‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 75 sur 81 · A la date de cette réponse^ l'Envoyé du · texte numérisé non relu

A la date de cette réponse^ l'Envoyé du

s g 996-999 10« LECTURE ( 239 )

Brésil, malade et en congé, était remplacé temporairement par le jeune secrétaire de sa légation, mon honorable ami M. Antonio Lisboa, aujourd4)ui Ministre Résident à Vienne.

En sa qualité de simple Chargé d'Affaires par intérim, M. Lisboa se borna à porter la note de M. Mole k la connaissance du Gouvernement Brésilien.

996. M. Pantoja prescrivit, le 14 février 1887, de déclarer au Gouvernement Français que le Brésil était prêt, de son côté, à entrer en négociation sur les limites , « aussitôt que les choses seraient revenues à » l'état où elles se trouvaient avant la contestation pen* » dante. »

997. Mais M. Mouttinho, qui, à la réception de cet ordre, avait déjà repris sa place, jugea qu'il était plus sûr d'attendre la pacification complète de la province du Paré, pour mettre alors le Gouvernement Français dans l'impossibilité d'agir en contradiction avec les assurances officielles données si positivement par M. le Duc de Broglie et par M. le Comte Mole.

998. Or voici, maintenant, ce qui s'était passé derrière les communications diplomatiques.

999. Les ménageries françaises au sud d'Oyapoc^ dont M. le Duc de Broglie avait parlé dans sa note du 26 janvier 1886 comme imposant au Gouvernement du Roi l'obligation de les protéger, existaient bien alors, mais seulement en projet; car M. Nouvion, d'accord avec M. de la Monderie, a imprimé cette déposition enlSAA : « On sait qu'en 1836 le Gouvernement

)) français, à la demande des habitants de la Guyane, » fit établir, au Nord de la rivière de Vincent-Pinçon , » un poste militaire destiné à protéger, contre les bri- )) gandages des Brésiliens de Para les ménageries qu'on » civait projeté d'établirdans ces magnifiques savanes. »

1000. Mais il y a plus que cela.

1001. Le 2 novembre 1835, — trois mois avant que M. de Broglie assurât officiellement à l'Envoyé du Brésil que le poste français ne serait établi que sur rOyapoc, qu'il ne serait que provisoire, et qu'il ne préjugerait, à aucun égard, la solution définitive de l'im* portante affaire de la délimitation des deux Guyanes ; — le noble Duc, prenant l'initiative dans la réponse à faire au Conseil colonial de Cayenne , avait adressé à l'amiral Duperré, Ministre de la Marine et des Colonies , la lettre suivante , dont nous devons la révélation à la Reiftie Coloniale :

<c Comme nos droits sur le territoire compris dans » les limites du traité d'Utrecht sont incontestables; » que la prétention qu'avaient les Portugais de con- » fondre la rivière de Vincent-Pinçon avec l'Oyapock, » malgré la distance de 80 lieues au moins qui les » sépare, a toujours été logiquement et géographique- » ment insoutenable, et enfin qu'il ne serait ni juste » ni convenable que nos légitimes intérêts eussent » indéfiniment à souffrir d'un provisoire qu'il n'a pas » dépendu de nous d'abréger, je crois que, du moment » que la colonie de Cayenne est en état de former des » établissements au delà de l'Oyapock, il y a tout lieu » de les autoriser et de les protéger. Nous ne ferons là » que tirer parti d'un temtoire qui nous appai'tient, et

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» devancer les résultats cVune démarcation gui ne peut » ni ne doit se terminer autrement que par le rétablis- » sèment des limites de 1713, à supposer que les négo- » ciations qui doivent înteryenii' entre nous et le Brésil » ne doivent pas nous en faire obtenir de plus étenï) dues. L'essentiel est de faire respecter nos droits , » d'assurer la sécurité des colons qui s' établiraient au » delà de rOyapock, et de rendre impuissante toute » agression du côté du Para. »

1002. Nous ne connaissons pas encore la lettre de Tamiral Duperré pour l'application des principes de M. le duc de Broglie.

