‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 16 sur 81 · Au moment même que FerroUes descendait · texte numérisé non relu

Au moment même que FerroUes descendait

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le Paru, — le. 18 mai 169^, — le roi de FraDce nommait son ambassadeur extraordinaire auprès de dom Pedro II de Portugal un grand personnage, M. Louis- RoUin de houille Marbeuf, seigneur des Loges, président au grand conseil de Sa Majesté.

l&l. Le 28 juillet, le comte de Pootchartrain, miiiistre de la marine et des colonies , donna à M. de Roiiillé dés instructions dans lesquelles il lui était ordonné de réclamer contre l'établissement des Portugais au nord de F Amazone, comme étant une usurpation des jdroits de Sa Majesté Très Chrétienne.

1A2. Le 6 août, Louis XIV signait le3 lettres de créance de M. de Rouillé ; et celui-ci débarqua à. Lisbonne le 2 septembre 1607.

1A8. Pour faire avec plus d'effet son entrée publique, l'ambassadeur extraordinaire de Louis XIV attendit la nouvelle du succès du gouverneur de Cayenne.

lÂA. Une frégate l'apporta enfin à Rochefort le 6 novembre. — Mais elle apportât en même temps quelque chose d'inattendu.. . : la reprise de Macapi par les Portugais du Brésil.

Iik5. Lorsqu'^/i/o/iio d' Albuquerque eut connais-» sance de la perte de ces trois forts, dont le plus im« portant avait été fondé par lui-même et se trouvait sous l'invocation de son propre patron — S. Jntonio de MacapA, — il revenait de les visiter tous les trois^ dans un voyage qu'il avait fait au Rio Negro^ et il se trouvait encore à Gurupà, en convalescence d'une maladie grave. Son indignation fut grande, en apprenant que les Gayennais maîtrisaient enfin, et presque à sa

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face, cette ri\e gnyanaise de TAiiiazone, que le Brésil avait achetée aux Anglais et aux Hollandais au prix de son sang, et que lui et tous ses prédécesseurs avaient toujours soignée avec tant de sollicitude. Mais il aimait mieux la vengeance que la plainte.

140. 11 expédie immédiatement Francisco de Sôusa Fundâo et Joâo Mouiz de Mendoça ; et le 28 juin 1 697 le fort de Macapà était rentré au ]K)uvoir des Portugais.— Les Français ne l'avaient occupé qu'un mois.

147. Ce contre-temps nécessita un nouveau délai dans la présentation des lettres de créance de F ambassadeur.

148. Privé du grand ai-gument sur lequel il avait compté, — le droit de possession de la rive guyanaise de l'Amazone, — Louis XIV jugea convenable de demander beaucoup plus, pour obtenir quelque chose. Il chargea M. de Rouillé de réclamer jusqu'à File du Maragnan, ajoutant à la France Équinoxiale de Ferirolles la France Équinoxiale de La Ravardière.

149. Ainsi préparé, Fambassadeur de Louis XIV lit son entrée publique à Lisbonne, le 6 février 1098 ; et il remit à dom Pedro II ses lettres de créance.

160. Tout était grand dans Fambassadede M. de Rouillé, excepté seulement le bagage polémique. — il ne consistait qu'en deux pièces, envoyées de Cayennc à Vei-sailles par FerroUes.

151. C'était, en première ligne, un plaidoyer remontant au commencement de Fannée 1088, et ayant lK)ur titre : «Mémoire contenant les di-oits de la France » sur les pays situés entre la rivière des Amazones et >j celle d'Orénoc » ; et puis, la lettre de 1094 que nous

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connaissons, métamoiphosant la rivière d'Oyapoc en l'île de Marajd.

152. L'ambassddeui* entama la négociation en envoyant au ministre portugais, Roque Monteiro Paim, une copie pure et simple du mémoire de 1688; et il réserva pour ses répliques la lettre de 1694.

