ONZIÈME LECTURE
10&8. La nomination des commissaires brésiliens fut notifiée par M. d'Araujo^ Ribeiro, à M, Thiers, le 8 octobre 1840.
1049. Mais les commissaires français ne furent jamais nommés.
1050. Et le 5 juillet 1841, M. Guizot, successeur de M. Thiers, adressa à l'envoyé de France au Brésil la note suivante :
< Je vous ai' entretenu le 21 octobre précédent des » circonstances qui avaient empêché la nomination de » commissaires Français pour la démarcation des » limites de la Guyane du côté du Para. J'ai à vous » parler aujourd'hui des motifs qui nous font regarder » cette nomination comme inutile, parce que, dans » notre opinion, la réunion de commissaires Français )) et Brésiliens serait peu propre à conduire à un ré- » sultat complet et définitif. Il ne s'agit point, en effet,
J{ 1050 11* LEGTOfiE ( 261 )
d'un travail ordinaire de démarcation, suite natu^ relie d'une négociation où la limite qui doit séparer deux territoires a été convenue en principe, pour être réalisée ensuite sur le terrain. Avant que la question soit arrivée à des termes aussi simples, il faut d'abord s'entendre sur l'interprétation de l'article 8 du Traité d'Utrecht, et déterminer une base de délimitation : il faut, ce qui ne peut se faire que par une négociation entre les deux cabinets, vider d'abord la question des traités et définir les droits i*espectifs, avant d'arriver à l'application pratique de ces mêmes droits. De deux choses l'une : ou le Gouvernement Brésilien a donné pouvoir à ses commissaires de négocier et de traiter sous ce point de vue ; ou il a entendu limiter leur mission à celle d'opérer sur le terrain comme démarcateurs. Dans la première hypothèse, il parait peu nécessaire de réunir à deux mille lieues de France des commissaires spéciaux pour régler ce que les deux cabinets peuvent déterminer, par une entente directe, beaucoup mieux et plus sûrement que des négociatem'S improvisés, qui, sans parler d'autres inconvénients inséparables de leur position, pourraient être, à chaque instant, forcés de recourir aux directions dé leur gouvernement Dans ht seconde supposition, que pourraientils faire comme simples démarcateurs, si nul principe, nul système de délimitation n'était établi d'avance? Dès l(M*s, Monsieur le Baron, il a paru an Gouvernement du Roi, qu'il serait à la fois plus logique et plus expéditif de commencer par ouvrir une négociation dans le but de se mettre i»*éalablement d'ac-
( 282 ) iV LEcrv%% gS 1050-1061
»oorâ sur Viut^prétatkNQ du Traité â'Utroofal et sur
if les termes d'une démarcatioD qu'il ti'y aiirait plus ensuite qu'à régulariser sur les Ueux xoâmes. On le peut d'autant mieux que révacuatîen du peste de Mapa ayant été efiectuée avant toute véunipu p08sit;>le de commissaires, et» par coiviéquent, s^ms l'acoom* plissement de la mesure corrélative qui devait s'y lier dans la pensée des deux Gouvernements, cette mesure n'a plus la même oj^portuaité et ne saui^ait, idnsi que je l'ai déjà dit, mener sûi:ement au but qu'il importe d'atteindre. La question des limites, dégagée de l'incident de M^pa, reste entière ; il appartient avant tout aux deux cabinets^ l'éclairer et d'en préparer de Gowert la solution la plus propre à concilier leurs ûnÂtsk et leurs prétentions, et, je 1^ répète, cela n'est possible qu'en suivaat la parcbe que je viens d'indiquer*
> Vous voudres bien entretenir le ttinistre Imj^érial dans le sens de ces considérations que vous trouvère* plus amplement développées dans la copie ci^îoiiUe d'une lettre que j'ai écrite au Ministre de la Marine sur le même sujet, et l'engager à adresser des instructions et des pouvoirs à M. d'Araujo Rilmro poujT entrer en négociation svr le règlement de la question des limites de la Guyane, soit avec mon département, soit avec le plénipotentiaire que le Roi aura désigné pour traiter cette aCEaire*...*.. i 1061 « Une eopie de cette note fut expédiée par
Ml le barpn Rouen à M. Aureliano, Ministre. bréfûUen
des Afiaires Étrangères, Et le cabinet impérial, frappé de la sagesse des con*
S$ !l062-10âA 11« LECTUM ( 268 )
sidératioDs de M. Guizot, et se faisant un devoir d'inaugurer le Skouveau règne par un grand témoignage de confiance dan& le Gouvernement Français, regarda comme superflu d'insister sur l'évacuatioD de tout autre poste que celui deMapà, et munit M. d' Araujo Ribeiro» le 20 décembre 18A1, des pouvoirs nécessaires pour régler, par un accord préliminaire» )e$ bases d'une délimitation fixe et définitive des frontière» de la Guyane Française et du Brésil, conformémtent àtt sena préciâ de l'article 8 du traité d'Utrecht,
10^2« li. d' Araujo Ribeiro fit part de sa nomina* tioD à Ai« GuûK^t le 2ô mars 18A2 ; et il se prépara à la négociation d'une manière extrêmement louablOé . 1063. Mais deujfc plénipotentiaires français, suc-ce$8ivei»ent employés, évitèrent là discussion.
. 1054. M* le baroa Dejfaudis^ nommé le 10 avril 18A2, demanda un délai.
£t au bout de cinq mois» vers le 15 septembret il YÎJIt déclarer à M. d' Aiaujo Kibeiro c qu'il était inutile » de perdre leur temps à discuter l'ail'aire, parce qu'il 9>luL semblait impossible de parvenir à un accord» » attendu que le ftrésil soutenait que le Vincent Pinçon » du traité d'Utrecfat était TOyapoc, sous le Cap » d'Qnu2g0« tandis qu'il était intimement convaincu, >} par un mûr eoiamen de la question, que c'était le )x Carupapori^ tout au nord-*ouest du Cap Nord* Qu'il n ne désirait pourtant pas que la négociation fût re^ » gardée tout de suite comme rompue, parce que le» n" Chambres s'attendaient à un résultat, et que le
( Ô64 ) !!• LECTUBE ^ s 4066
> Gouvernement ne serait pas bien aise de leur an* » noncer aussitôt une rupture de négociation, m
Puis il laissa passer silencieusement six autres mois et demanda son remplacement.