Mais il est incontestable que, de même qu'en 182A, on ordonna en 1835 au gouverneur de Cayenne de s'emparer des limites assignées par le traité d'Amiens, «dont le Gouvernement considérait les dispositions » comme résumant, de la manière la plus équitable, le » sens du traité d'Utrecht. »

Le discours de M. le Ministre du Commerce , prononcé à la Chambre des Députés le 9 mars 1836, le démontre; et d'autres preuves le confirment.

1003. M. /^ewaii^, aujourd'hui contre-amiral, et alors lieutenant de vaisseau en station à Cayenne, ayant été expédié le 7 février 1836 (encore sous le ministère de M. de Broglie) , pour aller explorer la côte méridionale de la Guyane, depuis le Mnyncaré jusquau 'véritable Jraguariy afin de choisir un emplacement convenable pour le poste décrété, consigna dans son journal cette remarque : « L'embouchure du Furo [In grande » crique de l^Àraguari] est plus sud que Baïlique; nous

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)) pouvons donc réclamer cette lie comme étant en de* » dwa des limites arrêtées au traité d'Amiens. »

1004. Le 29 août 1836, M. Laureus de Chohy, gouverneur de Cayenne , s adressant au général Andréa, lui notifia en ces termes rétablissement du poste : «J'ai rhonneur de prévenir Votre Excellence que, ») conformément aux ordi'es de mon Gouvernement , » j'ai pris possession des limites légales de la Guyane, )) dans le Sud, en vertu du traité d'Amiens, »

1005. Ce fut donc sur le véritable Araguari, ou, pour mieux dire, sur l'Amazone, et non sur le Vincent Pinçon de La Condamine, et moins encore sur rOyapoc, que le Gouvernement Français avait ordonné, en novembre 1835, un poste militaire, perpétuel,

1006. Mais des obstacles insuimontables s'opposèrent à l'accomplissement de cet ordre, et forcèrent à établir le poste bien au nord de l'Araguari,

1007. L'histoire de ces contre-temps, détaillée dans le journal de M. Penaud, a été fidèlement résumée, comme il suit, par M. le baron jyalckenaet\ parent du gouverneur de Cayenne i

« M, de Choisy désirait se fixer dans l'Amazone » même.,...

» Les explorateurs revinrent , et le gouverneur fut » obligé, sur leur rapport, de renoncer à prendre posi- » tion sur l'Amazone.

» La rivière d'Jraouary^ pendant trente lieues, a ses » bords couverts par les eaux de la mer, à une grande n hauteur et deux fois par jour. L'entrée en est diffi-

8 1007 10-» LECTURB ( 24a )

» cile pour les pirogues et impraticable pour lea grands > navires. Un phénomène extraordinaire en rend d*ail- » leurs les approches très dangereuses ; ce phénomène

» est le prororoca

» Toute la côte, jusqu'à la rivière de Fincent-Pinçon^ )) étant inondée périodiquement de la noiême manière, » il était impossible d'y fonder un établissement sans » de grandes entraves et sans faire des dépensesi )) énormes,

)) Le gouverneur aurait désiré alors se fixer à Tem* i> bouchure du Carapapoury^ ou rivière de Fincent^ » Pinçon: mais la rivière n'est plus qu*un cours d'eau » intérieur sans issue dans la mer ; l'embouchure a été » obstruée par des sables qui s'élèvent au-dessus des 9 grandes marées, et qui ne permettent plus d'y pé- » nétrer

» Le gouverneur a donc été obligé de se fixer un peu » plus au nord que l'Araouary.

