‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 20 sur 81 · TROISIEME LECTURE · texte numérisé non relu

TROISIEME LECTURE

Le 9 AVRIL 1858.

202. La question de TOyapoc, qui avait tant occupé à elle seule le gouvernement de France et celui de Portugal, va devenir un incident de la grande question de la succession d'Espagne.

203. Aussitôt que Louis XIV eut accepté pour sou petit-fils le testament de Chailes II, — sentant bien que la Hollande et TAngleteri^e frémiraient du coup qu'il leur portait, il s'empressa de rechercher pour Philippe V et pour lui-même l'alliance du Portugal, ce petit royaume au grand cœur.

20A. Louis XIY ne demandait au Portugal qu'une cliose : — que ses ports Tussent fermés à toutes les puissances qui se déclareraient contre la France ou contre l'Espagne à cause du testament de Charles II. Il lui offrait en retoui' : — de la paît de l'Espagne, la propriété pei'pétuelle de la colonie du Saint-Sacrement, située sur la rive septentrionale de la Plata, et l'usage

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perpétuel de toute cette rive en commun avec les Espagnols : — de la part de la France, tous les secours maritimes dont le Portugal aurait besoin, et la conversion immédiate du traité provisionnel et suspensif de 1700 en un traité définitif et perpétuel.

206. Pierre II savait trop bien que le Portugal i enclavé dans l'Espagne comme un petit diamant dans un immense chaton, avait toujours à redouter la pression de sa trop grande voisine ; et, plus que tout autre^ il envisageait avec ombrage la perspective de Tunion de l'Espagne et de la France en une seule monarchie*

206. D'ailleurs, les offres de Louis XIV n'étaient pas de nature à séduire le roi de Portugal. La conversion du traité provisionnel en un traité définitif lui ar« rachait le droit incontestable qu'il avait depuis plus de soixante- trois ans à la possession exclusive des terres amazoniennes jusqu'au cap d'Oi*ange. La perpétuité de l'usage impariait de la rive septentrionale de la Plata lui coupait les prétentions qu'il soutenait depuis plus de vingt ans sur la possession exclusive de ce bord du fleuve argentin.

207. Mais son ministre à Londres, qui jouissait de toute sa confiance, l'avait informé que, après la longue guerre terminée à peine depuis trois ans à Ryswyk, le parlement de la Grande-Bretagne se refuserait certainement à engager la nation dans une nouvelle lutte. Cela décida Pierre IL

. 208. L'Angleterre ne déclarant pas la guerre aux deux rois parents, aucune autre puissance ne se hasarda rait aie faire : le Portugal ne courait donc pas de risque, en fermant ses ports comme le demandait Louis XIY.

£n se refusant à la double alliance qui lui était oflerte, il s'exposait à coup sûr, dans un impuissant isolement, au ressentiment de Louis XIV et de Philippe V,

209. Tout en faisant des vœux pour un meiljeui' avenir, le roi de Portugal se résigna donc i accepter les propositions de Louis XIV.

210. Deux traités d'alliance et de garantie furent signes à Lisbonne, dans ce sens, le 18 juin 1701 ; encore par r ambassadeur Rouillé, qui fut aussi le négociateur pour r Espagne.

211 . Dans le traité avec la France, Tarticle regardant la question de TOyapoc fat ainsi conçu : « Pour » faire cesser toute cause de désaccord entre les sujets Ta de la couronne de France et ceux de la couronne de » Portugal, entre lesquels Leurs Majestés tiennent à ce » qu'il y ait la même bonne entente et la même amitié » qui existe entre les deux couronnes, laquelle ne per- » met pas de laisser subsister aucune oecasion de diffé- » rend et de mésintelligence qui puisse inspirer à leurs » ennemis quelque espoir mal fondé : Leurs Majestés » veulent que le traité provisionnel conclu le A mars de » Tannée précédente 1700, sur la possession des terres » du Cap de Nord, confinant à la rivière des Amazones, ) soit et demeure désormais comme traité définitif et » perpétuel à toujours. »

