oct. 1793, art. 9 et 10 ; et 17 nov, 793, art
partements et des commiiiies, sous la sanreiUanoe exclusive des pr^ets et des maires. Pendant toute la durée du régime impérial^ Tinstruction primaire ne figura dans les comptes du ministère de Tintërienr que pour l'imperceptible somme de 4250 fr. qui furent accordés par intervalle au noviciat des frères de la doctrine chrétienne. La Restauration n'essaya sérieusement de donner une impulsion énergique au service de l'instruction primaire qu'au moment où elle allait disparaître elle*mëmey emportée par la révolution de juillet. Elle avait inscrit pour cet objet une somme de 100000 francs au budget de i829. Cette allocation fut portée à 300 000 francs en 1830, à 700 000 francs en 1831, à 1 000000 en 1832 ^ On marchait à pas de géants; mais pour savoir à quel point on était encore éloigné du but, il faut songer que la loi du 14 juillet 1860 accorde aux écoles primaires une subvention de 6 095 000 francs', et que ces 6 millions, qu'il faut accepter comme un bienfait, sont notoirement et cruellement insuffisants*. L'année 1833 trouvait
1. On peut voir ces très-curieux détails dans Touvrage de M. Ch. Jourdain sur le Budget de l'instruction publique, Paris,
2. La rétribution scolaire acquittée par les familles s'élève à environ seize millions. A Paris, toutes les écoles communales sont strictement et absolument gratuites.
3. En Prusse , 6 millions de thalers (22 500 000 fr.) sont affectés au traitement des instituteurs. La population de la Prusse n'est pas égale à la moitié de celle de la France.
donc rinstruction primaire dans un état de détresse. Le matériel des écoles était misérable. Sur trefite«fiept mille communes, il ne s'en trouvait pas dix mille qui eussent de maisons d'école. Dans les autres, c'est*à*<lire dans plus de vingt-sept mille, i'ini^tuteur réunissait ses élèves où il pouvait, dans une grange, dans une écurie, dans une cave, au fond d'un corps de garde, dans une salle de danse, souvent dans la pièce qui contenait son ménage, et qui servait à sa famille de cuisine et de chambre à couchera « Les instituteurs mouraient de faim ; ceux des villages savaient & peine lire, et n'étaient que des gardiens d'enfants. Aucun homme un peu instruit ne pouvait se livrer à une carrière qui n'assurait ni le pain, ni la dignité. La loi de 1833, à laquelle on ne peut songer sans un sentiment de patriotique reconnaissance, donna des écoles primaires à toutes les communes, régla renseignement, créa la surveillance, améliora, quoique dans une bien humble mesure, la condition des maîtres, et prépara le recrutement du personnel par la fondation des écoles normales. Depuis cette époque, les progrès ont été rapides, moins rapides cependant qu'on n'était en droit de l'espérer ; on n'a pas su tirer de cette grande et excellente loi tout ce qu'elle pouvait donner. On ne lui
1 , M. Ch. Jourdain, Budget de l'instruction publique.
a pas obéi; car il ; a encore des communes sans école; on n'en a pas compris Tesprit, car on s'est trop souvent contenté d'élèves sur le papier et de simulacres d'instituteurs. Avec un tel instrument dans les mains, nous devions et nous pouvions remonter à notre rang, tandis que nous sommes demeurés un des peuples les plus ignorants de l'Europe.
Parmi les États qui nous entourent, un très-grand nombre a pris une mesure radicale, en rendant l'instruction primaire obligatoire. Un enfant ne peut pas plus se dispenser d'apprendre à lire et à écrire, qu'un jeune homme d*ètre inscrit sur les rôles de l'armée ou de la landwehr, un citoyen de faire partie du jury et de payer sa part de l'impôt. Ce sont les quatre devoirs civiques, et la loi contraint les pères à faire instruire leurs enfants, comme chez nous, à leur donner la nourriture du corps. Qui nous arrête? Une loi faite contre les mauvais pères ne saurait être une injure pour les autres. Nous avons réglé le travail des enfants dans les manufactures; c'est déjà admettre le principe. Puisque l'instruction est obligatoire pour les enfants travailleurs, on ne comprend pas qu'elle ne puisse l'être pour les enfants vagabonds. On dirait, à voir cette anomalie, que l'autorité paternelle n'est respectable aux yeux de la loi française qu'à condition de ne pas être exercée.