1056. Nommé le 18 mars 18AS, H. le baron Rouen, nouvellement revenu du Brésil, n'eut aussi avec M. d'Araujo Ribeiro qu'une seule conférence, à la fin de juin 18 A3.
Et ce fut pour dire : € Qu'il était convaincu que le
> traité d'Utrecht n'était pas assez clair, et que ce
> serait perdre le temps inutilement que de pré^ndre » rechercher quelle était la véritable rivi^ désignée » par ce traité sous le nom de Yapoe ou f^incent Pinçon : >que ce qu'il fallait faire, dans cette incertitude,
> c'était d'avoir égard, tout au plus, à X esprit du traité,
> et trancher le différend au moyen d'un partage qui » lésât le moins possible les prétentions des deux 1 partis; que Y esprit du traité d'Utrecbt était maui-
> festement de laisser à la couronne portugaise la na- » vigation exclusive de T Amazone, et que, pour cela, » il n'était point nécessaire d'étendre la frontière bré* » silienne au nord de \ /iragunri; que c'était là, à sea % yeux, la rivière qui devrait servir de limite, confor-
> mément à \ intention du traité d'Utrecht. »
Mais ensuite, pressé parles objections de M. d'Araujo Ribeiro, qui lui rappelait que le Gouvernement Français lui-même avait déjà déclaré solennellement, en 1797, que le Vincent Pinçon du traité d'Utrecht était le Carsci^cnne^ M. le baron Rouen murmura, sous forme d'aparté : < Eh bien ! soit, fixons-nous au Carsevenne. »
s s 105«-I05d 11* LECTURE ( 265 )
Iii-dessu3 il promit de revenin
Mais il ne revint qu'après vingt-deux mois, au commencement de décembre 4 SA A.
Et ce fut pour annoncer que le Gouvernement lui avait retiré ses pouvoirs, sans lui donner de successeur.
1066. Le Gouvernement Français ne fit cependant aucune communication à M. d'Araujo Ribeiro, ni au Gouvernement Brésilien, sur la cessation des pouvoirs de M. le baron Rouen.
Et même, le 26 mai 18A6, quoique la France n'eût plus de négociateur depuis dix-huit mois, M. Guizot fit cette déclaration à la Chambre des députés, en sa qualité de Ministre des Affaires étrangères :
c La négociation se suit à Paris; je l'ai transportée » à Paris pour pouvoir la tenir davantage dans notre
» main Elle est très-difficile : il y a des questions
» géographiques et des questions de navigation très
> embarrassantes. Il y a aussi tel moment dans lequel » il serait plus opportun que dans tel autre d'insister >pour la prompte conclusion. Je prie la Chambre
> d'être convaincue que je presserai cette conclusion 1 autant qu'il me paraîtra possible. .. »
1 057. Ainsi continuèrent les relations diplomatiques jusqu'à la catastrophe de Louis-Philippe.
1058. Mais la France gardait toujours le poste Malouet sur la rive droite de l'Oyapoc.
1050. Et depuis la fondation du poste de Mapà, la presse française avait redoublé d'ardeur pour la cause
( 266 ) H* LfiGTDBf g S IMfr-lOdS
cayennaise« soutenant^ tour à tour, comme le véritable Vincent Pinçon, le Campa pot i^ sous le nom de Yajwc que lui avait donné M. de Larue, le véritable Araguan^
et même \ AmazQue.
1060. En 1836, M. Paul Tiby, sous-chef de. bureau à la direction des Colonies, s'était ainsi exprimé
à l'article GuyANB FRAllÇiUft& du DwO'onnafre de la conuermUon : < Ses limites du c6té du sud-est ne sont I point encore bien déterminées, et la France prétend » avec fondement qu'elles doivent s'étendre jusqu'à la
> petite rivière de Yapock ou de Vincent Pinçon, sûuDsi » qu'il est stipulé par l'article 8 du traité d'Utrecbt. >
1061. Dans la même année, M. Charles PœtfHet^ géographe du roi et du duc d 'Orléans, dans la cart^ du. Brésil par Brué» « augmentée et revue pour les liinUes », avait introduit tout au nordr-ouest du C^» Nord le nom de Yapok ou £. FùicentPinçou.