212. Nous n'avons pas besoin de nous appesantir SUT la valeur de cette stipulation. ïl est de toute évidence que, en rendant perpétuelles les dispositions provisoires de 1700, le traité de 1701 interdisait perpétuellement à la France la navigation de l'Amazone, et l'astreignait perpétuellement à ne fouler dans la région

amazonienne que le territoire compris entre le cap d'Orange et la pointe de Macapâ, — et encore en coramon avec le Portugal, et sans pouvoir faire sur ce territoire la moindre construction.

213. Mais cette perpétuité, comme tant d'autre», fut éphémère.

214. En dépit des prévisions du diplomate portugais, l'Angleterre, la Hollande et l'Autriche conclurent contre la France et TEspagne, le 7 septembre 1701, une nouvelle Grande Alliance.

216. Succédant à la couronne d'Angleterre en 1702, la reine Anne regarda connue l'un de ses premiers devoirs de détacher le roi de Portugal de sa double alliance avec Louis XIV et Philippe V, et de le liguer avec elle contre eux.

216. Sa Majesté Britannique choisit à cet effet Paul Methuen.

217. L'envoyé extraordinaire de la Grande-Bretagne n'eut pas beaucoup de peine à réussir. Le roi de Portugal ne demandait pas mieux que de voir son royaume revenir de l'état d'oppression où le tenaient les deux traités de 1701. Soutenu maintenant par deux grande puissances maritimes, il n'attendait qu'une occasion favorable pour se soustraire à une fausse alliance.

218. La meilleure des occasions se présenta bientôt d^elle-même.

219. Ayant perdu dans le port de Vigo, en janvier 1703, une escadre de quatorze vaisseaux de ligne, Louis XIV se trouva embarrassé pour remplir l'engagement contracté en 1701, de fournir tous les secours

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maritimes dont le Portugal aurait besoin. Il refiisa à Pierre II l'envoi d'une nouvelle escadre.

220. Avec ses opulentes colonies, si étendues en littoral et si éloignées de la métropole, le Portugal ne pouvait point se passer de secours maritimes. Louis XIV, qui les lui avait promis par un traité, les lui refusait ; que pouvait-il faire, sinon accepter ceux que lui offiraient l'Angleterre et la Hollande ?

221. Pierre II se décida d'autant plus volontiers à se joindre à l'Angleterre, à la Hollande et à T Autriche, que ces trois puissances lui assuraient, non«-seulement son indépendance et la conservation de ses colonies, mais encore de grands avantages qu'il ne trouvait pas dans les traités de 1701.

222. La Grande Alliance garantissait au Portugal : non le simple usage perpétuel, en commun avec l'Espagne, de la rive septentrionale de la Plata, comme le faisait le traité conclu en 1701 avec Philippe V, — mais la propriété perpétuelle et exclusive de ce rivage, lequel devenait ainsi incontestablement la frontière méridionale du Brésil; non le simple usage perpétuel, en commun avec la France, des terres de la Guyane situées entrelapointe de Macapà et le cap d'Orange, commele faisait le traité conclu en 1701 avec Louis XIV, — mais la propriété perpétuelle et exclusive de ces terres, lesquelles devenaient enfin incontestablement la frontière septentrionale du Brésil. Et puis, les trois puissances assuraient encore au Portugal un important agrandissement de son territoire européen, par la cession que l'archiduc Charles s'engageait à lui faire des places de Badajoz, Albuquerque, Yalencia, Alcantara, dans TEstramadure

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espagnole; et des places de Tuy, Guardia, Bayona, Yigo, dans la Galice.

