‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 6 sur 81 · Ils gagnèrent à leur tour la Guyane · texte numérisé non relu

Ils gagnèrent à leur tour la Guyane

33. Ce n'est pas qu'ils n'eussent déjà eux aussi jeté leurs regard^ de ce côté.

34. A l'époque du discrédit du Canada, ce même La Ravardière du Maragnan, après avoir fait, en 1604, un voyage à la Guyane, avait obtenu, au mois de juillet 160Ô, des lettres patentes l'établissant « lieutenant ». général du Roi es contrées de l'Amérique, depuis la » rivière des Amazones jusques à l'Isle delà Trinité. » Mais tout de suite, chargé d'aller vérifier sur les lieux les récits enthousiastes que Des Faux faisait du Maragnan, La Ravardière apprit à apprécier la supériorité de ce pays; il se désista de sa concession de la Guyane,

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et il sollicita d'autres lettres patentes, pour aller fon* der une colonie au sud de la ligne équinoxiale. Elles lui furent accordées le 1*' octobre 1610, à la condition expresse de n'occuper que cinquante lieues de chaque côté du premier fort qu'il bâtirait. Ce fut alors que, outrepassant ses pouvoirs, il entreprit le grand essai manqué d'une France Équinoxiale.

35. Remis enfin de son étourdissement, La Ra«vai'dière songea de nouveau à cette Guyane qu'il avait répudiée ; et le 27 mai 162i, il fut fait une seconde fois » lieutenant général du Roi es pays de T Amérique, depuis » la rivière des Amazones jusques à Tlsle de la Trinité. »

Sô. Mais que fit alors le chevalier Daniel de la Tousche, seigneur de La Ravardière? Se décida-t-il à se fixer sur ces rives de 1! Amazone, qui, à deux reprises, lui avaient été formellement départies par son roi, — que, de son propre mouvement, il s'était une fois risqué à envahir, — et où Christophe Colomb avait cru devoir placer le paradis terrestre? Tant s'en faut. Il évita le bassin de l'Amazone ; il évita jusqu'au voisinage de cette région ; et il alla se confiner sur les . bords obscurs du Sinamari. Ce fut là que débarquèrent, en l'année 1626, et au nombre de vingt-six, les premiers colons français de la Guyane, à la distance de plus de cinquante liôues de l'Oyapoc, à la distance de plus de cent lieues de l'Amazone, de cet Amazone tant convoité.

37. C'est que les braves du Maragnan interdisaient déjà TAmazone.

38. En effet, deux mois ne s'étaient pas écoulés depuis que La Ravardière avait remis à Albuquerque

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et à Moura le fort Saint-Louis, et déjà Francisco Caldfim de Castello Branco, à la tète de 150 Portugais, était expédié du Maragnan, le 25 décembre 1015, pour aller occuper T Amazone. II s'arrêta bientôt sur le bord continental du bras oriental du fleuve ; et il s'y fortifia, en jetant les fondements de la ville actuelle du Paré, — assez près de ses compagnops d'armes, pour ne pas se priver de leur appui» car en outre des Indiens, dont il lui fallait se garder, il venait d'apprendre que des étrangers l'avaient devancé depuis longtemps,

39/ C'étaient les Hollandais, «-< ce peuple essentiellement navigateur» qui a pouf formules de saluta-*

tion : Comment naviguez^vous? — Naviguez -bien,

AO. Depuis quelques années, ils avaient pris pied dans l'Amazone, et ils y avaient deux forts, à l'abri desquels ils cultivaient à leur aise de riches plantations de tabac. Seulement, ils se croyaient sur le tronc de l'Amazone et du côté de la Guyane, tandis que c'était en réalité la rive occidentale du Xingù, affluent méridional du grand fleuve. C'est là qu'ils occupaient le fort Nassau et le fort Orange.

41. Puis, en 1616, précisément à l'époque où Caldeira se montrait sur l'Amazone pour en prendre possession, les Hollandais construisaient encore un troisième fort, à Gurupâ, plus près de l'établissement portugais. Leur nombre était alors de 250 à 300. A2. Caldeira ne manqua pas de leur faire sentir immédiatement ses intentions. C'est ainsi que Pedro Teixeini leur détruisit un bâtiment de guerre mouillé devant l'Amazone, et que l'artillerie hollandaise alla garnir le fort du Paré.

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43. Mais aussitôt, à l'instigation des Hollandais sans doute, les indigènes absorbèrent toute l'attention des Portugais, et les empêchèrent d'aller chercher leurs nombreux voisins d'Europe dans les enceintes qui les protégeaient

44. Aux Hollandais s'ajoutèrent les Anglais : en juin 1620, au nombre de 120; en avril 1628, au nombre de 200 ; en octobre 1629, .au nombre de 100.

45. Avec leur tact exquis pour se choisir des positions, les Anglais s'arrêtèrent au bras occidental de l'Amazone, qui, par sa direction ^ est la bonne route pour pénétrer dans le tronc du fleuve, et qui, tout ejï offrant beaucoup plus de largeur que quelques portions trop rétrécies du bras oriental, est cependant assez étroit pour être parfaitement défendu. Ils s'y fortifièrent, et sur le bord formé par des !les, et sur le continent de la Guyane.

46. Cependant, les Portugais du Paré, grâce à Pedro Teixeira et à Bento MacUl Parente, avaient réussi à inspirer aux indigènes ou l'amitié ou la terreur. Ils purent alors tourner leurs armes contre les intrus ; et de victoire en victoire, ils reculèrent de la manière la plus glorieuse les bornes du Brésil.

47. Au mois de juillet 1623, Bento Maciel Parente chasse les Hollandais de la position de GurupA, et il y fonde, le garnissant de cinquante hommes, un fort qui dure encore. Il poursuit les fugitifs jusque dans le bras guyanais de l'Amazone, où ils avaient été se réfugier chez les Anglais : à l'aspect des Portugais, tout est abandonné.

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