Voici les noms de peuples de l'Europe où l'igno-
L'INSTRUCTION. 3ÔÎ
rance du fils est considérée comme le délit du père : la Prusse, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg, la Hesse électorale, les grands-duchés de Bade, de Saxe-Weiraar, de Saxe-Cobourg-Gotha, deHesse- Darmstadt, les duchés de Nassau et de Brunswick, la Bavière, l'Autriche, le Danemark, la Suède, la Norvège. L'instruction primaire est obligatoire en Portugal depuis quelques années; mais la loi n'est pas régulièrement appliquée ou n'a pas encore produit ses effets. Dans la Confédération suisse, tous les cantons ont adopté le principe de l'obligation, à l'exception de trois petits cantons, Schwitz, Uri, Unterwald, et de Genève, où l'intervention de la loi serait inutile, parce que tout le monde sait lire. Dans les Pays-Bas, on n'exerce qu'une pression indirecte sur les familles ; presque toutes les administrations locales, les bureaux de bienfaisance indépendants et les associations charitables, privent de toute participation aux secours, les pères qui négligent d'instruire leurs enfants *. Le nombre
1. Le budget de la charité est très-élevé dans les Pays-Bas. Les sommes employées en secours de tout genre en 1867 (la dernière année dont la statistique soit complète) ne s'élèvent pas à moins de 10293 720 florins. Dans celte somme, les institutions communales comptent pour 4 769 991 florins, les institutions religieuses pour 4 544 416, et les institutions particulières pour 981 312. Le nombre des secourus est de 53 i. 611 (100 secourus sur 626 habitants] ; le maximum du secours annuel est de fl. 25, 72, le minimum de fl. 7, 14, la moyenne de fl. '8, 5.
des écoliers était de 123 sur 1000 en 1857; la loi sur riustraetioD, mise en vigueur le l** janvier de Tannée suivante, ne peut manquer d'améliorer promptement cette proportion. Dans Tarmée néerlandaise, sur 100 soldats, 73,76 savent lire et écrire, 2,20 savent lire seulement, 22,4 7, ne savent ni lire ni écrire ; on manque de renseignements sur 1,57 ^ Dans plusieurs cantons de la Suisse, on compte 1 école pour moins de 400 habitants ; à Fribourg, l école pour 347 habitants; à Neuchâtel, 1 école sur 3)5 habitants; dans le canton de Yaud, 1 école pour 273 habitants. A Genève, où la population n'est que de 66 000 habitants, Fétat dépense 97 000 francs pour l'instruction primaire. On peut dire qu'en Prusse l'universalité des enfants de sept à douze ans reçoit l'instruction primaire. En 1845,sur lOOjeunes gensde 20 à 22 ans, 2 seulement
1. La plupart de ces renseignements sur les Pays-Bas sont dus à l'obligeance de M. Sieburgh, consul de Belgique à Amsterdam. On consultera avec fruit sur la statistique de l'enseignement dans les différents pays de l'Europe, outre les rapports de M. Cousin au ministre de IHnstruction publique sur les écoles en Prusse et en Hollande (1832) : Condition sociale et éducation du peuplé en Angleterre et en Europe, par M. Joseph Kay, Londres, 1850, 2 vol. in-8. — De V éducation populaire en Frtmce^ avec un appendice sur la Hollande et la Suisse, par M. Matheus Arnold, Londres, 1861. — M. Eugène Rendu, De Véducalion populaire dans l^ Allemagne du Nord; et enfin une brochure anonyme sur la nécessité de rendre Vinstruction primaire obligatoire en France, imprimée à Montbéliard, chez Henri Barl.ier, 1861.