» Vis-à-vîs de la pointe septentrionale de l'île Ma- )) raca, ou île du cap Nord, les explorateurs ont trouvé » une rivière grande et profonde, qui n'était pas conj> nue jusqu'à ce jour. Il y a quelques années, c'était » un ruisseau qui, même dans les pleines mers, ne pou- » vaitêtre fréquenté que par des pirogues. Aujourd'hui » c'est un fleuve dans lequel on trouve de vingt à vingt- » cinq pieds de basse mer. Après l'avoir parcouru pen- » dant quatre lieues, on arrive dans le superbe lac de » Mapa, qui a cinquante milles au moins de circonfé- )) rence et dans lequel se trouvent plusieurs îles éle- » vées....'.

» C'est là, sur une île ayant cinq lieues de tour et

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» dont la fertilité est admirable , que le gouverneur » a désiré fonder le poste principal , et de suite il y » a envoyé cinquante soldats et deux officiers. »

1008. On voit que Dieu vint en aide au gouvernement de Louis-Philippe, et ne le laissa pas succomber à la tentation de substituer réellement le traité d'Amiens à l'Acte de Vienne et à la Convention de Paris.

1009. Le poste de Mapà, par la latitude de 2 degrés 5 minutes Nord, l'estait vingt lieues françaises au nord de TAraguari, en droite ligne; il en était plus éloigné que l'ancien poste de Macari.

1010. Mais il se trouvait cinquante-huit lieues au sud de l'Oyapoc, et non sur cette rivière, comme l'avait assuré officiellement M. le duc de Broglié.

1011. Telle était la pure vérité, lorsque M. Pedro de Araujo Lima, aujourd'hui marquis d'Olinda, succéda à l'abbé Feijô dans la régence du Brési , le 19 septembre 1 837.

s g 1012-lOli 10« LECTURE ( 215 )

1012. Le nouveau régent prit vivement h cœur la question de i'Oyapoc, ainsi que le témoignent les dépèches de ses trois ministres des affaires étrangères, — M. Maciel Monteiro, — > M. Candido Baptista de Oliveira, dont Tauréole scientifique vient de recevoir un nouveau lustre par la belle observation de l'éclipsé de Paranagué, — et M. Caetano Maria Lopes Gama, aujourd'hui vicomte de Maranguape.

La légation de Paris reçut aussitôt l'ordre de récla-> mer avec énergie l'évacuation du poste français.

1013. Fidèle à son plan, M. Mouttinho représenta à M. le comte Mole, le 19 janvier 1S38, que u la tranquillité' se trouvant heureusement rétablie depuis plusieurs mois sur toute l'étendue de la province du Para, il avait reçu du Régent, au nom de l'Empereur, l'ordre de porter cette agréable nouvelle à la connaissance du Gouvernement de Sa Majesté le Roi des Français : qu'il lui avail été enjoint en même temps, de la manière la .plus pressante, de demander au Gouvernement du Roi la suppression du poste provisoire que M. le Ministre de la Marine avait fait établir au sud de rOyapoc, attendu que la destination qui lui avait été donnée de préserver la colonie française du contact des troubles du Paré, avait perdu son opportunité par la cessation de ces mêmes troubles : et que, le poste français une fois supprimé, le Gouver-> nement Brésilien était prêt à enti*er en négociation sur la délimitation définitive des deux Guyanes. »

101 A. Mais à cette note, dont l'envoyé du Brésil

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attendait le résultat le plus heureux, M. le comte Mole 86 contenta de répondre, ver» le 8 février, que le moment n'était pas encore opportun pouf Févacua-' tion du poste.

1015. Le Gouvernement Brésilien résolut alors d* aborder le fond même de la question \ et îl eut l'occasion de se convaincre que le discours prononcé par M. le Ministre du Commerce le 9marsl8Sd, était bieâ l'expression de la pensée du Gouvernement Français.