153. Or, voici, Messieurs, quels étaient les arguments faisant la force du mémoire fondamental. ~ Il y a plus de cent ans que les Français ont commencé à faire le commerce avec les Indiens de la Guyane, sdnsi que le montre Keymis cité par De Laet. — En 160â , La Ravardière trafiqua avec les Indiens de FOyapoc et avec ceux de Cayenne, comme le témoigne Mocquet. — Dès 1626 les Français ont colonisé la Guyane. Le sieur de Ghantail, et le sieur de Ghambaut, son lieutenant, menèrent cette année-là une colonie de vingt-six hommes sur les bords du Sinamari. — En 1633,. le cardinal de Richelieu créa une compagnie, qui, sous le nom de Gap de Nord, n'avait d'autres bornes que l'Amazone et l'Orénoque ; et depuis lors le roi de France a souvent assigné à la Guyane Française ces mêmes limites. — En 1643, en 1651, en 1664, les Français sont allés a'établir à Gayenne, sous Brétigny, sous Royville, sous La Barre ; et, sauf quelques interruptions, ils ont toujours gardé Gayenne. — « Durant un si grand )) nombre d'années, les Français ont exercé {à Cayenne) A tous les actes de véritables et légitimes possesseurs ; ' » ils ont fait conmierce avec tous les peuples indiens » des environs, chassé dans leurs terres, péché sur )) toutes les côtes, et même dans l'embouchure de la » rivière des Amazones. )> — « Ils ont voyagé librement

» de tous câtés dans les terres ; et, entre autres, les » pères Grillet et Béchamel, jésuites français, pénéu trèrent en 167& plus de cent lieues dans les pays qui » sont au midi de Gayenne, jusque chez les Acoquas, » qui habitent à T ouest du Cap Nord, et où jamais au- )) cun Portugais n^avait mis le pied. » — « Les Portugais » ne peuvent pas s'excuser sur ce qu'ils ont les deux » habitations de Corrupa et Destierro, sur le rivage » septentrional de la rivière des Amazones ; car on peut » leur répondre , premièrement , que ces habitations » sont de beaucoup postérieures à nos établissements n dans la Guyane ; secondement, que leur habitation )> de Gorrupa est à plus de cent lieues du Gap Nord, et n celle de Destierro à plus de cent vingt ; et que la ri- » vière des Amazones ayant douze cents lieues de Ionn gueur, deux petites habitations ne suffisent pas pour » occuper tout ce rivage, et encore moins toute la ri- )) vière, d'autant plus que nous habitons plus près u qu'eux du Gap Nord. » — Enfin, les Français ont occupé avant les Portugais, non-seulement la Guyane, mais encore le Maragnan.

1 5 A. Le ministre portugais, voulant procéder avec toute maturité, consulta deux juges compétents : — le général d'artillerie Gomes Freire d'Andrada, qui avait été gouverneur de l'État de Maragnan au début de l'envahissement de la région de l'Amazone par les Fran- * çais, et à l'incitation duquel avait été ordonnée la construction des nouveaux forts sur la rive guyanâise de ce fleuve ; — et le jeune comte d'Ericeira, Francisco Xavier de Menezes, littérateur extrêmement éclairé, {)arfaitement au courant de toutes les publications

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françaises, fils de récrivain qui dans son Histoire de la Restaurntion dn Pnvtn^al avait traité avec un grand soin ce qui regardait le Brésil, neveu de celui qui avait traduit en latin cette histoire si brésilienne, et descendant du gouverneur général du Brésil qui le premier avait fait sentira sa cour l'importance de la partie sep* tentrionale de ce grand empire.

165. Dans deux mémoires savamment élaborés, Andrada et Ericeira démontrèrent :

166. Que la presque totalité des allégations de Tambassadeur de France ne regardait que la partie de la Guyane située en dehors de la région de F Amazone ; tandis que les Portugais du Brésil n'avaient jamais pré* teudu s'étendre au delà de cette région, au delà de la rive droite de FOyapoc : et que dans ces limites, entre l'Amazone et FOyapoc, la prétention de la France n'avait aucun autre fondement que la seule envie de jouir de la navigation de F Amazone, sans connaître ce fleuve autrement que par sa réputation : —

157. Qu'avant le premier établissement des Français dans la Guyane, — qui n'avait été formé qu'en 1626, et à plus de cent lieues de l'Amazone, — déjà les Portugais du Brésil avaient fait acte de domination sur la branche guyanaise de F Amazone : en 1623 Bento Maciel Parente, en 1625 Pedro Teixeira. ~

158. Qu'avant le premier établissement des Français à Cayenne, — qui n'avait en lieu qu'en 163A,^déjà les Portugais du Brésil avait fait acte de domination sur la rive amazonienne du continent de la Guyane : en 1629 Pedro Teixeira, en 1631 Jacome Raimundo de Noronha, en 1632 Feliciano Coelho de Garvalho. —

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i 69. Que les Français avaient été obligés d^abandouner Cayenne, lorsque les Brésiliens élevèrent en 1638, sur le boi*d amazonien du continent de la Guyane, le fort de Desterro, qui n'avait cessé d'exister qu'en 1(597, par le méfait du marquis de FerroUes ; et lorsqu'en 1639 ils firent acte de domination jusque sur le Nâpo. —