ne savaient ni lire, ni écrire» ni calculer ; en 1852, sur 41 699 jeunes soldats, on n'en comptait que 158, (c'est-à-dire 4,80 pour 100) qui ne sussent pas lire. Si nous détournons les yeux de cette situation florissante pour regarder ce qui se passe chez nous, nous y trouvons le plus douloureux contraste. Chaque année, au moment du tirage au sort, on reconnaît que près du tiers des jeunes soldats ne savent pas lire, quoique tout le monde ait pour ainsi dire une école gratuite à sa porte. D'après le dernier compte rendu sur le recrutement (classe de 1857), 90 373 jeunes gens, sur 294 761 inscrits, étaient complètement illettrés. Gela fait, en France, 30 66 pour 100, et en Prusse, 4,80 pour 100. Il en est de même des apprentis dans nos manufactures, mal« gré la loi sur le travail des enfants qui a rendu l'assiduité à l'école obligatoire. Cette loi a le sort de toutes les lois incomplètes. Quelques instituteurs commettent la faute impardonnable de donner aux enfants des certificats de complaisance. Les parents et les patrons se montrent indifférents; rinspection est à peine organisée ; elle ne se fait pas ou se fait mal. Dans les filatures où le rattacheur est payé par l'ouvrier qui l'emploie, le chef de la maison ne connaît pas toujours le nom de ses apprentis, il n'exerce à leur égard aucune surveillance. Même quand on obéit à la lettre de la loi, on ne le fait pas d'une façon sérieuse; à l'heure dite, la ma-
nufacture ouvre ses portes, les apprentis envahissent l'école communale, dont ils troublent les exercices; le maître les voit venir avec chagrin, et n'interrompt pas pour eux la leçon commencée. Leur présence, dans ces conditions, tf est guère qu'une formalité ; ils n'en retirent aucun profit et nuisent aux autres élèves. Ce n'est pas avoir d'école pour les apprentis que de ne pas avoir une école, ou du moins des heures d'école pour eux seuls.
Tous ceux qui se sont occupés de Finstruction publique, et le nombre en est grand dans notre pays depuis la Révolution, ont insisté sur l'importance de l'éducation des femmes ; cependant c*est à peine si on découvre quelque insignifiant article sur ce point capital dans les nombreuses lois qui ont successivement régi l'instruction primaire. L'Université impériale, pourtant si absorbante, ne s'était pas souciée de se charger des écoles de filles ; elles les avait laissées sous la surveillance des préfets, qui naturellement ne les surveillaient pas. Une circulaire du 19 juin 1820 avait créé des dames inspectrices, dont les fonctions étaient gratuites, c'est-àdire à peu près nulles, voilà tout ce qu'avait fait la sollicitude publique^ Plus tard; on soumit les écoles de filles au même régime que les écoles de garçons, mais en exceptant les écoles tenues par des religieuses, qui continuèrent à n'être surveillées que par les autorités administratives et ecclésiastiques.
Ce privilège accordé aux congrégations cessa en 1836. A partir de ce moment, les comités locaux et les comités d'arrondissement exercèrent la même autorité sur les écoles des deux sexes. Ainsi l'enseignement des filles était surveillé, mais il n'était pas organisée Aucune disposition législative n'assunût le sort des institutrices et n'obligeait les communes à fonder des écoles spéciales pour les Mes. La loi de 1833 est muette. Le projet présenté aux chambres par M. Guizot contenait un titre spécial qui disparut dans la discussion. L'administration se borna à permettre aux communes d'assurer un logement et un traitement aux institutricesi soit par une allocation régulière inscrite à leur budget^ soit en acceptant des legs ou donations pour cette destination particulière. Enfin la loi de 1850 inaugura une ère nouvelle en rendant la création d'une école de filles obligatoire pour toutes les communes ayant huit cents âmes de population agglomérée*: loi
1. A la vérité, on avait pourvu au recrutement du personnel. Une ordonnance royale de 1842 avait ordonné la fondation de cinq écoles normales d'institutrices. Ce chififre s'accrut rapidement. Il y a aujourd'hui dix écoles normales et vingt-six cours normaux. Les religieuses ont sept écoles sur dix, et treize cours normaux sur vingt-six.