1062. En 1837, le baron Walckenaer avait écrit cea mots dans les iSouveiles Annales des voyages,: c D'après le traité d'Utrecht, la Guyane avait pour I limite dans le S.-E. la rivière de Vincent Pinçon^ I connue des naturels sous le nom de VapocA...** C'est
> celle que les Brésiliena nomment aujourd'hui Cara--
^ papoiujr, »
.-1Q63« En 1838, dans une publication officielle portant pour titre Notices statistiques sur les colonies françaises^ M. Paul Tiby avait complété par ce passage son œuvre de 1836 : c Le vague des limites intérieiureSi 1^ de la Guyane française ne permet pas de déterminer >. l'étendue du territoire de la colonie d'une manière
s g 1064-1066 !!• ubotu»» ( 267 )
) précise. On peut dire seulement que la longueur' de » son littoral^ depuia le Maroni jusqu à la rivière Vin*
> cent-Pinson, est de 125 lieues communeai sur une
> profondeur qui, poussée jusqu'au Rio-Rranoo, ne » serait pas moindre de iOO lieues, et donnerait alors >une superficie triangulaire de plus de 18,000 lieues » carrées. >
1064. En lS3i>, M. Charles Picqnet, dans la carte générale de 1* Amérique méridionale par Brué, « augmentée et rectifiée pour lea lùniies » , avait marqué de nouveau^ tout au nord-ouest du Cap Nord, A. Finceni
Pinçon OU Yapock^
1065. Dans la même année 1839, un Portugais renégat 5 nommé Constancio^ esprit £aux et bouffi d^ suffisance, plagiaire de Waiden, avait imprimé ces paroles dans une prétendue Hi&toire du Brésil : < L'ar* » ticle 8 du traité d'Utrecht a fixé pour limite entre les » Guyanes portugaise et française la rivière Vincent » Pinzon^ la dénommant aussi Oyapock ou Uiapoc, par » la latitade Nord de 1" iO\ > — Et sur une carte qu'il sût en tête de ses deux volumes, il marqua tout au nord*ouest du Cap Nord R. Fincent Pinçon ou Yapock*
1066. Le 18 juin 1840, M. Juguis^ dans un rapport à la Chambre des députés, ne s'ét^t pas fait scrupule de copier mot à mot T historique de la ques« tion guyanaise donné en 1885 par le Journal de Im Marine^ et il avait répété imperturbablement, du haut de la tribune, ces faussetés criantes : c Par le traité »d'Utrecbt, la France consentit à se relâcher de ses » prétentions, en abandonnant au Portugal la partie de » territoire qui s'étend depuis T Amazone^ ou la ligna
> de l'équateur, jusqu'au cap Nord, ou la baie de Vin-
> cent-Pinçon, situé par le deuxième degré de latitude
> septentrionale. . .
) Le Portugal prétendit transporter ses limites aa » cœur des possessions françaises jusqu'à la rivière de
> YOyapock^ située par le quatrième degré de latitude, ) confondant, à dessein sans doute, cette rivière avec » celle de Yapock^ qui en est distante de 50 lieues ma-
> rines. — L'ambiguïté que présente l'article du traité
> d'Utrecht provient de ce qu'en faisant le traité on se » servit d'une carte hollandaise de yankenlen^ sur ) laquelle est marquée effectivement, près du cap » Nord, une petite rivière désignée sous le nom Yapock^ » ayant son embouchure dans la baie de Vincent-Pin- » çon. Cette petite rivière, n'étant pas portée sur les » autres cartes, a fourni de prétexte aux prétentions » de la diplomatie portugaise ; majs est-il permis de se » méprendre sur la véritable position géographique » du cap Nord et de la baie de Vincent-Pinçon, points » de la côte connus de tous les navigateurs, et dont
> le gisement est tracé, sur les cartes de toutes les t nations, par le deuxième degré de latitude septen-
> trionale ? >
1067. En avril 1843, MM. Temoux-Compans ^ Jules Lechevalier et Joly de Lotbinière, au nom de la Société d'études pour la colonisation de la Guyane Française, et avec l'autorisation du Ministre de la Marine et des Colonies, avaient donné une seconde édition de la Aoti'ce sur la Guyane Française^ publiée officiellement en 1858 dans les Aott'ces statistiques sur les colo^ hies fmuçaises.
s 1067 !!• LECTURE ( 260 )
Et non contents de la reproduction ptii-e et simple du texte primitif, ces messieurs avaient ajouté à leur édition une carte sur laquelle ils traçaient ainsi les limites légitimes de la Guyane Française :
Le Maroniv jusqu'au pied du versant septentrional de la cbatne Tumucumaque ;
Une ligne droite sud-est nord-ouest, longeant au nord la chaîne Tumucumaque, et aboutissant au confluent du Tacutu avec le Mahu, de manière à laisser aux Anglais le Pbrara ;
Le Tacutu, le Rio Branco et le Rk) Negro, jusqu'à dix milles de son embouchure dans l'Amazone;
Une ligne brisée, accompagnant les inflexions de l'Amazone à cette même distance de dix milles, et se terminant, sur l'Océan, à l'embouchure de la 8. S, Fm^ cent pinçon, qui, située d'une manière fautive, était intentionnellement le Carapapori.
Cette carte était une exagération de celle que M. Lescallier avait produite en 1791.
M. Lescallier, se réglant sur Tordre ministériel de 1776, qui plaçait l'embouchure du Vincent Pinçon à quinze lieues portugaises de l'Amazone, avait tiré sa grande ligne de partage à quinze lieues du Cap Nord ; messieurs de la Société d'études tiraient la leur à dix milles, parce que,pour eux^le véritable Vincent Pinçon était le Carapapori, dont l'embouchure se trouve à dix milles du Cap Nord.
Et à l'imitation de M. Lescallier, MM. Temaux* Compans et C'' donnaient à leur carte le titre de a Carte de la Guyane d'après les termes du Traité > d'Utrecht. »
( 270 ) 11* tECTUKE S§ 1068-1071
1068. Le 12 mai de la même année ISftS, dans un discours à la Chambre des députés, M. Lestiboudois^ BOUS Tinfluence de cette carte, a?ait dit que la Guyane Française, « dans les trois quarts de sa circonfér6ncs> » était entourée par la riviène des Amazones, le Rio » Negro et le Rio Branco » ; et que le territoire de cette colonie n'était séparé de l' Amazone que par tmjilet d*mu.
