particulièrement dans l'arrondissement de Mirecourt, on fabrique des dentelles plus grossières. Cette industrie, à Arras et dans les environs, n'occupe pas moins de deux à trois mille ouvrières. Il est assez remarquable que les ouvrières de la ville soient inférieures sous tous les rapports à celles de la campagne. Élevées pour être dentellières, elles ne savent pas faire autre chose : aussi ne quittent-elles momentanément leur métier que pour se livrer à des habitudes de dissipation. Leurs fréquents besoins d'argent les obligent à couper un bout de dentelle pour essayer de le ven« dre, ce qui en diminue la valeur, parce que les marchands préfèrent les grands aunages. Elles n'ont

DENTELUËRES.

d'ailleurs ni santé ni propreté. La propreté et blancheur de la dentelle entrent pour beaucoup dans son prix ; c'est un ouvrage si délicat que l'haleine de l'ouvrière peut en diminuer la valeur^ de sorte qu'il faut avoir de la santé pour faire de la belle dentelle^ Le nombre des ouvrières diminue de

1 . Les affections propres au travail des dentellières sont : les affections des yeux, faiblesse de la vue, résultat du travail assidu et minutieux à Taiguille, irritation et rougeur des paupières produites par la poussière du blanc de plomb.

La dentelle subit, avant que ses divers compartiments soient rajustés, une préparation destinée à la blanchir ; cette préparation est appelée battage. A cet effet on la dispose entre des feuilles de carton où l'on a déposé une substance blanche pulvérulente qui n'est autre qu*un sel de plomb, et on Tagite de manière à faire pénétrer cette substance dans le tissu de la dentelle.

Cette poussière très-ténue se dégage facilement en poudre dans Tatmosphère et irrite les yeux.

Hais cette même poussière détermine en outre une véritable intoxication en s'introduisant dans les voies respiratoires et digestives.

Celles des ouvrières qui sont occupées à Topération du battage sont les plus exposées à ces accidents d'intoxication, mais celles qui appliquent et ajustent les dentelles blanches y sont aussi exposées, leur aiguille détachant la substance blanche qui revôt la dentelle.

Du reste, le teint d'une pâleur particulière de certaines ouvrières indique tout d'abord celles qui se livrent plus spécialement aux opérations dont il vient d'être question.

Sur les rapports des commissions médicales et des conseils d'hygiène, l'administration a pris des mesures et fait des prescriptions propres à combattre l'usage du hktnc de plomb, La plupart des fabriques se servent aujourd'hui pour blanchir les dentelles, d'une préparation nouvelle exempte d'inconvénients;

t^O LA PCTITE INDUSTRIE.

jour en tour dans la ville. Les dentellières sont en général des paysannes qui se mettent k leur carreau quand il n'y a rien à faire dans les champs, et tout en vaquant aux soins du ménage. Elles travaillent presque toutes & leur compte, c'est-à-dire qu'elles achètent le coton de leurs derniers, et offrent leur ouvrage aux marchands quand il est terminé. Leur rémunération n'a donc rien de fixe ; une très^bonne ouvrière, travaillant dix heures par jour, peut gagner environ 1 fr. 25 cent. Les ouvrières de la ville ne dépassent guère 75 cent.On comprend du reste qu'une multitude de circonstances font varier le salaire: la plus ou moins grande habileté de l'ouvrière, son assiduité sa propreté, la mode, etc. L'apprentissage ne coûte presque rien et se fait en très-peu de temps. La dentelle est une des rares victoires du travail à la main sur le travail à la mécanique ; on a eu beau s'évertuer, la mécanique n'a pu produire que du tulle, et la dentelle faite à la main conserve son

mais cette substance est d'un prix élevé, et les ouyriôres travaillant à domicile continuent à se servir du blanc de plomb ; elles se procurent ainsi, moyennant 10 centimes , la quantité de blanc qui leur coûterait 5 francs environ si elles achetaient la nouvelle substance.

Un appareil ingénieux a été récemment imaginé pour battre la dentelle et la blanchir sans danger, mais le prix de cet appareil est encore très-élevé.

Nous devons cette note et la suivante à un Français, M. le doo leur Laussedat, aigourd'hui Tun des médecins les plus distingués de Bruxelles.

DENTELLIBRES. SU

importance et fia valeur. On sait quels furent les efforts de Golbert pour l'emporter sur Venise dans la fabrication des dentelles. Il eut recours, selon le système du temps, à l'établissement d'un privilège. On lui résista ; il fut sur le point de faire marcher un régiment contre les dentellières d'Alençon. Aujourd'hui nos ouvrières ont peine à se soutenir contre la concurrence belge ^ Les dessins viennent de Paris» qui a le monopole du goût; mais la maind'œuvre se fait aussi bien et à plus bas prix hors de nos frontières ^ Les raccrocheuses de dentelles et les repriseuses forment une branche in-

1 . La fabrication des dentelles est une des principales branches de l'industrie de la Belgique. Les ouvrières, femmes ou filles, occupées soit dans les villes, soit dans les campagnôf , et principalement dans les «deux Flandres, les provinces de Brabant et d'Anvers, aux différents genres de dentelles, sont au nombre de cent vingt à cent vingt-cinq mille.

Les valenciennes, les applications de Bruxellesi les broderies sur tulle (imitation très-remarquable de Tapplication) , les dentelles de Malines, les dentelles de Grammont en sole noire, constituent la grande fabrication belge. Il faut citer aussi les gaipures noires et blanches, au fuseau, qui se fabriquent à Bruges, Gand et dans les environs de Saint-Nicolas et d'Anvers. Quoique cette dernière fabrication soit nouvellement introduite, elle commence à supporter parfaitement la comparaison avec celles du Puy et de Mirecourt.

2. Quoique les dessins de Pafis soient toujours les plus estimés, il s'est formé en Belgique uû certain nombre de dessinateurs très-habiles. A Bruxelles seulement, il y en a douce qui fournissent un grand nombre de très- beaux dessins. La maind'œuvre est descendue si bas en Belgique que la grande majorité des ouvrières ne gagne que 30, 40 et 60 oautimes par jour.

têressante de la grande famille des ouvrières à Taiguille.

' Pendant que nous parlons de ces gracieuses merveilles qui parent les femmes mieux que les joyaux, mentionnons aussi en passant les ouvrières qui pré^ parent les plumes, plumes d'autruche, plumes de marabout, plumes de héron, oiseaux de paradis, et celles qui font des fleurs avec du papier, du taffetas ou de la percale. Il y a quelque chose de gai et de jeune dans ce seul nom de fleuristes ; et rien n*est plus charmant que les produits qui sortit de leurs doigts. Ces fleurs en papier ou en batiste luttent de fraîcheur et d'éclat avec celles de nos parterres. C'est l'industrie parisienne par excellence, et les jolies femmes des deux mondes achètent à Paris les fleurs qu'elles mêlent à leurs cheveux. Lltalie a eu d'abord le premier rang pour les fleurs artificielles comme pour les étofies de soie, les dentelles et les miroirs ; ensuite Lyon a été célèbre pour ses fleurs ; à présent la flore parisienne est sans rivale. Près de six mille ouvrières vivent à Paris de cette fabrication. Les plus habiles sont de véritables artistes, qui étudient avec amour les fleurs naturelles et les reproduisent avec plus de fidélité que les meilleurs peintres. Les salaires s'élèvent quelquefois jusqu'à 3 francs pour une journée de onze heures. Une fleuriste peut vivre dans de telles conditions, quand il ne lui prend pas fantaisie d'essayer elle-même les guir^

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