2. Sur le nombre total des institutrices, plus de quatre mille ne jouissent que d'un revenu inférieur à quatre cents francs. Près de dieux mille ont entre cent et deux cents francs. Le produit de la rétribution des élèves payantes est presque partout insignifiant. C'est seulement depuis la loi du 14 juin 1859 que les
également tardive et incomplète, qu'il faut pourtant accepter comme un bienfait ou tout au moins comme une espérance. Il est à remarquer que, d'après le texte même de la loi, le conseil acadé-> mique peut autoriser l'introduction des filles dans les écoles de garçons, quel que soit d'ailleurs le chiffre de la population de la commune. Il n'a qu'à user de cette liberté pour prolonger la situation à laquelle on a voulu mettre fin, et pour rendre la loi inutile'.
Les filles ont le même droit que les garçons à recevoir rinstruclion élémentaire, et l'État a les mêmes devoirs envers elles. Quand nous ne serions pas tenus par un devoir de stricte justice à ne pas les priver du premier de tous les biens, et à ne pas les condamner^ en les retenant dans l'igno-
ûonseils municipaux portent la rétribution scolaire des filles à leur budget et la font recouvrer par le percepteur. La plupart des institutrices mourraient de faim si elles ne tiraient pas quelque profit de leurs travaux de couture et de broderie. Même avec ce supplément, elles ne peuvent espérer Réchapper à la misère. Elles gagneraient certainement à se faire servantes. On ne constate pas de pareils faits sans une profonde humiliation et une très-amère douleur.
1. La circulaire du 29 juillet 1819 avait réglé qu'aucune institutrice ne pourrait, sous quelque prétexte que ce fût, recevoir des garçons dans son école. Cette disposition réglementaire n*éait guère observée, et les préfets se refusaient avec raison à en econnaître l'importance, puisqu'on tolérait dans le même temps a présence des filles dans les écoles de garçons. SMl fallait choisir entre deux maux, il est clair qu'il y aurait plus d'inconvé-
rance, h la plus intolérable de toutes les inégalités, l'égoïsme devrait nous apprendre à les instruire pour nous^ pour notre bonheur, pour celui de nos enfants. Ces pauvres créatures, que Ton a envoyées dès l'âge de huit ans à la fabrique, et qui ne savent faire autre chose au monde que présenter le coton à la carde ou rattacher un fil rompu, sont incapables de tenir un ménage, et bien plus incapables encore de rendre une maison agréable. Beaucoup ne savent pas coudre, de sorte qu'il faut que tout le monde autour d'elles soit en haillons. Elles n'ont aucune notion de la cuisine, parce qu'on néglige presque partout, dans les écoles, de descendre à un enseignement si peu relevé. Il est vrai que les écoles, et celles qui les fréquentent, sont quelquefois si pauvres, que la matière première manquerait pour leur apprendre à faire la cuisine et à coudre *•
nients à confier des filles à un instituteur que des garçons à une institutrice. L'administration actuelle l'a pensé , car, par un décret du 3t décembre 1853, elle a modifié l'application de la loi de 1851 en permettant de confier à des institutrices la direction des écoles publiques communes aux enfants des deux sexes, qui, d'après la moyenne des trois dernières années, ne reçoivent pas annuellement plus de quarante élèves. Tout en approuvant cette disposition, il sera permis de dire que la séparation des sexes dans les écoles devrait être un principe absolu , et que la justice et l'intérêt de la société sont d'accord pour exiger la fondation d'une école spéciale de filles dans toutes les communes de France.
