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Les écoles laïques contiennent. 1 518 710 garçons

et..... 891807 filles

Entout 2410517 enfants

élevés par des instituteurs laïques.

Les écoles de frères contiennent 417 486 garçons

et les écoles de sœurs 925 078 filles

En tout 1342564 enfants

élevés par des corporations religieuses.

Différence en faveur des laïques : 1 069 954. En réunissant tous les enfants qui suivent les écoles publi-

En somme, les enfants, garçons et tilles, qai ro çôivent en France l'instruction primaire forment u î total de 3 753 081 enfants*.

On évalue de la façon suivante le nombre des en fanls qui ne reçoivent aucune instruction :

Garçons 425 475

Filles 454 136

Différence en faveur des garçons 28 651

Nombre total des enfants qui ne reçoivent aucune éducation 879 611

Le nombre total des enfants étant de 4 632 602, on peut dire qu'il y a presque 1 enfant sur 5 qui ne fréquente pas l'école*.

ques et privées ^ laïques et religieuses, on trouve un total

de 1 936 106 garçons

et 1816885 filles

La différence en faveur des garçons n'est plus que de 119311.

1. En Prusse, sur une population de 17190575 habitants, en 1855, les écoles comptaient 2 758 572 élèves.

2. Comme terme de comparaison, voici quelle était la situation de la Belgique le 31 décembre 1856 :

Nombre Nombre d'enfants Sans

d'enfants à l'école. instruction.

Garçons 353 953 262 695 91258

Filles 345 778 248 '4 01 97 377

Total 699731 Total. 511 096 Total. 188 635

Dans la levée de 1857, sur un total de 40 675 miliciens^ on comptait :

Complètement illettrés 14 026

Sachant lire 4 195

Lire et écrire 8 825

Ayant une instruction plus étendue 13 168

Sans renseignements ....*... 162

l'instruction. 411

Cette conclusion est désolante; elle est humi liante. On voudrait pouvoir y échapper. L'humanité, le sentiment national se révoltent. Mais il n*y a pas moyen de nier les faits; on ne peut que son ger à améliorer Tavenir.

Quelques personnes cherchent un motif de consolation dans cette pensée, que Tinstruction primaire n*a cessé de faire des progrès depuis 1833. Elles espèrent que, ces progrès continuant dans le même proportion, un jour viendra où tous les enfants apprendront à lire. Mais c'est une illusion; la société n'est pas composée d'éléments homogènes. Ceux qui possèdent quelque instruction ou qui, sans être lettrés, ont vu de près les avantages de l'éducation, désirent tout naturellement arracher leurs enfants à l'ignorance. En est-il ainsi des autres? Comprennent-ils ce qui leur manque?

Beaucoup d'entre eux haïssent toute supériorité intellectuelle, comme dans la société antique l'esclave maudissait son maître. Ils croient bien faire en retenant leurs enfants dans leur condition. L'école, même gratuite, est pour eux une dépense, parce que l'écolier ne gagne rien. Les riches ont peine à se persuader qu'un enfant de huit ans puisse être une ressource pour sa famille ; il faut avoir le cœur fait d'une certaine manière pour comprendre l'extrême pauvreté sans l'avoir subie. Quand même le pauvre se priverait du chétif salaire de l'enfant,

ne faut-il pas que l'écolier soit nourri et vètaî Gomme il y a en Irlande des ouvriers qui ne peuvent pas aller à F office le dimanche, faute d'un vêtement, il y a en France de pauvres enfants qui, pour la mâme raison^ ne peuvent pas entrer à l'école. Plus d'une maîtresse de salle d'asile garde côte à Côte, pendant toute la journée; des enfants qui ont bien dtné et des enfants qui meurent de faim sous leurs yeux, tout en remuant, à leur signal, leurs bras et leurs jambes, jusqu'à ce que la force abandonne le pauvre petit corps épuisé. Il ne faut pas appliquer la même règle à ces meurt-de-faim et au reste des hommes. Une école ne peut être vraiment gratuite pour eux, qu'à condition de les nourrir.

