Le voici
La carte de Schomburgk, levée de 1835 à 1839, n'a été publiée pour la première fois qu'en 18A0.
Avant cette époque, les seules bonnes autorités pour les positions astronomiques du b&ssin du Rio Branco, étaient les démarcateurs portugais envoyés sur les lieux pour la mise à exécution du traité de 1777 avec l'Espagne.
Us avaient soigneusement exploré, à deux reprises, tout le bassin du Rio Branco ; et il était résulté de leurs travaux deux cartes détaillées de ce bassin : l'une dressée en 1781 par Silva Pontes {Brégi/ien) et Almeida Serra, l'autre dressée en 1787 parSimôes de Garvalho, et accompagnée d'un texte par Gama Lobo.
912. Les originaux de ces deux cartes se conservent à Rio de Janeko.
Elles n'ont pas encore été gravées.
Mais les tableaux des positions astronomiques qui ont servi à leur construction, ont été publiés à Rio de
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Janeiro en 181 A, dans un précieux journal intitulé
0 Patriota.
Ils ont été reproduits en Allemagne par le baron d'Eschwege.
Et ils ont obtenu tant de crédit, qu'encore au mois d'octobre 1831, dans un excellent article du Bulletin de Férussac, M. Fix les employait comme moyen de contrôle pour apprécier la belle carte de MM. Spix et Martius.
91 S. Le gouvernement portugais avait envoyé à M. de Brito, pour sa règle, une carte dessinée en 1816, au Dépôt de la guerre de Rio de Janeiro, sur les cartes des démarcateurs portugais.
Or sur cette copie de 1816, ainsi que sur les originaux de 1781 et 1787, le méridien de 318 degrés à l'est de l'île de Fer (42 ouest) répondait précisément au méridien de 59 degrés ouest de Greenwich sur la carte de Schomburgk, 61* 2(/ 15'' ouest de Paris.
Il passait par la montagne AnSy, extrémité orientale de la chaîne Paearaima, et il laissait au Brésil tout le territoire qui s' étend au sud de cette chaîne et à l' ouest du Rupunuwini.
91A. Les démarcateurs portugais s'étaient trompés de plus de 39 minutes;. car, en 18iA, une commission brésilienne, composée de M. Cameiro de Campes, Tanlois, et Pedemeiras, a reconnu l'exactitude des déterminations astronomiques de Scbomburgk.
Mais on excusera cette erreur, en songeant aux difficultés qui ont emban-assé de tout temps les observations de longitude.
En 1751, La Caille et D'Après, par leurs propres observations, placèrent le Pain de Sucre^ de l'entrée de Rio de Janeiro, 4 *• 57' 30" à l'ouest de Paris. En \ 780, Bonne calcula pour la vraie longitude de ce point remarquable hh^ A8' 6'. Et cependant, M. Roussin a trouvé 45«34'4S''.
La Caille et D'Après se trompaient donc de plus de 37 minutes ; et Bonne, de plus de 46.
915. Mais sur la caite dont se servait M. de Brito, toutes les longitudes étaient oHetUales^ comme c'était l'usage ordinaire quand on prenait pour premier méridien celui de l'île de Fer. Le méridien de la montagne AnSy était sur cette carte celui de 318 degrés à Cest de cette lie.
Pourquoi donc M. de Brito a-t-il dit 42 degrés ouest ?
916. C'est qu'il tenait à s'autoriser du grand nom de D'Anville.
Sur sa carte de l'Amérique Méridionale, qui fait époque dans l'histoire de la géographie de cette partie du monde, l'illustre géographe français, tout en adoptant pour premier méridien celui de l'Ile de Fer, avait distingué les longitudes en orientales et occident taies.
Et son méridien de 42 degrés à l'ouest de l'île de Fer, passait par les mêmes points que celui de 318 degrés est sur les cartes des démarcateurs portugais.
917. M. de Brito devidt apprécier d'autant plus cette coïncidence, que sur la carte de D' AiiviUe la partie orientale du bassin du Rio Branco, celle qui inté-
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ressait la négociation dont il était chargé , se trouvait représentée avec une remarquable exactitude , tandis qu'elle était défigurée dans toutes les cartes modernes.
918. La véritable configuration du bassin du Rio Branco avait été donnée pour la première fois en 1745 par La Condamine, d'après une ébauche du Hollandais Hortsman, qui, en 1740, s'était rendu de TEsséquèbe au Rio Negro, par le Rupunuwîni et le Rio Branco, et dont le savant académicien français avait fait la connaissance au Para.
D' Anville, en 1748, ajouta au dessin de La Condamine , pour la partie orientale de ce bassin , quelques intéressants détails fournis par son collègue, et que celui-ci n'avait pu faire entrer dans les petites dimensions de sa carte.
Bellin , en 1763 , copia fidèlement le dessin de La Condamine.
Hartsinck, en 1770, dans sa carte générale, et surtout dans son texte , décrivit en toute vérité cette importante région du Rupunuwini et du Pirara.
919. Mais en 1775, la grande carte d'Olmedilla vint faire rétrograder sur cette partie la marche de la science.
Parmi d'autres énorniités de sa configuration du bassin du Rio Branco, Olmedilla attribua au Rupunuwini , et par conséquent à l'Esséquèbe , le système du
lac Amacu.
Comme Olmedilla, par sa position de géographe pensionnaire du roi d'Espagne, était censé avoir eu de bonnes raisons pour s'écarter de D'Anville, les géo-
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graphes français n'hésitèrent pas à adopter les innovations de sa carte.
Bonne le premier, en 1780, se fiant au géographe espagnol , faussa comme lui le bassin du Rio Branco.
Puis Nicolas Buache, en 1797.
Puis, en 1812, M. Pierre Lapie.
Puis, en 1815, Brué.
Et puis bien d'autres, et de bien marquants, jusqu'à ce que M. Alexandre de Humboldt eut fait briller sur ce point la lumière de sa vaste intelligence.
920. Bien supérieure en cela aux cartes publiées depuis quarante ans, celle de D*Anville s'accordait donc avec les démarcateurs portugais , pour la partie orientale du bassin du Rio Branco.
Et comme elle offrait également la concordance* du méridien qui convenait au Portiigal, le diplomate portugais eut le soin d'exprimer ce méridien de la même manière que D' Anville.
C'est comme s'il avait dit : « Le Portugal remettra » la Guyane française jusqu'à la limite occidentale qui » se trouve mai-qaée sur la carte de ly Anville par le » méridien de /i2 degrés à l'ouest de l'Ile de Fer » , c'est-à-dire jusqu'au bord oriental du Rupunuwini.