1016. Successeur de M. Mouttinho, avec son même caractère d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, M. José de Araujo Ribeiro entama une nouvelle négociation le 18 mai 1838/en demandant une conférence à M. le Président du conseil et Ministre des Afftiires étrangères, « pour l'entretenir n d'un objet auquel le Gouvernement Brésilien atta-n chait beaucoup d'importance, m

1017. L'entretien eut lieu le 24 mai.

1018. Déployant une franchise qui faisait contraste avec la réserve de son prédécesseur, le nouvel envoyé du Brésil démontra qu'un poste français au sud de rOyapoc était une violation flagrante de TActe de Vienne et de la Convention de Paris ; et il fit observer. « qu'en demandant que le territoire en question fàt V évacué et les choses remises dans J'état où elles se » trouvaient auparavant, jusqu'à ce qu'on eût réglé la » délimitation, le Gouvernement Brésilien faisait une )) demande qu'on ne saurait repousser sans une injus

» tice manifeste, n

g s 1019-1021 10- LECTURE ( 2A7 )

1019. M. le comte Mole dit simplement qu'il était au fait de cette affaire d'une manière générale, mais qu'il en avait oublié les détails : qu'il priait donc M. d'Araujo Ribeiro de lui répéter par écrit tout ce qu'il venait de lui exposer de vive voix : qu'il approfondirait alors la question, et répondrait.

1020. Le lendemain. M. d'Araujo Ribeiro récapitula dans une note son argumentation de la veille.

1021. Et le 81 mai, M. le comte Mole lui fit cette réponse î

« Quant au poste militaire que M. le gouverneur de » Oayenne a été autorisé à former au delà de la rive » méridionale de TOyapock, l'établissement en a été » déterminé tout à la fois par des motifs de circonstance »' et parla conviction raisonnée des droits de la France » sur le territoire eh question.

» Sans engager ici, par rapport au véritable sens» » des traités que rappelle Monsieur de Araujo Ribeiro, » une controverse au moins prématurée, le soussigné » se contentera d'obsener que le Gouvernement du » Roi a surabondamment témoigné de son respect pour » la délimitation indiquée dans l'article 8 du traité )) d'Utrecbt, en évitant de faire occuper jusqu'au point » fixé pour cette démarcation le territoire dont, quoi » qu'en dise Monsieur de Araujo Ribeiro, il n'hésite » point à déclarer que la propriété appartient à la » France au titre le plus légitime *

» Au surplus, la création d'un poste à Mapa n'est j) qu'un pur accessoire de la question principale, et ce » serait se placer sur un terrain où le soussigné regret^

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» teraît de ne pouvoir suivre Monsieur le Ministre du » Brésil, que de prétendre subordonner à cet acces- » soire Tobjet qu*il importe de régler avant tout.

» Le Gouvernement du Roi est prêt, le soussigné le » répète, à entrer en négociation sur la fixation des » frontières de la Guyane.

» Mais il ne peut concevoir de chance possible d'un » accommodement amiable entre les deux parties » qu'autant qu on apportera dans cette négociation » l'esprit de modération et d'entente bienveillante )) dont, pour sa part, il sera toujours disposé à donner » des preuves au Gouvernement de Sa Majesté l'Empe- » reur du Brésil. »

1022. Ce dernier paragraphe décelait le parti, pris de rompre toute correspondance avec le nouveau négociateur.

Et en effet, M. d'Araujo Ribeiro eut beau demander ^à M. le comte Mole un nouvel entretien, le 5 juin; il eut beau lui adresser, le 26 juin, ur.e nouvelle note. Et la demande d'entretien et la note officielle restèrent sans réponse, bien que M. le comte Mole coutinuât encore an ministère pendant plus de neuf mois.

1023. Le passage éphémère de M. le duc deMon^ tebello ne permit pas de renouer la négociation.

1024. Mais le cabinet s étant définitivement reconstitué le 12 mai 1839, M. d'Araujo Ribeiro renouvêla le 12 juiff, auprès du maréchal Soult, Président du conseil et Ministre des Affaires étrangères, la demande du Gouvernement Brésilien, de l'évacuation préalable des postes militaires français au sud de

s s 1025-1026 10' tECTORE, ( 240 )

rOyapoc, pour entrer ensuite en négociation sur les limites défmitives.