Il y a donc en France 879 611 enfants qui n'apprennent rien ; et ce chiffre, si on ne prend pas des mesures énergiques, menace de ne pas diminuer. Mais ces 8 à 900 000 ilotes, sont-ils les seuls ignorants? Compterons-nous parmi ceux qui savent lire et écrire tous ceux qui ont fréquenté l'école? D'abord la statistique nous apprend qu'il y a, dans les écoles de garçons 19 650 bonnes écoles, 16867 passables, 3619 mauvaises; dans les écoles de filles, 12253 bonnes écoles, 9943 passables, 1445 mauvaises. Ainsi plus de la moitié de nos écoles ne méritent pas d'être comptées pour bonnes; 5064 sont décidément mauvaises. Même dans les bonnes écoles, est-ce que tous les élèves sont assidus? Sur les 3 ou

4 millions d'écoliers recensés, combien y en a-t-il qui ne viennent à Técole que pendant deux ou trois mois d'hiver, qui en sortent pour le p&turage^ les foins, la moisson, avant de savoir épeler, et revien nent Tannée suivante tout aussi ignorants que s'ils n'avaient jamais ouvert un livre? Le ministre lui même déclare qu'ils n'appartiennent aux écoles que sur le papier, « qu'après une fréquentation pure ment nominale des classes, ils sont à peu près complètement dépourvus de toute éducation intellectuelle^ » Ainsi s'explique en partie ce phénomène bizarre, que le nombre des écoliers augmente , e* que le nombre de conscrits lettrés n'augmente pas*. C'est que beaucoup d'enfants n'apprennent rien dans les écoles, ou apprennent d'une façon tellement superâcielle, qu'un ou deux mois après avoir quitté les bancs, ils ne savent plus rien. La lecture es*! pour eux comme ces langues mortes que les enfants de la bourgeoisie apprennent fort mal dans nos collèges, qu'ils n'ont aucune occasion de parler, et qu'ils oublient très-complètement au bout d'une année. Le jeune paysan quia lu machinalement quelque méchant livre de classe, rentré dans la ferme, n'y trouve pas même un livre de messe. Il dit son chapelet à l'église, chante à tue-téte en gardant les

1. Circulaire ministérielle du 31 octobre 1854. % De 1840 à 1853 le nombre des conscrits i^achant lire et écrire a été à peu près stationnaire.

Taches, et ne comprend guère pourquoi on lui a fait passer un an ou deux & s'ennuyer chex le maître. La conséquence de tout cela, c'est que malgré les efforts très honorables que Ton a faits depuis quelque temps, il reste encore immensément à faire. A Paris même, où presque toutes les écoles sont excellentes, elles sont insuffisantes. II n'y a pas une mairie où l'on ne refuse chaque année 50 enfants faute de place dans les écoles et dans les asiles^ En prorince, les écoles publiques de filles

1. Dans une seule des mairies de Paris, au mois de novembre 1861, le nombre des postulants pour une place dans Técole communale est de 50, et pour une place dans la salle d'asile, de 150 ; total : 200 enfants privés des ressources de Tin* struction gratuite, et en instance pour les obtenir dans un seul des vingt arrondissements de Paris.

Le nombre des écoles est pourtant frès-oonsidérable à Paris. En voici le tableau :

83 écoles communales de garçons contenant 31021 élèves, et ^ écoles communales de filles, contenant 28 928 élèves.

Soit 178 écoles et 59 949 élèves.

Il faut ajouter, pour les garçons, 304 écoles libres , contenant 30344 élèves; et, pour les filles, 647 écoles contenant 39 516 élèves.

Si Ton veut décomposer ces chiffres pour connaître la part qui revient aux écoles laïques et aux écoles ecclésiastiques, on trouvera pour les écoles laïques :

Écoles communales de garçons. 55, nombre des élèves 17155 Écoles libres de garçons, ...... 274, — — 21 784

Soit 329, — — 38939

Écoles communales de filles..., 48, — — 11678

Ecoles libres 582, — — 32 109

Soit 630, — — 4378T

manquent presque partout. Près de 900000 enfants ne réclament pas le bénéfice de instruction*. Parmi les autres, un grand tiers ne va aux écoles que par hasard ou par contrainte, n'y apprend rien. Ceux mêmes qui savent lire eJt écrire, une fois sortis de l'école, faute d'occasions, oublient ce qu'ils savent, n'en tirent pas profit. Osons le dire : on n'a rien feU pour l'instruction du peuple en fon-

C'e$t-è-dire pour renseignement laïque 959 écoles et 82 726 élèves. Et, pour l'enseignement ecclésiastique :

Écoles communales de garçons. 38, nombre des élèves 13 866 Écoles libres 30, — — 8 560

Soit 68, — — 22 426

Écoles communales de filles 49, — — 17 260

Écoles libres 65, — — 7 407

Soit 114, — — 24667

Ce qui donne, pour renseignement ecclésiastique, 182 écoles et 47 093 élèves.