1060. Le 14 juin suivant, le Couirier fVùnçait avait consacré un arti^ele à Télogd de la carte de M. Temaut* Gompans.
1070. Cette même année encore, M. Lab^Ha , capitaine d'artillerie de marine, avait consigné ce passage dans un livre intitulé : De la Guyane Française et de ea colonisation : « L'tlé de Vincent Pinson , toute la
> partie qu^on appelle contestée, et qui ne l'a jamais
> été sérieusement, parce qu'elle est incontestable, i
1071. Le 2A janvier ISAft, M. le député Lacrosee^ dans un discours à la chambre, avait adressé au gouvernement cette apostrophe 1 1 Par le retrait du postA
> établi à Mapa, vous abandonnée actuellement % 10 000 lieues carrées d'un terrain inculte encore, imais que la richesse du sol et du climat rendent » d'un prix inestimable de nos jours. Observes bien I que les côtes de la Guyane française les plus rappro- » chées des rives de l'Amasone sont celles qui ofl^nt
> le plus d'avantages, non*seuIement pour la naviga- ) tion commerciale, mais même peur le mouillage des » bâtiments de guerre. Et ne craignes pas d'être ac- ^ cusés d'appeler sans générosité l'empld des forces
> de la France au détriment d'un État qui ne saurait
> lui résister. >
s s 1072-1 07S 11* LECTURE ( 271 )
1072. Le IV juin de la même année, M. le duc de Valmy^ dans un discours prononcé également au seiA de la représentation nationale, s'était fait, en ces ter^ mes, l'écho de l'erreur : < Le traité d'tJtrecht statué
> que les limites de la Guyane doivent être fixées par i> le 2* degré de latitude. Le Brésil prétend (jue les » limites doivent être portées au 4* degré de latitude.
> Et sur quoi se fonde, messieurs, le Brésil dans cette » prétention? Sur ce que le traité d'Utrecht, à la dési- :» gnation qu'il a faite du degré de latitude, a ajouté î une autre désignation, celle d'un nom de rivière qu!
> a disparu. La France, au contraire, s'appuie sur la
Ti désignation du degré de latitude, qui n'a pas pti
> changer, et elle prétend que la limite doit être fixée 1 à l'embouchure de la rivière Arivari, située à 1 5 lieues 1 de l'embouchure du fleuve des Amazones, et par lé » 2* degré de latitude, conformément à la désignation » du traité d'Utrecht. »
Et le traité d* Utreçht n'indique aucune latitude !.....
107S. Dans le courant du même mois de juin 1844, M. Victor de Nouvion, secrétaire de la Société d'études pour la colonisation de la Guyane Française, avait réuni un grand nombre d'articles philo-cayennais dans un volume intitulé : Extraits des auteurs et voya^ geurs qui ont écrit sur la Guyane ; et, parlant de SOU chef, il y avait dit :
« Le Gouvernement français, après avoir commis là
> faute de prendre au sérieux les prétentions élevées
> par le Portugal, n'a cessé de l'aggraver depuis, en
> acceptant tous les prétextes dilatoires par lesquels le î Brésil s'efforce d'ajourner indéfiniment la reconnais- » sancè de nos droits. ^
( 272 ) 11' LEGTUBE S S 407A-1076
Et quand M. de Nouvion imprimait ces paroles à Paris» il y avait plus de deux ans qu'un plénipotentiaire brésilien attendait vainement, à Paris même, la discussion des limites de la Guyane Française et du BrésillII
107A. Au mois d'août 1845, M. Cochai^ assez courageux pour emprunter à M. d'Avezac son Japoc de iSSA, avait donné pour tribune à Terreur la Revue ries Deux-Mondes. — « Dans l'origine (avait-il imprimé) , les » droits de la France s'étendaient au Sud jusqu'au » fleuve des Amazones. En 1713, les négociateui*s » d'Utrecht réservèrent exclusivement au Portugal la )) navigation de ce fleuve en lui attribuant a la propriété » des terres appelées du Cap-Aord, et situées entre la » rivière des Amazones et celle de Japoc ou de Vincent » Pinçon. » S' autorisant de la vicieuse rédaction de cet » article, la cour de Lisbonne prétendit reculer les » frontières de la Guyane portugaise jusqu'à l'Oyapoc, » c'est-à-dire cinquante lieues plus loin que la petite » rivière qui porte à la fois le nom indien de Japoc et » celui de l'Européen Vincent Pinçon. Voilà cent trente- » deux ans que cette difliculté diplomatique est pen- » dante, tant est grande l'insouciance de nos hommes » d'État pour nos intérêts coloniaux 1 »
1075. Mais le voisinage le plus proche de l'Amazone ne valant pas l'Amazone même, on avait poussé nouvellement jusqu'à l'Amazone la prétention cayennaise.
1076. En 1838, M. JolUvet, lieutenant de vaisseau en station à Cayenne, avait publié, dans les ^nmle;f
s s 1077-lt)80 !!• LECTURE ( 278 )
' maritimes et coloniales^ un Essai sur les côtes de la Gtrjrane^ OÙ se trouvait le passage suivant : « La nature » et la raison nous donnent toute la rive gauche des » Amazones, ainsi que la libre navigation du fleuve. »
1077. En 18i2, M. Siûes Lec/tei^alier hyait adressé au Comité de colonisation de la Guyane Française les paroles que voici : « Les droits de la France à Tan- » cienne limite du Cap Nord sont incontestables ; une » négociation bien conduite pourrait même nous don- » ner une partie de la rivç gauche de l'Amazone. »
1078. Depuis l'année 18A3 jusqu'à la fin du règne de Louis-Philippe, la prétention à l'Amazone eut un fervent apôtre dans un estimable personnage qui habitait le bord du beau fleuve, M. Eveillnnly consul de France au Para, le même qui a trouvé à Djeddah une mort historique.
1079. Dans son enthousiasme pour l'Amazone, M. Eveillard ne se borna pas à stimuler par de nombreux mémoires Iç âépai*tement des Affaires Étrangères ; il inspira de son souffle trois futurs écrivains qui séjournèrent au Para pendant qu'il y servait.
Ce furent, M. le comte de Suzannety voyageant pour son plaisir, — M. Tardy de Montrai^el^ chef de l'expédition hydrographique chargée de compléter les tra-
vaux de M. Roussin, — et M, le vicomte l.e Serrée de Kervilly, servant sous les ordres de cet habile officier, et habile officier lui-même.