M. d'Araujo Ribeiro eut en même temps le soin d'aller recommander sa cause à M. Desages, directeur de la politique au ministère des Affaires étrangères, et jouissant de la plus grande influence.

1025. Mais iM. Desages, se renfermant dans la ligne tracée par la note de M. le comte Mole, déclara nettement a que son opinion était toute faite, et différait » beaucoup de celle de M. d'Araujo Ribeiro : qu'il avait » bien étudié tous les éléments de la question, et s*était » convaincu que toute personne impartiale que Ton » prendrait pour juge, ne balancerait pas à reconnaître » la justice de la France : que le poste militaire n'était » qu'un incident de la question, et qu'il était fort sin- » gulier que le Gouvernement Brésilien mît tant d'in- )} sistance à demander l'évacuation de ce poste, quand » il était manifeste que les titres de la France allaient 9 bien au delà du territoire occupé. »

i 026. Et dans sa réponse, datée du 3 juillet 1839, le maréchal Soult confirma, en ces termes, la note de M. Mole et les paroles de M. Desages :

« Le gouvernement du Roi ne saurait admettre n comme préliminaire indispensable de la négociation » l'obligation que l'on voudrait lui faire de retirer les » postes établis dans le voisinage du fleuve Arawari ; » car, à ses yeux, la question relative à ces postes » n'est qu'un pur accessoire de la question principale n de la démarcation des limites, et la solution de celle- » ci devra nécessairement influer sur la décision de » l'autre.

» Le soussigné croit devoir répéter aussi que le )) Gouvernement de Sa Majesté, en autorisant la créa- » tion du double poste de Mapa, n* avait pas seulement » consulté, comme on paraîtrait le croire au Brésil, » des intérêts de circonstance d'ailleurs fort impor* )) tants pour la Colonie de Gayeune ; mais qu'il était )> principalement déterminé par la conviction intime » et réfléchie des droits de la France sur le territoire » situé au delà de la rive méridionale de TOyapoc

A Dès lors, il ne voit aucun motif d'acquiescer à la » demande renouvelée dans la note de M. l'Envoyé du » Brésil.

» Il n'en aperçoit pas davantage pour que le Gou- » vernement Impérial lui-même persiste dans une exi- » gence inadmissible, et qui, en se prolongeant, ne )) pourrait avoir d'autre résultat que d'éloigner, sans » nécessité, le moment où l'on pourra procéder, d'un » commun accord, au règlement définitif des limites » de la Guyane. »

1027. Quand le Gouvernement Français coupait ainsi au Brésil tout espoir, il y avait quatre mois que la cause brésilienne était appuyée à Paris par l'Angleterre.

Cette puissante médiation, invoquée comme une dernière ressource pendant le silence de M. le comte Mole, avait donc été tout aussi vaine que les efforts personnels du Gouvernement Brésilien.

1028. Les moyens diplomatiques semblaient épui-

SS 1029-1081 10« tÉCTCRE ( 261 )

ses*, mais ild furent soutenus par le meilleur de$ moyens.

La nation se récria.

1029. Les haines intestines se turent \ et de tous les points du Brésil éclata une protestation véhémente contre la violation obstinée de TActe de Vienhe et de la Convention de Paris.

Dans les Ghamt)res, au Sénat principalement, des toix éloquentes retentirent contre 1* attentat de lèse-» nation*

Il parut même à Rio de Janeiro un journal portant le titre significatif de Lfga Amerîcanas et prêchant aux Brésiliens de ne rien acheter aux Français : journal d'autant plus efficace, que, fondé par M. Aureliano, homme d*État influent, il était rédigé par la plume vigoureuse de M. Odorico Mendes, le plus profond connaisseur de la langue portugaise dans les deux mondes, le futur auteur de la meilleure traduction de Virgile dans toutes les langues.

lOSO. Ces démonstrations donnèrent aux choses un tout autre aspect.