223. Pierre II entra donc dans la Grande Alliance, par un triple traité signé à Lisbonne le 16 mai 1703.

224. Voici l'article de ce traité concernant la question de rOyapoc. a On ne pourra pas non plus faire la » paix avec le Rôi Très- Chrétien, s'il ne cède tout le » droit qu'il prétend avoir sur les terres appelées com- » munément du Gap de Nord, appartenantes à l'état du » Maragnan, et situées entre les rivières des Amazones » et de Vincent Pinson , — nonobstant tout traité pro* » visionnel ou décisif conclu entre Sa Majesté Portugaise > et ledit Roi Très-Chrétien sur la possession et sur l» » droit desdites terres. »

225. 11 parait qu'à Versailles on se flatta d'obtenir par la guerre quelque chose de mieux que les traités de 1700 et 1701 ; car le 7 septembre 170â, notre fameux Froger s'embarqua pour le Sénégal sur un navire appelé Y Amazone,

226. Maisl' Angleterre avaitarmé contre Louis XIV et Philippe V presque toute l'Europe. La guerre ne put être favorable aux deux rois parents ; et Philippe V songea même à transférer à Mexico le trône de Madrid.

227. Les choses en étaient venues à cette extrémité, lorsque Louis XIV se décida à envoyer à la Haye, â'2jM)râ le président Rouillé, celui-là même qui avait été son ambassadeur à Lisbonne; et immédiatement après , de concert avec ce personnage, un personnage bien autrement important, — son ministre des affaires étrangères, le marquis de Torcy.

228. Le 27 mai 1709, le grand pensionnaire Heinsius remit à iMM. de Torcy et de Rouillé une pièce signée par lui-même pour la Hollande, par Marlborough pour l'Angleterre et par le prince Eugène pour F Autriche : c'étaient les a Articles Préliminaires pour servir » aux traités de la Paix générale. » Le même jour, MM. de Torcy et de Rouillé rapportèrent cet écrit à Heinsius, avec leurs observations sur les exigences des alliés. Or, Tun des articles dont convenaient sans aucune modification les deux négociateurs français, c'était l'article vingt, que les alliés avaient ainsi rédigé : — « A l'égard du roi de Portugal, Sa Majesté Très-Chré- » tienne consentira qu'il jouisse de tous les avantages » établis en sa faveur par les traités faits entre lui et )) ses alliés. »

229» Ces traités faits entre le roi de Portugal et ses alliés n'étaient autres que le triple traité du 16 mai 1703 ; lequel, conmie nous le savons, décernait perpétuellement et exclusivwnent au Portugal les terres dont la possession était demeurée provisoirement indécise par le traité de 1 700 et perpétuellement indécise par celui de 1701. ,

2S0. Or, tant le traité provisionnel de 1700 que le traité définitif de 1701, avaient été signés par l'un des négociateurs français de la Haye, — le président Rouillé; et à l'une et à l'autre de ces deux époques, l'autre négociateur français de la Haye, — le marquis de Torcy, — était déjà ministre des affaires étrangères! Ils savaient donc parfaitement tous les deux que les préliminaires de 1709 réclamaient pour le Portugal, entre autres choses, la propriété perpétuelle et exclusive

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des terres de la Guyane situées entre la pointe de Macapà et le cap d'Orange. Ils le savaient parfaitement, et ils l'accordaient sans la moindre difficulté.

281. Cette négociation rompue, Louis XIV fit encore, Tannée suivante, des démarches auprès de la Hollande. Il envoya à Gertruydenberg le maréchal

d'Huxelles et l'abbé de Polignac, avec des instructions pour négocier. Or, dans ces instructions Louis XIV accordait à Tavance tous les articles des préliminan*es de 1709, excepté seulement l'article quatre et l'article trente-sept.

232. Le roi de France offrait donc lui-même en 1710 ce que l'on avait exigé de lui l'année précédente, — la renonciation perpétuelle, en faveur du Portugal, à la prétention qu'il avait eue sar les ten-es de la Guyane sîtuées entre le cap d'Orange et la pointe de Macapà.

233. Bientôt le parti de la paix triompha dans le cabinet britannique, et l'Angleterre tendit la main à la France. ^

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