1080. M. de Suzannet débuta en juillet et septembre 18AA dans la Revue des Deux-Mondes^ sous le
pseudonyme de L. de Cliavagnes; et il reproduisit ouïs
( 274 ) 11* LKCTURK S S' lOSl-lOSA
Tertement son œuvre au coniinenceraent de 18A6, dans un volume intitulé : « Souvenirs de voyages, »
1081. Dédaigneux de la vérité, M. de Suzannet ne fit qu'une déclamation, mais une déclamation très propre à enflammer les esprits, et se terminant par ces mots : c Placer notre frontière sur la rive gauche de F Amazone, M tel doit être l'objet des réclamations constantes de la France. »
1082. Homme sérieux, M. AeMontraifel discuta la question guyanaise dans un mémoire daté du 12 septembre 18A6, et publié, sous ce titre, dans la R€i»ue Cohninle d'août 18A7 : « Considérations générales sur » la délimitation, l'étude et la colonisation de la Guyane » Française. »
1083. Avec la franchise la plus louable, M. de Montravel fit cet aveu : « On comprend de quel intérêt )) serait pour nous la prompte délimitation de notre » colonie, si nous pouvions, ainsi que la saine raison ») semble le faire espérer, avoir la rivière Araouary pour » frontière. C'est à ce but que nous devons tendre, à » cette limite que nous devons nous attacher, car toute » autre nous tiendrait à tout jamais éloignés del'Ama- » zone, dont nous devons chercher à nous rapprocher. »
Et il se flatta d'avoir « établi d'une manière nette et » irréfragable, que la rivière de Vincent Pinçon ne peut » être que celle d' Araouary, sur la rive gauche du fleuve » des Amazones, si ce n*est le fleuve des Amazones iui" j> même» »
1084. Voici comment procéda M. de Montravel :
« Le mot indien Japock étant tin nom générique
s 1084 * 11* LECTURE ( 275 )
» donné par les Indiens à toute riviëre, ainsi que Finn dique sa signification, et comme le prouvent les » anciennes caries qui le donnent à plusieurs rivières, » ce nom, dis-je, ne saurait trancher la difficulté^ puis- » que nous serions aussi fondés que les Portugais à A prétendre que le Japock désigné par le traité d* Utrecht » est, non pas notre Oyapock, mais bien toute autre » rivière portant lenom générique de Japock ; celle, par » exemple, que les cartes anciennes placent dans Tile » de Marajo.
» La question ne pourrait donc se résoudre que par » la discussion de la route de Vincent Pinçon et la déter- » mination bien certaine de la rivière à laquelle ce n voyageur a donné son nom.
» Je vois dans les historiens qui ont écrit le voyage » et les découvertes de Vincent Pinçon que ce naviga-
& teur fut repoussé avec pertes par les Indiens habi-
» tant le bord d'une rivière dans laquelle il avait envoyé n des embarcations. J'y vois que quittant cette côte » inhospitalière, il fit route au nprd-ouest, et qu'après 9 avoir fait quarante lieues à ce rhumbdevent, il trouva » l'eau de mer si douce, qu'il remplit ses futailles; )> qu'étonné de ce phénomène à une aussi grande dis- » tance de la côte, il se rapprocha de la terre et mouilla » dans le voisinage de la ligne, au milieu d'un groupe » d'Iles verdoyantes et à l'embouchure d'une grande » rivière; que, pendant le séjour, enfin, qu'il fit dans » ce mouillage, le seul .qu'il prit sur toute la côte jus- » qu'aux bouches deTOrénoque, il éprouva un phénon mène de marée qui mit tous ses navires dans le plus » grand danger.
( 276 ) 11* LECTURE S g lt)85-1087
» Sans parler de la circonstance du voisinage de la )) ligne, qui donne cependant quelque force à mon » opinion, examinons si quelque point de la côte de » r Amérique , depuis le cap Saint- Augustin jusqu'à » rOrénoque, présente le concours des ti'ois circon- » stances remarquables citées par. Vincent Pinçon : de » la présence de Teau douce à quarante lieues au large » de la côte, d'un phénomène de marée capable de » mettre des navires en danger, et enfm d*un groupe » d'ilesverdoyantesàrembouchured'unegrapde rivière. » J'avoue que nulle part, si ce n'est à l'embouchure de » l'Amazone, je n'ai remarqué la coïncidence de ces trois )) faits, qui me semblent devoir exclure toute discus- » sion et trancher la question. »
10H5. Sans doute, M. de Montravel a déterminé beaucoup mieux que Buache le mouillage équatorial du découvreur espagnol.
Mais, comme Buache, M. de Montravel a confondu le possible avec le réel.
L' Araguari et l'Amazone auraient fort bien pu porter l'un ou l'autre le nom de Vincent Pinçon ; mais le fait est qu'ils ne l'ont jamais poi*té.
1086. M. de Montravel donne pour sûr que le mouillage à l'embouchure de l'Amazone fut le seul que prit Vincent Pinçon sur toute la Guyane ; tandis qu'il est avéré que Vincent Pinçon reconnut toute la côte guyanaise depuis l'Amazone jusqu'à TOrénoque.
1087. M. de Montravel place la limite d'Utrecbt en dedans de l'Amazone; et le traité d'Utrecht la place formellement en dehoi-s.
s s 1088-1089 IV LECTOTE ( 277 )
1088. M. de Montravela pris pour point de départ de toute son argumentation, que, « le mot indien Japock )> est un nom générique donné par les Indiens à toute m rivière, ainsi que l'indique sa signilication, et comme » le prouvent les anciennes cartes, qui le donnent à » plusieurs rivières. »
' Et il n'existe point d' ancienne carte donnant à aucune rivière le nom de Japov. Celui de Ynpoc^ facilement réductible en Japoc, se trouve bien sur un gi*and nombre de cartes anciennes, — mais uniquement appliqué à la grande rivière du Cap d'Orange.