1031. Le 17 décembre, le maréchal Soult demanda un entretien à M. d'Araujo Ribeiro.

Et dans cet entretien, qui eut lieu le 21 décembre, rîlîustre maréchal dit à l'envoyé du Brésil ces paroles :

«Vieux soldat, par conséquent franc et loyal, je » vous déclare, pour que vous le portiez à la connaîs- • sance de votre Gouvernement, que la France* loin

» d'avoir des vues ambitieuses sur le Brésil, souhaite )) sincèrement que l'empire brésilien se consolide et » prospère : que le Roi des Français professe beaucoup » d'amitié pour la famille qui y règne, et une amitié » qui peut avoir les plus grandes conséquences : que » son Gouvernement désire entrer dans des arrange- » ments commerciaux, pour lesquels il peut accorder » au Brésil de grands avantages : qu'il désire, enfin, » mettre un terme à ces récriminations qui ne servent » qu'à nourrir la discussion et qui pourraient avoir des » suites fâcheuses.

)) Pour ma part, je suis tout disposé à en finir avec » toute espèce de grief que le Brésil puisse avoir » contre la France. »

1 032. Ces nouvelles dispositions du Gouvernement Français se convertirent eu acte, à la réception d'une dépêche de M. le baron Rouen, envoyé de France près la cour brésilienne.

1033. Les négociants français établis à Rio de Janeiro s'étaient adressés par écrit au représentant de la France, le priant de prendre en sérieuse considération les clameurs du Brésil.

Et M. le baron Rouen avait demandé un entretien à M. Lopes Gama.

103/i. Dans cet entretien, le 8 novembre 1839, M. le baron Rouen avait fait observer « que les senti- » ments du Gouvenïement Français envers le Brésil se » fondaient trop sur l'amitié et la bienveillance, et que » le commerce français avec cet empire était trop im r

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» portant, pour qu'il ne fût pas à désirer, dans l'intérêt » des deux nations, qu'on se hâtât de mettre un terme » au seul différend réel qui les partageait; et il finit » par dire qu'il avait l'intention de proposer au Gou- » vernement Français un moyen de conciliation, qui, )> d'après lui, sauverait la dignité des deux nations, et » mettrait les choses sur la voie d'un accommodement n amiable; mais qu'avant d'écrire au maréchal Soult, i> il serait heureux de connaître l'opinion du Ministre » Brésilien sur son expédient, qui consistait en ce que » la France promettrait de retirer ses postes militaires, % aussitôt que se trouveraient sur le lieu de leur des- > tination les commissaires délimitateurs prescrits par » l'article 2 de la Convention de 1817. »

10o5i Et M. Lopes Gama avait répondu ; « Qu'il » ne s'arrogerait pas le droit de dissuader M. l'Envoyé » de France de proposer au Gouvernement Français D un moyen conciliatoire quelconque ; mais qu'il ne se » prêterait à appuyer celui dont il s'agissait, qu'autant » qu'il en résulterait l'évacuation du territoire brési- » lien par les forces militaires françaises, préalablen ment à toute discussion entre les commissaires D délimitateurs nommés par les deux nations. »

1036. Cette ouverture de l'enyoyé de France, et la manière dont elle avait été reçue par le ministre brésilien, parvinrent à la connaissance du Gouvernement Français en janvier 18A0, un mois après l'ouverture du maréchal Soult à l'envoyé du Brésil.

Le Gouvernement Français approuva l'expédient suggéré par son diplomate.

( 264 ) 10* WGTUBE S 10S7

Et le 4 févrieri Vabandon de Mapà fut décidé en conseil des ministres.