1 . La Société industrielle de Mulhouse, justement fière d'avoir provoqué la loi du 12 mars 1841 sur le travail des enfants dans les manufactures, a demandé au sénat , par une pétition en date du 20 février 1861, de rendre Tinstruction primaire obligatoire. Nous lisons dans le rapport fait à la Société par M. Bader, directeur de l'école professionnelle de Mulhouse, les paroles suivantes : « La Société industrielle est bien placée pour constater combien il reste à faire encore pour que la lumière de l'instruction pénètre réellement toutes les couches de la population. Il n'est pour ainsi dire aucun de ses membres qui n'ait eu l'occasion de s'assurer que le plus grand nombre des enfants qui, des campagnes, affluent vers les centres manufacturiers pour demander de l'ouvrage, sont dépourvus des connaissances les plus élémentaires. »

dant des écoles primaires» tant qu'on n'y joint pas des écoles d'adultes et des bibliothèques facilement accessibles.

Hais, dès qu'on entre dans cet ordre d'idées, on voit qu'il y a tout un monde à remuer. Les écoles d'adultes n'existent que dans quelques grands centres, les bibliothèques nulle part. Le gouvernement et les administrations locales ont déjà beaucoup à faire pour les écoles proprement dites; le zèle ne suffit pas pour cette grande tâche; il y faut de l'enthousiasme. Quand il se rencontre, dans une ville, un homme pénétré dç l'amour du bien public, on ne tarde pas à voir naître les prodiges. Tels ont été les Dufour et les Souplet à Saint-Quentin ; le re* grettable H. Schvf^arz, à Mulhouse. On voudrait pouvoir connaître les noms de tous ceux qui ont vo^ lontairement donné leur temps et leur talent à l'enseignement du peuple , et les inscrire dans une sorte de livre d'or. Quelques sociétés ont été fondées : la Société d'encouragement pour Tinstruction mutuelle à Nantes, la Société d'encouragement des écoles mutuelles à Angers, la Société d'encouragement pour l'instruction primaire à Metz. Lyon a deux sociétés, la Société d'éducation et la Société d'instruction primaire du Rhône*. Nous avons à

1. La Société d'instruction primaire du Rhône a ouvert à Lyon, en 1858, un cours de langue anglaise pour les femmes. Les feoimes ont aussi à Lyon un cours de comptabilité commer-

Paris la Société pour Tinstruction élémentaire, fondée en 1815^ et la Société pour rencouragemeat de riustruction primaire parmi les protestants*. La Société des instituteurs et institutrices de la Seine n'est qu'une caisse de secours mutuels ; mais elle rend des services à l'instruction puisqu'elle améliore le sort des instituteurs '. Il existe en outre à Paris deux associations qu'on nesait comment louer, tant elles font de bien et tant elles sont méritoires ; c'est d'ailleurs une chose rare et inappréciable en France, qu'une association libre dans un but désintéressé et utile. L'une,rAssociation polytechnique, remonte à 1830. Elle a trois sièges dans Paris : à l'école centrale, à l'école communale delà rue Jean- Lantier et à l'école de Médecine. L'autre, l'Association philotechnique, est un démembrement de la première, et ne date que de 1848; elle fait des cours chaque soir dans le local de l'école Turgot, dans celui de l'école de la rue Saint-Ëlisabeth, à l'école

ciale et un cours de dessin pour celles qui se destinent au dessin de broderie, à la lithographie, à la peinture des bijoux. Signalons aussi, dans la môme ville, l'école de la Martinière, école professionnelle pour les garçons, fondée il y a soixante ans par Claude Martin, général -major au service de la compagnie anglaise des Grandes-Indes. Nous avons en France si peu d'écoles fondées j et celle-là donne de si grands et si utiles résultats, qu'on ne saurait trop recommander de pareils exemples.

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