£t pour ce qui est de la signification générique attribuée par M. de Montravel au nom indien, la Reçue Coloniale de septembre 1858 dit avec sincérité : « On » ignore à quelle source l'auteur a puisé l'interprétation » du mot Japock. » Et elle ajoute avec sagesse : « Il » paraît plus dangereux qu'utile de produire des asser- » tions trop faciles à détruire. »
1089. Ce fut, comme M. d'Avezac, au sein de la Société de Géographie que M. Le Serrée apparut.
Cela nous est attesté par ce passage du procès-verbal de la séance de cette savante Société du 3 septembre 1847 :•« M. le vicomte Le Serrée de Kervilly, lieute- » nant de vaisseau delà marine royale, qui a fait partie » de l'expédition de M. Tardy de Montravel sur TAma- » zone, donne lecture d'un mémoire sur les déliraita- » tions de la Guyane Française et du Brésil, et sur les » moyens d'obtenir pour la France la ligne de TAma-
» zone La Commission centrale écoute cette lecture
» avec beaucoup d'intérêt, et elle prie M. de Kervilly
( 278 ) !!• LECTURE s s 1090^1091
» de donner commanication de son travail au comitëdu » Bulletin. »
1090. Le mémoire de M. Le Serrée ne fut pourtant pas inaéré dans le Bulietin de la Société de Géo^
graphie.
Il n'eut qu'une demi-publication , au moyen d'un petit nombre de copies lithographiées.
1091. M. Le Serrée nous fait en ces (ermesy avec une rare ingénuité, la confidence des vrais motifs de son travail :
« Dans le &it, il n'y a aucune différence importante » pour nous à avoir la délimitation de Maracà ou celle » d'Oyapoc; car, politiquement parlant, l'un de ces » points n'est pas plus près que l'autre de l'Amamne^ » seul parage où un lieu de possession modifierait immen* » sèment notre influence dans ces contrées et agrandirait » dans une très vaste proportion notre puissance et » l'avenir de notre colonie
» Le cours de l'Amazone nous importe pour deux » motifs distincts : 1* Pour arrêter sans équivoque » et selon les indications naturelles les limites de notre » Guyane. 2* Pour nous fournir .une porte de commu- 1) nication admirable avec le Chili^ la Bolivie, le Pérou, % le Venezuela, dont les produits se dirigeraient par 1) cette route si avantageuse, dès qu'^e leur serait «ouverte.
n Cette dernière question est immense dans le présent » et apparatt bien plus vaste encore dans l'avenir, et n c'est étrangement l'amoindrir que de n'y voir qu'un » intérêt purement commercial, quelque magnifique
s lOôl 11* LECTUM { 279 )
» qu'il soit; mais il savait oiseux de m'arrêtera prouver » une chose si évidente, et j'aborde le fait.
» La simple inspection du croquis fait voir que tant » que nous n'aurons pas arrondi nos possessions par » rOcéan, l'Amazone, le Paru et le Maroni, nous serons » toujours en doute et en litige sur nos limites, et que » le lac Mapa avec sa rivière ne démarque que la c4te » en laissant lieu à une discussion interminable pour » la ligne de l'intérieur q-qi est inexploré, inconnu, et le M sera de trèalongt^nps encore. Ce sont donc ces limites » que noue devons tâcher d'obtenir.
» Mais il est juste d'avouer que l'article 10 du traité » d'Utrecht nous défend bien explicitement cette pré-
» tention, et l'esprit du traité ne nous permet guère
» d'avancer au delà de l'embouchure sud du canal de » Carapapouri ou de Maracà.*
» Pour obtenir du Brésil la seule concession vrai- » ment importante, c'est-à-dire la limite de FAma- » Kone pour notre Guyane dans la partie de son cours » qui entoure ce territoire, avec la libre navigation du » peste, il faut donc entamer la négociation sur une » autre base que celle du traité d'Utrecht; puisque avec » les interprétations les plus favorables, il ne peut y n faire atteindre nos frontières
» n y a pour le succès de la négociation du bien 9 et du mal dans l'ignorance où se trouve le Goun vemement Brésilien des vraies ressources et de la » topographie du fleuve des Amazones ; mais le bien » remporte, car elle lui fait croire qu'en demandant » la frontière de l'Amazone, nous voulons le dépossé- » der complètement du profit et de la navigation de ce
» fleuve, et s'exagérer l'importance du territoire Guya* » nais qu'il nous abandonnerait; elle nous permet aussi » d'en exagérer avec plus d'assurance l'inutilité, l'insa- » lubrité, les marécages, au point de lui persuader que » nous n'y tenons que parce qu'jl est enclavé dans des » lignes frontières naturelles qui, une fois admises, ôte- » raient tout prétexte de contestation entre les deux » puissances et seraient un gage de la stabilité de leur » alliance actuelle ; et il est poisible de montrer qu'en » acquérant pour nous une frontière plus forte, nous )> n'ouvrons point pour cela le Brésil , puisque en se limi- » tant à la rivière du Para, ou même, s'il l'exige, au » canal entre Marajô et les lies dos Porcos et Gurupà, » il en conserve une aussi bien tracée et aussi forte que » nous, et évidemment bien plus exacte et bien plus 1) facile à défendre que l'imaginaire et éternellement » contestable à laquelle il prétend aujourd'hui;
» Il est même possible, je crois, de faire envisager )) comme de la modération que nous nous contentions » du canal entre la c6te de Macapà et les îles Gavianna, » Porcos, Gurupâ ; car ils le regardent comme le pire, » à cause de la peur exagérée, du prororoca de l'em- » bouchure et de l'idée inexacte des difficultés de cette » entrée, qu'ils croient bien autrement grandes qu'elles >^ le sont, et surtout qu'elles pourraient le devenir entre » les mains d'une nation, qui, comme la France, s'est » tant occupée de faciliter et d'améliorer le pilotage et )> a le moyen d' y faire les dépenses nécessaires.