1. A Lennep (Prusse rhénane), il s'est formé en 1851 une association pour remédier à l'insuffisance de l'éducation des filles
Elles sont hors d*état de faire le plus simple calcul, ce qui leur rend l'économie impossible, et met étrangement à Taise la manvaîse foi des petits fournisseurs. Un peu de lecture leur procurerait un fond de conyersation pour retenir leurs maris près d'elles, tandis que Fignorance les rend muettes, les condamne à Timpuissance. Si leurs enfants vont aux écoles, ils se sentent bien vite plus savants qu'eUeSy supérieurs à elles ; s'ils n'y vont pas, par misère ou par maladie, qui suppléera au maître? Est-ce le père, absent tout le jour? La nature a voulu que la première initiation à la vie intellectuelle et morale fui l'ouvrage des femmes. Gomme ce sont elles qui soignent le petit enfant impuissant et qui lui sourient les premières, elles sont aussi les premières qui éveillent ses sentiments; elles lui apprennent à marcher, à bégayer et à penser. Elles donnent « cette éducation de peu de mots, mais de beaucoup d'action, qui est la plus profonde et la plus durable de toutes, parce que c'est alors Tàme même qui parle à l'âme, qui y gouverne et y règne du droit
de fabrique, qui ne les prépare en aucune façon à tenir un ménage. Suivant les statuts de cette association, les jeunes filles quittent les fabriques à l'âge de dix-neuf ans, et passent deux ans, comme servantes, dans une famille; elles rentrent ensuite dans les fieibriques si cela leur convient. Cela ne peut se faire que dans un pays de mœurs très-pures, on ne saurait conseiller de suivre cet exemple : on le cite seulement pour montrer quelles negrettables lacunes subsistent dans l'éducation populaire des filles.
divin delà bontés » Le plus savant d'entre nous, s'il faisait un recensement exact de toutes ses idées et de tous ses sentiments, reconnaîtrait que le meilleur de son cœur et de son esprit lui vient de sa mère. Tous nos efforts après que nous l'avons quittée, nos études, nos veilles, nos expériences, nos voyages, n'ajoutent que bien peu à ces premiers éléments de vie intellectuelle et morale que nous lui devons. C'est tout le passé de l'esprit humain qui nous parle par sa bouche, tandis que, sans y penser et sans le savoir, elle introduit en nous tout ce que sa mère lui avait enseigné à elle-même, et nous rend les sourires, les caresses, les sentiments, les idées qui ont bercé et élevé sa propre enfance. Quand, plus tard, un homme a la conscience droite, le cœur bien placé, quand il se sent en possession d'une volonté à la fois résolue et tranquille, c'est à sa mère, après Dieu, qu'il le doit. Cette première éducation, qui fait l'hompae même, est surtout nécessaire à l'enfant du pauvre^ jeté si jeune au milieu des difficultés de la vie, et qui, dès l'âge de huit ou neuf ans, est obligé de travailler pour son pain, de passer ses journées dans une manufacture, au milieu d'étrangers. La société sera quitte envers ce pauvre enfant, que tant de misères accablent dès le berceau, si elle lui rend sa mère.
1. M. Damiron, Souvenirs de vingt ans d'enseignement ^ introd. p. 21.
La dernière statistique montre que l'éducation des fllles fait depuis quelques années plus de progrès que celle des garçons. Il y a toujours plus de garçons dans les écoles, et plus de filles illettrées ; mais la différence est d*année en année moins considérable. Toute cette matière est si grave, que nous ne craindrons pas de multiplier les chiffres. C'est l'avenir même du pays, c'est l'intérêt le plus sacré, le plus pressant. Il faut que tout le monde sache où on en est, pour que tout le monde se rende compte de ce qui reste à faire.
