‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 46 sur 81 · Dans son travail, daté de Cayenne en août · texte numérisé non relu

Dans son travail, daté de Cayenne en août

17969 Mentelle avait rappelé que pour le baron de Bessner la véritable limite d* Utrecht était le Carapapori , et « une ligne qui serait conduite parallèlement à quinze A lieues portugaises de la rive gauche de l'Amazone, n

620. Et, en faveur du Carapapori, il avait ressuscité en ces termes l'idée de M. de Gharanville sur l'application du nom de Japoc : « Un seul article (f/n traité n d' Utrecht) nonune la rivière lapoco, en la confondant » avec celle de Vincent Pinçon : ce qui parolt provenir » de ce qu'en faisant le traité on se servait de la Carte » Hollandaise de Vankeulen, sur laquelle il se trouve » près du Gap de Nord une petite rivière nommée

» IVnrypoco. »

621. Le négociateur français, H. Charles Delà-croix^ avait eu le temps d'étudier à son aise, non-seulement le mémoire de Mentelle, mais tout ce qui regardait la délimitation delà Guyane; et il ne pouvait nullement être surpris dans sa bonne foi.

622. Car, pendant le cours presque entier de la négociation, il était Ministre des Relations Extérieures.

623: Il ne fut remplacé comme ministre que le 16 juillet, vingt*cinq jours seulement avant la conclusion du traité; et il discutait déjà la question guyanaise le 17 avril.

62A. Continuant toujours à être le négociateur ostensible du traité, M. Charles Delacroix eut pour successeur au ministère M. de TalleyrontL

625. La négociation se faisant à Paris, ce fut dès lors M. de Talleyrand qui la conduisit en réalité.

626. Le traité du 10 août fut donc Touvrage de deux Ministres des Relations Extérieures de la Republique Française, dont l'un, précisément le dernier, était le plus fin des hommes.

627. £b bien ! voyons les stipulations négociées par la France avec tant de garantie pour ses intérêts,

628. Voici d'abord l'article VIL « Les limites entre » les deux Guyanes Française et Portugaise, seront dé- » terminées par la rivière appelée par les Portugais » Calçoenne et par les Français de Fincenl Pinson^ qui » se jette dans l'Océan, au^lessus du Gap Nord, envi- » ron à deux degrés et demi de latitude septentrionale, u Elles suivront ladite rivièrejusqu'à sa source, ensuite » une ligne droite tirée depuis ladite source vers l'Ouest » jusqu'au Rio-Branco. »

629. Voici maintenant l'article VL « S. M. T. F. 9 reconnaît, par le présent traité, que toutes les terres » situées au nord des limites ci-après désignées, entre » les possessions des deux puissances contractantes, » appartiennent en toute propriété et souveraineté à la » République Française ; renonçant, en tant que besoin » serait, tant pour elle que pour ses successeurs et » ayant cause, à tous les droits qu'elle pourrait pré- » tendre sur lesdites terres, à quelque titre que ce soit, » et nommément en vertu de l'article VIII du traité » conclu à Utrecht le 11 avril 1713, Réciproquement, )> la République Française , reconnaît que toutes les » terres situées au sud de ladite ligne, appartiennent à » S. M. T. F., en conformité du même traité d' Utrecht. »

630. Le dix août 1797 était le cinquième anniversaire 'de la déchéance de Louis XVI : c'était pour la République. Française une fête nationale, qu'on célébra cette année à Paris avec une grande pompe.

631. Le choix d'un pareil jour pour la signature de la paix avec le Portugal, montrait clairement combien était agréable à la France le traité négocié en son nom par deux de ses ministres.

682. Ce traité fut ratifié parle Directoire Exécutif le lendemain de sa conclusion.

688. Il fut approuvé par le Conseil des Cinq-Cents le 16 août.

684. Il fut approuvé par le Conseil des Anciens le 12 septembre.

686. Il fut publié dans le Moniteur ^ le 1 A septembre, avec la ratification du Dhrectoire.

686. Pesons bien la valeur de ce grand document, revêtu par la France de la sanction la plus complète.

687. C'était la première fois que les deux gouvernements s'exprimaient l'un à l'autre leurs interprétations du traité d'Utrecht,

688. Eh bien, le Portugal, invariable dans la con^ viction de son bon droit à l'Oyapoc, déclare : Que pour lui, la véritable rivière de Vincent Pinçon est au nord du Carsevenne, au nord de la latitudç septentrionale de deux degrés et demi : Que pour lui, l'article VIII du traité d'Utrecht lui assurait le droit de s'étendre au nord de cette latitude : Mais qu'il renonce à ce droit* dans l'intérêt de la paix avec la France.

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639. La France, adoptant le juste milieu entre les deux Vincent Pinçon de M. Malouet, — entre le Mayacaré et le Conani, — déclare : Que pour elle, la véritable rivière de Vincent Pinçon est le Carsevenne, par la latitude de deux degrés et demi nord : Que pour elle, c'est là la véritable limite de la Guyane Française et du Brésil, en conformité du traité d*UtreclU : Que pour ellCt le traité de Paris n'est que la confirmation du traité d'Utrecht.

640. Depuis soixante-rdix ans , des fonctionnaires français prétendaient tour à tour, que la véritable limite d'Utrecht était le Mayacaré, le Garapcipori, rAraguari,

641. Le Gouvernement Français prend la parole ; et il condamne publiquement, comme attentatoires au traité d'Utrecht, les prétentions à TAraguari, au Cara* papori, au Mayacaré.

642. Et cependant, ce verdict du Gouvernement Français ne satisfit point le Portugal.

648. Lorsque le traité du 10 août arriva à Lis-* bonne, le Prince Régent venait de confier le portefeuille de la marine et des colonies à un Portugais éminemment brésilien, — à Dom Rodrigo de Souza Coutinho (postérieurement comte de Linhares) , frère du gouver* neur du Para.

' 644. Dans une note très secrète , remise à son Souverain le 26 août 1797, le nouveau ministre lui re« présenta vivement les vices donffoumiillaît, à ses yeux» le traité du 10; et dans l'ardeur de son zèle, il commit môme Tiniquité d'infliger au négociateur portugais Vépilhète àHmLévilc

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6&5. — La première accusation de Dom Rodrigo, portait précisément sur la limite guyanaise.

ôA6. 11 s'arrêtait surtout à blâmer le vague de la ligne est-ouest, qui introduisait les Français dans l'Amazone.

6A7. Il trouvait qu'il aurait fallu, du moins, stipuler que toutes les eaux amazoniennes appartenaient exclusivement au Portugal.

6&8. Écoutant les remontrances de son fidèle ministre, le Prince Régent de Portugal différa saratification du traité, et il persévéra dans T alliance anglaise.

6&0. Cette conduite, en ce qui regarde la question de rOyapoc, se trouve pleinement justifiée par un discours que M. Barbé-Marbois tenait prêt pour la discus* sion du traité au Conseil des Anciens, et que sa déportation l'empêcha de lire.

050. M. Barbé-Marbois révélait dans ce discours, que le négociateur portugais avait proposé de tirer une ligne droite est-ouest parallèlement à réqitateur : il ajoutait que, si cette proposition avait été acceptée, la Guyane Française aurait perdu un terrain immense, et se trouverait confinée dans les^ hauts du Rio Branco : mais que, fort heureusement, en faisant agréer, comme indifférente, la simple phrase ôiime ligne tiroite Urée vers r ouest ^ le négociateur français avait ménagé à k France une rédaction flexible, qui lui permettait de se rapprocher de l'Amazone jusqu'au confluent du Rio Branco et du Rio Negro.

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