1037. Cette décision Tut communiquée à l'envoyé de France le 22 février.

M. le baron Rouen en donna connaissance au Gouvernement Brésilien le 24 avril, par cette note :

« Le soussigné, Envoyé Extraordinaire et Ministre » Plénipotentiaire de S. M. le Roi des Français près k » Cour du Brésil, a T honneur de transmettre avec A autant d'empressement que de satisfaction k S. Ex, » Mr* Caetano Maria Lopetf Gama, Sénateur de TEm^ a pire, Ministre Secrétaire d'État au Département des » Affaires Étrangères, la communication officielle qu'il » vient de recevoir de son Gouvernement, sur la nou- » velle décision qui a été adoptée au sujet de T évacua- » tion du poste de Mapa. Le soussigné est chargé, en » conséquence, d'annoncer à S. Ex. Mr. le Ministre » des Affaires Étrangères, que le Gouvernement du » Roi, désirant mettre un terme aux discussions fâ-* }) cheuses qu* avait soulevées Toccupation militaire de )> ce poste, et voulant en même temps donner au Ca« » binet Impérial un nouveau témoignage du4)rix qu'il » attache au maintien des relations amicales qui ont » toujours existé entre les deux pays, a décidé que le » détachement de troupes françaises qui a continué à » occuper jusqu'à présent le poste de Mapa, serait » retiré aussitôt que les commissaires des deux puis- » sances, qui, suivant les dispositions des traités, doi- » vent être nommés pour travailler à la démarcation » définitive des Umites des deux Guyanes, se trouve*

s 1088 10* LECTURE ( 256 )

raient réunis au lieu de leur destination } et que des ordres avaient été, en conséquence, expédiés à M. le Gouverneur de Cayenne ; que le Gouvernement du Roi, en prenant formellement cet engagement, allait aussi s'occuper immédiatement de la nomination de ses commissaires démarcatems, ainsi que de leur envoi à la Guyane, et qu il ne doutait pas que le Cabinet Impérial ne s empressât de prendre de son côté, et sans aucun délai, les mêmes dispositions, > Le soussigné est bien convaincu aussi que S. Ex. Mr. le Ministi*e des Aiïaires Étrangères verra dans cette communication qu'il est chargé de lui faire, le témoignage le plus évident des sympathies constantes du Gouvernement du Roi pour la Monar-chie Brésilienne, ainsi que de Tesprit amical et conciliant de sa politique ; et que cette détermination portée à la connaissance des Chambres Brésiliennes suffira pour dissiper d'injustes préventions, pour ramener les esprits à des dispositions plus convena* blés à l'égard de la France, et à faire cesser enfin toutes les discussions et les difficultés auxquelles cette question n'a déjà que trop servi de prétexte 9

1038. M. Lopes Gama répondit, le 5 juin :

c La note de M. le Baron Rouen ne parle que

> du poste de Mapà, tandis que, suivant la note de » M. le Duc de Dalmatie en date du 3 juillet 1839, le » soussigné a annoncé aux Chambres, dans leur ses- » sion de l'année dernière, l'existence du double poste » de Mapà, » Il parait, d'ailleurs, par des avis reçus du prési-

( 256 ) 40« LECTDRK S 1038

» dent du Para, qu'il existe en deçà de la rive méri- » dionale de rOyapoc quelque autre poste français.

» Le Gouvernement Impérial se plaît à croire que » ces établissements n'ont pas été foimés par ordre » de Sa Majesté le Roi des Français, mais bien par les » autorités de Cayenne, auxquelles il a toujours attri- » bué également la création du poste de Mapà ; et plein » de confiance dans la justice d'un Gouvernement aussi » éclairé, il se persuade que, par les mêmes raisons » qui l'ont déterminé à déclarer son intention de faire » retirer ce poste, le Gouvemement Français jugera D encore digne de sa sagesse, et conforme à l'engage- » ment déjà contracté de sa part, d'expédier aussi ses » ordres pour l'évacuation des autres postes en deçà » de rOyapoc.

j> Ces considérations pourraient justifier quelque )> délai dans les dispositions que le Gouvernement de Sa » Majesté le Roi des Français attend du Gouvernement )> Impérial.

» Cependant, animé du désir de donner des preuves » d'ime politique basée sur la confiance, sur l'amitié, )) et sur la justice de sa cause ; pénétré de considéra- » tion pour la France, et se reposant sur l'engagement » formellement déclaré par le Gouvernement du Roi, » le Gouvernement Impérial a résolu de nommer ses » commissaires démarcateurs , et il les enverra au » Paré.