Nous avons en France 63 777 écoles qui se décomposent de la façon suivante :
Écoles publiques ne recevant que des garçons. • 18 732
Écoles libres ne recevant que des garçons 3 476
Écoles publiques, dirigées par un instituteur, et
recevant des garçons et des filles 15 697
Écoles publiques recevant des garçons et des
filles, dirigées par une institutrice 2231
Écoles publiques de filles 11 836
Écoleslibres de filles 11805
Total des écoles 63 777
La première observation à faire sur ce tableau, c'est que sur 48 496 écoles publiques, 18 732 sont consacrées aux garçons, 1 1 836 aux filles. Cette disproportion constitue à elle seule une injustice criante. 17 928 écoles reçoivent des garçons et des filles à la fois. Cette confusion des deux sexes dans la même école est contraire aux bonnes mœurs, et à
la bonne éducation des filles. Gela est d'autant plus frappant que 15 698 de ces écoles sont dirigées par des hommes. Il est vrai que dans beaucoup de petites communes il est très-difficile d'entretenir deux éco« les publiques, et qu'il est peut-être plus difficile encore de créer un bon personnel d'institutrices. Mais il ne s'agit, en définitive, que d'une question d'argent; car si les institutrices trouvaient, dans l'exercice de leur profession, du pain assuré, un abri décent, l'espoir d'une retraite, on ne manquerait pas de postulantes. Puisque nous faisons tous les jours ce qu'on appelle en finance des emprunts, nous ne ferons, en fondant des écoles, que payer nos dettes aux générations futures. N'a-t-on pas reconnu depuis longtemps que c'est un devoir strict de donner gratuitement l'instruction à tous ceux qui ne peuvent pas la payer ? Si c'est un devoir, il faut le remplir. Disputer l'argent à Tinstruction, c'est le disputer à la morale.
Il est remarquable que, tandis que, pour les écoles publiques , les écoles de garçons l'emportent sur les écoles de filles, c'est tout le contraire pour les écoles libres. Il y a 11 805 écoles libres de filles, et seulement 3476 écoles libres de garçons. Est-ce une compensation en faveur des filles? Pas du tout. Il y a une foule de petits couvents qui tiennent de petites écoles insignifiantes, qu'on devrait plutôt qualifier d'asiles ou d'ouvroirs. En outre, on compte
pour les filles les écoles de tous les degrés ; on ne compte pas pour les garçons les écoles secondaires ou collèges. Nous nous occupons ici^non des pensionnats élégants et des demoiselles de riches familles, mais des filles du peuple. Or, si on regarde le nombre d'élèves qui reçoivent gratuitement l'éducation dans les écoles publiques, on trouve 776 934 garçons et 670922 filles'. Cette différence de plus de 100 000 tient à ce que beaucoup de parents pauvres, regardant l'instruction comme moins nécessaire à une fille qu'à un garçon, négligent de réclamer pour leurs filles le bénéfice de l'école gratuite^.
Cette statistique serait incomplète, si nous ne donnions pas le chiffre comparé des écoles laïques et des écoles ecclésiastiques, et cette comparaison est d'autant plus importante qu'ici encore les filles sont traitées tout autrement que les garçons. Le nombre des instituteurs laïques, publics et libres, est de 36830 contre 3306 frères, tandis qu'il y a 13 088 institutrices laïques, et 10 553 sœurs chargées de la direction d'une école \
h Savoir : 582 689 filles dans les écoles de filles, et 88 233 filles dans les écoles mixtes.
2. La statistique des mariages pour 1833 donne pour les hommes illettrés, 33,70 pour 100, un peu plus du tiers, et pour les filles 54,75, plus de la moitié. — Statistique de la France, t. I, p. 226.
3. Sur ce nombre , 9364 exercent en vertu de lettres d'obédience \ 1 189 seulement sont pourvues de brevets
Les écoles de frères sont presque partout des écoles importantes, parce qu'ils sont obligés par leur règle d'être au moins deux dans chaque école, et que les petites communes ne peuvent ni payer et loger des instituteurs, ni prendre des instituteurs qui excluent nécessairement les filles. Malgré cela, on comprendra sans peine que 3306 écoles de frères aient une population inférieure de plus de moitié à celle de 1 553 écoles de sœurs. Sur 1 342 564 enfants qui sont élevés. annuellement en France par les corporations religieuses, il n'y pas moins de 925078 filles. Gela fait en faveur des filles une différence de 507 592, soit un demi-million. Il y a donc à ce point de vue un écart considérable entre Téducation reçue par les garçons et l'éducation re-^ çue par les filles; et il est impossible, à quelque point de vue qu'on se place, de ne pas sentir l'importance de ce fait sur l'organisation de notre société*.