HUITIÈME LECTURE
705. Bonaparte satisfit, un moment, une partie des vœux de la France pour la possession de la rive guyanaise de T Amazone.
706. Mais ce ne fut pas au sein de la paix, ni en prétendant trancher la question par le glaive de la justice ; ce fut en temps de guerre, et en se créant luimême la justice du glaive.
707. Le Premier Consul avait inauguré son avénement par les plus éclatantes démonstrations de sa modération et de sa force, dans ses offres de paix à l'Angleterre et à TAutriche et dans la victoire de Marengo.
708. Voyant, par le désaveu que la cour de Vienne donna le 11 août 1800 aux préliminaires de paix du 28 juillet, que T Angleterre s obstinait à vouloir la continuation de la guerre; et ne pouvant pas facilement
s s 709-713 8« LECTUKÉ ( 163 )
atteindre dans sa retraite cette haineuse ennemie de la France : il sentit le besoin de la frapper sur le continent, en lui enlevant la station du Tage et les vignobles d'Oporto.
709. Il avait pris, d'ailleurs, contre le Portugal même, un engagement effroyable.
710. Général de l'armée d'Orient, à la vue des vaisseaux portugais croisant devant Malte et devant Alexandrie à câté du pavillon britannique, il avait mis à Tordre du jour de l'armée « qu'un jour viendrait où » la nation portugaise payerait, avec des larmes de sang, » l'affront qu'elle faisait à la République française. »
711. Pour mieux réussir, Bonaparte fit jouer en Espagne deux ressorts puissants : l'ascendant de parenté et de position géographique de Charles TV sur le mari de sa fille Charlotte, le Prince Régent de Portugal, Dom Jo§o, et la prédilection bien connue du monarque espagnol pour sa fille Marie-Louise, mariée à l'infant de Parme, dans la famille de la reine, et alors présente à Madrid avec son jeune époux.
712. A peine eut-il connaissance du désaveu des préliminaires de paix, qu'il dépêcha en toute hâte à Madrid, en août même, l'homme de sa confiance, le général Berthier, ministre de la guerre^
713. Berthier avait pour mission secrète d'offrir au roi d'Espagne l'assurance d'un agrandissement d'États en Italie pour l'infant de Panne, avec le titre de roi» — et de lui demander^ en retour, trois giands
( I6à ) 8* LECTURE ^§ 714-717
moyens de nuire à l'ennemi commun : 1" le don de six vaisseaux de ligne, gréés, armés, prêts à recevoir leurs équipages ; 2" la rétrocession de la Louisiane, destinée à procurer au Premier C4onsul le double avantage d'augmenter son trésor de la somme de quatre-vingts millions et de renforcer considérablement la rivale maritime de j
l'Angleterre, les États-^Unis de l'Amérique du Nord; 3* l'obligation de détacher son gendre Dom Joîo de l'alliance anglaise, et de s'emparer, avec le concours d'une division française, d'une ou deux provinces du Portugal, poi^r les garder en dépôt jusqu'à la paix générale, comme gage de la Trinité, de Mahon et de Malte.
714. Charles IV accorda les six vaisseaux et la Louisiane ; mais il refusa de se prêter à un démembrement quelconque, même temporaire, des États de son gendre de Portugal, tant que la royauté de son gendre de Parme ne serait qu'en paroles. Il ne voulut consentir qu'au renouvellement pur et simple du traité du 18 août 1706, par lequel il s'était engagé à obtenir par ses exhortations, ou par ses seules forces, le renoncement du Portugal à l'alliance anglaise.
71 5. Dans ce sens fut signé à Madrid, le !«' octobi e 1800, pai' le général Berthier et par le ministre Urquijo, un traité éventuel, dans lequel Charles lY s'engagea à remplir ses trois promesses, quand Bonaparte aurait réalisé la sienne.
71(5. Bonapai'te fut ponctuel.