» De plus, à la vue du délabrement actuel du » fort et du mouillage de Macapà; à la vue de cettç » citadelle sans canons, de la lame sapant joumelle-
s 1001 11« LECTURE ( 281 )
» ment ses fondements et menaçant de la faire crouler » bientôt; à la vue du mouillage entièrement comblé et 9 non abrité du courant de la rivière et des vents ; à la » vue de l'insouciance du Gouvernement pour ce dépé* » rissement rapide, et de l'impossibilité dans laquelle » il se trouve et se trouver^ de bien longtemps de l'ar^ » rêter, quand même il le voudrait, les Brésiliens n'ont » qu'une fort médiocre idée de l'importance de cette » position, et n'entrevoient pas le rôle qu'elle est appe- » lée à jouer quand le fleuve sera ouvert au commerce,
» Loi*sque je m'y trouvais en 18&A, je disais au gou- » verneur : « Votre fort, même complètement armé, » ne serait qu'une dispendieuse inutilité; car il ne » commande pas l'entrée du fleuve, dans lequel on » peut pénétrer par derrière l'île dos Porcos; il ne com- » mande même pas cette passe-ci, puisque ses feux » n'atteignent pas l'autre rive. Et il restait convaincu, » parce qu'il ne voyait pas qu'avec peu de dépenses on » fermerait la plage de Macapà par une digue toujours » très facile à faire en rivière, on creuserait ce port » dont le fond est de vase ou de terre molle, on ferait » un bassin du cours d'eau qui vient s'y jeter et qui, » aujourd'hui, ne reçoit que des bateaux, et qu'ainsi » restaurée cette place deviendrait un arsenal qui abri- » terait sous son fort les navires qui pourraient partir » pour intercepter les autres contrées et défendre les » positions faibles, sans compter les batteries qu'à peu » de frais une puissance Européenne saurait élever efii- » cacement en divers endroits.
» Outre cela, la ville de Macapà est parfaite- )) ment située pour devenir l'unique entrepôt du com-
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» merce dii grand fleuve avec F Europe; car elle est sur » la route directe, et Ton ne peut pas croira qu'une )) fois les communications également libres avec elle et n la ville du Para, les navires continuent à aller cher* » cher cette dernière à travers des détours et des canaux » à peine navigables, des longueurs et des retards, au » lieu de descendre à Macapà au courant du fleuve. Du » reste, entre. les mains de la France on y trouverait » vite des garanties, des avantages et des facilités qu'on }) chercherait en vain au Para.
I» D'un autre côté, si Ton ne peut pas admettre » que les Brésiliens ne voient pas l'avantage , au % moins commercial, que nous tirerions d'un établis* » sèment sur TAmaeone et de notre liberté de navi* » gation sur tout sou cours, on peut, cependant, croire » sans mécompte qu'ils n'ont pas une idée exacte de )> son importance, et que les résultats se cachant pour » eux derrière d'immenses difficultés de navigation, » d'installation, de dépenses et de temps, ils leur pa« » raissent plutôt spéculatifs que réalisables, tandis » qu'ils seraient [U'esque instantanés pour une nation » aruiée déjà des ressources de force, d'industrie et de » capitaux dont le Brésil manque.
)» Je crois donc qu'aux yeux des Brésiliens Ton )) peut déplacer la prédominance de l'intérêt des deux » motifs qui nous excitent à rechercher la frontière n de l'Amazime; de manière à leur faire envisa* » ger comme accessoire ce qui est réellement capital» » c'est-à-dire la navigati(m complète du fleuve. Et il )> me semble voir dans cette question de beaux élé- » mens pour appliquer au profit de la France ce grand
SS 1001-1092 11« LBCTCRE ( 28S )
» principe de l'art de négocier : rénssir à amoindrir » dans r opinion de l'autre partie contractante les avan* » tages de la part que l'on se fait, et à grossir ceux de » la part qu'on lui laisse. ..
» Notre Consul du Para, homme de tact et de Q grand mérite, est parvenu à faire à des personnes » Men placées dans l'intérieur de l'Amazone, et surtout » dans l'arrondissement de la ville de Santarem, pro« » poser pour le libre commerce du fleuve des pétitions » à l'empereur qui ont été immédiatemeut couvertes 9 de signatures; mais je crois qu'il ne faudrait prendre » de rinfluenœ qu'elles pourraient avoir sur l'esprit du «.gouvernement central que ce qui favoriserait partie » culiërement nos vues, carlalibre navigation du fleuve % pour toutes les nations serait, en même temps, plus » difficile à obtenir et beaucoup plus désavantageuse » piour nous ; parce que pas plus là qu'ailleurs nous ne » pourrions soutenir victorieusement la concurrence avec » r Angleterre et les États-Unis: nous en serions lûen- » i6t presque entièrement absorbés, et au lieu de serviri » la prospérité de la France, l'ouverture des communica^ » tions ne servirait qu'à celle de la ville de Macapà, qui » serait toujours le vrai point de transit et d'entrepôt »
1002« L'exposé de motifs de M. Le Serrée se ré^ sume donc en ce peu de mots c
a 11 faut que la France, mais fa France toute seulc^ partage avec le Brésil 1» trésors inestimables de la navigation de l'Amatone.
)> Cela nous est expressémeiit interdit par le traité d'Utrecht.
( 2Sâ ) 11* LECTURE g S 4098-1094
n Mais les Brésiliens sont des gens accoamiodànts« non pas trois fois, mais trois cents fois bons.
» Il serait facile d'obtenir de leur ignorance et de leur simplicité l'annulation du traité d'€trecbt, et la négociation d'un nouveau traité qui nous accorde ce que nous voulons.
» Cherchons donc pour ce nouveau traité une base spécieuse. »
1093. Cette base, que M. Le Serrée propose comme une grande nouveauté, est la vieillerie que Buacbe avait imaginée en 1797, et qui consiste à soutenir que la rivière portant le double nom de Vincent Pinçon et Oyapoc doit être l'Amazone.
