Étu(^ons bien, Messieurs, ce traité fondamental
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i 86. Il déclare que le différend entre la France et le Portugal roulait sur la possession des terres du Cap de Nord situées entre Cayenne et In rivière des^
ÀmHzones, — Donc Louis XIV avait reconnu que sa prétention à Tlle du Maragnan était trop insoutenable, et il l'avait retirée.
186. Autre considération. Les Français ne pouvaient entrer daus le territoire indécis que par les terres qui sont du côté de Cayenne^ et non autrement; et ils devaient s'arrêter à la rive gauche de V Amazone, 'et encore tout à son commencement. — Donc le traité de 1700 interdisait totalement à la France la navigation de la rivière des Amazones.
187. Troisième considération. Nous savions déjà qu'à cette époque les Français et les Portugais s'accordaient à donner le nom de Cap de Nord à toute la Guyane ; et le traité de 1700 nous en fournit une preuve de plus. Il se serait abstenu de nommer l'Ile de Cayenne, s'il n'avait pas employé le mot.de Cap de Nord dans son sens le plus large.
188. La phrase — situées entre Cayenne et la ri'' ifièt:e des j4 ma zones — est ce qu'on appelle en termes de grammaire un complément restrictif. Le différend était donc sur la partie de la Guyane située au midi de Cayenne ; et comme le Pérou était alors la borne occidentale de la Guyane, le différend comprenait tout le rivage septentrional de l'Amazone jusqu'au Pérou.
189. 5///" la partie de la Guyane située au midi de Cayenne... Il le fallait ainsi pour la France. Bien que le Portugal n'eût jamais articulé la, prétention de s'étendre plus loin que l'Oyapoc, la France pouvait le
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craindre ; car , depuis rétablissement éphémère que I.a Barre avait fait en 1664 sur la pointe occidentale de la baie d'Oyapoc, les Français n'avaient jamais rien eu au midi de Cayenne. Lorsqu'en 1677 Ferrolles délogea les Hollandais de la rive gauche de TOyapoc, il s'était « contenté de démolir toutes les constructions qu'ils y avaient bâties, et il s'était retiré immédiatement à Cayenne, sans rien laisser à leur place.
190. Quatrième considération. Le traité assigna poMi* limite septentrionale des ten-es dont la possession demeurait provisoirement indécise, la rivière A'Oyapoc ou Hncent Pinçon. — Pourrait-il y avoir, sur le vrai sens de cette désignation, l'ombre du moindre doute?
191. Le nom indigène à!Orapoc^ rétabli par les Anglais, et popularisé par eux et par les Hollandais, était notoirement et exclusivement appliqué depuis plus d'un siècle à la rivière du cap d'Orange, — même par les Français, chez lesquels il était devenu aussi le seul en usage. Deux ans à peine avant la conclusion du traité de 1700, au début même de la négociation dont il fut le résultat, l'ingénieur français Froger, l'ami de Ferrolles, avait inscrit à l'embouchure de la rivière du cap d'Orange le titre A'Oropoc fl., — précisément comme dans le traité.
192. Hors de là, le nom d'Oyapoc n'avait jamais été appliqué à aucun autre lieu que par Ferrolles, — Si l'île de Marajô, dans sa lettre de 169A restée enfouie dans les archives du ministère de la marine et des colonies. Mais le traité ne donnait pas ce nom à une t/e ;' il le donnait à une rivière^ et à un rivière débouchant sur la côte de la mer, entre le^Capde Nord et Cayenne,
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taudis que Tile de Alarajô est au midi du Cap de Nord et eu dedans de l'Amazone. ^
193. Le nom de Rivière de Vincent Piticoiu substitué par les Espagnols au nom indigène, selon leui-^ mauvaise habitude, était le seul employé |)ar eux et par les Portugais pour indiquer le fleuve du cap d'Orange. La donation à Bento Maciel Parente en 1637, ert faisait foi. Cet acte, quoique non imprimé, était bien connu à Versailles : le ministre {)ortugais l'avait allégué à l'ambassadeur de Louis XIV dans la longue discussion qui précéda le traité; et dès 1688 il avait été opposé à Ferrolles par le commandant portugais du fort d'Araguari.
19A. Dans cette même notification faite à Ferrolles douze ans avant la conclusion du ti'aitéde 1700, les Français avaient déjà vu la double dénomination' A'Oyapoc ou f^incetu P/Vïfow employée cumulativement, comme dans le traité, pour marquer avec toute précision la rivière du cap d'Orange. « Les limites des pos- » sessions portugaises sont à la vi\>ière du cap d'Orange^ » appelée par les Portugais Ri\^ière de Fincent Pinçon^ » et par les Français Oyapoc. ♦> Ainsi s'était exprimé le conmiandant portugais du fort d'Araguari ; et cette déclaration avait été portée aussitôt par le gouverneur de Cayemie à la colmaissance du cabinet de Vei'saiUes.
195. Vous le voyez. Messieurs : la rivière stipulée par la France et par le Portugal dans le traité primordial de 1700, pour la limite septentrionale des teiTes dont la possession dememait provisoirement indécise, était celle du cap d'Orange, celle qui porte aujourd'hui, comme alore, le nom d*Ojapoc.
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196. Si nous nous rappelons que la limite méridionale de ces mêmes ten-es était le fort de Macapâ, une remarquable coïncidence nous frappe aussitôt : — c'est que les négociateurs du traité de 1 700 se réglèrent sur le livre publié par La Barre depuis trente-quatre ans seulement, sur ce livre où, comme nous l'avons vu, le gouverneur de la Guyane Française avait déclaré indépendante, n'appartenant à aucune puissance européenne, la partie de la Guyane comprise enti*e la pointe de Macapâ et le cap d'Orange.
' 197. Maintenant , Messieurs , permettez-moi une ^ cinquième et dernière considération. — Louis XIV réclama d'abord, non-seulement les deux rives de l'Amazone, mais encore tout le pays qui s'étend depuis la rive droite de ce fleuve jusqu'à l'Ile du Maragnan. Il insista ensuite pour avoir au moins la propriété perpétuelle et exclusive des terres amazoniennes de la Guyanne, c'est-à-dire plus de mille lieues de rivage, — et la libre navigation du fleuve en comumn avec les Portugais. A la fin il se trouva toujours privé de la navigation de l'Amazone, il n'obtint dans les terres amazoniennes que l'usage ' provisoire et incomplet d'une centaine de lieues de rivage ; et cependant il se montra extrêmement satisfait de ce résultat minime,
198. Le 6 janvier 1700, quand on apprit à Versailles que le gouvernement portugais consentait à faire le traité, le mmistre de la marine et des colonies écrivit au négociateur français que cette nouvelle lui causait la plus grande satisfaction.
199. Le 20 janvier, en réponse à la minute du traité, le même ministre écrivit à M. de Rouillé qu'il
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pouifail se glorifier d* avoir tiré la France J! un grand embarras. Et Louîs XIV écrivit lui-même à son ambassadeur dans ce sens.
200. Le 1" avril, en réponse au traité conclu, le ministre écrivit de nouveau au négociateur français, lui témoignant le grand contentement de Louis XIV ^ et son approbation pour le traité que ledit négociateur avait signé,
201. Ah Messieurs! Louis le Grand se trouvait alors à l'apogée de sa grandeur. Ne vous semblet-il pas qu'il aurait tenu un tout autre langage, s'il avait eu pour lui la raison ?