160. Que, bien qu'en 1674 les jésuites français Grillet et Béchdinel eussent pénétré librement jusqu'à l'ouest du Cap de Nord,, au midi de l'embouchure de rOyapoc, cela n'infirmait point les droits du Portugal; — puisque les deux Pères, comme on le savait par leur relation imprimée, s'étaient arrêtés à l'inipi, affluent du Camopi, affluent lui-même de la rive gauche de rOyapoc; et que, si l'inipi se trouvait au sud du cap d'Orange, cela provenait de ce que l'Oyapoc ne coulait pas de l'ouest à l'est, mais bien du sud au nord. —

i 61 . Que les limites attribuées par l'amba^jsadeur à la concession française de 1633 étaient inexactes, — puisque d'un livre français imprimé deux fois, celui du père Fournier, il résultait que ces limités n'étaient autres que le Maroui et l'Oyapoc. —

162. Que ces limites, quant à l'Oyapoc, se ti'ouvaient paiiaitement d'accord avec la donation portugaise faite en 1637 à Bento Maciel Parente, dont on pouvait exhiber à l'ambassadeur l'enregistrçment ofliciel, dans les archives royales de Lisbonne. —

163. Que le Roi Très (Ihrétien, en permettant à ses sujets, par d'auties actes que celui de 1633, de s'étendre de l'Amazone à l'Orénoque, avait toujours excepté

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les endroits déjà occupés par des princes chrétiens alliés de la France, comme on le voyait explicitement déclaré dans les lettres de provisions de ^ charge de vice-roi de TAmérique accordées en 1655 au duc d* Ampville, et dans Tédit de création de la compagnie des Indes occidentales en 1664 ; — et que dès l'année 1641 , innnédiatement après le glorieux avènement de la maison de Bragance, le Portugal avait le bonheur de se trouver lié à la France, non-seulement par un traité, mais encore par les preuves les plus éclatantes de l'amitié la plus cordiale. —

164. Qu'il était évident que, en assignant à ses sujets toutes les côtes de la Guyane, le roi de France n'avait pas entendu leur assurer la possession de la totalité de ces côtes quand même; mais uniquement sa protection pour les établissements effectifs que les Français réussiraient à y faire : — car Tédit du mois de mai 1664 avait concédé à la Compagnie des Indes occidentales, non-seulement toute la Guyane depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque, mais encore toute l'Amérique septentrionale depuis le Canada jusqu'à la Floride, et encore toute l'Afrique depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espérance ; et cependant, sans que la dignité de Sa Majesté Très Chrétienne en reçût la moindre atteinte , la France était bien loin de posséder toute la côte de l'Afrique depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espérance , bien loin de posséder toute la côte de l'Amérique septentrionale depuis le Canada jusqu'à la Floride, et1i)ien loin aussi de posséder toute la côte de la Guyane. Elle n'avait rien, elle ne réclamait rien à Touesl du Maroni ; et pourtant il y avait du Maroni à

rOrénoque une étendue de côte incomparablement plus grande que de TOyapoc à V Amazone. —

165. Qu'il était si manifestement incontestable que le roi de France n'avait entendu assurer à ses sujets que les endroits effectivement occupés par eux, qu'un lieutenant général du roi dans la Guyane FrançAise, Lefebvre de ï^ Barre, dans un livre imprimé à Paris en 1666, avait déclaré que la .Guyane Française se renfermait entre le Maroni et l'Oyapoc. —

166. Que dans ce même livre de 1666, ce même lieutenant-général du roi dans la Guyane Française, avait publié que le rivage amazonien de la Guyane depui9 le Gap de Nord jusqu'à la pointe de Macapa était presque inconnu aux Français : ce qui impliquait l'aveu

qu'en dedans de Macapa ce rivage leur était tout à fait inconnu. — «

167. Que dans un autre livre français, publié un mois seulement avant la présentation des lettres de créance de l'ambassadeur, l'ingénieur Froger, qui venait de passer vingt-cinq jours à Cayenne, s'enflamr mant auprès de FerroUes de l'amazonomanie, ^— tout en ajoutant à son ouvrage une « carte du gouveme- » ment de Cayenne ou France .îlquinoctiale » , dans laquelle les bornes de la Guyane Française étaient portées à la rive septentrionale de l'Amazone, avait ébruité dans son texte que « le gouvemement de Cayenne n'an vait point encore paru sous le nom de France Aequi- » noctiale avec l'étendue et les limites qu'il lui don- )) nait » : ce qui équivalait à une condamnation du zèle indiscret du marquis de FerroUes. —

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