La seule dilTérence fondamentale est que Buache réclamait pour la France la moitié de l'île de Maraj6, tandis que M. Le Serrée veut bien la hùsser tout entière au Brésil.
Son légitime Vincent Pinçon-Oyapoc est le canal central de l'Amazone, celui que forment, d'un côté l'Ile de Marajè, et de l'auti^ecôté les lies de Frexas, Mexiaaa» Caviana, Jurupari, Porcos, Gurupà.
1094. Pour démontrer qu'il en doit être ainsi pour tout le monde, M. Le Serrée fait les mêmes tours de force que Buache, et encore quelques-uns de plus.
En dépit de toutes les cartes, il assure avec Buache que le véritable Cap Nord des anciens, la borne primi^ tive de la rive gauche de l'Amazone, étdt la pointe Maguari de Ttle de Marajô
En dépit de tous les textes, et plus coupable que
s s 1096-1097 11' LECTURE ( 286 )
Buache, puisqu'il avait devant lui le travail de M. de Montravel, il supprime du mouillage équatorial de Vincent Pinçon le grand phénomène de la pororoca* et il soutient que le véritable Maranon des anciens, l'Amazone primitif, la rivière où mouilla Vincent Pinçon,
était la rivière actuelle du Para
Et encore plus hardi que son maître, il soutient, longuement et sérieusement, que Marnîion est une alté* ration de Maranan^ corruption de Paranan^ forme allongée de Parà,..;etcpxOyapoc^ en vertu d'une certaine étymologie, n dû être primitivement le nom propre de l'Amazone
1095. Mais, si la prétention à l'Amazone ne doit de la gratitude à M. Le Serrée que pour sa bonne volonté, la prétention au Carapapori^ secondaire pourtant à ses yeux, lui est redevable de l'un de ses arguments les plus fort<«, du premier véritable argument qui ait été produit par la France après celui de La Condamine, au bout d'un siècle.
1096. C'est la grave autorité de berredo.
1097. Cet argument, comme nous l'avons vu, avait déjà été implicitement exploité en 1882 par M. Warden, et en |339 par son plagiaire Constancio.
Mais celui qui, le premier, l'a allégué explicitement, et qui lui a donné du poids en nommant le respectable
auteur des Annales historiques du Maragnan et du Pard^
c'est M. le vicomte Le Serrée de Kervilly, qui le tenait de la bouche de M. le comte de Suzannet, qui le tenait de la bouche de M. Théodore Taunay , consul de France h Rio de Janeiro,
( 280 ) 11' LECTUAE S 1098
1098. Voici conunent le présente M. Le Serrée :
(( La question n'est pas précisément à savoir quelle » rivière Vincent Pinson a dotée de son nom ; mais bien ù à savoir, avec certitude, quelle est celle que recon- » naissaient sons cette dénomination les Portugais lors n du traité d' U trech t
» Or, ce point capital et seul indispensable est aussi n le plus court et le plus facile à constater péremptoire-r » ment. U me suffira de citer les textes portugais eux- » mêmes :
)) Le colonel Baêna, qui n'est pas favorable aux » Français, dit dans son Compendio das eras da Pro- » vinda do Parày à la page 208 : u Septembre 17SS. Le » gouverneur expédie pour découvrir la borne ou la co- » lonne que l'empereur Cbarles^Quint avait ordonné de » placer à l'embouchure de la rivière Oyapoc^ le capi- 9 taine d'infanterie Jean Paêz do Amaral, es^rté d'une » force suffisante pour cet objet. » Puis, à la page 209 \ « Le capitaine Amaral revient de la rivière Oyapoc à » la fui de décembre, deux mois après son dépatt pour D ces confins de la Guyane Portugaise ; il rapporte au » gouverneur qu'il a trouvé la colonne. »
» D'autre part, Berredo^ qui venait de laisser le gou- » vemement de la province, lorsqu'il écrivait en 172A, » et sur des |ïièces officielles, ses Annales historiques de » rÊtni de Maranh&o et Grâo Pard^ y dit : « L'empe-
» reur Charles-Quint avait ordonné d'ériger une colonne » de marbre dans un endroit élevé à l'embouchure de » la rivière de K Pinson on Oyapoc^ située par !• SOf » de latitude nord^ laquelle colonne fut vue en 1728
§g 1099-1101 11* LECTURE ( 287 )
» par Jean Paêz do Amanal, capitaine d'infanterie du » Paré. »
» Ces courtes, mais complètes citations suffisent; » car par elles on acquiert la certitude que les Portu- » gais confondaient TOyapoc et Vincent Pinson, que » rOyapoc du traité n*a pu être jamais pour eux )) notre Oyapoc ; elles prouvent encore implicitement » qu'il n'y avait nulle hésitation sur la position de la » rivière ; le capitaine Amaral n'est pas envoyé à la » découverte de l'Oyapoc, il est envoyé à la recherche » de la colonne placée dans l'Oyapoc, et il va par 1* 30'.
» Les Portugais ont donc traité pour une rivière qui » se trouvait par 1" 30' de latitude nord, et non pour » l'Oyapoc du Cap d'Orange par 4° 24', et l'article-S n'a » pa» d'équivoque pour eux. »
1099. On ne saurait justifier plus spécieusement les procédés arbitraires dont le Brésil fut victime sous le règne de Louis-Philippe.
1100. Mai» nous renverserons pour toujours, dans notre quatrième partie, cet épouvantail de Berredo.
1101. Il faut seulement avertir dès à présent que, bien que la latitude dé 1" 30' nord, prise en elle-même, puisse mieux se rapporter à VAraguarî, l'intention de M. Le Serrée a été réellement de faire dire à Berredo que la rivière de Vincent Pinçon du traité d'Utrecht est le Campapori; car il ajoute : « Les Portugais, comme » je viens de le faire voir, la plaçaient par !• 30' nord; » position de toutes manières inexacte, mais qui cor- » respondait sur leurs cartes au canal de Maracà. »