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SERVANTES

Les professions dont nous avons parlé jusqu'ici s'exercent pour la plupart dans des localités déterminées. Le voisinage d'une fabrique, la position particulière d'une place de commerce, quelquefois le caprice de la mode ou l'influence d'une ancienne renommée donnent lieu au développement de ces industries. Mais voici deux professions qu'on retrouve partout, et qui sont partout également nécessaires : le blanchissage et la couture.

Ces deux professions sont, si on peut parler ainsi, très-féminines, parce qu'elles se rapportent l'une el l'autre au soin du ménage, et que la vocation évidente des femmes est de diriger un ménage. Il est donc impossible de commencer l'examen des travaux de cet ordre sans dire au moins un mot des servantes, qui forment l'immense majorité des femmes mercenaires, et dont le métier consiste à faire, pour de l'argent, chez les étrangers, ce qu'elles feraient gratis chez elles si elles pouvaient vivre du salaire d'un père ou d'un mari. On ne classe pas les servantes parmi les ouvrières ; ce sont des ouvrières, cependant, suivant la stricte signification du mot, et même, quand elles se font cuisinières, elles ont une spécialité très-précise et très-importante. Le caractère principal qui les distingue des autres ouvrières, c'est la servitude. Une ouvrière, dans son atelier, a beau être obligée d'obéir au m.'^Ure ou au contr^j-matlie, elle sail qu'aus-

sitôt la porte franchie, elle s'appartient, et ce retour régulier de la liberté suffit pour en faire une personne libre. Elle a d'ailleurs son jour de repos dont elle ne doit compte à personne. Cette possession de soi-même est une si grande chose, malgré ses li- ' mites et ses intervalles, que dans la plupart des villes de fabrique, les femmes préfèrent le rude travail de Tatelier et leur misérable intérieur au confort dont jouissent la plupart des servantes et à leur travail moins monotone et moins fatigant. Ce n'est pas que Tobéissance soit aussi pénible aux femmes qu'aux hommes, elle est dans leurs instincts; mais dans sa maison la mère de famille obéit d'un côté et commande de l'autre ; la servante ne s'appartient plus ; en revanche, elle a la vie plus douce, une meilleure nourriture, des soins dans ses maladies, de la variété dans ses occupations, souvent de la compagnie pendant son travail et un salaire presque toujours très-supérieur. On donne encore « quinze écus, — vingt écus » de gages annuels à une servante dans quelque bonne vieille province comme la Bretagne^ où l'on vit de rien et où tous les salaires sont infimes ; mais à Paris, dans les grands quartiers, les gages de 50 francs par mois, pour une domestique nourrie, chauffée, blanchie, iie sont pas rares; et à ces six cents francs, qui peuvent être convertis presque intégralement en économies, se joignent encore les cadeaux et les étren-

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