» En communiquant par ordre du Régent, au nom » de l'Empereur, cette détermination, le soussigné doit » ajouter que les commissaires brésiliens partiront du » Paré pour se réunir à ceux de France sur le lieu que

s s 1030-1042 10- LECTURE ( 257 )

> Ton déterminera par un accord ultérieur, et seront

> pleinement mis à même de commencer le travail de »la démarcation, aussitôt que les postes ci-dessus » mentionnés auront été retirés »

1039. Et le 27 juin, en envoyant à M. d'Araujo Ribeiro des copies de cette correspondance, M. Lopes Gama disait encore : « Vous pouvez être sûr que, de » notre côté, on ne procédera point à la démarcation,

> sans l'évacuation préalable et entière des postes éta*

> blis par la France, »

lOAO. Les commissaires brésiliens furent nommés le 17 juillet, et étaient le lieutenant général Manoel da Costa Pinto, le contre-amiral Jacinto Roque de Sena Pereira, et M. le docteur en droit Bernardo de Spuza Franco, aujourd'hui sénateur de l'Empire.

10 Al. Mais déjà sept jours auparavant, le 10 juil* let 1840, — avant aucune nomination de commissaires de part ni d'autre, et avant que la note de M. Lopes Gama eût eu le temps d'arriver à Paris, — l'évacuation du poste de Mapà était consommée par ordre du Gouvernement Français.

C'était plus que le Gouvernement Français n'avait promis le 2A avril.

10&2. Mais que M. le vicomte de Maranguape avait eu raison de ne pas se contenter de l'abandon de Mapà, et d'exiger l'évacuation préalable et entière de tous les postes établis par la France au sud de rOyapoc !

En abandonnant Mapà, la France consei*vait un autre

( i&s ) 40* LECTURE S S loas-io&o

poste militaire sur le territoire confié an Brésil par l'acte de 1815 et par la convention de 1817.

10A3. Ce poste n'était pas dans le voislni^e da premier, car un second établissement à Mapâ et un autre sur l'tle de Marac& étaient restés en projet.

Il se trouvait sur l'Oyapoc même.

10&4. Mais ce n'était pas celui qu'avait annoncé M. le duc de Broglie le 26 janvier 1886, comme allant être créé ; car, d'après le témoignage de la Revtte Co/o^ iiiale^ il ne fut fondé qu'en 1838.

10A5. On lui donna officiellement une plus grande importance au moment même que l'on évacuait Mapà :

Car le poste de Mapâ fut évacué le 10 juillet 18A0 ; et, le SI août de la même année, le Journal de la Marine publiait à Paris l'article suivant : € Consldé- » rant les services éminents rendus à la Guyane fran-

> çaise par le baron Malouet, ordonnateur en 1777 et

> 1778 ; considérant la haute estime qui entoure en- » core dans ce pays le nom de ce grand administraiteur, dont les Cayennais reconnaissants conservent

> fidèlement le souvenir, le gouverneur de la Guyane » vient de rendre un arrêté par lequel le poste mîli-

> taire établi sur la rive droite de l'Oyapock portera, » à compter de ce jour, le nom de Fort Malouet. ]»

1046. Et il paraît que ce ne fut pas le gouverneur de Cayenne qui prit l'initiative de l'agrandissement de ce poste.

Car, d'après la Bévue Coloniale encore, la dépêche ministérielle du 28 février 1840, faisant savoir au gouverneur de Cayenne que « le Conseil des ministres

> avait reconnu qu'il était nécessaire que le détache-

> ment entretenu à Mapà fût retiré » , lui prescrivait en même temps «d'autoriser les familles tapouyes I réfugiées à Mapâ à se replier vers l'Oyapock >.

1047. Telle était la vérité tout entière le 23 juillet 1840, le jour que les rênes de l'État furent mises par la nation dans les mains augustes de Sa Majesté l'Empereur Dom Pedro IL

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